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jeudi 14 avril 2016

A Bigger Splash




Réalisation : Luca Guadagnino
Scénario : David Kajganich et Alain Page
Durée : 2 h 05
Interprétation : Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Mathias Schoenaerts, Dakota Johnson...
Genre : Remake rock'n'roll

Synopsis

La légende du rock Marianne Lane part sur l'île méditerranéenne de Pantelleria avec Paul, son compagnon, pour se reposer suite a une extinction de voix. Mais quand Harry, un producteur de disque iconoclaste avec qui Marianne a eu une liaison autrefois, débarque avec sa fille Pénélope, la situation se complique. Le passé qui resurgit et beaucoup de sentiments différents vont faire voler la quiétude des vacances en éclat. 

Remake du film La Piscine de Jacques Deray. 


Il n'était pas vraiment nécessaire de réaliser un remake du film de Jacques Deray. Aujourd'hui La piscine repose toujours beaucoup sur son grand casting, son ambiguïté et ses formidables scènes de dialogues et de mise en scène. Cependant ce n'est pas le pire des choix car avec un œil neuf le film pourrait être vraiment intéressant.  Le cinéaste italien n'a pas pris le parti d'être novateur et encore moins celui d'être sérieux. Au contraire, il a décidé d'enlever du trouble pour privilégier l'outrance, le cabotinage et une touche rock'n'roll dans l'aspect formel du film. Pour le spectateur c'est pour meilleur ou pour le pire comme on dit. 

Bien que cette reprise soit moins intelligente que La Piscine, je l'ai trouvé bien sympathique. Sans comparer même au film original, je trouve qu'A Bigger Splash est un thriller plein d’énergie avec quatre acteurs qui se donnent à cœur joie de jouer dedans. J'avoue que pour ma part rien que la présence de Ralph Fiennes et la musique des Stones me font avaler des couleuvres. Heureusement pour moi, il n'y en avait que sur la terrasse des personnages de ces bêtes là. Le film n'est pas mauvais, je dirai même qu'il est réussi sur pas mal de points. Je ne repense ni au film de Deray, ni à un autre film que l'on voit d'habitude ce qui est plutôt bon signe. Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir visionné un pot pourri qui virait à l'exercice de style enchaînant avec un montage sous coke les bonnes idées et les clichés plus laborieux. Le tout est honnête et généreux, et si on aime le cabotinage énormes de Ralph Fiennes, on accroche. Le réalisateur également en fait des tonnes dans son rôle pour notre plus grand plaisir. 

Que ce soit dans l'humour comme dans le plus grave, il y a un esprit rock qui se ressent tout le long. On retrouve l'apogée avec l'énergie débordante de Ralph Fiennes sur avec la musique des Rolling Stones sur le titre Emotional Rescue (titre homonyme du dernier album du groupe qui s'écoute) avec une danse assez mémorable tout comme sa mort, en train de contempler un vinyle au fond de la piscine. On suit quatre personnages aux tempéraments différents et deux intrigues qui se referment lentement sur l'événement tragique. La mise en scène ne manque pas de rester assez proche de l'état d'esprit de ses personnages, des tensions, du mystère du script. Il est même assez moqueur, surtout sur sa fin, avec des policiers stupides comme dans un giallo mettant tout sur la faute des migrants. Les vacanciers n'ont jamais d'ennuis, encore plus si ce sont des stars. Bref franchement tout est si grossier et assumé que c'est au fond très drôle même quand l'émotion et le trouble dans la forme prend le dessus.

La bande son est donc très rock, presque essentiellement composée de morceaux des Stones sauf Jump into the Fire d'Harry Nilsson, génialement récurrente. Les musiques composées sont plutôt pas mal aussi, particulièrement celle après la mort qui est géniale, donnant une toute autre dimension au drame. Quand au montage il ne manque pas d'augmenter la paranoïa par son rythme soutenu avec une accumulation de plan par l'exploitation plus ou moins efficace des échelles. Les acteurs sont bien sûr brillants. Ralph Fiennes comme toujours est fantastique, il donne de l'ampleur au film assez souvent, Tilda Swinton a toujours son charisme envoûtant à chacune de ses apparitions, Mathias Schoenaerts confirme qu'il est un des plus grands acteurs aujourd'hui et la jeune Dakota Johnson tient son rôle même si on ne lui demande pas grand chose hormis de porter des tenues légères et minauder. Si on lui demande de faire dix ans de moins. Actrice quoi. 

On peut aimer ou s'ennuyer devant A Bigger Splash, passé trop inaperçu et injustement descendu par les critiques. Dommage car je trouve ce genre de film bien plus intelligent que pas mal de daubes qui sortent toutes les semaines. Pour ma part je n'ai pas vraiment cherché à comparer avec le film de Jacques Deray et ne me suis pas ennuyé sans pour autant adorer. Je n'irai pas jusqu'à le recommander mais dire que c'est un bon petit film, il l'est assurément. 

Note : 7 / 10



lundi 22 février 2016

Ave César ( Hail Caesar )



Réalisation et scénario : Joel et Ethan Coen
Durée : 1 h 40 
Interprétation : Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Channing Tatum, Frances McDormand, Jonah Hill...
Genre : Farce décousue

Synopsis

La folle journée d'Eddie Mannix, producteur de cinéma dans les années 50. 

La filmographie des frères Coen a toujours été un peu en dents de scie dans les genres cinématographiques depuis le début de leur carrière. Hélas depuis les années 2000, l'effet dent de scie se ressent également dans la qualité de leurs films. Je n'étais à l'époque absolument pas entré dans Burn After Reading cela même si je ne voyais pas vraiment de défauts. Au second visionnage, j'ai plus pris de plaisir et trouvé que ce Coen méritait d'être revu et apprécié. Avec Ave Cesar, je suis rentré dans le films directement mais je n'ai pas vraiment trouvé de qualités. Au contraire quand le film fonctionne c'est uniquement par le détail, soit des demies scénettes et du coup par intermittence. On retrouve donc l'humour des frères Coen sur l'unité de temps car le film se passe en une journée où il se passe une multitude d'actions. Inside Llewyn Davis avait un peu le même "délire" de leur part. 

Comme la plupart des films des frères Coen, il y a de l'humour. Une fois de plus quand leur ironie fait mouche, c'est brillant. Seulement tout le long du film, j'ai comme la désagréable impression que le film ne repose que sur le soin des reconstitutions et le luxueux casting à la place du cynisme et de l'humour vachard des deux frères habituel. Toutes les pistes narratives sont souvent des pieds de nez plutôt drôle dans la démarche mais hélas moins efficace dans la forme. Avec ces pistes drôles (mais pas assez donc) le film confine aux hommages à l'âge d'Or d'Hollywood mais ne dépasse pas le stade de la farce gentillette et respectueuse. Au final la farce est même assez ennuyeuse, cela même si on a des mises en abyme brillamment misent en scène et orchestrées à l'ancienne. 

On a droit à des numéros d'acteurs assez bons, notamment le jeune Alden Ehrenreich qui est peut-être le plus surprenant du film. Pour le reste, ce que je peux reprocher à Ave Cesar est la même chose que le cinéma de Wes Anderson, Tim Burton ou Quentin Tarantino. Ils s'enferment dans un style et on trouve rapidement les limites de la créativité des auteurs enfermé dans leur style. Au risque de devenir caricatural car oui Ave Cesar n'a rien de surprenant pour du Coen. Si on prend plaisir à voir quelques figures hollywoodiennes changer de reflet devant et derrière la caméra, le film est une farce qui finalement est trop personnelle entre les deux frères que communicative avec le grand public. C'est un peu le même problème que leur film précédent Inside Llewyn Davis. Ave Cesar possède des qualités mais globalement ce n'est pas un bon Coen. Simplement parce qu'il ne possède pas assez de structure scénaristique à mon goût pour donner du corps à l'ensemble de leur ambitions. Puis le sujet en or traités par des cinéastes aussi talentueux fait un peu l'effet de coquille vide. 

Erreur de scénario pour les frères Coen ? Hélas oui et ce n'est pas la première fois. Leur seule excuse serait d'avoir écrit en même temps Le pont des Espions, le beau film de Spielberg de l'an dernier. A l'époque ils avaient fachés une partie de la presse avec Le Grand Saut, décus leur public avec Intolérable cruauté puis les cinéphiles avec le remake de Tueurs de Dames d'Alexander Mackendrick. Avec Ave Cesar, c'est un peu Barton Fink et Burn after Reading qui se croisent avec la lenteur et la farce d'A serious Man. Pour ma part je suis bien resté sur ma faim donc même si je suis toujours tolérant et respectueux pour les frères Coen. C'est à leur honneur de tenter des choses mais c'est le deuxième faux pas pour moi qui hélas montre les limites de leur création. Vivement qu'ils se reprennent avec une oeuvre plus majeure de leur filmographie. 

Note : 4 / 10


jeudi 26 juin 2014

Zero Theorem



Réalisation : Terry Gilliam
Scénario : Pat Rushin.
Durée : 1 h 40
Interprétation : Christoph Waltz, Mélanie Thierry, David Thewlis...
Genre : Laisse aller... c'est Christoph Waltz.

Synopsis :

Londres dans un avenir proche, les avancées technologiques ont placés le monde sous la surveillance d'une autorité invisible et toute puissante : Management. Qohen Leth, un génie de l'informatique, vit en reclus et attend un appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu'il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret « le thèorème zéro » qui vise à décrypter le but de l'Existence ou son absence de finalité. La solitude de Qohen est interrompue par les visites émissaires de Management : Bob, son fils prodigue et surtout Bainsley, une femme mystérieuse. La force des sentiments, de l'amour et du désir viennent donc apporter une certaine réponse au sens de la vie à Qohen.

Depuis L'armée des douze singes on a perdu Terry Gilliam. Ce Zero Théorem le confirme en prouvant une nouvelle fois que le cinéaste n'a plus grand chose dans sa besace hormis faire un recyclage de son propre cinéma et de ses propres thèmes de manière insipide hélas déjà vu et même avouons le carrément has been.

Terry Gilliam plaît ou déplaît par son étrangeté, ses nombreuses références émaillés dans sa philosophie sur « Le sens de la vie » et son humour déjanté collé à la noirceur. Ici il y a toute la marque de fabrique du cinéaste allant jusqu'à l'auto caricature dans cette sorte de Brazil réactualisé en huis clos cheap et surtout en toc. Le scénario reprend le monde Orwellien, les thèmes Kafkaïens ainsi que la volonté d'incorporer la fantaisie, la noirceur, le romantisme et l'onirisme de Brazil. Seulement le personnage principal est plombé par une mélancolie et un psychisme massif qui ne fonctionne pas. Le scénario est trop brouillon dans ses différentes intentions. Ces dernières sont faussement farfelues et ne mènent à pas grand chose hormis nous dire une nouvelle fois le mal que peut faire la technologie. Le script meuble en permanence par des séquences décousues de ses différents thèmes tous dissociés les uns des autres et platement traités avec peu d'ambiguïtés, d'intelligences et hélas sans vraiment de moments de grâce.

Zero théorem est même étonnamment niais pour du Terry Gilliam. Très lisse, avec une musique particulièrement mauvaise, des effets spéciaux qui piquent les yeux assez souvent, Christoph Waltz galère pour donner un semblant d'épaisseur à son personnage. Le problème vient également de l'impression général que le cinéaste se repose uniquement sur l'acteur révélé par Tarantino tant tout est vraiment aseptisé autour de lui. Si on appréciera Tilda Swinton et Matt Damon dans des caméos courts et savoureux, Mélanie Thierry livre une prestation plutôt convaincante. Un peu comme le film, le jeu de l'actrice française sonne juste quand ce n'est pas dramatique. Cette partie dramatique est un véritable désastre tout comme les différentes scènes de fantasme sur cette île édulcorée : particulièrement indigeste.

Si bien évidemment Zero Théorem souffre de la comparaison avec Brazil (en même temps il l'a bien cherché) c'est tout de même de la manière la plus objective possible un film qui souffre du déjà vu et surtout du fait qu'il a déjà vieilli de pas mal d'années le jour même de sa sortie en salles. Si Terry Gilliam signe un film qui ne ressemble pas à un nanar contrairement à que présageait la bande annonce, il est tout de même bien frustrant que son recyclage insipide prenne le dessus sur son savoir faire. On ne parle plus de talent depuis plus de quinze ans chez le cinéaste, l'impression qu'il n'a plus rien à raconter, et encore moins innover, se ressent encore très fortement ici. Terry Gilliam fait partie de ces grands cinéastes comme De Palma ou Carpenter dont on attend un nouveau regain de créativité qu'un nouveau recyclage au goût prononcé de complaisance et de satisfaction personnelle. Décevant donc.


Note : 3,5 / 20

mercredi 28 mai 2014

The Grand Budapest Hotel




Réalisation : Wes Anderson.
Scénario : Wes Anderson et Hugo Guiness.
Durée : 1 h 40
Distribution : Ralph Fiennes, Tony Revolori, Wilem Dafoe, Edward Norton...
Genre : Le musée Grévin de Wes Anderson

Synopsis :

Les aventures de Gustave H, l'homme aux clés d'Or d'un célèbre Hôtel de l'entre-deux Guerre et du garçon d'étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d'un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d'un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur la vieillie Europe en pleine mutation.

N'étant pas un très grand fan du cinéma de Wes Anderson, Fantastic Mr Fox ainsi que Rushmore sont particulièrement remarquables par leur symbiose totale entre leur scénario et la mise en scène si atypique du cinéaste. C'est en partie pour cette raison que ces deux films restent mes préférés du cinéaste à l'heure actuelle et celle dont je suis resté totalement hermétique à The Grand Budapest Hotel. Dans ce dernier, le cinéaste se repose uniquement sur sa mise en scène stylisée dans une histoire en poupées russes, au final plus cache misère que virtuose ou innovante.

Dès le départ, le cinéaste file à son habitude à toute vitesse dans son abracadabrantesque scénario et ne prend pas le temps d'installer une atmosphère ainsi qu'une intrigue solide avec ses multiples vignettes de bande dessinées appliquées. Son scénario est sans cesse au service de la démonstration de sa mise en scène. Dans un fouillis interminable, la narration est beaucoup trop alambiquée et au final fait plus poudre aux yeux qu'autre chose. Sans être drôle, ni touchant, le cinéaste déballe son savoir faire pendant une heure quarante qui en paraissent, comme d'habitude, le double. Wes Anderson reste distant entre son sujet et ses personnages et peaufine cette fois uniquement son sens du détail visuel. Le cinéaste s'enferme hélas dans la caricature même de son style. Le script place le maximum d'actions et de personnages dans un espace temps record et case comme il peut son gigantesque casting en oubliant de créer un ton et un point de vue perceptible juste et, surtout, intéressant. On retrouve un hommage au cinéma muet avec du burlesque et une touche d'expressionnisme dans des séquences remarquables mais seulement par un graphisme resplendissant. Ces dernières seraient mémorables si le cinéaste avait prit la peine et le temps de bien les préparer antérieurement et les développer. On a donc droit à une poursuite dans le musée traitée de manière beaucoup trop rapide qu'elle en est carrément frustrante. La scène d'évasion de la prison qui ne s'avère que du pompage de Fantastic Mr Fox. Un gâchis.

Si Ralph Fiennes retrouve des lettres de noblesses dans un rôle avec un personnage sympathique, pas mal du reste du défilés de guest stars sont, certes, très à l'aise mais coincés dans des rôles trop caricaturaux et complètement survolés. Au final on se moque totalement de tout le monde (comme du film d'ailleurs). Tout est tellement calculé, que le charme et l'improvisation n'arriveront jamais. Côté français, Léa Seydoux réussit en deux phrases à confirmer son manque de talent contrairement à Mathieu Amalric qui élargit son jeu international une nouvelle fois avec brio. Quant à la musique d'Alexandre Desplat, elle ressemble beaucoup trop à celle de Moonrise Kingdom. Elle n'est pas mauvaise mais utilisée sans cesse à la limite de l'overdose, à l'image du style du cinéaste. On appréciera cependant quelques transformations comme Willem Dafoe, Tilda Swinton ou Harvey Keitel. Le plus plaisant reste la redécouverte du trop souvent oublié Jeff Goldblum, revoir F Murray Abraham et son talent si bien conservé à faire passer le gros de l'émotion à la toute fin ou encore Adrien Brody dans un rôle à contre emploi plutôt sympathique.

The grand Budapest Hotel est une relecture des contes de Zweig vaine et assez épuisante. Tout le potentiel est inexploité et l'ensemble complètement noyé dans le propre style du cinéaste. Même sans prétention, ce dernier n'évolue pas du tout et s'auto satisfait de son style du début à la fin. Il ne tente rien sauf offrir à ses fans ce qu'ils veulent : voir un film de et "à la Wes Anderson". A la sortie de la séance j'étais avant tout frustré de ne pas être entré dans l'univers ne serai-ce pour partager un moment agréable et décalé avec tout cette pléiade d'acteur. Sans cesse j'ai eu la désagréable impression que le scénario n'était qu'un prétexte pour développer son style son lot de trouvailles visuelles, dont la plupart sont recyclés de ses premiers films. Cela lui permet de surfer avec le succès critique et commercial aujourd'hui à la mode comme l'est Tim Burton ou encore Quentin Tarantino. Wes Anderson est dans le même panier, il ne se renouvelle pas.

Une démonstration de son style exubérante au final plus frustrante qu'agaçante quand on voit les moyens techniques utilisés. Alors que son précédent film Moonrise Kingdom dégageait une nostalgie plutôt sympathique on se retrouve dans cet hôtel plutôt dans un musée de Guest stars à l'effigie du réalisateur. Une sorte de musée Grévin ou Tussaud dont les acteurs et le cinéaste sont les seuls en vie et à s'amuser devant un public qui a de forte chance de rester comme moi : paradoxalement de cire.


Note : 4/10

lundi 3 mars 2014

Only lovers left alive



Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Durée : 2h03
Distribution : Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska, John Hurt...
Genre : psychévampire

Synopsis :

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu'ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d'amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l'arrivée de la petite soeur d'Eve, aussi extravagante qu'incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s'effondre autour d'eux ?



Only lovers left alive était le film à voir en ce début d'année selon moi. En effet, fan de Jarmusch depuis que j'ai vu Broken Flowers dans mon adolescence, découvert grâce au groupe The Greenhornes ayant participé à la BO, je me languissais de ce nouveau film, dont le thème me semblait bien surprenant, et je ne regrette pas.

Dès l'introduction donnant le tournis, nous sommes plongés dans une ambiance psychédélique underground dans laquelle nous perdons tout repères temporels. En effet, si certains trouveront ce film lent et long, j'ai pour ma part été comme engloutie par ce film, grâce notamment à une bande originale parfaite et impeccablement en rythme avec la démarche de Tilda Swinton.
Je ne cache pas qu'il est possible que je manque quelque peu d'objectivité sur ce film : il représente tout ce que j'aime : de nombreux clins d'œil à une culture underground que j'adore, en commençant par la ville de Détroit, berceau du rock, le thème de la musique en général, le rétro, Jack White, l'amour, et une sorte d' « inquiétante étrangeté » comme dirait Freud, faisant écho à nos angoisses.

Le casting, quant à lui, est sans faute. La présence de Tilda Swinton est bluffante, envoutante et tout à fait étrange (dans le bon sens du terme). Tom Hiddleston est magnifique en vampire rocker suicidaire, quant à Mia Wasikowska, elle joue parfaitement la petite peste fouteuse de merde. John Hurt dans le rôle du dramaturge Marlowe est bon aussi, bien qu'il ne crève pas autant l'écran que les trois acteurs principaux.
Le couple principal fusionne tellement bien que nous avons le sentiment à la fin du film de n'avoir à faire plus qu'à un seul et unique personnage, double et puissant, et nous comprenons ainsi toute la justesse du titre.

Au niveau de la photographie (puisque c'est un des aspects qui me fait autant aimer Jarmusch), je pense que c'est sa plus belle depuis Down by law. En effet, les images sont soignées, symétriques, les couleurs sont remarquables malgré l'omniprésence de la nuit. C'est sombre et rayonnant à la fois, un peu comme des étoiles dans un ciel noir (qui d'ailleurs font l'objet du premier plan du film).
Un peu aussi comme les personnages : Adam est brun, vit dans une ville bitumée, dans une maison où tout est noir. De plus, il vit dans un passé et la vie tend à le dégouter. Ève quant à elle est peroxydée, toute de blanc vêtue, dans un Tanger chaud et lumineux, et pleine de vie. Cette dualité contrastante aurait pu compromettre le pari de Jarmusch à rendre ce couple si fusionnel, et c'est pourtant ce qui fonctionne le mieux.

Du côté du scénario, c'est comme souvent chez Jarmusch, très simple et épuré. Cependant, je trouve que la place à l'imagination est plus présente ici qu'elle ne l'était dans ses films précédents, même si Jarmusch semble y avoir toujours apporter une certaine importance.
La musique apporte un quelque chose de très mystérieux et énigmatique. Certains détails également nous laissent réfléchir à différentes significations, comme par exemple ce rite bizarre des gants (??), ou le fait d'appeler les personnages principaux Adam et Ève.
La beauté des images, des personnages, de la musique, prime sur le scénario. On préférera ici se laisser contempler, se laisser flotter dans une atmosphère tout en apesanteur plutôt que de suivre moultes intrigues, ce n'est pas l'intérêt.
Je n'oublie pas les quelques touches d'humour très bien écrites qui parsèment ce film et nous permettent de souffler un peu.
Only lovers left alive est donc pour moi une œuvre d'art, une véritable pépite, au point que je n'ai pu m'empêcher d'en faire la critique élogieuse, pourtant habituellement seulement correctrice sur ce blog.


Note : 10/10


vendredi 20 décembre 2013

Snowpiercer : Le transperceneige (Snowpiercer)






Réalisation : Bong Joon-Ho
Scénario : Bong Joon-Ho et Kelly Masterson.
Durée : 2 h
Distribution : Chris Evans, Song Kang Ho, Ed Harris, John Hurt, Tinda Swinton...
Genre : Gangs of RER.

Synopsis :

2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s'arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s'est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d'hommes entraînés par l'un d'entre eux tente de lutter. Car l'être humain ne changera jamais...

Après différents exercices de styles plus que brillants, le cinéaste Bong Joon-Ho confirme avec Snowpiercer qu'il est actuellement le réalisateur qui réussi le mieux à mélanger les genres avec tant de virtuosité. Si bien sûr d'autres cinéastes brillent également en la matière, Bong Joon-Ho possède les scripts les plus riches, denses, originaux et inventifs. Une nouvelle fois à l'écriture du scénario avec la collaboration de Kelly Masterson (7h58 ce samedi là), le cinéaste coréen de The Host nous offre un blockbuster d'auteur international qui fait mesure d'ovni dans une époque où le cinéma est trop souvent aride en originalité. Rien que pour cela, Snowpiercer est un film à ne pas rater.

Inspiré d'une bande dessinée éponyme, Snowpiercer se situe entre un Spartacus de Stanley Kubrick (lutte des classes) et un Soleil vert de Richard Fleischer (côté science fiction, anticipation) le tout dans une arche de Noé. Énormément de pistes et de thèmes passionnants sont abordés dans ce scénario. Ce dernier dépeint une critique virulente de la société en général, de sa violence, de ses vices, de sa politique et de l'espoir de ses différentes classes. Une peinture pessimiste de l'Homme et de son pouvoir, ses rapports de forces et sa hiérarchie, le tout magnifiquement dépeint avec un sens virtuose du détail, de façon très crédible. En plus d'être abondamment riche, le scénario est d'une extrême habileté rythmique et narrative, digne d'un grand classique du cinéma. La mise en place est très efficace, mais tellement rapide qu'elle pourrait décourager certains : le film plongeant le spectateur dès les premières minutes dans une violence qui pourrait lui faire penser à un énième vulgaire film de violence gratuite. La suite pourtant est une fabuleuse aventure onirique et cinématographique. La conquête progressive des wagons du train est un exercice de style virtuose où suspense, humour, action, émotion et satyre sont magistralement assemblés. Plusieurs visionnages s'annoncent indispensables pour capter et saisir plus de détails.

A la fois accessible, ambigu et très suggestif, Snowpiercer ne tombe jamais dans la facilité, le too much et encore moins la niaiserie. Tout est traité dans une grande pudeur, sincérité et élégance. Le cinéaste de Mother prend le temps de faire des pauses dans l'action et de donner encore plus d'ampleur à son scénario afin de rendre les différents tons à son film qui est un véritable éventail à émotions. Également très bien maîtrisé dans son rythme, on ne ressent aucune longueur grâce à une intrigue impalpable et remplie de rebondissements régalant (la scène du tunnel par exemple). Un peu comme le début du film, le final peut décevoir par la rapidité du dénouement, et le face à face succinct entre Winston et Curtis. S'il doit certainement exister une version un peu plus longue, pour ma part cette fin est juste magistrale et d'une cohérence parfaite. Le cinéaste n'en fait pas des tonnes et ne prend pas le public pour un idiot.

Côté interprétation, ma plus grande surprise est Chris Evans. Ce dernier compose ici une des plus grandes prestations d'acteurs de ces dernières années. Sans que le film ne lui offre un « rôle à oscar » il délivre une prestation à la fois grandiose et subtile où il est à la fois impérial, vulnérable et torturé dans le rôle du meneur aussi ambigu qu'attachant. Le choix d'Ed Harris a déjà été utilisé par d'autres cinéastes dans le domaine du machiavélisme (Peter Weir, David Cronenberg), et s'avère une nouvelle fois payant, en effet, il dégage un charisme époustouflant. Tilda Swinton marque les esprits dans son personnage aussi abominable moralement que physiquement. L'habitué au cinéaste et irrésistible Song Kang-Ho compose un numéro de fée clochette explosif aussi dopé que roublard. On appréciera également le grand acteur John Hurt en guise d'hommage dans le rôle de Gilliam. Le reste du casting est également aussi régalant que judicieux, dont même le trop souvent oublié Jamie Bell.

Bong Joon-Ho nous plonge dans un fabuleux huis clos, une épopée sociale qui oscille en permanence entre le thriller, le film d'aventures et d'anticipation. Réalisé avec une grande maestria, Bong Joon-Ho réussit une merveilleuse alliance de la culture du cinéma hollywoodien et du cinéma asiatique tout en conservant sa touche particulière. Le cinéaste est toujours aussi habile avec l'émotion, le thriller et la psychologie marquée de ses personnages. La mise en scène est sensible, juste et intelligente avec un fascinant sens de l'image et un travail sur l'espace surprenant. Ce huis clos est paradoxalement très aéré par sa narration (beaucoup d'événements) et oppressant (effet carcéral garanti). La bande originale, très belle, donne de l'ampleur et du relief, mais n'appuie jamais trop lourdement les actions comme on peut le voir trop souvent dans la plupart des films actuels. La violence est un sujet tabou comme chaque fois : ici elle est esthétique sans être particulièrement sublimée ni enlaidie. Le travail de l'image fait parfois penser à des vignettes de bande dessinée. Hormis les effets spéciaux (sur l'extérieur du train) qui vieilliront certainement assez vite, la photographie est particulièrement belle.

Après son court métrage réussi dans Tokyo, Bong Joon-Ho confirme son talent dans le huis clos. Si Le transperceneige est actuellement le film du cinéaste contenant le plus de violence physique, cette dernière n'est pas gratuite et ajoute une touche de crédibilité. Les cassures de rythmes, les contre-pieds narratifs peuvent dérouter les plus adeptes aux blockbusters classiques. A croire que le cinéaste s'est donné le défi de déformer toutes les ficelles du genre. Ce film est à l'image des autres films du cinéaste : un ovni passionnant. Il est certainement son film le plus risqué mais aussi son plus réussi, en tout cas du même gabarit que Memories of Murder et Mother.

Sans faire du Malick ou du grand film contemplatif, le cinéaste coréen démontre que le grand cinéma peut parfois se trouver dans les salles grand public. Un blockbuster habile et très intelligent (oui vous avez bien lu les mots « habile » et « intelligent » dans la même phrase que « blockbuster ») aussi bien dans le fond que dans la forme. Le cinéaste insuffle son grand talent de conteur et de metteur en scène dans un blockbuster dont il reforge avec brio toutes ses lettres de noblesses. Pour ma part, Le transperceneige est également actuellement le meilleur film sur le thème de la fin du Monde, surtout par son côté inventif. Cette conquête de cette arche de Noé des temps modernes est certainement un des plus grands exercices de style que j'ai eu l'occasion de voir au cinéma. Un tour de force impressionnant qui fait clairement de Bong Joon-Ho un des plus grands cinéastes contemporains.

Ce film figurerait pour ma part dans le top dix des meilleurs films des années 2000.

PS : Le montage américain a coupé la fameuse séquence de l'école. A voir comment ils se sont débrouillés...

Note : 10/10

La dévédéthèque parfaite dans le même thème :

Soleil vert de Richard Fleischer, Spartacus de Stanley Kubrick et La planète des singes de Franklin J Schaffner.