dimanche 16 octobre 2016

Juste la fin du monde



Réalisation et scénario : Xavier Dolan
Tiré de la pièce de théatre de Jean-Luc Lagarce
Durée : 1 h 35
Interprétation : Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Marion Cotillard...
Genre : Hysteria 

Louis, un écrivain célèbre, revient après douze ans d'absence dans sa famille pour annoncer sa mort prochaine. 

Réalisé dans l'attente de son premier film américain, le jeune cinéaste Xavier Dolan s'attaque (ou se précipite) dans une adaptation de pièce de théâtre avec un casting francophone qui laisse pantois. 

Juste la fin du monde a la mérite de diviser le public et de suivre un procédé de mise en scène du début à la fin. L'ensemble est un insupportable concentré des Amours Imaginaires et des points négatifs de Tom à la ferme. Le montage et le concept de filmer en gros plans les personnages sous toutes les coutures de manière rythmée (et par moment clippée bien entendu) donnent une forme reluisante à un scénario creux et des dialogues miteux. L'ensemble est fumeux. 

Le sujet de base est interessant mais absolument aucun thème n'est abordé ni décemment développé. Le film repose uniquement sur des performances d'acteurs car l'écriture, le style, les quelques messages sont dans un style pompier et hystérique qui m'a souvent donné envie de quitter la salle. Les personnages sont enfermés dans leurs clichés et leur superficialité pour notre plus grand malheur. Les acteurs sont là pour le meilleur et le pire à la fois. Si Marion Cotillard s'en sort le mieux, c'est aussi parce que son personnage est vraiment sous exploité. Gaspard Ulliel est bien car il reste sobre, sa voix comme dans Saint Laurent temporise l'ensemble de l’hystérie générale. Forcément, un peu de calme c'est agréable. 

Vincent Cassel n'a plus besoin de prouver qu'il est un grand acteur mais il s'efforce une nouvelle fois d'en faire des tonnes pour le prouver mais aussi meubler le vide de son rôle. Un peu comme le film lui même d'ailleurs, tout est une coquille vide bien emballée. Une nouvelle fois l'acteur de Mesrine fait un show à la limite du ridicule mais parfois réussit à rendre crédible un personnage très mal écrit lui aussi. Quant à Nathalie Baye et Léa Seydoux, c'est tout simplement la définition de la catastrophe. Quand elles apparaissent, c'est tout simplement une bande démo d'actrice jouant des clichés qui se déroule devant nos yeux. Tout cela fait peine à voir. Déjà je trouve que ce sont des actrices que je trouve au au talent limité. Chez Dolan c'est simplement indigeste. 

Indigeste, c'est bien ce qui résume mon impression générale de la projection de Juste la fin du monde. Alors oui je comprends qu'on puisse aimer, je reconnais la qualité de mise en image assez inédite. C'est juste que moi je n'aime pas, je n'ai trouvé aucune subtilité ni finesse dans quoique ce soit. Xavier Dolan y met du cœur et son cinéma est sincère. Seulement c'est vain et très mal écrit. Son style m'insupporte. Le concept trouve rapidement ses limites ne pense rapidement qu'à meubler la non écriture de son film. Rien est réadapté de la pièce sauf la façon de filmer, un exercice de style peu réfléchi en quelque sorte. Pour cela mettre des tubes de musiques qui ne collent pas avec le sens du film sont une nouvelle fois une tare qui tâche dans son cinéma. Le pire revient à la musique de fin qui fout en l'air  et ridiculise sa seule mini tentative de faire quelque chose. 

Mommy ou Lawrence Anyways (aussi longs et pompeux par moment soient ils) possèdent des sujets bien mieux exploités qu'ici. Tom à la Ferme est une autre adaptation d'une pièce de théâtre pas assez aboutie mais où le cinéaste tentait au moins des choses. Ici tout repose sur un concept limité, des acteurs en roues libres et des clips musicaux qui dénotent. Bref il y a tout ce que je n'aime pas chez Dolan dans ces précédents films, et surtout comme Les amours imaginaires. Je n'espère plus rien de ce cinéaste, c'est son style que je n'aime pas. Je laisse désormais aux tout cela aux fans dont je ne fais définitivement pas parti.

Note : 2 / 10

samedi 24 septembre 2016

Le Festival Lumière fera t-il peau (De)neuve ?











De plus en plus attendu par de nombreux passionnés de cinéma, voilà le retour du Festival Lumière à Lyon du 8 au 16 octobre. Le Prix Lumière sera cette année décerné à la célèbre actrice française Catherine Deneuve. La grande qualité de ce festival reste l'absence de compétition entre les films et se déroule sous la bonne étoile de l'hommage. Après Gérard Depardieu, le festival décide donc une nouvelle fois de mettre à l'honneur le métier d'acteur plutôt que celui du cinéaste. Je trouve ça dommage car je pense fortement que les réalisateurs méritent d'être plus mis en "Lumière" que les acteurs. On retiendra avant tout que Catherine Deneuve sera la première femme primée. Pour l'occasion, un cycle consacré aux actrices est programmé : La cité des femmes (Les actrices d'Hollywood de 1930 à 1950).

Non le Festival Lumière ne fait pas peau neuve. Sans pour autant avoir un mauvais programme, il reste dans la lignée de ce que propose la Cinémathèque Française et l'Institut Lumière tout au long de l'année. Ce qui est très décevant finalement. Beaucoup de bons films sont diffusés mais ce sera dur d'en trouver au dessus des années 70. Heureusement que Quentin Tarantino nous a préparé une sélection spéciale films 70's. Cette année des conférences deviennent payantes et comme les années précédentes les billets de cérémonie de clôture partent comme des petits pains pour être revendus le triple sur internet quelques temps après. Tout n'est pas au point c'est vrai mais vous me direz tant que la bonne ambiance est là, c'est l'essentiel. Le festival Lumière devient de plus en plus prisé et devient un peu comme celui des Nuits de Fourvière. Le problème reste que le festival est vendu par Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier depuis le départ comme accessible à tous. J'ai bien peur qu'il ne le soit plus si de grandes personnalités comme Woody Allen ou Steven Spielberg débarquent.

Je ne vais pas vous conseiller d'aller voir quoique ce soit car il y en a pour tous les goûts. La nuit Bande de Potes est décevante, je ne comprends pas du tout l’intérêt ni le choix de ces films, si ce n'est satisfaire toutes les décennies avec des produits purement générationnels. La seule véritable surprise reste la venue de Walter Hill, un réalisateur de série B, qui a réalisé Les Guerriers de la Nuit (The Warriors). Ce sera le maigre lot de consolation quand on voit la petite sélection de films avec Catherine Deneuve. Une grande déception également car on a quelques films mais pas de véritable redécouverte, excepté peut-être Tristana de Luis Bunuel. Tout cela est bien maigre.



Roman Polanski : « Travailler avec elle est comme danser le tango avec une cavalière farouche. »

Et Catherine Deneuve dans tout ça ? Même si je ne suis pas non plus un grand fan de cette actrice, il est indéniable qu'elle a marqué le cinéma français. Elle est l'icône absolue du cinéma français des années 70 à aujourd'hui, tout comme Gérard Depardieu. Ces deux monstres vont d'ailleurs se retrouver en tête à tête une dixième fois prochainement dans Bonne Pomme de Florence Quentin. Leurs retrouvailles sont toujours sympathiques à l'écran. Catherine Deneuve commence sa carrière un peu comme une compétition avec sa sœur Françoise Dorléac, soit toutes les deux dans les premiers essais cinématographiques de Roman Polanski. Catherine Deneuve joue donc dans Répulsion (photo ci dessus) et y trouve le rôle qui a véritablement lancé sa carrière. Parfaitement dirigée, elle est impressionnante à l'image du film. Le réalisateur de Chinatown joue avec la beauté plastique et la diction particulière de l'actrice pour en tirer un personnage décalé, borderline et à la folie envoûtante. Le jeu de l'actrice, déjà assez maniéré, participe à ce voyage dans la folie particulièrement troublant. Cinquante ans après sa sortie, nous ne sortons toujours pas indemne de ce grand film à ne pas rater. Le principal défaut dans la suite de la carrière de l'actrice sera d'imposer rapidement son jeu à ses personnages et de ne pas avoir un metteur en scène suffisamment imaginatif et doué pour l'utiliser à bon escient. Le classique de Luis Bunuel Belle de Jour reste également remarquable sur bien des points. L'actrice reste du début à la fin d'une froideur absolue et laisse une psychologie et un message ambiguë sur le sadomasochisme et le sexe. Une nouvelle fois l'actrice contribue à la force du message et du style du film. Pour le reste, presque chaque fois que je vois un film avec Catherine Deneuve je n'arrive pas à voir un autre personnage que Catherine Deneuve. Ces reproches n'ont rien à voir avec ses prestations et encore moins ses choix de carrière mais souvent je trouve ses rôles trop sur mesure. Après ce n'est pas très objectif et je sais que c'est une question de goût. J'avoue juste que la plupart de ses rôles et compositions me laissent indifférent.

Je reste persuadé que sans la disparition prématurée de Françoise Dorléac, Catherine Deneuve n'aurait pas aujourd'hui une telle notoriété. Quand on revoit Cul de Sac de Roman Polanski, il y a des grandes chances que la grande Catherine soit passée dans l'ombre de sa sœur Françoise. Ce film complètement fou est porté par un scénario et ses deux acteurs incroyables (Donald Pleasance, acteur souvent oublié) et une Françoise Dorléac impressionnante du début à la fin. Cette dernière possédait à 24 ans seulement un jeu époustouflant capable de passer dans tous les registres en un claquement de doigt. Un peu ce que l'on retrouve dans le dernier film du cinéaste La Vénus à la fourrure. D'ailleurs je suis d'ailleurs assez déçu que Cul de sac ne soit pas dans la sélection des films choisis par Deneuve. Elle qui doit tant à ce réalisateur et rend souvent hommage à sa sœur (elle a écrit trois livres sur sa disparition), c'était une occasion de le diffuser. N'enlevons tout de même pas le talent de Catherine Deneuve car elle en a, avec un charisme et charme certain. Cependant je trouve que c'est encore dans la comédie que son style correspond le mieux. François Ozon avec Huit femmes et Potiche l'a bien compris ainsi qu'auparavant Jean-Paul Rappeneau avec ses films La vie de château et Le sauvage. L'actrice a joué dans de nombreux films et aujourd'hui encore beaucoup ne sont pas disponibles en support. C'est pour cela qu'il est bien dommage que le festival ne nous propose pas d'en redécouvrir des introuvables.





Dino Risi "J'ai failli devenir psychiatre et puis j'ai compris, après avoir passé six mois dans un asile de fous que ce n'était pas pour moi. Je suis certes resté dans un asile de fous, mais celui-ci est plus amusant : Le cinéma"

Je vais finir par vous parler d'un film de Dino Risi à redécouvrir absolument car on y trouve notamment une excellente Catherine Deneuve. Il s'agit d'Ames perdues, une rareté dont j'estime que le Festival Lumière se devait de projeter au moins une fois. Tino est un étudiant en Art à Venise qui se fait héberger par son oncle et sa tante qu'il ne connaît pas. Dans l'immense demeure, des bruits étranges l'inquiète de temps à autre. Il se rend compte que quelqu'un vit dans le grenier. Son oncle et sa tante lui disent alors que c'est un membre de la famille subitement devenu fou et qui s'y retrouve enfermé pour leur sécurité et la sienne. Tino va donc essayer d'en savoir un peu plus, à commencer par le passé de ce couple étrange. Pourquoi ne pas envoyer cet homme dans un asile ? Pourquoi ce couple cherche à cacher cet homme ?

Réalisateur de comédies comme Le Fanfaron et à sketchs Les Monstres, Dino Risi était voué à devenir psychiatre mais il est finalement devenu cinéaste. Parmi ses nombreux films, Ames perdues est celui qui parle le plus directement de la psychologie et de la psychanalyse. Sorti de son succès critique Parfum de femme, le cinéaste reprend son acteur fétiche Vittorio Gassman et nous plonge cette fois dans une Venise ténébreuse. La ville inondée et le couple sont filmés comme les vestiges détruits et hantés par le deuil et le déni. Avec l’hôpital psychiatrique en toile de fond, les décors et le sujet rendent une atmosphère anxiogène jusqu'au dénouement final, d'une grande force émotionnelle. Le cinéaste peut compter sur ses brillants dialogues et ses acteurs époustouflants pour emporter le public dans les secrets de ce couple mystérieux et envoûtant. 

Comme dans Parfum de femme, Vittorio Gassman est une nouvelle fois impressionnant avec un jeu tout en nuance, entre puissance et finesse psychologique donnant une dimension pour le moins particulière au film. En face de lui, il y a la belle Catherine Deneuve, aussi angélique que paumée. Détruite, humiliée en permanence par son mari, cette belle blonde se laisse vivre et écraser à cause d'un terrible secret qu'elle nous cache et renie totalement. Est-elle coupable ou victime ? Tout comme le vrai du faux, la frontière reste mince. Ce couple a perdu leur fille unique, il y a quelques années et le thème du deuil est traité de manière plus ou moins frontale. Ecrit de manière pudique et avec une grande élégance, le scénario nous installe tranquillement une intrigue à tiroir à la manière des grands thrillers psychologiques. Le suspense et le voile se lève progressivement jusqu'au magnifique final poignant.


Ames perdues est un film remarquable par son interprétation subtile et intense de l'ensemble de ses comédiens. Catherine Deneuve y est merveilleuse et particulièrement ambiguë. Rarement elle a été aussi bien dirigée et dans un personnage si bien écrit. Il serait dommage de se priver d'un scénario aussi passionnant et de son rythme précis et fluvial. Il est à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Quant au travail de Dino Risi il est tout simplement fabuleux. Le cinéaste réalise ici esthétiquement son plus beau film. Les plans, le montage et la musique sont tous en symbiose avec l’atmosphère pour former un bijou de cinéma. Le film fête ses quarante ans cette année et ne vieillit absolument pas, contrairement à par exemple Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg également dans le même registre. Ce grand film se range dans les films psychologiques des années 70's avec le Giallo culte de Dario Argento Les frissons de l'angoisse, d'ailleurs c'est le même scénariste. Il fait parti des nombreux films inspirés par Psychose et Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock avant le fameux Pulsions de Brian De Palma. Le dvd est disponible sur Amazon assez facilement et vaut vraiment l'investissement. Non seulement le festival Lumière ne fait pas peau neuve mais il mérite un véritable bonnet d'âne de nous priver de la ressortie de cette pépite.

Bon festival à tous ! 



     

dimanche 18 septembre 2016

Frantz




Réalisation et scénario : François Ozon
Durée : 1 h 50
Interprétation : Paula Beer, Pierre Niney, Anton Von Lucke, Ernst Stotzner...
Genre : Qui va à la Guerre, perd sa mégère

Synopsis

Au lendemain de la Grande Guerre, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le Front. Mais ce jour-là, un français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. 


Presque dix ans après Angel, Frantz annonce le retour de François Ozon dans une production européenne. Cette fois c'est un remake d'un film d'Ernst Lubitch Broken Lullaby qui permet au cinéaste de se replonger dans les reconstitutions d'époques et la romance. Le résultat est beaucoup plus classique et académique que les derniers essais du cinéaste mais très référencé et élégant. Une réussite qui n'atteint pas la grâce d'un film comme Carol sorti en début d'année.  

Cet académisme met autant en valeur les points forts du scénario qu'il le dessert. Tout reste propre, très beau et maîtrisé mais le trouble, les différentes passions ou mensonges restent dans l'ensemble trop en retenue pour flamboyer comme dans les grands Kazan Polanski ou récemment Todd Haynes. Je reproche à François Ozon d'être trop respectueux et de manquer de personnalité, ne laissant presque que la part belle à l'interprétation. Pierre Niney et Paula Beer véhiculent toutes les émotions, ils sont incontestablement beaux et excellents. Le cinéaste se contente de s'accrocher à ses eux deux au point d'en oublier presque tout le lyrisme de sa mise en scène. Heureusement le scénario est bien écrit, les dialogues sobres et subtils, le noir et blanc et la belle partition de Rombi (quand ce n'est pas Chopin) nous offrent une forme de qualité. C'est très beau mais l'ensemble manque de personnalité et de cachet. Un grand fossé avec les essais précédents du cinéaste qui fusent et parfois même débordent de tentatives au point de dérouter le grand public.

De manière générale je trouve d'assez regrettable que le cinéaste ne s'approprie pas plus les thèmes du deuil, de l'absence, de l'amour impossible et surtout le trouble que le cinéaste connaît et exerce si bien. Un peu comme si Ozon n'était pas maître de son film, la mise en scène suit sagement et sobrement un scénario classique. Le ressenti du film à Césars, Oscars se ressent mais l'hommage est plus sincère et subtil que par exemple The Artist. Ce dernier dans son genre n'est pas vraiment brillant contrairement à Frantz dans le drame romantique qui se défend bien. On peut reprocher au cinéaste de ne pas souvent aller au bout des choses parce qu'il nous transporte souvent de belle manière. Avec Frantz le cinéaste c'est l'inverse, il nous ballade gentiment mais ne va pas non plus au bout des choses, cette fois dans les émotions ce qui est un comble pour un drame sentimental. Le film reste quand même un produit de qualité que je recommande, surtout pour la rareté de son contexte historique. 

Note : 7 / 10

dimanche 31 juillet 2016

Elvis & Nixon




Réalisation : Liza Johnson
Scénario : Joey Sagal, Hanala Sagal et Cary Elwes
Durée : 1 h 20
Interprétation : Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer, Johnny Knoxville, Colin Hanks, Evan Peters... 
Genre : Inutile

Synopsis

Retour sur la brève entrevue entre le président des Etats-Unis Nixon et la légende Elvis Presley. 

L'anecdote originale est hélas bien plus drôle que ce film décevant. Contrairement à la bande originale, le scénario et la mise en scène sont sans saveurs, parfois d'une totale insipidité, faisant cette rencontre historique un petit téléfilm sans aucune âme dont le postulat de départ était trop léger pour des scénaristes pas inspirés. 

L'ennui est en partie sauvé par deux immenses acteurs que l'on ne présente plus et qui sont au centre de l'affiche pour seulement vingt minutes de face à face. Spacey et Shannon s'approprient donc comme ils peuvent des personnages peu approfondis, quand ils ne sont pas à la frontière du ridicule. On est dans le comique de situations et le grotesque pas si bien assumé par la réalisatrice, où les comédiens sont les seuls à faire le boulot. Ils en font des caisses mais leurs charismes rendent l'ensemble plus ou moins cohérent. 

Même si je n'attendais pas grand chose de ce film, c'est une déception car il y a de belles choses à faire sur le sujet. Historiquement le contexte est passionnant, le choc des deux générations, des pouvoirs médiatiques et politiques, entre ces deux hommes l'est tout autant. Il est bon de souligner également que cette anecdote est absente dans les deux biopics consacrés sur Nixon (Oliver Stone) et Elvis (John Carpenter), ce qui serait une occasion bien sympathique  de ce film de se démarquer d'eux. On est hélas bien loin de la qualité ces films, si ce n'est que d'avoir des grands acteurs dans les rôles titres. 

Michael Shannon interprète un Elvis plutôt convaincant car il le fait à sa manière. Le King était dans une période où il était en train de décliner lentement du statut d'icône en objet publicitaire pour beauf américain. Shannon le montre avec une certaine classe bien à lui en ajoutant un peu de folie et de dérision malgré des dialogues faiblards. Quant à Kevin Spacey, (je n'ai pas vu House of Cards et je le regrette) il grime à mort un Nixon reconnu pour être un homme assez controversé. L'acteur sait qu'il ne joue que vingt minutes à tout casser et qu'il peut en faire des tonnes ça ne fera pas de mal à son image. Chose qu'Anthony Hopkins ne pouvait pas se permettre bien entendu dans le film d'Oliver Stone, un de ses meilleurs rôles d'ailleurs. 

Dieu merci il n'y a pas de larmoyant (ce serait un très mauvais film à Oscars) mais je ne vous recommande pas pour autant le visionnage. Même si le film est court, il ne possède que peu de qualités et surtout finalement aucun intérêt. 

Note : 3 / 10



lundi 25 juillet 2016

Comme des bêtes ( The Secret Life of Pets )




Réalisation : Chris Renaud et Yarrow Cheney
Scénario : Brian Lynch, Cinco Paul et Ken Daurio
Durée : 1 h 25
Avec les voix de : Philippe Lacheau, François Damiens, Florence Foresti, Willy Rovelli...
Genre : Dog Story

Synopsis :

Max est un chien heureux jusqu'à ce que sa maîtresse lui amène, Duke, un chien venant de la fourrière. C'est la guerre entre eux jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux obligés de collaborer ensemble pour rentrer chez eux après s'être égarés dans New-York. 

Il y a un an sortait Les Minions Le film, un carton mondial, que déjà les studios Sony présentait le premier teaser de The Secret Life of Pets. C'était tentant jusqu'à une seconde bande annonce plus décevante, narrant une histoire plus classique. Comme des bêtes s'impose cependant comme un excellent divertissement et confirme que les Studios Sony sont quelque part entre Dreamworks et Pixar, du film d'animation drôle et malin pour toute la famille. Souvent toute l'émotion reste sobre et juste comme il le faut sans entrer dans les clichés. 

Les scénaristes cette fois trouvent le bon équilibre entre action, humour, émotion et buddy movie efficace, un peu comme Le monde de Dory. Les scénaristes ne manquent pas de référencer le film avec des classiques (de La fièvre du Samedi soir à Grease en passant par La Planète des Singes ou encore Certains l'aiment chaud) ainsi que de nous inviter une nouvelle fois dans un trip sous acide jouissif (la scène des saucisses). Efficace et drôle, on est en dessous de Zootopie bien sûr mais le divertissement est là et c'est ce qui compte. 

Mieux écrit et plus audacieux que Les Minions, on retrouve un peu le charme de Moi, Moche et Méchant, un pot pourri de déjà vu frais et extrêmement bien tenu. Au hasard on a déja vu  des airs du film dans Toy Story, Volt, La véritable histoire du petit chaperon rouge, L'incroyable voyage ou encore l'an dernier avec Shaun le mouton. Une galerie de personnages très drôles et sans pour autant être tous bien développés, généreux en apparition et drôlerie.  

Je n'ai pas vu le film en 3D mais je pense qu'il y a des trucs sympas à voir. En tout cas le divertissement est bien là et profitez en, car ce n'est pas toujours le cas de voir des bons films d'animations qui mêlent aussi bien humour et émotion en dehors des Pixar et Disney. Je recommande. 

Note : 8 / 10

jeudi 21 juillet 2016

La Tortue rouge



Réalisation et scénario : Michael Dudok de Wit
Durée : 1 h 15
Genre : Odyssée poétique 

Synopsis

A travers l'histoire d'un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d'oiseaux, La tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d'un être humain. 

Loin d'une narration classique et sans un seul dialogue, La Tortue rouge s'impose dès le départ à des lieues des standards du film d'animation. Le film est une brillante réussite visuelle et poétique qui vaut le coup d’œil, surtout dans notre monde de brute. 

La Tortue rouge est superbe sur l'ensemble des pistes et sujets qu'il aborde. C'est à la fois philosophique et poétique, nous sommes submergés par une animation sublime. Chacun de vous (du moins je l'espère) sera touché au moins par un passage du film, il y en a beaucoup car c'est simplement le parcours de la vie de l'Etre humain au centre de la narration.

Loin de toutes les multiples versions (et dérivations) du film d'aventures à la Robinson Crusoé ainsi que toutes les morales philosophiques plus appuyées et lourdes que l'on a l'habitude de voir, le cinéaste Dudok de Wit réussit à garder une cohérence et un discours envoûtant et touchant. Toutes les générations s'identifieront à cette aventure humaine avec ces thèmes universels, entre cruauté et bonheur. L'alchimie fonctionne. Il y a cependant quelques petites choses qui m'empêchent de crier au chef d'oeuvre. Je regrette un petit manque de rythme et, une fois passé la mort de la tortue, de scène avec une véritable force dramatique. Même si la musique possède de superbes moments (et un thème principal magnifique), elle n'est pas à la hauteur de la force des thèmes et de la mise en scène. Le compositeur manque d'envolées et parfois de mordant tout simplement. 

Pour mon interprétation personnelle, La Tortue reste le symbole de la nature. Le film parle d'abord de l'opposition puis de l'histoire entre l'Etre humain et de la nature aujourd'hui. Au début la nature est âpre et cruelle mais une fois qu'on découvre sa véritable beauté, on en tombe amoureux. On peut vivre avec et être tout le temps heureux ainsi qu'affronter les catastrophes naturelles. Fantastique en tout point, La Tortue rouge est un des plus beaux film d'amour sur la nature que j'ai eu l'occasion de voir, surtout parce qu'il est loin de tout sentimentalisme. On peut vivre avec la nature à condition de l'aimer et de la respecter. Nous y sommes issus tous et nous l'oublions trop souvent. 

Ce n'est que ma vision et dans le film il y a beaucoup de choses à voir. Le mélange animation belge et des Studios Ghibli est parfaitement complémentaire, la touche de Pascale Ferran au scénario ajoute une touche de surprises et de justesses bienvenue. Un bijou d'animation que je vous recommande, surtout qu'il est assez distribué en salles pour aller le voir facilement. 

Note : 9 / 10

vendredi 15 juillet 2016

The Strangers ( Goksung )




Réalisation et scénario : Na Hong-Jin
Durée : 2 h 30
Interprétation : Kwak Do-Won, Hwang Jeong-min, Chun Woo-hee...
Genre : Polar surnaturel 

Synopsis

La vie d'un village coréen est bouleversée par une série de meurtres aussi barbares qu'inexplicables. Face à l'incompétence de la police, les vieilles rumeurs et superstitions surnaturelles se mettent au premier plan. Face aux esprits maléfiques, seul un chaman peut faire quelque chose. 

The Chaser marque toute la force du cinéma coréen avec un scénario de série B plutôt classique, un peu comme Le point de non retour de John Boorman dans les années soixante. Alors qu'il me manque le deuxième film d'Hong-Jin à voir, The murderer, il est facile de voir que le cinéaste à fait un grand pas depuis son premier film en voyant The Strangers. Memories of murder de Bong Joon-Ho, L'exorciste de William Friedkin et Rosemary's Baby de Roman Polanski sont des références évidentes pour le cinéaste qui nous offre un polar fantastique somptueux sur toutes ses coutures, pour le pire et le meilleur des personnages, mais également du spectateur. 

Ceux qui n'aiment pas les films coréens, The Strangers n'est pas pour vous. Ici comme dans les films de Bong Joon-Ho l'exercice de style est bien là, en permanence et à tous les niveaux. On passe du policier au burlesque ainsi qu'au Fantastique dans une même scène. C'est jouissif, étincelant, intelligent bref pour ma part du cinéma comme on en voit trop rarement, et bien entendu qu'en Corée. Un peu comme le Transperceneige, nous sommes là dans un film qui a des tripes et qui va au bout des choses, que ce soit dans le script ou la mise en scène. Il y a des messages, de l’ambiguïté, de la mise en scène à toutes les séquences. Un pur concentré de références et de souffle cinématographique salvateur qui ne s'arrête jamais. 

Après deux visionnages, le film gagne en puissance car il possède deux épilogues qui se recoupent de manière très intelligente. Le premier clôt de manière forte et virtuose l'intrigue principale, le second ne fait qu'ouvrir des pistes d'interprétations et de réflexions. Le cinéaste maîtrise tous les codes du genre mais avant tout du potentiel de son film. Son langage est pertinent et souvent transcendant dans un genre souvent considéré comme grand guignolesque. En une scène, Hong-Jin renvoit toute la filmographie et les tentatives de James Wan à la poubelle. Avec The Strangers on se retrouve dans le haut du panier, un peu comme Old Boy dans le film de vengeance ou The Host dans le film de monstres. Deux films d'une maîtrise et d'une intelligence folle en tout point de vue et qui possède comme ici une forme et une maîtrise exceptionnelle avec tranchant aussi visuel que narratif et subversif pour le spectateur. C'est très rare. Les codes du film fantastique, du policier, de l'horreur sont tous transcendés, au dessus de tout ce que l'on peut voir depuis des années, surtout si l'on compare avec toutes les nombreuses daubes que l'on peut voir (ou subir) en salles (ou direct en dvd). 

La photographie est remarquable (chef opérateur de Bong Joon-Ho), montage superbe et que dire de la musique si ce n'est qu'elle aussi fait partie des plus grandes réussites du film. Franchement il y a très longtemps que je n'avais pas vu un film aussi brillant dans sa forme et son écriture. Formellement c'est splendide et dans le fond vraiment intelligent, on se glisse entre du Park Chan Wook et du Bong Joon-Ho, du Friedkin et du Sam Raimi côté américain. Tout dépendra de votre goût mais j'y ai trouvé ma came les deux visionnages. Objectivement je crois que l'on peut reprocher au film d'être trop long et même de se fourvoyer sur son final, même si pour ma part je ne trouve pas. Je trouve justement que le cinéaste va au fond de ses démarches, il offre au genre et au cinéma toutes les lettres de noblesses que l'on puisse attendre d'un grand film. Au final, le cinéaste laisse un message extrêmement fort sur la croyance, les a priori, la religion ou encore le racisme tout en jouant sur les illusions. Le scénario n'en fait jamais trop, cela même avec un burlesque au rendez-vous assez souvent. Le frisson est au rendez-vous avant tout, préparez-vous à flipper comme devant Alien et Zodiac. Pas commun hein ? Comme un film coréen. 

Si je devais résumer le film en quelques mots, The Strangers est un très grand film, comme d'habitude trop peu distribué dans les salles (37 seulement) et n'aura pas le succès qu'il mérite. C'est un film choc, culte dont chaque scène et séquence me rassasie de cinéma comme dans les plus grands films que je revois fréquemment. En gros c'est un peu la version coréenne d'Angel Heart d'Alan Parker qui est indispensable à voir pour les fans du genre et du cinéma oriental. Incontestablement la bouffée cinématographique de l'année. 

Note : 10 / 10 

Films similaires

Memories of Murder (Bong Joon-Ho), Zodiac et Seven (Fincher), Jusqu'en enfer, Evil Dead (Raimi), Rosemary's Baby (Polanski), L'exorciste (Friedkin) ou Old Boy (Chan Wook).

Irréprochable




Réalisation et scénario : Sébastien Marnier
Durée : 1 h 35
Interprétation : Marina Foïs, Joséphine Japy, Jéremie Elkaïm, Benjamin Biolay...
Genre : Thriller semi-psychologique

Synopsis :

Sans emploi depuis un an, Constance revient dans sa ville natale. Quand elle apprend qu'un poste se libère dans l'agence immobilière où elle a démarrée sa carrière, elle renoue contact avec ses anciens collègues. Seulement une jeune candidate est retenue à sa place. Constance va tout faire pour récupérer son poste.  

Voici un premier film avec de belles choses dedans dans un genre en plus qui n'est pas vraiment apprécié (ou bien reconnu) en France, le thriller. Toutes ces belles ambitions et intentions ne sont hélas pas assez abouties, parfois trop lourdes et explicatives, pour rendre un ensemble solide et maîtrisé. Beaucoup de pistes manquent de convictions mais le cinéaste ne se repose jamais sur ses acquis et les clichés ce qui est plutôt plaisant et finalement assez rare pour être remarqué.

Porté par une interprétation solide de Marina Foïs et une partition musicale de Zombie Zombie inspirée, le film est entre deux eaux du début à la fin. Il ne prendra jamais une direction franche, un peu comme les pensées et les actes de Constance. Dès le départ on suit donc Marina Foïs (dans le rôle de sa carrière), une névrosée globalement plus pathétique qu'effrayante. Constance pourrait être un personnage d'un film de Claude Chabrol d'ailleurs, par son ambiguïté et son caractère insaisissable qui nous trouble tout le long. Cependant, on retrouve plus une malade qu'une femme dangereuse et lucide. On s'approche plus presque de l'érotomanie de Anna.M de Michel Spinosa ou Isabelle Carré pour le coup est une malade effrayante. 

Irréprochable est un peu une fusion d'Harry un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll et du couperet de Costa Gavras, deux très bons films dans le genre. Seulement le scénario s'encombre de maladresses qui entravent toutes les bonnes intentions. Tout ce qui est en rapport avec le personnage interprété par Benjamin Biolay s'avère finalement inutile, son passé à Paris se suffit à lui même, tout comme sa confrontation avec son avocate. Ensuite, le film s'arrête clairement où tout commence à devenir intéressant pour le personnage et l'intrigue psychologique. Ce qui est très dommage, car on a l'impression de voir un semi thriller et un semi exercice de style, plutôt sympa mais qui pourrait être mieux.

Dommage car la plupart des idées et quelques scènes fonctionnent très bien, tout comme le duo d'actrice Foïs et Japy qui font une liaison pas commune. L'idée et les pistes sont à moitié exploitées car le scénario s'auto suffit et s'auto justifie souvent. Cela coupe les ailes à un suspense qui fait de belles envolées par moment, surtout quand le cinéaste ne souligne plus sa mise en scène de manière classique. Irréprochable possède la qualité d'avoir des intentions de nous balader dans un bon thriller incalculable et c'est ce qu'il y a de plus plaisant. Le cinéaste ne cède pas à la facilité mais son scénario manque de conviction et de discours franc. Si l'ensemble est plutôt distrayant, on se retrouve devant un film qui mérite un meilleur développement. 

Les acteurs et la musique tirent le film vers le haut, la forme quant à elle manque de "constance" et de fraîcheur tout le long pour rendre ce premier essai convaincant. A voir pour la suite si les défauts laissent place à plus de confiance chez le cinéaste. 

Note : 5 / 10

vendredi 8 juillet 2016

L'Outsider



Réalisation : Christophe Barratier
Scénario : Laurent Turner et Christophe Barratier 
Durée : 1 h 50 
Interprétation : Arthur Dupont, François-Xavier Demaison, Sabrina Ouazani, Benjamin Ramon...
Genre : Des petits pions des petits pions toujours des petits pions

Synopsis

Adaptation libre du livre de Jerôme Kerviel. Retour sur la vie de cette "cash machine" de 31 ans couverte par la Société Générale, très récemment célèbre pour avoir pu faire basculer le système économique mondial. 



L'histoire Kerviel est fraîche, trop fraîche même pour prendre un certain recul sur l'ensemble de cette affaire. Le piège est tout de même contourné car le scénario oscille sur le biopic assez sobre d'un trader et le sujet de la finance entre sérieux et humour qui ne cherche pas vraiment à entrer dans la polémique. Tout est très classique, superficiel et avec des clichés mais l'ensemble honnête et efficace. L'interprétation impeccable de Dupont et Demaison en particulier tirent le film vers le haut. 

Sans être cynique ni trop édulcorée, cette copie bien rythmée de Christophe Barratier est un mélange entre le sérieux de Margin Call de JC Chandor et la désinvolture du Loup de Wall Street de Martin Scorsese. Inutile de comparer les mises en scène car Barratier n'est pas dans la même courre, l’honnêteté est là et c'est bien l'essentiel car cette dernière est souvent l'essence d'un film réussi. Le réalisateur des Choristes reste entre le biopic lisse et le film dossier palpitant mais ne tranche jamais vraiment entre les deux. Il réussit l'humour et la précision documentaire mais beaucoup moins l'émotion, les moments plus dramatiques. Le scénario manque aussi d'un peu de prise de risque, de franchise car on voit l'évolution de Kerviel dans sa boîte mais psychologiquement c'est beaucoup moins bien traité, limite transparent. Les années passent et finalement on observe qu'à moitié le tempérament de ce trader. Je trouve cela assez dommage, la facilité du scénario de trop qui empêche de considérer L'Outsider comme un bon film. 

Si le manque d'aller au fond des choses se fait ressentir après coup, le sujet du film reste tout de même assez bien mené. On suit avec intérêt ces fourmis qui se comportent comme des hyènes, jouant sans cesse des milliers d'euros comme à de interminables parties de poker. Si la folie, l'addiction du jeu elle aussi ne sont pas bien retranscrits, les scènes les plus marquantes sont celles devant les écrans d'ordinateurs, les scène de fausses collaborations, les moments de licenciements quand on s’aperçoit que le système peut te virer quand il veut et que l'esprit d'équipe est complètement superficiel. Le film fonctionne donc par intermittence (toujours le cul entre deux chaise donc) mais reste plaisant à suivre. Bien qu'il soit un peu longuet sur sa dernière demie heure, on apprécie qu'il n'a pas l'heure en trop du film de Martin Scorsese mais on regrette que ce ne soit pas un Costa Gavras derrière tout ça. Christophe Barratier fait du sous Oliver Stone mais ce n'est pas déplaisant car il y a de l'humour, chose que le réalisateur de Wall Street ne connaît pas beaucoup. 

Le plus grand plaisir du film vient sans doute de l'interprétation. Le jeune Arthur Dupont s'en tire bien, il est même impeccable dans la peau de ce jeune trader. Cependant c'est François-Xavier Demaison (qui vient lui aussi de la finance avant d'être comédien) qui est le plus impressionnant. Il interprète un trader entre désinvolture et prise de conscience des limites dépassées, le tout brillant de naturel et possède en plus de bons dialogues. C'est un peu le personnage de MacConaughey du début du Loup de Wall Street éparpillé façon puzzle dans l'ensemble de l'intrigue, c'est très plaisant, peut-être le plus grand plaisir du film. Alors que le comédien avait frappé fort dans son jeu dans la peau de Coluche, il faut avouer qu'ici il porte à merveille son rôle entre humour et émotion. Il a la dimension que le scénario manque : du panache et de l’exubérance. Si la bande annonce du film était désastreuse, L'outsider vaut le coup d'oeil car il est prenant sur une affaire qui a fait la une pendant des semaines. Une sorte de pari réussi pour Christophe Barratier, il a fait un film qui traversera les années, ce qui n'était pas gagné d'avance avec un tel sujet. 

Note : 6 / 10


jeudi 7 juillet 2016

La Loi de la Jungle



Réalisation : Antonin Peretjatko
Scénario : Frédéric Ciriez et Antonin Peretjatko
Durée : 1 h 35 
Interprétation : Vincent Macaigne, Vimala Pons, Fred Tousch, Mathieu Amalric, Pascal Legitimus...
Genre : De Broca sous coke

Synopsis

Marc Châtaigne, stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour la mise aux normes du projet Guyaneige. Elle est en concurrence avec une autre stagiaire : Tarzan. 

Enfin une comédie qui sort des sentiers battus et qui change de toutes celles que l'on voit depuis des années. A côté de La loi de la jungle ces dernières paraissent toutes aseptisées par leurs cahiers des charges et même limitées narrativement. La loi de la jungle est la comédie de l'été, si ce n'est pas de l'année 2016 et c'est àa ne pas rater. 

Le cinéaste nous offre une comédie folle et farfelue remplie de maîtrise et avec un scénario qui fait penser à un mélange de deux films de De Broca des années 60 : L'homme de Rio et Les tribulations d'un chinois en Chine. On se rappelle de l'âge d'or Bébel/ De Broca devant La loi de la Jungle, qui profite de l'occasion de faire un petit état des lieux sur le monde politique et du travail actuel. Tout est chargé en humour, qui peut autant vous agacer que vous faire délirer pendant plus d'une heure et demie. Des dialogues et des acteurs qui en font des caisses pour notre plus grand plaisir et ça fonctionne. 

Le spitch est stupide mais à la fois drôle et juste. On rit de l'averse d'absurdités qui nous tombe dessus, parfois l'état des lieux est si proche de la réalité, qu'on l'on rit un peu jaune. Si le rythme effréné du script et du montage s’essouffle un poil dans les dix dernières minutes, on savoure l'absence de pathos et les numéros des acteurs qui campent des personnages tous dépaysants et d'une drôlerie savoureuse. 

La loi de la jungle est une comédie que je trouve très drôle car elle va au fond de son délire. Il y a une idée par plan, faisant penser aux films de Tati et de Godard mais aussi des cinéastes de comédies plus populaires des années 70, comme Gérard Oury ou Yves Robert.  Je le range au même titre que les OSS 117 de Michel Hazanavicius, bien que moins référencée et moins bien produite, elle est plus généreuse et se repose moins sur le jeu et les répliques de Jean Dujardin. Le film surprend par ses non limites et sa maîtrise totale des différents styles.

Du gag bête bien vu de l'aéroport er de la politesse qui t'handicape, au cerveau que l'on reconstruit avec du fromage blanc en pot, il y a de la marge en terme de type d'humour mais la comédie brille comme rarement. Comme c'est très plaisant de voir une bonne comédie, je ne peux que vous recommander La loi de la jungle surtout si vous trouvez la plupart des films actuels convenus. Pour ma part, j'aime beaucoup et j'espère que vous partagerez mon avis.

Note : 8,5 / 10

jeudi 30 juin 2016

Le Monde de Dory




Réalisation : Andrew Stanton et Angus MacLane
Scénario : Victoria Strouse et Andrew Stanton
Durée : 1 h 30
Avec les voix de : Céline Monsarrat, Franck Dubosc, Mathilde Seigner, Philippe Lellouche, Timothé Vom Dorp, Kev Adams...
Genre : Dory movie 

Synopsis

Dory, le poisson chirurgien bleu amnésique, veut retrouver ses parents. Marin et Nemo se joignent à elle pour l'aider à les retrouver, mais c'est surtout à sa mémoire qu'elle doit le plus solliciter. 

Un peu comme Monstres et Cie faire une suite au Monde de Nemo était dispensable. Seulement quand il s'agit des studios Pixar on en redemande à la fin de la séance tant leur (brillant) savoir faire est rafraîchissant. Leurs ficelles sont virtuoses et surtout pleines d'énergies positives, Le Monde de Dory n'échappe pas à la règle de la redite mais n'empêche pas d'entrer dans la catégorie des bons films de la firme. 

Faire une suite au Monde de Némo, le grand classique Pixar qui nous avait éblouit il y a déjà treize ans, relevait d'immenses pièges narratifs. Cependant le plus grand défi était de prendre comme personnage principal un poisson très drôle mais aussi plus pathétique : Dory. Au final tous les redoutables pièges sont gentiment contournés et évités avec beaucoup de bonne humeur. On zappe les narrations à la Memento et des thrillers avec le thème de la mémoire, on zappe également le fan service même si Nemo et Marin sont encore de la partie, on prolonge le côté décalé du monde marin avec des personnages secondaires, tous fameux. Tout ce qu'il y a d'un bon Pixar est présent ici, même si l'originalité et les ambitions des plus grands ne sont pas aussi hautes et brillantes. 

Le Monde de Dory réussi avant tout un beau compromis entre la quête initiatique, une belle fable sur l'acceptation et le handicap. C'est aussi une leçon d'amitié, peut-être un des buddy movie les plus réussis de ces dernières années entre un poisson et une pieuvre. Si l'on sent un peu plus de mal à concentrer l'émotion chez Andrew Stanton que chez Pete Docter, il faut avouer que l'humour y est généreux et la galerie de personnages tous réussis et bien developpée. Que ce soit au niveau des dialogues, du rythme ou même des différents retournements de situations (qui font penser aux meilleurs productions de chez Dreamworks) tout est extrêmement plaisant et plein de fougue. Rien est ennuyeux et à aucun moment les créateurs ne se reposent sur leurs lauriers. Le final est rempli d'énergie positive, à l'image du personnage de Dory, folle et attachante à souhait. Animation et musique comme d'habitude sont tout deux très réussis, un beau compromis entre les graphismes du Monde de Nemo et l'animation actuelle (qui a bien évoluée cela va sans dire). 

Comme d'habitude le spectacle plaira aux petits et aux grands. Sans prétention, Le Monde de Dory s'impose comme un bon Pixar et comme souvent le divertissement solide de cet été à ne pas louper. Une replongée réussie et toujours aussi rafraîchissante. 

Note : 8 / 10

samedi 18 juin 2016

The Neon Demon



Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Mary Laws, Polly Stenham et Nicolas Winding Rejn
Durée : 2 h 
Interprétation : Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Christina Hendricks, Karl Glusman, Keanu Reeves...
Genre : Expérience pimpante

Synopsis

Une jeune fille débarque à Los Angeles, son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante due à sa beauté pure suscite de la jalousie auprès de ses concurrentes. Ces dernières sont prêtes à tout pour s'emparer de cette beauté. 

Nicolas Winding Refn est un cinéaste qui continue à développer son sens de l'esthétisme, son talent et toujours avec une volonté de proposer quelque chose de nouveau. Avec ce nouvel ovni, le réalisateur de Pusher mise tout sur l'esthétisme et le symbolisme pour donner une forme assez sensationnelle à son The Neon Demon. Le film est agréable à suivre car la mise en scène est somptueuse, intense quand elle n'est pas magistrale. Seulement comme l'an dernier avec Birdman d'Innaritu, l'ensemble me laisse une pointe d'amertume, toute cette virtuosité appuyée pointe rapidement les limites d'un scénario aux intentions mi figue mi raisin. 

Assez souvent on sent que le cinéaste se regarde filmer. Cependant comme le film est dans le monde publicitaire et le milieu de la mode : c'est dans le thème et ça fonctionne. The Neon Demon a tout pour être un grand film et on peut le défendre facilement. Nicolas Winding Refn signe un film à l'image des critères de la beauté : envoûtant visuellement mais terriblement superficiel dans le fond. C'est assez réussi car le scénario est une coquille vide qui se contente d'enchaîner des symboliques de manière plus ou moins intéressantes et subtiles. Cependant ce qui me gêne le plus dans tout ça reste l'intention du cinéaste j'ai l'impression n'assume pas tant que ça de suivre son chemin. Par moments j'ai eu la désagréable impression que des scènes ne sont là que pour ses envies esthétiques et l'envie de nous choquer. Des scènes s'enchaînent sans forcément aller dans une direction particulière ou un crescendo, comme celle d'une fille qui fait l'amour sur un cadavre ou encore des personnages masculins sous exploités. Peut-être que je me trompe et que tout à une signification mais je trouve que malgré sa belle forme, le film est souvent hasardeux dans ses propos et sa narration saccadée l'empêche d'aboutir à quelque chose de fort. 

Sur les pas de Kubrick et d'Argento, Winding Refn continue a appuyer son style avec une bande originale  très eighties, on entend les inspirations de Vangelis à plein tympan. Un peu comme Sorrentino, Winding Refn manque par moment de franchise et de dépasser le simple exercice de style inspiré de ses modèles. Le réalisateur de Drive est un grand cinéaste qui a du mal à se démarquer par rapport à des films références plus importants comme ici La féline de Jacques Tourneur, Suspiria de Dario Argento ou encore le cinéma électrique de David Lynch, qui se démarque par ses pistes mais également ses thèmes et son style personnel. Le film m'a fasciné autant qu'il m'a agacé, séduit et choqué à la fois mais je n'ai pas eu l'impression d'être devant un film qui ne prend jamais une dimension grandiose et intelligente. J'ai pris du plaisir à voir de la belle mise en scène et de belles séquences mais j'ai plus de mal à saisir l’intérêt et l'orientation des pistes qui restent finalement trop vaines pour saisir le pourquoi du comment. On est loin d'avoir un discours fort et pertinent, ni même clair. J'ai plus l'impression de ressentir de la masturbation d'un cinéaste qui a indéniablement du talent mais n'arrive pas forcément à l'exploiter.

Du début à la fin, tout le film reste dans la plastique et je doute que ce soit clairement assumé par le cinéaste sur la longueur. Sa volonté à faire un ovni se ressent sur tous les plans. C'est par moment fatigant mais souvent virtuose heureusement. C'est un cinéaste que j'aime beaucoup (Bronson reste un de mes films préférés) je reste un peu dubitatif sur ce dernier The Neon Demon. Son film le plus léché serait également son plus vain ? Une belle forme ne fait pas forcément un bon film mais rend l'arnaque tout de suite plus agréable à suivre (Drive ?). The Neon Demon est quand même une expérience cinématographique qui vaut le détour et mérite de s'y attarder dessus.  

Note : 6 /10