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mardi 9 janvier 2018

Star Wars VIII : Les derniers Jedi



*Attention, risque de spoils, si vous ne l'avez pas vu*


Deux ans après l'ennuyeuse coquille vide de J.J Abrams, l'épisode VII, je n'étais pas vraiment emballé de me relancer dans cette suite, si ce n'est que pour découvrir l'apport du réalisateur Rian Johnson. Le cinéaste sabre (enfin !) l'univers Star Wars et prend le risque d'offrir de nouvelles pistes. Moitié mauvais, moitié brillant, j'ai trouvé cet épisode VIII plus intéressant et cinématographiquement bien plus convaincant. J'ai eu l'impression de voir une commande Disney par Bong Joon-Ho, soit un mélange palpable de grotesque et de pur spectacle. 

Pour ce qui est de mauvais, je dirai que c'est tout l'héritage et la cohérence scénaristique avec le précédent épisode. Une écriture plate qui manque de rigueur, de panache et de charme. Le plus gros problème reste le faible développement et charisme des nouveaux personnages car il faut quand même avouer que c'est aussi cela la grande force des films originaux, les personnages. Que ce soit dans le développement ou le choix des acteurs, c'est une véritable catastrophe. Daisy Ridley et John Boyega sont vraiment mauvais et ont des charismes de moules zyeutant des frites hors champs tout le long. Insupportables. Adam Driver est bien plus convaincant mais là lui aussi limité à de la caricature, tout comme Domhnall Gleeson. Oscar Isaac est à l'image de cette saga Disney, bien plat par rapport à ce que voudrait être son personnage, révolutionnaire et impulsif. On repassera donc. Tout ça ne suffit vraiment pas pour me captiver ou même me donner envie d'avoir de la compassion envers cette nouvelle génération, plus désespérante qu’intéressante.

L'humour est souvent très lourd, alternant entre le rentre dedans et celui pour les gamins, pas forcément le plus subtil et assumé comme dans une production Les gardiens de la Galaxie. Des fautes de goûts, des rebondissements crétins, et des personnages inutiles (comme celui de Benicio Del Toro) alourdissent une nouvelle fois des intrigues et des interêts qui manquent d'intelligence et même d'originalité. Même si John Williams est un peu plus inspiré que dans l'épisode 7, il est toujours un peu à la redite. Comme l'épisode précédent, c'est la foire du trône, on oscille entre la médiocrité de la prélogie et la forme de la trilogie originale pour le pire, mais cette fois un peu plus, pour le meilleur.  

Parce que oui, il y a du bon cette fois, et du très bon même. Si on peut reprocher à Rian Johnson de faire lui aussi "La photocopieuse contre attaque", il insuffle et fait un merde jouissif à l'épisode 7, à Disney et surtout aux conventions des personnages principaux de la saga. Cela d'abord avec le coup de force de tuer Snoke (Andy Serkis encore lui) au milieu du film. Johnson fait cela avec toujours beaucoup de respect pour la trilogie originale, disant ouvertement que la nouvelle ne vaut pas et ne vaincra jamais la première. Un message sur le cinéma actuel à voir ? Peut-être. Il distille radicalement la disparition de Mark Hamill ( ici dans son meilleur rôle de composition) avec je trouve une certaine élégance, poésie et nostalgie. Moins réussit mais il en est de même pour Princesse Léia, dans une scène improbable, plus immortelle et liftée que jamais. Je trouve la démarche beaucoup plus universelle (un peu comme A la poursuite de Demain de Brad Bird, dont le dernier plan de cet épisode 8 pourrait être parfaitement raccord) de l'esprit du Jedi que celle proposée par Lucas dans sa (mauvaise) prélogie. 

Le tour de force de tuer Snoke est aussi audacieux que radical. Je trouve que c'est à partir de là, que cette trilogie devient enfin intéressante. Cinématographiquement, la mise en scène a par la suite vraiment de la gueule. Particulièrement dans la dernière heure et demie que je n'ai pas vue passer. La première heure est un mélange foutraque entre l'épisode 7 et une introduction au passage de relai définitif. La deuxième moitié du film est peut-être ce qu'il y a de mieux chez le cinéaste, soit l'intelligence de Looper et l'efficacité magistrale de son avant dernier épisode de Breaking Bad. C'est brillant, spectaculaire et le sel n'a jamais été si présent et pourpre à l'écran. Comme le spin off Rogue One, si l'on passe au dessus d'un scénario et de personnages creux et qui pataugent dans la semoule, on a droit a une prise de risque qui redonne un coup de fouet et des lettres de noblesses modernes à l'univers original. Soit à l'opposée de la mise en scène sans âme et automatique de l'épisode précédent. 

J'ai toujours des réserves quant à la cohérence de cette trilogie. Pourquoi ne pas avoir commencé tout simplement par cet opus ? Tuer le père oui, mais deux fois, non et puis mettre si longtemps, ce n'est pas une trilogie de film mais une série Netflix. Imaginons que l'épisode 9 soit réussit, la moitié de cette trilogie restera un hologramme de la première trilogie et du fan service, que je trouve sans aucun intérêt. Et surtout sans âme. L'autre moitié serait un coup de sabre plus couillu qui propose de nouvelles pistes narratives et introduisant des personnages nouveaux, peu développés à cause de l'autre moitié. Cet épisode 8 est un mélange du bon et du moins bon qui vexe logiquement les fans. La faute à Disney (et Abrams) qui a caressé dans le sens du poil le fan de la saga, cherchant à choper la vieille comme la jeune génération facilement. L'arnaque vient de Disney, pas de Johnson. 

Je ne suis pas fan pur de Star Wars mais de cinéma, et je dis clairement que je ne boude pas mon plaisir sur la dernière heure et demie de cet épisode, excellente cinématographiquement. Globalement je me suis moins ennuyé que devant le précédent, mais aussi peut-être parce que je préfères Rian Johnson qui a plus de couilles, d'âme que J.J Abrams et surtout de personnalité. Les derniers Jedi est imparfait, pas toujours convaincant à cause de son cahier des charges et son héritage lourd de platitude, mais avec plus de personnalité, une mise en scène spectaculaire entre hommage et modernité et des prises de risque. 

Réalisation et scénario : Rian Johnson
Durée : 2 h 30
Interprétation : Daisy Ridley, Oscar Isaac, Mark Hamill, Carrie Fisher, Adam Driver... 

dimanche 8 octobre 2017

Blade Runner 2049




Grosse surprise pour ma part que cette "suite" de Blade Runner. Je le considère d’emblée du même niveau que l'original de Ridley Scott. D'abord parce que Denis Villeneuve ne singe ni ne copie le matériel original mais l'approfondit et réussit le même tour de force immersif et spectaculaire qu'à l'époque. La grande réussite est d'avoir pris la même démarche de Ridley Scott à notre époque, à revers de la mode. Le film à une authenticité et une personnalité, ce qui était loin d'être gagné. Je n'ai pas peur de le dire, quitte à faire hérisser les cheveux des fans du premier, je ne vois aucun défaut à ce film, il est du même acabit que l'original. Cette pépite est à mes yeux le meilleur du cinéaste dans sa période américaine, soit le plus grand film du genre de la science fiction des années 2000 et 2010, à ranger avec Minority Report et Le transperceneige

Le premier Blade Runner est un produit des années 80 en avance sur son temps. Ridley Scott et Vangelis donnaient du corps, un style et surtout du sensationnel à l'univers dense et passionnant de Philip K.Dick. On y trouve un scénario profond, intelligent, poétique, glacial et avec beaucoup de noirceur et de contemplation. Ridley Scott était un des rares cinéastes, ou avec de manière bien moins commerciale David Cronerberg (ScannersVideodrome), a offrir un produit cyberpunk à l'époque. Exactement ce qu'a fait à mon sens Denis Villeneuve dans cette parfaite prolongation de manière moins choc mais tout aussi pertinente et géniale. D'ailleurs je considère que les premiers films américains du cinéaste (sauf peut-être Premier contact plus intéressant, bien qu'un peu trop démonstratif) restent du sous Fincher (Prisoners et Sicario) et du sous Cronenberg (Enemy) parfaitement éxécuté. Et pour ma plus grande stupéfaction, il a réussit à trouver ici de la personnalité et transcender son cinéma et le genre. 

Le cinéaste a insufflé à l'univers original une approche encore plus contemplative (comme Refn dans Drive, d'ailleurs avec le même Ryan Gosling, plus Samouraï que jamais) à la Tarkovski ou Jodorowski mais avec des thèmes modernes et intemporels. On y trouve une superbe poésie, un respect mutuel de l'oeuvre originale avec beaucoup de nostalgie et de subtilité (comme la neige à la fin). Parmi d'autres, le thème de la confrontation du virtuel et du réel est passionnante, reflété par une troublante scène d'amour à trois, balayant d'un revers de caméra toutes les tentatives précédentes comme Her et Ex Machina. Cinématographiquement, que dire, c'est simplement à tomber par terre. La scène de rencontre et de confrontation entre Ryan Gosling et Harrison Ford est peut-être ce que j'ai vu de plus fou au cinéma depuis des lustres. Tout comme l'ensemble du film d'ailleurs. 

Ce Blade Runner 2049 est une passerelle parfaite entre le cinéma commercial génial et le film d'auteur passionnant et puissant. Respectueux du cinéma classique et résolument moderne, c'est un produit inespéré tellement il est à contre courant du cinéma commercial actuel. Puis c'est un véritable festival de son et lumière : une photographie somptueuse, immersive et une musique d'Hans Zimmer parfaitement utilisée, entre respect aux sons de Vangelis et le style actuel du compositeur. Cette superbe alchimie gagne en puissance à crescendo, à l'image de la mise en scène de Villeneuve de moins en moins sage et complaisante. 

On est à l’apogée d'un cinéaste exactement comme pour Silence de Martin Scorsese cette année, étonnamment deux films qui parlent de différente manière de la foi. Du pur cinéma contemplatif de près de trois heures qui passent en un éclair, qui en met plein les mirettes et les tripes et le tout sans fioritures. Le film divisera (et c'est aussi ce qui est remarquable) mais si vous êtes fans du genre et de l'original allez le voir au cinéma car il est d'une immersion époustouflante. Déjà culte et incontournable. 

Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Hampton Fancher et Michael Green
Durée : 2 h 45
Interprétation : Ryan Gosling, Robin Wright, Ana De Armas, Harrison Ford, Jared Leto...



lundi 2 janvier 2017

Rogue One : A Star Wars Story



Un an après une madeleine de Proust fast food totalement impersonnelle, limite immangeable, c'est au tour du spin off de nous replonger dans l'univers créé par George Lucas. On revient donc entre l'épisode III et IV quand les rebelles volent les plans de l'étoile noire pour pouvoir la détruire. 

Globalement j'ai trouvé ça mieux que le passage de main réalisé par JJ Abrams l'an dernier. Notamment dans la forme, beaucoup plus intense, noire et parfois maligne et classe. Cette fois il y a des véritables morceaux de bravoures, un fan service qui a parfois du caractère et surtout une vraie guerre des étoiles à la fin. On peut également trouver une musique omniprésente qui donne une personnalité propre à l'ensemble, parce qu'elle ne marche pas platement sur les pas des compositions de John Williams. Cependant on y retrouve toujours les mêmes défauts que je trouve dans le VII. Il n'y a toujours pas de scénario et encore moins de structure pour raconter une histoire. Impossible dans cette bouillie de bien développer une histoire, les thèmes et encore moins les personnages. 

Les personnages sont creux et l'interprétation plate. Felicity Jones est mauvaise, Diego Luna essaie de faire des efforts mais en vain, son personnage manque lui aussi d'approfondissement. Même Forest Whitaker en fait des tonnes, sûrement en colère de voir son personnage si mal écrit. Disney n'arrive toujours pas à mettre leurs Star Wars sur un piédestal et c'est bien le problème. Comme pour l'épisode VII, cette tare empêche donc ce spin off de se démarquer des autres blockbusters que l'on voit. Un scénario bâtit sur un modèle de tragédie plus classique aurait sans doute pu donner un meilleur film. Cahier des charges quand tu nous tiens. Pour nous c'est la galère, on se réfugie comme des crèves la dalle sur les quelques miettes qui changent un peu du déjà vu. Seulement des touches réussies ne font pas un bon film.

On sent que Gareth Edwards a eu des libertés car on retrouve une touche plus sombre et violente bienvenue. Rogue One est jalonné de clins d'oeil aux autres épisodes, surtout l'empire contre attaque, et à des classiques comme Blade Runner souvent au plan par plan. Il y a également une vision apocalyptique plaisante. On retiendra aussi un robot drôle qui a de la gueule et qui donne une fraîcheur à l'ensemble trop sérieux une nouvelle fois. Pour ma part la seule prouesse du film reste les apparitions de Dark Vador qui sont parfaites. La dernière demie heure du film laisse tout même de l'espoir pour les prochains Spin Off même si une nouvelle fois il n'y a rien d'original dans ce que l'on nous propose. Affaire à suivre avec l'épisode VIII réalisé par le talentueux Ryan Johnson. J'ai hélas bien peur que le lourd cahier des charges Disney flingue une nouvelle fois l'espoir de voir un bon Star Wars dans les années à venir. J'espère bien évidemment me tromper. 

Réalisation : Gareth Edwards
Scénario : Chris Weitz, Tony Gilroy
Durée : 2 h 
Interprétation : Felicity Jones, Diego Luna, Mads Mikkelsen...

jeudi 17 mars 2016

Midnight Special






Réalisation et scénario : Jeff Nichols
Durée : 1 h 50
Interprétation : Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard...
Genre : Quête surnaturelle

Synopsis

Fuyant des fanatiques religieux et les forces de police, Roy et son fils Alton, se retrouvent chassés par la CIA et le FBI. Il se trouve qu'Alton a d'étranges pouvoirs surnaturels et doit être à une date sur un lieu précis pour pouvoir rentrer chez lui. 

J'attendais ce film depuis si longtemps que je craignais d'être déçu. Heureusement il n'en est point, Jeff Nichols s'empare des codes de la science-fiction pour lui donner de belles lettres de noblesses tout en continuant à creuser ses thèmes de prédilections. Un film aussi déroutant que passionnant. Pour ma part j'ai adoré. 

Pour résumer un peu mon ressenti sur Midnight Special, je dirais que c'est un mélange de Rencontre du troisième type de Steven Spielberg avec l'ambiguïté du deuxième film du cinéaste, Take Shelter. Non seulement on retrouve un Michael Shannon qui crève l'écran en père angoissé mais aussi toutes les pistes de violence, de psychologie et de non dit dans le thème de la religion. Cette fois Jeff Nichols se penche essentiellement sur la foi des hommes et leurs principales motivations ainsi que l'importance de la religion dans notre monde. Multiple point de vue autour d'un personnage extraordinaire dont personne n'est épargné. A l'image du film, tous les personnages sont aussi nuancés qu’énigmatiques. 

Une nouvelle fois avec un sens de la mise en scène absolument démentiel, Jeff Nichols laisse le spectateur réfléchir par lui-même. C'est la grande force de ce cinéaste cela dit. Le scénario contourne les ficelles narratives les plus classiques en permanence pour prendre des pistes de réflexions, mettant en avant du non dit passionnant et jamais ennuyeux. Le fantastique finalement n'est qu'un prétexte à donner une dimension beaucoup plus onirique à l'ensemble du film, d'ailleurs les effets spéciaux entre bricolage et sobriété rendent l'ensemble plus pertinent. On a droit donc à un père qui a la foi, ou je dirais même plutôt foi en son fils. La sienne est différente de celle des religieux qui ont fait de son fils un Dieu. On voit une belle mise en abyme avec le point de vue politique avec l'intrigue plus policière avec la traque du FBI. Toujours avec une écriture sobre et intelligente, un beau rythme et de dialogues solides, Jeff Nichols retrouve ses thèmes et pistes réflectives qu'il avait mises de côté avec son précédent voyage Mud

Le jeune cinéaste impose définitivement son style ici. On retrouve cette forme classique du cinéma d'Arthur Penn que l'on percevait dans son Shotgun Stories et le film philosophique et psychologique de Terrence Malick. Midnight Special est typiquement le genre de film qui est différent de tout ce que l'on voit aujourd'hui. On serait plutôt proche d'un film d'auteur des années soixante dix. C'est un ovni déroutant mais avec une forme assez classique pour en faire un thriller contemplatif. Un genre d'anti thriller qui est dans la démarche de faire réfléchir en permanence et ne mâche à aucun moment le boulot du spectateur. Ce qui est assez rare dans les productions actuelles, plus fréquemment dans la démonstration permanente. Le film ne tombe jamais dans le spectaculaire non plus cela même avec des effets numériques à la fin, plutôt épurés et utiles au côté onirique et religieux. On se retrouve formellement entre le cinéma de John Carpenter, Brian De Palma et surtout de Steven Spielberg avec le fond de David Lynch et de Terrence Malick. On retrouve une maîtrise absolue du rythme et également dans les différents climax du scénario. Le final est à couper le souffle dans tous les sens du terme et les poursuites de voitures qui remuent les tripes autant que dans Death Proof. Comme dans Mud les quelques scènes d'actions confirment que le cinéaste est aussi à l'aise dans la lenteur que l'action, c'est une nouvelle fois brillant. Les codes de la science fiction sont utilisés comme chez Stephen King (pluie de météorites, gamin aux pouvoirs surnaturels et développement, engendrement de la violence dans la folie des hommes) avec une quête religieuse aussi fanatique que mystérieuse. Jeff Nichols dépeint une nouvelle fois une Amérique du Sud en perte de repères qui s'accroche à des croyances pour survivre à la crise. Des hommes bien (ou pas) sont capables de tuer pour défendre leurs causes. Comme nous a habitué le cinéaste n'importe qui peut-être un héros ou un salaud, tout est une question de point de vue et ne comptez pas sur lui pour nous donner des réponses.

Midnight Special possède une nouvelle fois une superbe photographie (bien qu'un peu plus classique par moment) et une musique avec un thème qui fait plaisir et donne même pas mal de corps à l'ambiance du film. On est dans le pur produit de Jeff Nichols de A à Z où une nouvelle fois les acteurs sont superbes. A commencer comme d'habitude par un super casting. Michael Shannon quant à lui crève l'écran comme toujours et donne une toute autre dimension au personnage et au film. Je ne conseille cependant pas ce film si vous n'êtes pas adepte du style du réalisateur. Son précédent film est le plus classique mais si vous n'avez pas accroché à Take Shelter, il y a de grandes chances que ce Midnight Special ne vous emballe pas plus. Pour ma part, je vais vite me replonger dans ce quatrième coup de maître du cinéaste le plus intéressant de ces dernières années. Il y a bien des choses à découvrir de visionnage en visionnage, comme dans les grands films, ce que Midnight Special est à mes yeux. 

Note : 10 / 10


lundi 26 octobre 2015

Seul sur Mars ( The Martians )



Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Drew Goddard 
Tiré du roman homonyme d'Andy Weir
Durée : 2 h 20
Interprétation : Matt Damon, Jeff Daniels, Jessica Chastain, Michael Pena, Kate Mara, Sean Bean, Kristen Wiig ...
Genre : Trop sur terre

Synopsis

Lors d'une mission sur Mars, l'astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipier, une tempête les ayant obligés à décoller d'urgence. Mais Mark a survécu et il se retrouve seul sur une planète hostile et sans moyen de repartir. A 225 millions de kilomètres de lui, la NASA et des scientifiques s'activent sans relâche pour le sauver. 

Après deux films très (trop) sérieux et prétentieux et qui ont fait plus les effets de poudre aux yeux qu'autre chose que sont Gravity et Interstellar, c'est au tour de Ridley Scott de signer son film de science-fiction. Le réalisateur d'Alien est aussi spectaculaire que Cuaron et Nolan visuellement et heureusement pour nous beaucoup plus fun. Ce n'est pas très compliqué en même temps. Cependant il est dommage que le film ne se passe pas plus souvent sur Mars avec l'excellent Matt Damon. Effectivement plus de la moitié du film se passe à la NASA et désamorce l'humour et le sujet intéressant de ce qui aurait pu faire un bon film. 

J'avais peut-être un peu trop d'attentes mais le film m'a globalement déçu par sa fadeur. J'ai trouvé déjà qu'il était trop long pour ce qu'il avait à raconter. Du coup tout perdait crédibilité et suspense sur la fin. Beaucoup de scènes sont rallongées inutilement au point de rendre le tout ennuyeux même si c'est objectivement un divertissement bien filmé. Le scénario est vraiment mou dans son ensemble et trop niais pour me convaincre. Heureusement Ridley Scott possède deux forces indéniables : son sens de l'image toujours au top et un acteur comme Matt Damon (encore lui) qui donne du charme au film. 

Des superbes paysages et une histoire qui fait penser au film de Robert Zemeckis Seul au Monde sur la planète rouge, cela promettait du lourd. Seulement le scénario nous pompe plus le (seul) charme de 127 heures de Danny Boyle avec une intrigue de sauvetage plutôt longue et plate. Un peu comme si on mixait Mission to mars de Brian De Palma et Argo de Ben Affleck. Si c'est meilleur que le film de De Palma, on est bien loin d'Argo qui ménageait un suspense permanent et super efficace. Seul sur Mars se passe déjà beaucoup trop sur Terre et le cinéaste aurait pu faire le même film avec une demie heure en moins. Déjà la séquence sur Starman de David Bowie nous évite une demie heure supplémentaire. Peut-être qu'avant une autre sur Life on Mars en plus aurait rendu le film plus intense et plus fun à la fois ? On ne saura jamais. 

Le film est proprement réalisé et n'est pas jamais prétentieux, ce qui fait du bien. La 3D est permanente, souvent très belle et nous permet une immersion totale. L'ensemble est un divertissement honorable mais loin d'être un bon film à mon goût. On ne sent que trop rarement que c'est le réalisateur sobre, précis et inventif d'Alien derrière tout ça. Comme depuis un moment d'ailleurs car Prometheus souffre un peu du même problème. Toutes ces longueurs et cette écriture terriblement fade ( Goddard est le scénariste de Cloverfield et ça se ressent, il en s'est entre temps pas amélioré) m'a vraiment frustré. Tout est maladroit et à rallonge, avec des personnages à l'image des pistes développées : sans charismes, très niais et à limite du crétin. Sauf Mark Watney qui est heureusement pour nous assre proche d'un John McClane qui aime la verdure.

Seul sur Mars aurait pu être un équivalent de Seul au Monde dans l'espace avec un potentiel très spectaculaire. D'ailleurs la démarche à la fin du film est la même que le film de Zemeckis (mais en raté) en comparant la vie sauvage et la société avec le retour du héros dans la vie active. Seulement j'avais l'impression de suivre un survival et un film scientifique dans le monde des bisounours. Tout est fait pour plaire à tout le monde et le scénario est écrit pour les vieux. Il n'y a aucun enjeu, aucune confrontation, ni surprise, on sait juste dès le départ que Matt Damon va quitter Mars et en sortir indemne. Ce qui est dommage car je pense que tous les thèmes intéressants et forts sont complètement zappés au détriment de caresser dans le sens du poil le spectateur du début à la fin. On reste que trop peu près de Watney et on ne peut s'identifier à lui tout comme à l'environnement de la planète rouge. On suit plus pendant deux heurs un livre d'image gentiment illustré. Cependant ce n'est pas le pire film de Ridley Scott mais il ne sait toujours pas bien choisir ses scripts. Effectivement parfois des dialogues et des scènes sont d'une nullité affligeante. Heureusement le casting est impeccable pour faire passer la pillule, bien que comme chez Nolan il soit remplit de grandes pointures pour des rôles dérisoires. 

Seul sur Mars est un film divertissant avant tout plutôt décontracté dans l'ensemble mais long, maladroit et sans grandes saveurs. Il divertit gentiment autant qu'il frustre du grand film qu'il aurait pu être avec un scénario à la hauteur du réalisateur de Thelma et Louise. Il s'avère au final que Seul sur Mars est un voyage en pilotage automatique, sans adrénaline et encore moins de questions à se poser à l'horizon. Un film du dimanche à grand potentiel inexploité, plus frustrant que plaisant pour ma part. 


Note : 5 / 10



mardi 25 août 2015

Interstellar



Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Jonathan et Christopher Nolan
Durée : 2 h 50
Interprétation : Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine, Jessica Chastain, Matt Damon, Casey Affleck, John Lithgow...
Genre : Mission to Mat(t)

Synopsis :

Un groupe d'explorateurs traverse une faille récemment découverte dans l'espace temps afin de repousser les limites humaines et part à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

Contrairement à The Dark Knight Rises et Inception, j'ai attendu quelques mois après la sortie en salles d'Interstellar avant de le visionner, histoire que le tapage médiatique retombe complètement afin d'essayer de gagner en objectivité. Au résultat, je n'accroche toujours pas. Comme dans Inception il y a des choses à sauver dans l'idée principale, dans certains thèmes abordés et sa démarche cinématographique initiale, très rétro dans le genre. Seulement il y en a aussi beaucoup à jeter car elles sont souvent vides, barbantes, quand elles ne sont prétentieuses par moment et surtout, pour la première fois chez le cinéaste, horriblement niaises.

Dans la forme on retrouve peut-être ce que Nolan a fait de plus maîtrisé jusqu'à aujourd'hui. Tout du moins dans son style. C'est à dire un scénario magistralement bien construit, un découpage efficace et rythmé ainsi qu'une belle photographie qui mêle le non et le très spectaculaire avec brio. Ce sont les qualités d'écriture et de mise en scène propres au cinéaste qui font rendre cette odyssée distrayante à suivre malgré le vide qu'il nous raconte au final. Qui dit style Nolan dit comme bien entendu la musique d'Hans Zimmer toujours omniprésente pour faire passer l'intégralité des émotions au spectateur. Mais qui dit style Nolan dit aussi casting avec des acteurs prestigieux partout. McConaughey est heureusement là avec sont talent pour faire la grande majorité du boulot. Sans lui le film serait mauvais, à l'image de la fadasse Anne Hathaway qui ne s'en sort toujours pas. Jessica Chastain et Matt Damon sont les plus ravis de tous en étant simple second rôle malgré leur petite forme. Quant aux autres acteurs, ils n'ont pas grand chose à faire comme d'habitude à part meubler un rôle d'un personnage du rôle d'un pion assez morne, limite vide d’intérêt au vu de la longueur du film. 

Ensuite si on parle du contenu, je suis beaucoup plus réservé. J'ai trouvé la démarche bonne et intéressante de faire un film de science fiction, ou plutôt de science et de fiction, qui reprenait les codes du cinéma à l'ancienne. D'un autre j'ai trouvé le film racoleur et une nouvelle fois trop handicapé du style des frères Nolan. Tout comme dans Inception, le style du cinéma de Nolan est beaucoup trop froid, démonstratif, mathématique et surtout bien trop cartésien pour en faire un film dans la dimension cinématographique attendu et mérité. Surtout que la fin du film est censée faire rêver. Tout du moins être un peu plus féerique, comme un film à la Steven Spielberg, dont le film était justement destiné à l'origine. C'est raté car Nolan n'a absolument rien d'onirique dans son cinéma et il ne change pas du tout ici. Il peut utiliser les tonnes d'effets spéciaux qu'il veut, la plus belle des musiques d'Hans Zimmer ou des mouvements de caméras sublimes, rien y fait : Nolan a une recette limité parfaite pour le thriller mais pas pour le cinéma d'une autre envergure. Son style ne fait place uniquement qu'au spectaculaire et se repose sur sa structure scénaristique virtuose. Finalement on ne voit à la fin que la niaiserie d'un très mauvais film américain dont il est interdit de faire dans le soi disant chef d'oeuvre que le cinéaste prétend nous pondre depuis plus de deux heures. Pourtant rien est surprenant car tout se recoupe gentiment et on se dit malgré plein de trucs improbables qu'on est bien dans l'esprit cartésien du cinéaste, tout le puzzle est au complet.

Pour ce qui est du racolage, je m'explique. Je n'ai pas vu Contact de Robert Zemeckis, toujours avec McConaughey d'ailleurs, mais il est beaucoup comparé avec Interstellar. Moi j'ai trouvé que le film ne dégage rien d'autre qu'un produit fait et destiné pour plaire à un maximum de monde. C'est du commercial vide et avec un fond assez hypocrite sur l'espèce humaine. Un coup cette dernière est à sauver, un coup non elle ne le mérite pas car elle est lâche et menteuse puis finalement non car c'est son amour qui va sauver le monde. Cela même si je trouve par moment que le cinéaste y met de la sincérité dans ses idées, je trouve que rien est nuancé, ni développé et encore moins évolutif, à l'image de la psychologie de Murphy qui vraiment lamentable. En revanche le cinéaste n'est pas très honnête en ne glissant rien de vraiment moderne technologiquement à la NASA pour pas que son film prenne un coup de vieux avec le temps. Du coup on se retrouve dans un cheap assumé certes avec le côté apocalyptique mais que je trouve pas très cohérent, comme une station de la Nasa censée être introuvable ou comme le départ du personnage principal en mission dans l'espace du jour au lendemain sans ré entrainement. On retrouve dans le scénario de l'écologie, de la science, de la philosophie, de la spiritualité le tout parsemé d'un (soi disant) humour et une bonne couche d'émotion. Le film n'est pas mauvais dans sa forme mais il est creux et n'est pas bon dans son fond. Je le trouve assez ingrat car il va dans un peu toutes les directions pour toucher le maximum de monde pour n'approfondir rien du tout. Du coup Interstellar n'est qu'un blockbuster hollywoodien comme les autres avec plus d'intention de faire un chef d’œuvre du cinéma à la clé que les autres. Il se catégorise comme Inception comme un film du dimanche plus sensoriel que les autres il est vrai mais également bien plus prétentieux. Ce qui est tout de même bien triste vu l'idée et le potentiel de départ.

Le cinéaste cherche également à plaire les cinéphiles avec des clins d’œil à Solaris et 2001 l'odyssée de l'espace, dont le scénario est de manière globale une mauvaise copie de ces deux derniers films. On remarquera aussi techniquement un changement de format du cadre entre les scènes intérieures et extérieures. Un format cinémascope pour les scènes extérieures qui en mettent plein les yeux (et les oreilles) et en 16/9 pour l'intérieur qui est censé renforcer l'oppression. A la longue ça ne sert pas à grand chose pour la grammaire du film. Je trouve ça même anecdotique ou plutôt une superficialité en plus. Bien sûr il y a des incohérences comme dans tous les films de science fiction et surtout avec un scénario comme celui là, assez invraisemblable dès le départ si on entre pas dans le trip. En même temps mêler le jeu de la temporalité avec celui de la science fiction, c'est pas une partie loin d'être gagnée d'avance. D'ailleurs je ne suis pas scientifique, au contraire, et c'est peut-être pour ça que je n'aime pas ce cinéma mais je pense que ce ne sont presque que des bêtises qui nous sont racontées, comme dans la plupart des films du genre. Là ça prend vraiment la tête, surtout que Nolan tient à tout expliquer de manière bien sérieuse, c'est très lourd. Le pire étant la dernière partie qui pour ma part sonne complètement faux. Même si bien entendu elle est bien faite techniquement, je la trouve ratée quand McConaughey se retrouve dans l'espace temps et qu'il boucle la boucle comme chez tous les Nolan. Seulement le personnage principal en perd son cerveau dans ce passage quand il se met à pleurer et agir en panique à essayer de communiquer avec sa fille et lui même derrière la bibliothèque. Alors qu'il sait ce qu'il va se passer, qu'il a déjà vécu ça, il refait les mêmes codes qu'il a déjà fait alors avant qu'il ne comprenne que ce soit lui qu'il se soit tracé la route pour la survie de l'espèce. Je trouve que c'est une grosse erreur de scénario, une erreur de construction carrément loupée. Pour le reste c'est frustrant de repenser que sur presque trois heures le scénario ne raconte qu'une demie épopée spatiale et physique peu approfondie où tout se repose sur l'acteur principal.

Interstellar est plus distrayant mais plus niais qu'Inception qui est pour moi soporifique et frustrant. Les fans de Christopher Nolan seront ravis car il se renouvelle un peu avec la démarche initiale et se démarque des blockbusters contemporains dans le genre. Comme pour Cloud Atlas des Wachowski, que je n'ai pas aimé non plus au passage, le film a au moins ce mérite qu'on ne peut lui enlever d'être différent. Même si le style Nolan a marqué des blockbusters actuels, il ne renouvelle pas pour autant dans sa forme ici et c'est trop fortement présent pour un tel sujet. Tout le monde est content, les fans comme les détracteurs au final. Ou pas, comme moi qui au final n'apprécie que la moitié de son oeuvre. Quand on voit le succès du film ça fonctionne tout comme pour Inception, mais au final je trouve tout cela beaucoup trop surestimé. Je ne demande pas au cinéaste de refaire un produit semblable à 2001 L'odyssée de l'espacece serait bien trop abstrait pour le grand public. Surtout à l'encontre des grandes productions qui sortent de nos jours qui ne font pas réfléchir. Ce film est une nouvelle preuve du grand succès actuel de Christopher Nolan, il suffit de thèmes qui plaisent à tout le monde avec un bon savoir faire et un tapage médiatique énorme pour cartonner un maximum et lui crier au génie. Au final ce n'est pas plus honnête qu'un remake ou la suite d'un film qui a eu du succès il y a quelques années. Et puis ce n'est pas parce qu'une idée est bonne et que les effets spéciaux sont impressionnants que cela en fait un bon et un grand film. Encore moins un chef d'oeuvre. On peut reprocher la même chose à Nolan qu'à Alfred Hitchcock, mais Hitchcock lui adaptait son style au service du scénario. Nolan, c'est le contraire. Ici il a eu tendance en plus à être plus niais que d'habitude et c'est la goutte d'eau. Personnellement j'attendais plus qu'un film qui n'a la prétention de faire un grand chef d'oeuvre du cinéma avec un simple mixage de L’étoffe des Heros de Philip Kaufman et de Mission to Mars de Brian De Palma  

Le cinéma de Christopher Nolan transporte les foules uniquement par son style dans cette épopée spectaculaire. Nolan n'est pas complaisant dans sa démarche mais il y a une chose qu'il n'a jamais réussi à faire et je pense ne réussira toujours pas : faire rêver et laisser place à l'imaginaire à son public. Ce qui reste un comble tout de même pour du cinéma qui se veut aussi grand fort, beau et philosophique. Comme avec InceptionInterstellar avait beaucoup trop d'ambitions et d'essences dans ces idées et son concept à la base pour finalement n'être qu'un film frustrant car beaucoup trop marqué au fer du style Christopher Nolan. Cela pour le meilleur ou pour le pire, c'est à vous de voir si vous entrez dans son jeu ou pas.  

Note : 4 / 10


mercredi 8 juillet 2015

Ex Machina



Réalisateur et scénario : Alex Garland
Durée : 1 h 50
Interprétation : Domhnall Gleeson, Oscar Isaac, Alicia Vikander... 
Genre : Intelligence Superficielle

Synopsis :

A 26 ans, Caleb est un des plus brillants codeurs que compte BlueBook, le plus important des moteurs de recherches du Monde. A ce titre il remporte un séjour d'une semaine dans la résidence du Grand Patron à la Montagne. Mais quand Caleb arrive dans la demeure isolée, il découvre qu'il va participer à une expérience troublante : interagir avec le représentant d'une nouvelle intelligence artificielle apparaissant sous les traits d'Ava. 

Un huis-clos anglais de science-fiction qui traite de l'intelligence artificielle, c'est forcément très attirant. Sur le papier en tout cas. Je suis finalement ressorti de la séance assez mitigé avec la trop grande impression d'avoir visionné un film de Danny Boyle dans sa forme mais avec un scénario long, trop simpliste et qui manque de profondeur.

Alex Garland est connu pour être l'auteur du roman La plage puis le scénariste de Danny Boyle avec Sunshine et 28 jours plus tard. Le cinéaste n'est hélas pas du tout convaincant par son écriture une nouvelle fois. L'enjeu du script tourne vite à vide dès la rencontre avec Ava. Tout se banalise par la suite comme une simple expérience inintéressante, incohérente et au dénouement attendu. Tout n'est pas vraiment crédible, ni prenant car le scénario ne se donne avant tout presque pas la peine de donner de l'ambiguïté, du trouble et une tension subtile entre les deux protagonistes. En ce qui concerne les émotions et l'intelligence des robots ce n'est pas non plus révolutionnaire. Tout est cliché et surtout manque d’intérêt, le personnage d'Ava est quasiment raté. 

Les deux personnages humains ne sont que deux pions d'un jeu de dames dans une maison de retraite. C'est ennuyeux à mourir car ils ne se manipulent qu'à moitié, de manière plus ou moins débile et très lente. Tout est tellement lent que l'on dirait un court métrage de dix minutes étiré sur deux heures. Forcément cette lenteur fait ressortir toutes les grosses ficelles qui sont utilisées. Il n'y a pas de rebondissements, ni de questions pertinentes sur le sujet mais un huis clos platement écrit et paradoxalement filmé de manière tendue et stressante. La narration est molle, plutôt vieillotte et manque d'efficacité et de crédibilité tout le long. Par dessus cela une bande son efficace et la photographie sèche et symétrique, tout deux bien léchés, rendent le tout cependant prenant. Le montage énergique est par moment très audacieux et permet de faire monter la tension au moment voulu. L'immersion est parfois réussie. Dommage que le scénario ne soit pas au rendez-vous car la mise en scène par moment possède un aspect clinique très réussi.

L'ensemble du scénario est beaucoup trop superficiel pour convaincre. Il présente un génie plein aux as qui n'est en fait qu'un horrible pervers alcoolique et un jeune homme surdoué naïf qui met à peine à s'en rendre compte enfermé avec lui une semaine entière. Quant à l'intelligence artificielle, les questions de base sont posées et ne traitent quasiment pas le sujet. L’écriture ne se résume finalement qu'à une tension (ratée) entre deux personnages opposés devant une trouvaille révolutionnaire qui les font s'entendre dans toutes les situations. Ce jeu du chat et de la souris malin dans l'idée est plutôt faiblard dans la pratique. L'idée ne se défend que dans la première demie heure du film car l'opposition manque vraiment de force et surtout d'intelligence. Toutes les pistes ne sont pas approfondies ce qui fait que l'on regarde un film qui tourne rapidement en rond avec des personnages qui deviennent antipathiques par leur stupidité. Si les acteurs restent bons, le jeu de dupes et le twist final restent trop faibles pour rendre un résultat convaincant. Rien ne se défend vraiment dans le genre de la S-F, ni le huis clos et ni le film psychologique.


Ex Machina est une sorte d'épisode de Real Humans plus stylisé mais complètement vidé de son intrigue et intérêt. C'est bien illustré mais l'écriture n'est absolument pas convaincante car peu fouillée et trop superficielle à l'image des personnages principaux. On ne réfléchit pas, on suit vainement un long film bavard et finalement vide. En plus on peut noter des gros problèmes de cohérences dans des scènes. Notamment la scène des révélations qui mènent au twist final qui se passe à dix heures du matin dans la cuisine et environ trois minutes après on se retrouve à dix heures du soir quand l'alarme sonne. Le film n'intrigue que par sa forme sinon c'est un raté. Ex Machina ne devrait être au mieux qu'un épisode de Black Miror mais il aurait fallu lui enlever cinquante minutes. Seulement la série a réussie avec brio l'exercice, Garland lui juste son talent de metteur en scène très inspiré du meilleur de Danny Boyle. 

Note : 4 / 10

lundi 8 juin 2015

Gravity



Réalisation : Alfonso Cuaron
Scénario : Jonas et Alfonso Cuaron
Durée : 1 h 30
Interprétation : Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris...
Genre : Attraction peu futée

Synopsis :

Le Docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne pour sa première expédition à bord d'une navette spaciale l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Lors d'une réparation à l'extérieur, la navette est détruite par des météorites. Stone et Kowalsky se retrouvent seuls, livrés à eux même dans l'univers.

Le film de science fiction tant attendu et souvent vanté, nommé chef-d’œuvre avant même sa sortie n'est en fait qu'une attraction 3D spectaculaire que durant sa première demie heure. La dernière heure peine à convaincre par son piètre scénario et la mise en scène éléphantesque d'Alfonso Cuaron n'arrange rien dans ce survival creux et vain. Ce film est une prouesse dans la technologie 3D mais n'a sa place que pour Disneyland ou un parc d'attraction à son égard car son intérêt cinématographique ne se résume uniquement pour quelques plans séquences sensationnels.

Le début du film est « terrific » comme nous le dit ouvertement notre cher vendeur de café favori (alias George Clooney). Les plans séquences que l'on connaît chez le cinéaste, le travail du cadre et de la 3D sont spectaculaires et immersifs. Seulement très rapidement le cinéaste y va vraiment avec les gros sabots et n'a plus rien à dire à part n'utiliser que les silences et la musique assourdissante à outrance. Recette efficace au début mais très vite éculée. Tout finit par vite tourner à vide formellement et rien ne parvient jamais à évoluer ou nous offrir autre chose que le jeu limité de Sandra Bullock. D'autant que pour la première fois le cinéaste a un scénario particulièrement vide, absolument pas novateur et en plus truffés de clichés et d'incohérences. On expédie des dépressifs dans l'espace maintenant. Une bonne déception donc pour ce film qui connaît un grand engouement exclusivement pour sa technique. Scénario connu actuellement hélas.

C'est plus un scénario too much à la James Cameron qu'à l'Alfonso Cuaron que nous connaissions jusque là que possède Gravity. Avec un tel postulat de base, le film n'aurait du durer que trois quart d'heure car ici on peut dire bonjour aux psychologies superficielles et incohérentes et dire au revoir au fond qui a des tripes. Le script refait un peu Alien sans Alien mais surtout sans Sigourney Weaver. Sandra Bullock n'a pas le charisme, ni le talent de l'alias Ripley. Désolé pour la comparaison facile, mais il faut avouer que c'est tout de même très maladroit de mettre une actrice au talent limité qui ne fait que parler, sans être drôle, ni touchante et encore moins attachante pendant toute le voyage. De plus elle dit aimer le silence alors qu'elle ne fait que parler et nous casse les oreilles. Sans un brun de second degré, tout est d'un sérieux qui est limite douteux quand le fantôme de George Clooney revient se prendre un petit café (évidemment) au milieu de l'aventure pour une entracte qui fait du bien autant à Sandra Bullock qu'à nous. Vous l'aurez compris j'aurai largement préféré que ce soit Clooney qui nous tienne compagnie durant ce film. Même en faisant une pâle copie de John McClane cela aurait sauvé un peu l'honneur. A la fin il n'y a pas de surprises, j'aurai bien plus préféré qu'elle n'y arrive pas. Cela aurait changé un peu de ce que l'on voit d'habitude et donné la seule touche d'originalité qu'il manque tout le long de ce film. Surtout que Cuaron peut se permettre d'être noir car il est souvent violent et surprenant dans ses précédents films. Peut-être pas avec son fils au scénario faut croire qui enlève tout fond. 

Je suis finalement ressorti de la séance avec plus de tournis et de déception qu'avec du suspense et des sensations. Cuaron est un excellent technicien (on le savait depuis son Harry Potter) mais ici tout est tellement réalisé pour que ce soit une attraction que l'ensemble tourne vite à vide. Le cinéaste n'a rien à montrer d'intéressant de plus que sa 3D dès le premier tiers du film qui n'a pas de scénario en sa faveur. Aucun fond, aucune ambiguïté et aucun charisme, Gravity n'est rien de plus un pétard mouillé qu'un film à retenir dans le genre. Le plus grand mystère de ce film reste pourquoi on l'a un peu partout comparé avec le film de Stanley Kubrick 2001 l’odyssée de l'espace ? Je ne comprend pas car cela n'a rien à voir. Même si c'est dans le côté sensoriel, j'en ris encore.

Note : 3,5 / 10


PS : Ce film ne vaut le coup qu'en salle de cinéma et en 3D. Inutile de le voir sur un petit écran ou la télévision, vous en perdez 90 % de son intérêt.  C'est à dire tout son intérêt.

vendredi 29 mai 2015

A la poursuite de demain ( Tomorrowland )



Réalisation : Brad Bird 
Scénario : Damon Lindelof et Brad Bird
Durée : 2 h 05
Interprétation : Britt Robertson, George Clooney, Raffey Cassidy, Hugh Laurie... 
Genre : Rétro Land

Synopsis

Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d'une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s'embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d'un mystérieux endroits nommé Tomorrowland situé quelque part dans le Temps et l'espace et qui ne semble exister que dans leur mémoire commune. Ce qu'ils feront changera à jamais la face du monde et leur propre destin.

Tel un oiseau dans une cage aux grilles marquées au fer Disney, Brad Bird signe un film de science fiction aussi rétro qu'à double tranchant. On peut trouver autant de points positifs que négatifs et pour ma part la balance a plus penchée dans le côté positif. Avec un scénario vache, j'ai trouvé que Brad Bird se sort bien de l'exercice avec un charmant hommage aux vieux films de science fiction avec en fond un honnête et rafraîchissant message de fond. 

A la poursuite de Demain est bien loin des blockbusters actuels car l'action est complètement fondue dans la narration. Si l'impression de regarder une attraction de deux heures se ressent, Brad Bird réussit à rendre le tout riche et même bien référencé avec une honnêteté de bout en bout, l'ensemble non sans humour. La mise en scène est constamment brillante et emballe un scénario sur le papier plutôt vache. Vache car on a droit à une introduction des deux personnages pendant une heure et qui manque de pas mal d'efficacité. Les personnages sont un peu lisses et les péripéties s'installent très lentement. L'impression de regarder un pilote de série se ressent vraiment avec cette très longue introduction. C'est décidément la patte du scénariste Damon Lindelof scénariste de Lost qui se fait ressentir comme pour Prometheus de Ridley Scott, surtout qu'ici aussi toute l'intrigue se boucle de manière un peu trop rapide, voire même brouillonne sur la deuxième partie. Le milieu du film est du coup un peu tronqué. 

Heureusement derrière il y a un cinéaste qui s'éclate et qui emballe l'ensemble avec des savoureuse références et de belles trouvailles masquant avec brio bien les côtés lisses et clichés de la firme. Brad Bird se sort du piège Disney un peu comme Sam Raimi avec son magicien d'Oz par des petites bribes de noirceurs et d'humours bien placées. Côté interprétation c'est très pro. Tous les acteurs font le boulot malgré le manque d'air et d'épaisseur du scénario, un peu à l'image du cinéaste. L'ensemble passe plutôt bien et des répliques, parfois complètement hors des conventions Disney, sont bien drôles. On appréciera une belle scène dans une boutique vintage avec deux vendeurs louches, un sabotage parfaitement chorégraphié sur les Black Keys ainsi que des poursuites et des gags truffés de clins d'oeil qui vont de Terminator à Star Trek dans un univers et un film qui aurait pu être signé par Steven Spielberg. Dommage que ce ne soit pas Brad Bird qui fasse le nouveau Star Wars à la place de J.J Abrams. Je trouve que Brad Bird est quand même beaucoup plus virtuose et moins respectueux et conventionnel que J.J Abrams. A savoir que ce devait être lui à la base de faire le Star Wars mais il a préféré faire Tomorrowland. Dommage que ce dernier soit rétrogradé d'emblée comme un Disney assez mineur (campagne promotionnelle en France faible), ce film reste quand même un peu comme Dans l'ombre de Marie de John Lee Hancock un cru tout à fait honorable et bien plus subtil et riche que la plupart des derniers produits de la franchise à grands succès. Tomorrowland est finalement une attraction cinématographique distrayante et au charme rétro très agréable qu'il serait dommage de rater. Le message est optimiste et dans l'air du temps, jamais lourd ni pompeux et ça se fête car c'est souvent le plus dur chez Disney. 

Si le film est une réussite c'est surtout grâce au cinéaste de Ratatouille. Sa mise en scène et son honnêteté fait passer l'ensemble des défauts avec de l'humour et une sincérité qui se ressent et prend très souvent le dessus. Un cinéaste sans la verve et l’énergie de Brad Bird aurait fait de ce film un Disney bas de gamme. Dommage qu'un scénariste venu du cinéma ne soit pas de la partie et que certains passages imposés par la production Disney empêchent Brad Bird de s'envoler plus souvent. Cependant il n'empêche que même brider, Bird brille et resplendit dans l'art de nous divertir de manière honnête et pas uniquement dans le spectaculaire et les effets spéciaux. C'est un excellent cinéaste, casé entre la technique savoureuse de Sam Raimi et les références jouissives Edgar Wright. Même si ce film n'est peut-être pas son meilleur, il reste toujours un très agréable moment de cinéma. Prendrez-vous ce film comme un Pins après la projection ? En tout cas, moi oui. 

Note : 6,5 / 10

jeudi 12 mars 2015

Chappie



Réalisation et scénario : Neill Blomkamp
Durée : 1 h 50
Interprétation : Sharlto Copley, Dev Patel, Yo-Landi Visser, Hugh Jackman, Sigourney Weaver...
Genre : Intelligence trop artificielle

Synopsis :

Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l'un des ses droïdes policiers, est kidnappé. Seulement il est le test d'une nouvelle sorte de robot qui a une conscience. Son créateur va essayer qu'il ne penche pas dans le mal. La partie est loin d'être gagnée...

Chappie est un mélange (assumé ?) des deux précédents films du cinéaste. C'est tellement flagrant que cela pourrait être des films qui se suivent ou se croisent. C'est trop facile niveau créativité tellement on peut voir des points communs au niveau de l'intrigue, du scénario, de l'univers, des psychologies, des enjeux et même des lieux entre les films. C'est quand même assez désolant de voir un tel copié collé, on pourrait même penser à une arnaque. Seulement non, ce n'en est pas une car Chappie est juste son meilleur film actuellement, sans être pour autant une réussite.

On a un peu la désagréable impression devant la projection que les deux précédents films de Blomkamp n'étaient que des brouillons et que celui-ci est son premier « vrai » film. Ce n'est pas tout à fait vrai mais presque. Ne nous emballons pas trop vite car le film possède encore les défauts et la frustration qui sont propres au « style ( si on peut appeler cela ainsi) du cinéaste. Si le cinéaste réussit beaucoup mieux à concilier et exploiter ses idées les unes avec les autres qu'auparavant, il pêche une nouvelle fois dans l'écriture. Sa plume manque encore de subtilité, de force , de développement psychologique et surtout de vrais personnages. Le script a une intrigue intéressante mais le spectaculaire et l'action prime toujours sur le reste. Il est bien dommage de retrouver toujours ses mêmes thèmes déjà exploités auparavant de manière peu habiles. Effectivement si on remplace les robots par les extra terrestres on a district 9. Si Chappie est plus fun dans tous les sens du terme, les méchants qui deviennent gentils à la fin, les combats musclés et violents et la race humaine horrible qui ne souhaite posséder le pouvoir sont de nouveau de la partie. Une nouvelle fois rien est subtil même cela reste assez prenant et distrayant.

Désolé, je dois juger sans comparer avec les autres films. Dans la forme, Chappie a du rythme, un peu d'humour (plus ou moins bien), pas mal de ressorts dramatiques et un souffle prenant du début à la fin. Ce qui me gêne le plus, c'est d'avoir des idées pertinentes mais qui sont collées les une derrières les autres sans être vraiment exploitées. Toutes restent uniquement en toile de fond du film, ne servent que de décors. En avant on a un film d'action maîtrisé (on a même Hugh Jackman en enflure c'est plutôt cool) appuyé lourdement par un Hans Zimmer gonflé à bloc, revisitant les sonorités de Terminator à sa manière. C'est assez épuisant je dois avouer. Recette du blockbuster classique. Dommage que le scénario ne saisissent pas plus donc ses idées de bases et la mise en scène fasse grimper une atmosphère, une tension. Ce pot pourri de S-F est sympathique mais ne fait que reprendre le film de Jake Schreier Robot and Frank à la sauce blockbuster d'anticipation.

Chappie a des qualités dont celle de ne pas être niais et de ne pas posséder de ficelles trop réchauffées. La fin est aussi surprenante qu'improbable. Il reste bien dommage que tous les personnages ne soient pas développés et si grossièrement dépeints. L'interprétation est d'ailleurs toujours très tiède. Seul Chappie est attachant mais ça reste quand même assez anecdotique. Neill Blomkamp a un univers et des idées mais il n'est pas un très bon metteur en scène, ni scénariste et encore moins un bon directeur d'acteurs. Tout manque de virtuosité, de densité et surtout d'incandescence dans son travail. Il ne se démarque de la masse que dans ses idées. Le reste est fade. C'est un peu un James Cameron avec des meilleures idées mais qui a du mal à en tirer le dizième de leur potentiel. Frustrant non ? En plus qu'il a la tremblote à en donner le mal de mer et l'action elle même n'est pas vraiment d'une innovation débordante. Chappie est pour moi bien loin d'être un bon film de Science Fiction. C'est un agréable divertissement qui est toujours plus recommandable et mieux construit que ses deux précédents films. L'effet deux en un n'a jamais été aussi efficace que pour le cas du futur réalisateur d'Alien 5. Même si je pense que le cinéaste a du travail pour arriver à signer un bon opus de la fameuse saga, le choix s'avère cohérent. Affaire à suivre.


Note : 5,5 / 10

dimanche 22 février 2015

Jupiter : Le destin de l'Univers ( Jupiter Ascending )



Réalisation et scénario : Andy et Lana Wachowski
Durée : 2 h 
Interprétation : Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, 
Genre : Pot vraiment pourri

Synopsis

Jupiter, une jeune femme employée de ménage avec sa famille, attire bien des convoitises auprès des grands puissants de l'Univers. 

Cloud Atlas est pour moi un projet ambitieux qui au final s'avère une longue et paresseuse série au ton pompeux aux grandes allures nanardesques. Tout se repose sur son concept. Un peu comme si c'était une réponse au cinéma de Nolan avec Inception, cela se veut intelligent alors que pas du tout. Avec Jupiter Ascending je pense vraiment que les Wachowski devraient arrêter le cinéma pour se reconvertir dans la série. Leur film est une immense bande annonce vide de deux longues heures d'une série aux plusieurs saisons. Tout est tellement pris au sérieux (les Wachowski ne sont pas brillants en humour) que cela en fait un navet dont seul l'humour était la solution clé pour rendre le spectacle intéressant.

Jupiter Ascending n'a bien entendu pas la même forme, ni le même fond que Cloud Atlas mais reste toujours une série de science fiction très ambitieuse compactée en format long métrage. Au final j'en suis ressorti dans le même état : épuisé de ce spectacle creux, artificiel et ringard. Le scénario ne possède aucune coupe, aucun élagage ni de véritable clarté hormis une histoire d'amour aussi commerciale que mauvaise. Un flot d'intrigues tombent sur la tête du spectateur tel un saut d'eau. Effectivement c'est la douche froide pour ce dernier car aucunes des différentes histoires ne sont développées ni abordées de manière concises et honnêtes. Aucune intrigue ne prend l'ascendant sur les autres et en plus on se contrefout de tous les personnages tous présentés à l'arrachée. Jupiter est un personnage plat et contradictoire. Mila Kunis n'y croit pas et nous non plus. Elle est dans la merde et fait tout pour en sortir, tout comme nous, même si c'est plus facile de quitter la salle comparé a cette bouillie foutraque dans laquelle elle est engluée. Ce patchwork grossier de Matrix et Cloud Atlas est un spectacle technique épuisant par sa vitesse et sa niaiserie où le too much finit par avoir finalement son dernier mot. Rapidement tout prend le chemin du nanar technologique à la mode, peut-être plus référencé que les autres mais tout aussi vain.

Il est surtout agaçant de voir un pot pourri si massif défiler de manière si peu convaincante devant nos yeux. Pour des scénaristes comme les frères Wachowski c'est même lamentable. Tout est bien trop référencé pour en être original, tout manque de travail, de subtilité de crescendo, de crédibilité et surtout de cohérence. L'ensemble est honteusement emballé et pesé comme un blockbuster tout ce qui a de plus classique. La mise en scène et son mauvais scénario essaient tant bien que mal de remplir la durée du film d'un maximum d'informations qui donnent envie à en savoir plus dans les pistes lancées. Seulement on aura que trop peu de clés, des réponses à la va vite qui virent forment des incohérences et des débilités affligeantes. Si on a la sensation au début d'avoir droit à un film des Wachowski libre et à l'aise au final on est largué et agacé car ils prennent tous cela avec trop de sérieux. C'est le gros problème du film c'est de ne pas assumer et de ne pas prendre leur pensum avec humour. Même pour la scène en référence à Brazil de Terry Gilliam (avec le réalisateur même en train de jouer dedans d'ailleurs) c'est mou du genou et terriblement fade. La grande impression qu'elle n'est là que pour la référence plane aussi. Leur traitement de l'univers capitaliste est vraiment d'une bassesse dégoulinant de cliché mal et peu exploités. On finit par suivre le film finalement comme un nanar, laissant les fans des réalisateurs dans un pensum de leur cinéma et de séries peut-être y trouver leur compte. Ce sera sans moi, pour ma part au bout d'une heure j'étais sur le banc de touche et j'ai trouvé le temps long. Un spectacle vide, sans ton avec un petit savoir faire de montage où il n'y a que des références et plus aucune audace. Tout m'a profondément attristé. Les acteurs eux aussi ne sont pas brillants, tous jouent de manière plate ou dans le sur jeu too much, on peut parler de naufrage en tout point.

Dans leurs deux premiers films, Bound et Matrix, les Wachowski avaient déjà des références bien appuyées et assumées mais avaient de l'audace et des scripts qui revisitaient audacieusement le genre. Tellement que Matrix est devenu culte non pas par hasard. Depuis que les budgets de leurs films sont bien plus élevés, on ne voit qu'un développement technique plutôt bien exécuté le jour de la sortie. Leur cinéma au final est à l'image leurs deux suites de Matrix, des blockbusters d'actions au scénario plutôt paresseux et répétitif bourrés d'effets spéciaux. Depuis ils veulent toujours faire visionnaire mais en oublient le script et c'est une grosse erreur. On voit clairement que les Wachowski s'intéressent plus aux effets spéciaux qu'à faire vraiment du cinéma. Faire une série ou un film a tout petit budget comme leurs deux premiers longs métrages pourraient sauver encore leurs talents de conteur. S'ils n'ont pas déjà épuisés toutes leurs cartes depuis Matrix, ce qui au fond ne m'étonnerait pas du tout.


Note : 2 / 10