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mardi 10 janvier 2017

Gangs of New York



Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Kenneth Lonergan, Steven Zaillan et Jay Cocks
d'après le roman de Herbert J.Asbury
Interprétation : Leonardo DiCaprio, Cameron Diaz, Daniel Day Lewis, John C.Reilly, Liam Neeson, Jim Broadbent, Bredam Gleeson...
Genre : Fresque tronquée

Un peu comme La dernière tentation du Christ on peut parler de film maudit pour Martin Scorsese. Mainte fois repoussé, Gangs of New York se réalise trente ans après les premières ébauches de scénario du cinéaste. Lors de l'écriture, les frères Weinstein veulent avoir le dernier mot encore une fois. Pendant le tournage les producteurs coupent les fonds ce qui enlèvent des centaines de figurants par jour obligeant à changer les planning et plans du cinéaste en permanence. Quand le film doit sortir sur les écrans c'est la semaine suivante du 11 septembre 2001. Il était donc hors de question de sortir un film de violence en plus sur New York pendant cette période. La sortie est donc repoussée de deux années. A savoir aussi que tous les costumes du film ont disparu dans les attentats de New York, ils étaient stockés proche du World Trade Center. 

Gangs of New York était attendu au tournant mais il arrive malheureusement après Raging Bull, Les Affranchis, Le temps de l'innocence et surtout Casino. Si Scorsese bien entendu ne se contente pas de faire de la redite dans sa mise en scène, la multitude de thèmes présents dans le scénario, tous purement Scorsesien, nous font attendre à son chef d'oeuvre. Malheureusement il n'en sera pas le cas à cause de ses nombreuses parties tronquées qui donnent un film inachevé, ceci malgré de beaux morceaux de bravoure. Quand on visionne et revisionne le film, on se retrouve devant du bon cinéma surtout par le talent du cinéaste et la prestation exceptionnelle de Daniel Day Lewis. A eux deux ils sont les deux grands monsieurs qui donnent un rythme cardiaque à un scénario qui hésite du début à la fin entre la trame classique et historique et le pur film de vengeance et religieux. 

Malgré tout cela on voit que le sujet passionne le cinéaste. Martin Scorsese n'oublie pas de renouveler sa mise en scène avec une bataille en introduction qui reste dans les mémoires et de rester un superbe metteur en scène de tragédie humaine jusqu'à la fin. A chaque séquence du film on ressent la force, le charisme de faire un grand film mais la structure et la durée n'est pas suffisante. C'est un peu comme la même impression que l'on a quand on oppose DiCaprio et Day Lewis : on a d'yeux que pour Bill Le boucher, le second rôle, soit le sous texte du film. Cameron Diaz a son rôle le plus important de sa carrière mais reste oubliable car son personnage n'est pas assez bien développé. Pour la première collaboration de DiCaprio avec Scorsese, le personnage est pas mal mais son interprétation un peu lisse. On apprécie tout de même un casting grandiose et choisit avec soin. Robert De Niro devait jouer à la place de Daniel Day Lewis mais finalement c'est mieux comme ça,. Ce dernier donne une autre dimension, une autre étiquette qu'un Scorsese De Niro a un film qui n'avait pas besoin de ça. 

Un peu à l'image de Ragtime de Milos Forman, Gangs of New York fascine autant qu'il frustre par ses nombreuses pistes scénaristiques sabotées. On est pas dans les grandes fresques intenses de Sergio Leone mais dans des films qui mériterait deux parties, comme 1900 de Bernardo Bertolucci. On note quand même de manière générale un savoir faire agréable et un beau moment de cinéma, bien meilleur que beaucoup de films que l'on a l'habitude de voir sur les écrans. De bons dialogues, une belle mise en scène et des acteurs qui font le boulot, on ne peut pas dire que le fond ne soit pas traité non plus. Il met en avant cette époque où New York n'était qu'une grosse pomme bien pourrie (comme une mafia) par des différents pays européens. L'époque est passionnante, le film est trop court et classique pour en faire un grand film, surtout quand on sait que c'est Martin Scorsese derrière la caméra. 

Je considère ce film comme un bon Scorsese (j'aime tous les films du cinéaste cela dit mais pour des raisons différentes) mais qu'il aurait été bien meilleur si les scénaristes et lui même avaient eu plus de temps et de moyens de mieux développer ce projet. Une fresque malade mais qui offre une dose de grand cinéma non négligeable. Oui l'intrigue principale n'est pas aussi intense et intéressante que les intrigues, les détails secondaires mais s'il y a bien un personnage purement dans la trempe des plus grands films du cinéaste et qui n'est pas raté c'est celui de Bill le Boucher. La confrontation et le film même se résume à une scène géniale quand Daniel Day Lewis demande à DiCaprio de se présenter. Il répond "Amsterdam" quand Bill le Boucher en riant lui répond "I'm New York". 

Note : 7 / 10


mardi 8 décembre 2015

Les Cowboys



Réalisation : Thomas Bidegain 
Scénario : Noe Debre et Thomas Bidegain
Durée : 1 h 40
Interprétation : François Damiens, Finnegan Oldfield, John C Reilly...
Genre : Western moderne

Synopsis

Kelly, 16 ans, disparaît un jour sans laisser de nouvelles. Elle part avec un islamiste radical. Pendant des années, son père et son frère vont essayer de la rechercher. 

Thomas Bidegain est un scénariste très talentueux et pour son premier film, c'est avec sa force narrative qu'il va particulièrement marquer les esprits. Référencé par les classiques du western et inspiré du style de Jacques Audiard, Les Cowboys est un film surprenant qui vaut le coup d'oeil. 

Sans vouloir trop spoiler, le film est surprenant par son cheminement, un peu comme dans le dernier Audiard primé à Cannes. Partagé en deux parties liées mais au style complètement différents, le scénario prend des risques et ne manque pas de nous surprendre. Car oui s'il y a un mot qui définit ce film est la surprise. On est dans un polar qui vire au western moderne mais avec un retournement inattendu au milieu du film. Sacrément culotté, le scénario continue à l'être par un superbe traitement du temps et de la violence. 

On retrouve les références des œuvres maîtresses du western comme La prisonnière du désert de John Ford jusqu'au film bien plus moderne comme True Grit des Frères Coen. Sans jamais entrer dans le convenu, le cinéaste soigne son scénario et ses tours de forces avec une application réjouissante. Le film manque la force d'un cinéaste comme Audiard mais il possède la démarche et une élégance bien à lui dans tous les chemins qu'il aborde. L'émotion fonctionne grâce à une interprétation brillante des comédiens et une belle direction. 

Le sujet du film est d'actualité brûlante mais il est beaucoup plus profond et distant que le simple brûlot actuel. Simplement car les raisons du départ de la fille restent inconnues jusqu'à la fin pour laisser place à bien d'autres questions. L'autre partie bien intéressante, c'est que l'histoire s'étale sur plusieurs années laissant place à pas mal de psychologie et de non dit sur les personnages. 

Je conseille de voir ce film qui a de l'audace et qui sait surprendre son public tout en traitant de manière honnête un sujet assez difficile. Si on retient plus la démarche et certaines prises de risques que le film en lui même, Les Cowboys est un film à découvrir simplement parce qu'on a trop rarement l'occasion de voir cela en France. 

Note : 7 / 10

vendredi 30 octobre 2015

The Lobster



Réalisation : Yorgos Lanthimos
Scénario : Efthimis Filippou et Yorgos Lanthimos
Durée : 1 h 55
Interprétation : Colin Farrell, Rachel Weisz, John C Reilly, Ben Whishaw, Olivia Colman, Léa Seydoux... 
Genre : Chantilly qui retombe

Synopsis

Dans un futur proche, toute personne célibataire est arrêtée. Ils sont transférés dans un Hôtel et ont 45 jours pour trouver leur âme sœur. Passé ce délai, ils seront transformés en l'animal de leur choix. Pour échapper à ce destin, certains tentent de s'enfuir et rejoindre les Solitaires, un groupe de Résistants dans les Bois. 

On ne peut nier et que saluer l'originalité de The Lobster. Avec un grand casting, le futur proche de ce drôle de film est habilement décrit et plutôt intéressant. Le ton oscille entre violence et humour sans vraiment de prétention et ne retombe jamais dans des facilités narratives. Cependant il est dommage qu'au bout d'une heure, le scénario et la mise en scène perdent leur vitalité et surtout de leur inventivité. Un ennui polit s'installe et on se retrouve une nouvelle fois devant à un long métrage qui aurait fait un excellent court. 

C'est le premier film du réalisateur que je visionne, je ne pourrais comparer. Le style est ici est lent, les dialogues et la mise en scène plutôt soignés et on remarquera un style bien particulier. Ce dernier n'est pas désagréable mais un peu hermétique, par moment percutant et souvent maladroit. On se balade tranquillement et sérieusement avec des pointes de dérisions absurdes aussi savoureuses que violentes. Un peu comme si le cinéma d'Haneke et de Jeunet avaient fusionnés en un.

The Lobster pour moi est une plongée dans un exercice de style qui manque d'idées et de surtout de force. Le scénario alterne les scénettes plus ou moins bonnes et utiles à l'histoire. Les thèmes sont intéressants mais manquent de cohésions et de finesses entre eux. Rapidement on s'ennuie autant que séduit par ce monde plutôt surprenant. Si la frustration ne m'a pas envahie avant l'heure et demie, il est quand même regrettable de trouver un cinéaste qui prenne autant son temps à placer son histoire et ses idées. Ni comédie, ni dramatique, ni thriller, ni film romantique, The Lobster n'est rien de tout ça mais pioche un peu tous les genres. A force de s'étaler, l'idée, l'univers s'évente et on se retrouve un peu à la place du personnage interprété par Colin Farell (brillant au passage) : passif. Un peu comme Her de Spike Jonze, tout repose sur le concept et l'interprétation du personnage principal. 

Dans la seconde partie, le film ne décolle pas et reste toujours démonstratif à dépeindre l'univers et les thèmes. Il cherche encore et jusqu'à la fin à nous décrire ce futur proche dans le camps adverse, celui des Solitaires. C'est intéressant mais vraiment ennuyeux surtout que le cinéaste n'est ni beau, ni touchant et ni prenant dans ce qu'il nous montre. Il préfère nous raconter une histoire d'amour bien plus convenue que le reste. Si la forme reste cohérente, le fond lui s'assagit et les personnages se dévoilent et perdent de leur charisme et ambiguïté. La musique répétitive ne surprend plus, le montage n'a plus grand chose à nous offrir de neuf. Tout à fait le genre de film qui a l'effet d'une chantilly : au début c'est beau et dense mais c'est éphémère. Puis ce n'est pas en prenant Léa Seydoux que cela va arranger la donne. Au contraire, une fois de plus elle brille par son non talent absolu.

The Lobster est un film avec une idée principale très bonne mais qui s’essouffle car tout repose dessus pendant deux heures. Comme l'idée est plaisante cela peut paraître bien si l'on compare à la pauvreté des idées originales qui sortent dans les salles ces temps-ci. Cependant c'est trop long car le traitement tourne vite à vide, l'exercice de style est ennuyeux et irrégulier. Une bonne idée ne fait pas forcément un bon film. 

Note : 4 / 10