dimanche 6 mai 2018

L'île aux chiens (Isle Of Dogs)



J'avoue qu'à la sortie de The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson m'avait laissé plutôt indifférent. Le cinéaste signait une belle synthèse de son style, de son cinéma en live avec un casting (une nouvelle fois) hallucinant mais finalement je trouvais qu'il manquait un peu de fraîcheur et d'originalité. Une sorte patchwork bien fait de son cinéma.


L'île aux chiens confirme ce que j'aime le plus dans le cinéma de Wes Anderson, soit sa minutie du détail et de sa mise en scène qui colle parfaitement au concept du film d'animation. Je trouve que le style du cinéaste, si symétrique, si calculé et ponctué de toutes sortes de ruptures, est bien plus approprié lorsqu'il adapte un scénario à la concision et la rigueur que l'on exige avec le cinéma d'animation. Avec Fantastic Mr Fox le cinéaste avait su puiser l'esprit de Roald Dahl, le côté conte enfantin et le mêler à son style pop et fun bien à lui. Cette fois avec L'île aux chiens le cinéaste change de registre et ne se contente pas de répéter ce qu'il sait faire. Il nous offre sur un plateau d'argent son film au fond le plus politique et formellement le plus risqué jusqu'à aujourd'hui. Un mélange d'animation, des langues, des styles, des animaux et des humains qui s'avère être un brillant exercice de style, une véritable réussite car on a droit à un cinéaste au sommet de sa maîtrise, émaillant l'ensemble d'un somptueux hommage au cinéma japonais (notamment de Kurosawa).

Dans cette dystopie, on ne peut que savourer et ressentir à la fois sans cesse des échos sur ce qu'il se passe dans le monde aujourd'hui. Le film est d'ailleurs extrêmement riche et mérite plusieurs visionnages pour tous les saisir, qualité d'un grand film. Plus destiné aux adultes, le message reste cependant très universel et singulier. L'île aux chiens fera date dans l'histoire du cinéma pour bien des raisons. La première parce que c'est tout simplement un excellent film. Ensuite parce qu'il parle très bien de notre époque actuelle. Il sera sans doute un film phare et représentatif des années 2015 / 2020. Puis c'est le premier film qui mélange ces multiples concepts d'animations. 

Une nouvelle fois le casting de voix est à tomber par terre, apportant un charme et un charisme à l'ensemble aussi délicieux qu'on fondant au chocolat sortant du four. La bande son musicale d'Alexandre Desplat est également une pure réussite, elle est peut-être au même niveau que le talent de Wes Anderson, donnant un corps incroyable à l'ensemble du film. On peut reprocher un petit manque d'émotion et même d'approfondissement sur certains personnages et pistes narratives. Cependant il est toujours plaisant de voir le cinéaste, sans prétention, s'aventurer dans le fond de son univers et de son cinéma si particulier et souvent assez cloisonné. Wes Anderson tend enfin un miroir sur le monde dans cette aventure palpitante, originale et inédite et il évite pas mal de facilités pour s'aventurer dans la noirceur et le brûlot. Parfois on serait presque chez Wes Andersen....  et je trouve ça vraiment génial. 

Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Roman Coppola, Jason Schwartzman, Kunichi Nomura et Wes Anderson. 
Durée : 1 h 40 
Avec les voix de : Bryan Cranston, Edward Norton, Frances McDormand, Liev Schreiber, Jeff Goldblum, Bill Murray... 

jeudi 26 avril 2018

Captive ( Alias Grace)



Comme The Handmaid's Tale, cette mini série canadienne, disponible sur Netflix, est également une adaptation d'un roman de Margaret Atwood. Bien qu'elle soit moins puissante et percutante (et aussi beaucoup moins médiatisée) Alias Grace possède la force, la concision et le charme du format mini série : soit le parfait équilibre entre la série et le film. Une écriture plutôt élégante, une mise en scène sobre et des acteurs pas mal du tout en font un spectacle de très bonne facture. La série se démarque surtout par son fond et sa démarche, plus éloignés des standards classiques qu'à l'accoutumée. 

Le traitement de la folie et de la psychanalyse sont traités de manière assez classique dans un premier temps puis devient progressivement plus retors et fascinante à bien des égards. Pour le spectateur au final tout devient aussi troublant que convaincant et laisse une très bonne impression. L'écriture n'hésite pas à prendre le temps de nous dépeindre les différents points de vue, la religion et les conditions de la femme et des classes modestes du 19ième siècle sur les premiers épisodes. Les six épisodes possèdent leurs rebondissements narratifs bien propres à eux et ne sont pas tous calibrés comme dans des séries plus populaires. Tout monte progressivement en puissance pour donner une série intègre et solide.

Sous l'oeil protecteur de David Cronenberg (à la production mais aussi à l'écran), la série possède également quelque chose de très agréable contrairement à la plupart des productions actuelles (et de Netflix notamment) celle de prendre son temps mais aussi d'aller dans le non dit, la suggestion et de ne pas tomber dans l'explication sur la fin. A la toute fin, la série vous laissera réfléchir sur bien des points comme sur la sincérité des témoignages, de la psychanalyse et bien entendu des sentiments. Entre perversité, mensonge, amour et sincérité tout se chamboule un peu comme dans un film du réalisateur de Faux Semblants, en moins subversif, mais en belle production télévisuelle appliquée et juste. Je recommande donc d'y jeter un oeil. 

Réalisation : Mary Harron
Scénario : Sarah Polley 
Adapté du roman de Margaret Atwood
Durée : Six épisodes de 45 minutes. 
Interprétation : Sarah Gadon, Edward Holcroft, Anna Paquin, Zachary Levi, David Cronenberg... 

mardi 24 avril 2018

Ready Player One


Toujours aussi prolifique et incontestablement l'un des plus grands cinéastes en activité, Steven Spielberg se lance cette fois dans l'hommage au jeu vidéo. Sa démarche est dans l'air du temps, soit la place du monde virtuel dans notre vie quotidenne. Ready Player One se regarde effectivement comme un jeu vidéo et c'est autant son charme que ses limites. Les gamers sont aux anges de voir le créateur de toute cette pop culture se frotter à ce feu d'artifice, cette oasis de références car effectivement il est en pleine forme et souvent ne manque pas d'ironie. Pour ma part, je reste toujours un peu plus mitigé quant à la qualité globale du film. J'ai l'impression de voir un cinéaste qui fait le jeune avec beaucoup d'effets numériques et qui se contente des clichés du scénario pour uniquement s'amuser techniquement. Peut-être que cette impression s'est ancrée en moi quand j'ai vu qu'il était beaucoup plus à l'aise quand Spielberg parlait de cinéma. J'ai trouvé que l'alchimie marchait beaucoup mieux lors de la séquence en hommage à Shining de Stanley Kubrick. 

Il est évident que si l'on compare à la plupart des films commerciaux qui sortent actuellement (firme Marvel, Teen Movie, Films d'actions...) Ready Player One détient de réelles qualités de mise en scène, des messages sur le cinéma et le monde actuel. Tout simplement parce qu'il y a un vrai cinéaste derrière la caméra et non un publicitaire qui remplit simplement un cahier des charges. Steven Spielberg passe le relais aux jeunes générations de manière explicite, un peu dans le même délire que le Star Wars 7 de J.J Abrams mais avec l'influence de la carrière et de la filmographie du cinéaste sur le cinéma actuel. 

Seulement je trouve que le film, dont son scénario, contient trop des défauts du cinéma qu'il dénonce. Du coup Ready Player One reste dans la catégorie des productions actuelles : une avalanche de numérique qui n'accompagne pas suffisamment l'émotion. Les personnages (souvent moches numériquement) sont vraiment tous creux et clichés. Je trouve qu'il est impossible de s'identifier à eux tant tout est survolé et même parfois incohérent (le personnage principal perd sa tante et s'en tape complètement à une vitesse éclair). Steven Spielberg s'accroche et se fait plaisir à mettre en scène (trop) numériquement un mauvais scénario d'aventures où les personnages et les enjeux manquent d'un peu de tout, soit à l'antipode de ses Indiana Jones ou simplement de son précédent film Pentagon Papers

Ready Player One fera date car quand on voit la platitude des productions actuelles et le fait qu'il soit réalisé par un cinéaste qui a toujours son mot à dire. Et le film se démarque automatiquement par sa maîtrise, c'est une leçon d'un papy de 70 ans qui montre encore ce qu'est la mise en scène. Cependant, et malheureusement, c'est aussi un film à l'image des productions actuelles. Je trouve qu'il se limite à son côté spectaculaire et d'attraction plutôt que s'attacher à des valeurs bien plus intéressantes et humaines comme pouvait nous faire rêver le cinéaste dans des films comme Jurassic Park, Les Dents de la Mer et E.T. Débrancher pendant deux jours par semaine l'Oasis pour que les gens ne vivent plus dans des ghettos ? Vraiment ? Ce film avait un super contexte social et psychologique mais il est plombé par une narration vaine, des clichés, et un traitement complètement foireux comparé à l'idée de départ. Il met seulement en avant le message crétin et bien trop naïf pour du pur sucre Spielberg destiné uniquement aux geeks qui passent la journée devant l'écran et ne profite pas de la vie "réelle". A côté de l'univers présenté, le résultat est quand même vraiment décevant. A l'image de la jeune fille qui ne "plaît pas" et qui se cache derrière un avatar alors qu'elle n'est pas moche et a seulement une tâche de vin au visage : il faut arrêter un peu de nous prendre pour des billes. On attend une prise de risque, du mystère, de l'originalité et au final on a rien du tout et c'est foireusement convenu. Et puis ça a beau être distrayant, c'est beaucoup trop long pour ce que ça raconte : l'introduction et le final à rallonge sont aussi explicatifs qu'épuisants. 

J'en retiendrai une course poursuite d’introduction palpitante (en salle) mais déconseillée aux épileptiques car ça fait vraiment un mal de crâne avec cette impression de suivre Matrix, Avatar, Spy Kids et Speed Racer à la fois sur plusieurs écrans. La séquence en hommage à Kubrick et Stephen King est cool, et Mark Rylance reste le personnage le plus intéressant avec son look très Garth (de Wayne's World) plus sensible qu'il n'y paraît. Peut-être que je ne suis pas le public visé mais une chose est sûre c'est que globalement je suis resté sur le banc de touche en me disant : "Je suis trop vieux pour ce genre de conneries" alors que je n'ai pas encore trente ans. 

Réalisation : Steven Spielberg 
Scénario : Ernest Cline et Zak Penn 
Tiré du roman d'Ernest Cline
Durée : 2 h 20 
Interprétation : Tye Sheridan, Olivia Cooke, Mark Rylance, Simon Pegg, Ben Mendelsohn...

dimanche 18 mars 2018

Moi, Tonya (I,Tonya)



Avec la sortie récente (et les Oscars), on aurait tendance à ne retenir de Moi Tonya que l'atout majeur de sa promotion, sa vitrine : Margot Robbie. C'est agréablement pas le cas quand on visionne le film car on tient là avant tout un très bon produit où la jeune actrice se retrouve entourée avant tout d'une excellente équipe. Le scénario ne cherche pas en priorité la performance de l'actrice. Ce dernier revisite le biopic avec une fraîcheur qui fait du bien, oscillant constamment et ouvertement entre le cinéma des frères Coen et celui de Martin Scorsese. Egalement productrice, Margot Robbie trouve ici incontestablement son premier grand et vrai rôle au cinéma. Son rôle de Tonya Harding, patineuse et sportive controversée (avant O.J Simpsons) confirme le talent de l'actrice et celui à en devenir. Je lui espère et prédit une belle carrière pour la suite. 

Comme d'habitude dans ces cas là, on parle moins du réalisateur. Graig Gillespie a pourtant offert il y a bientôt dix ans un des meilleurs rôles à Ryan Gosling dans Une fiancée pas comme les autres. Un brillant remake de Monique de Valérie Guignabodet, avec Albert Dupontel, car il reprenait l'idée de base, très originale, avec beaucoup de sobriété et de subtilité. L'écriture est à la fois drôle, tendre et amère, offrant une profondeur étonnante à un sujet pour le moins délicat et exigeant. Ici on retrouve à nouveau un script avec un sujet pour le moins casse gueule. S'inspirant d'interviews (très contradictoires), des archives et une bonne partie de fiction, le scénario joue du début à la fin avec le vrai du faux et avec beaucoup d'humour. Avec la mise en scène, tous les deux glissent royalement dans les sillons de la fresque scorsesienne et du cinéma des frères Coen. Un peu comme l'avait fait Paul Thomas Anderson et son Boogie Nights, Craig Gillepsie s'inspire ouvertement et sincèrement de ces influences pour par moments nous offrir des parenthèses émotionnelles bien authentiques et inspirées. 

Malheureusement ces moments là ne sont pas assez nombreux pour faire de Moi Tonya un très grand film. Ces passages auraient pu donner une personnalité, une authenticité et une grandeur au film, mais aussi au cinéaste. Finalement, c'est ce petit peu qu'il manque à Moi Tonya pour être vraiment unique. Cependant ce film reste quand même très hautement recommandable. C'est une belle exception, une surprise même venant de la part du scénariste Steven Rogers qui était alors jusqu'ici responsable de scripts assez patauds. Si à mon goût, le scénario n'appuie pas assez sur le personnage principal et ses difficultés à s'imposer dans sa discipline sportive et aux yeux du public, le scénariste reste assez pêchu et inspiré du début à la fin pour nous emballer. Le fait qu'il s'appuie paradoxalement trop sur l'entourage de Tonya empêche de donner une plus grande profondeur et émotion au personnage et au film. Malgré cela dans ce superbe mélange se dégage un portrait poignant et émouvant d'une femme passionnée et déterminée victime de son entourage et de son image. Cela fonctionne tout de même très bien et puis l'écriture contourne le conventionnel et le pathos de manière très habile. Ce qui est évidemment très plaisant. 

Ce qui est très plaisant également est la non prétention du cinéaste. Graig Gillespie a beau s'inspirer formellement du cinéma de Scorsese dans sa forme, cela reste au service de son scénario (lui aussi inspiré du réalisateur de Casino). J'ai eu l'impression de regarder un Flashdance écrit par les Frères Coen qu'aurait réalisé Martin Scorsese : un poil trop polit mais ça groove comme un titre de T-Rex. Pour notre plus grand plaisir on est loin d'être dans des films plus anecdotiques comme ceux de David O'Russell, qui lui en revanche se regarde filmer et se prend pour Scorsese. Je parlais de Boogie Nights, et là aussi on a droit à un montage magistral. Les deux heures passent en un éclair. Moi Tonya est très rythmé et aidé par un scénario très bien équilibré. Tout est porté par de bons seconds rôles et des supers acteurs. Allison Janney n'a pas volé son Oscar de meilleur second rôle féminin, elle possède un personnage pour le moins impressionnant. 

Si le film manque d'un cinéaste à la personnalité plus affirmée pour marquer les annales comme Boogie Nights, Moi Tonya reste à l'image de This is not a love story d'Alfonso Gomez Rejon, un très bon film, original, frais et sincère qui s'impose comme un grand film populaire de qualité. Ce qui est assez remarquable pour être souligné. 

Réalisation : Craig Gillespie 
Scénario : Steven Rogers
Interprétation : Margot Robbie, Allison Jeanney, Sebastian Stan, Bobby Cannavale... 

jeudi 15 mars 2018

Call Me By Your Name



Avant le remake de Suspiria, Luca Guadagnino clôt sa trilogie sur l'amour (Amore, A bigger Splash) en adaptant cette fois un roman d'André Anciman. Le scénario est écrit par le vétéran James Ivory, enfin récompensé aux Oscars cette année. Ce dernier a parfaitement adapté son style avec celui du réalisateur qui avait commencé l'ébauche du script auparavant, tout oscille entre musique et esthétique, réalisme et romantisme. Un projet long de neuf années qui trouve enfin son aboutissement mais surtout l'accomplissement d'un cinéaste pas assez reconnu. Call Me By Your Name est effectivement dans la continuité absolue du cinéma de Luca Guadagnino : un cinéaste rare et élégant. 

Le style du cinéaste ne plaira pas à tout le monde par son rythme lent, contemplatif, et ses parties très dialoguées. Trop pourront dire certains et on peut vite ressentir des longueurs avec l'intrigue toute simple et épurée. Cependant, l'histoire est singulière avec la relation amoureuse au centre du scénario qui s'installe avec beaucoup de parcimonie, de tendresse et de poésie. On peut clairement dire qu'on est dans la version anglaise et italienne du Retour à Brokeback Mountain d'Ang Lee. La mise en scène réussit avec brio à nous toucher par sa finesse, sa mélancolie et un fétichisme sincère pour les années 80, bien moins pompeux que ce que l'on peut voir ces derniers temps. Le cinéaste nous épargne la facilité car, à la manière d'un peintre, par toutes petites touches, esquisse un souvenir de vacances, d'amour, d'expérience, tout en jouant avec le temps et le cadre (idyllique) de l'Italie. Une fois encore on retrouve des acteurs exceptionnels pour porter tout cela à l'écran. A l'opposé de l'extravagance du jeu de Ralph Fiennes dans A Bigger Splash, toute la direction est dans la sobriété, entre le jeu d'acteur extraverti typiquement italien et la retenue plus anglaise. J'en profite pour faire une mention spéciale à Michael Stuhlbarg qui enchaîne ces temps ci les rôles nuancés et touchants (Pentagon Papers, La forme de l'eau). Dans son rôle du père, il est brillant et offre une belle et émouvante scène finale, à l'image du film.

Tout est d'une grande fluidité et délicatesse. L'apport de l'écriture très soyeuse de James Ivory amène beaucoup de profondeur au travail de Guadagnino ici au sommet de sa maîtrise. Cette fois sans voix off, le cinéaste se concentre sur ses acteurs, son superbe travail musical et esthétique qui fait la force de ses films. Tout est choisit avec beaucoup de goût et de modération, ce qu'il y a finalement de plus remarquable. On oscille dans des styles et thèmes que Xavier Dolan ou Sofia Coppola traitent souvent mais cette fois j'ai été bien plus séduit par l'approche de ce cinéaste très raffiné, qui possède beaucoup de sensibilité, d'intelligence. On est très loin du commun tape à l'oeil et encore moins de la coquille vide dans cette bulle, cette osmose parfaite de cinéma. 

Call Me By Your Name s'ajoute à la liste des grandes histoires d'amour au Septième art de ces dernières années. Il rejoint les grands classiques comme le tout dernier Paul Thomas Anderson sorti en début d'année également ou encore Todd Haynes, François Ozon, Park Chan Wook mais surtout des films parlant de l'homosexualité de manière pudique et universelle. Ce film marque donc l'aboutissement d'un cinéaste au talent affirmé mais aussi l'occasion de dire un dernier au revoir à James Ivory, un cinéaste écrivain qui a marqué les années quatre vingt dix par des chefs d’œuvres de retenue tel que Retour à Howard Ends et bien sûr Les Vestiges du jour. Cette union est magnifiquement retranscrite à l'écran par les deux acteurs principaux : Armie Hammer se voit enfin offrir un beau rôle de composition impeccable et quant au convoité Thimothée Chalamet, aussi multilingue que grandissant, il porte avec un certain génie, un rôle loin d'être évident et des performances habituelles. Un peu comme Casey Affleck dans Manchester by the sea, il est entre sobriété et émotion, à l'opposée de la performance, et sa nomination aux Oscars n'est pas venue par hasard. Il faut retenir de Call Me By Your Name une oeuvre superbe et harmonieuse. 

Réalisation : Luca Guadagnino
Scénario : James Ivory 
Tiré du roman d'André Anciman
Avec : Thimotée Chalamet, Armie Hammer, Michael Stuhlbarg... 

lundi 12 mars 2018

La forme de l'eau ( The Shape of Water)



Plébiscité et considéré d'emblée comme le nouveau chef d'oeuvre de Guillermo Del Toro, La forme de l'eau fait dans tous les cas du bruit et marquera sans aucun doute cette année cinématographique. Ce qui est en soit un exploit pour le cinéma fantastique qui tient bien là son représentant de ces dernières années et il est incontestablement réalisé d'une main de maître par un éternel amoureux du genre. Je reste globalement assez mitigé. 

Après la dégringolade, ou devrais-je dire débandade, du cinéaste sur (l'hideux) Crimson Peak, le revoilà dans le même esprit mais heureusement de manière bien plus inspiré et lyrique. Le cinéaste pousse au paroxysme son univers visuel et métaphorique (c'est visuellement très beau) et reprend l'ensemble de ses thèmes sur l'humain, la monstruosité, y glisse un peu plus de sentiments et une touche de sexualité. Aidé par un Alexandre Desplat en grande forme lui aussi (même si souvent utilisé de manière un peu trop présente) le film trouve un séduisant équilibre et offre une belle synthèse du cinéma de l'auteur. C'est une sorte de revisite de la Belle et la Bête avec des moments de grâces visuelles et musicales indéniables dans un monde toujours âpre, injuste avec une panoplie de marginaux rejetés ou handicapés. Côté casting c'est comme souvent chez De Toro, du solide. La gueule des acteurs font (presque) oublier les personnages qui flirtent avec les caricatures et le manichéisme d'un scénario cette fois bien trop mesuré et sage. 

Ce qui m'a gêné le plus avec ce The Shape of Water est globalement d'avoir un emballage de papier glacé. Exactement ce que je reproche au film de Wes Anderson The Grand Budapest Hotel, ou même Sweeney Todd à Tim Burton, j'ai l'impression d'être devant une synthèse formelle brillante de la filmographie du cinéaste où cette fois tout rentre dans des cases. Il n'y a rien de nouveau à proposer qu'un budget plus imposant. J'ai un peu la désagréable impression d'avoir regardé visionné un "Guillermo Del Toro pour les Nuls" (vous savez le bouquin qui grossit tout pour paraître moins con que t'en a l'air !) Le cinéaste refait ce qu'il sait déjà faire à quelques détails près mais c'est taillé pour le public américain et les Oscars. Alors c'est magnifique, plein d'amour pour le genre et même avec des fulgurances indéniables mais le film ne dégage au final qu'un beau livre d'images et de scènes mais sans grande originalité, ni véritable audace ni authenticité scénaristique.  

On est loin de la subversion et la claque du Labyrinthe de Pan qui lui ne rentre toujours dans aucune case, ni même pour l'irrégulier mais tout de même intéressant L'échine du Diable. La forme de l'eau est un beau film formel de Del Toro avec de belles fulgurances, de belles idées mais, comme l'eau de la baignoire de la créature, je trouve qu'il manque là dedans pas mal de sel (et aussi dans les derniers films du cinéaste) pour y apprécier un contenu bien plus organique et des sentiments forts. On peut effectivement ressentir une forte influence du cinéma de Jean-Pierre Jeunet et Caro. Cependant Guillermo Del Toro a toujours été dans cette même catégorie de cinéaste très graphique. C'est facile de les mettre dans le même panier alors qu'il n'ont pas grand chose à voir si ce n'est ce détail. Dans tous les cas, ils ont une inspiration du cinéma de Terry Gilliam. Cependant ce rapprochement laisse planer l'idée d'imaginer un Alien version Guillermo Del Toro. Une idée qui donnerait une version romantique à la saga ce qui pourrait être intéressante. 

Cependant si j'étais producteur, je proposerais sans hésiter un remake de L'histoire Sans Fin à Guillermo Del Toro. Le cahier des charges correspond pas si mal que ça au cinéaste car quand il est personnel comme sur Shape of Water ou Pacific Rim, il s'en impose quand même un. L'an dernier j'ai eu exactement la même impression à la sortie du film de Bayona avec Quelques minutes après minuit  qui marche sur les pas de Steven Spielberg et de ... Guillermo Del Toro.

Réalisation : Guillermo Del Toro. 
Scénario : Vanessa Taylor et Guillermo Del Toro
Durée : 1 h 55
Interprétation : Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg...

jeudi 8 mars 2018

Phantom Thread




On avait quitté Paul Thomas Anderson sur le déroutant et mélancolique Inherent Vice. Ce dernier confirmait définitivement que l'auteur de Magnolia est aussi marginal qu'authentique dans le paysage du cinéma indépendant américain. Si le cinéaste divise, il est aussi le seul de nos jours comparable à la carrière de Stanley Kubrick, signant des oeuvres à la fois personnelles et avant gardistes. Si PTA a une démarche moins commerciale que le réalisateur d'Eyes Wide Shut, il peut tout autant dérouter qu'agacer et fasciner le public. Ses films resteront comme des oeuvres clés dans les annales du cinéma. 

Dix ans après le grandiose There Will Be Blood, le cinéaste collabore une nouvelle fois avec Daniel Day Lewis. Les deux hommes signent ensemble à nouveau un chef d'oeuvre. Dans un tout autre registre, le duo signe une oeuvre tout aussi brillante qu'incroyablement en contre pied total de leur précédente collaboration. There Will Be Blood traite de la folie de l'Homme et du Capitalisme aux Etats-Unis de manière âpre, sèche, historique et réaliste, le tout porté par des personnages et acteurs époustouflants où le charisme est mis en avant. Phantom thread se déroule en Angleterre et traite d'une histoire d'amour intimiste sur un couturier, un créateur et sa muse. Toute en retenue et délicatesse, et pleine de sous entendus, la narration s'attarde sur les sentiments, le couple, l'amour. Dans la forme du film  également, PTA nous baigne musicalement en permanence sur des mouvements de caméra et des plans rapprochés très présents qui articulent l'émotion de manière remarquable. De manière plus flagrante cela se voit par la délicatesse du jeu de Daniel Day Lewis. Pour son dernier rôle, l'acteur retrouve la subtilité et la sobriété que l'on trouvait plus souvent au début de sa carrière chez James Ivory, Philip Kaufman ou encore dans Le temps de l'innocence de Martin Scorsese.


D'un classicisme et d'une grande élégance propre au talent de Paul Thomas Anderson, Phantom Thread possède une structure incroyablement sensible et subtile. Jamais on avait vu auparavant cette facette du cinéaste, ici renversant d'élégance, de subtilité et de sensibilité. Il transcende la pure tradition des grands cinéastes et films italiens des années soixante, comme Visconti et Fellini. Magistralement rythmé et interprété, on est dans un classique instantané aussi académique que vertigineux. Le film de PTA s'ajoute à celui de Todd Haynes Carol ou encore Mademoiselle de Park Chan Wook : des cinéastes qui s'approprient pleinement les codes, les thèmes de l'amour à l'écran et les transcendent à leur manière dans leur style bien à eux, emballé avec une maîtrise formelle au sommet. Une nouvelle fois scénariste, Paul Thomas "Andersen" brode une subtile tapisserie cinématographique et personnelle avec un tissu d'amour et de venin. Une oeuvre sur mesure qui marquera le septième art par sa virtuosité et son intelligence, à l'image du talent et de la carrière de Daniel Day Lewis : complexe, élégant, subtil, vénéneux et retors. Un chef d'oeuvre sur l'amour, l'artiste et l'illusion. 



Réalisation et scénario : Paul Thomas Anderson
Durée : 2 h
Interprétation : Daniel Day Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville...

jeudi 1 mars 2018

Three Billboards, Les panneaux de la vengeance (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)



Plus d'un mois après sa découverte dans les salles obscures, j'ai envie de revenir un peu sur ce grand film tant il me laisse une trace indélébile dans les grands moments passés au cinéma ces derniers mois. Alors qu'il est très justement nominé aux Oscars tant les performances des acteurs sont éclatantes, le film de Martin McDonagh ne se résume heureusement pas qu'à cela, c'est avant tout une réussite totale. 

Il y a dix ans, le réalisateur, dramaturge anglais marquait le coup avec Bons Baisers de Bruges, un premier film déjà très séduisant par son casting, ses dialogues et son exercice de style maîtrisé que l'on glisse entre le style des frères Coen et de Quentin Tarantino. Son deuxième film Sept psychopathes est bien plus maladroit. On y retrouve un casting monumental et plus de personnages pour une efficacité dramatique moins percutante car l'ensemble est beaucoup plus foutraque. Si globalement cela reste plaisant, au final il reste inoffensif et se niche quelque part entre Guy Ritchie et Shane Black. Les dialogues sont pourtant bons, les mélanges de tons sont les plus grandes ambitions du film ou il reste l'impression flagrante  que le cinéaste s'est un peu égaré au milieu de son délire sur ce qu'il voulait faire à la base. 

C'est alors qu'arrive cette année 2018. Pour son troisième film Martin McDonagh pousse toutes ses précédentes qualités à son paroxysme et revisite, transcende par la même occasion les codes du film de vengeance classique. Si on retrouve toujours une ADN très proche des frères Coen, c'est surtout par l'influence de la musique de Carter Burwell et bien entendu l'actrice Frances McDormand en tête d'affiche. On peut clairement penser aussi à du Clint Eastwood avec l'écriture d'un personnage principal féminin qui a son tempérament bien trempé, son cran réjouissant et libérateur mais également une force dramatique à la fois dense et touchante. Mais Three Billboards est bien plus que cela, on est avant tout dans un film personnel, intègre, qui se suffit largement à lui-même et qui ne ressemble à aucun autre. Toutes les caractéristiques d'un grand film. 

Le titre original à son importance. Une adresse GPS "google maps" comme pour prendre le pouls de l'Amérique dans une bourgade anodine. A travers trois personnages fictifs, le cinéaste nous parle d'une Amérique endeuillée (McDormand), malade (Harrelson) et raciste (Rockwell). Tous ont une perte de repères, de buts et sont meurtris mais sont à la recherche de justice. Le représentant de la Loi, interprété comme toujours à la perfection par Woody Harrelson, nuance et axe formidablement la narration d'un scénario qui possède d'incroyables tours de forces. MacDonagh a l'intelligence de jamais pleinement entrer dans le social, ni le politique mais de les incruster dans la toile de fond : les conditions, les portraits des personnages . Avant tout on peut noter une très bonne idée de départ, simple, judicieuse et surtout crédible. S'ajoute ensuite le parfait cocktail des genres, des tons explosifs entre le rire, l'émotion, la violence, la délicatesse, l'approche psychologique et l'action. Le réalisateur pour notre plus grand plaisir jongle entre l'audace et la virtuosité. Mais la plus grande force du film, et ce pourquoi à la sortie l'ensemble il nous donne l'impression d'avoir vécu une expérience équivalente d'une grande série de télévision, reste l'écriture et la place qu'occupe l'ensemble des personnages dans le scénario. Martin McDonagh donne autant d'importance aux seconds rôles qu'aux premiers :  qualité des très grands scripts. Quand ce n'est pas pour donner une belle intrigue ou de l'émotion, ces derniers sont là pour décanter habilement les sujets plus graves avec des moments de comédie pour le moins brillants. Quant à la fin, c'est peut-être l'une des plus intelligentes et réussies que j'ai pu voir ces dernières années. Le duo McDormand/Rockwell est suffisamment développé et ambigu pour pouvoir s'en faire sa propre idée. Le cinéaste sait s'arrêter quand il faut, c'est aussi une qualité de plus dans le cinéma d'aujourd'hui, souvent trop long et démonstratif.

Il serait dommage de ne retenir que les performances des acteurs (tous reconnus depuis longtemps pour leur talent) dans ce Three Billboards car on a droit avant tout un très grand film, avec du fond et des superbes personnages, semblable aux réussites d'Arthur Penn, Sam Peckinpah ou même John Ford. En tout cas pour ma part c'est un film qui va rester dans les annales et le premier à saluer est Martin McDonagh. Il signe une mise en scène brillante, collant à la perfection à son scénario, qui lui est exemplaire en tout point et à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Avec Comancheria de David Mackenzie, ce genre de cinéma (scénario, dialogues, casting et mise en scène au diapason) est si génial et rare que ça mérite d'être remarqué et chaudement recommandé. Scotchant. 

Réalisation et scénario : Martin MacDonagh
Durée : 1 h 50 
Interprétation : Frances McDomand, Sam Rockwell, Woody Harrelson... 


vendredi 23 février 2018

50 grands films à (re)découvrir


La Valse des Pantins (Martin Scorsese)

Voici une sélection de 50 films que je considère comme brillants, importants ou même des purs chefs d'oeuvre qui n'ont pas, ou trop rarement, la chance de figurer dans les recommandations, les tops, les films phares, et cela que ce soit sur internet comme sur les manuels du cinéma que j'ai eu l'occasion de lire. Il m'a fallu faire pas mal de choix, encore une fois ce n'est jamais simple car le cinéma est un art, un ressenti personnel où il n'est jamais évident d'être toujours objectif. 

Les cinéphiles purs et durs vont peut être (et j'espère pour eux) trouver la plupart de mes choix évidents mais je considère que les films présentés n'ont pas la notoriété méritée. J'ai essayé de choisir des films relativement assez faciles d'accès et de trouver le bon compromis entre le film d'auteur et plus commercial et calibré. La plupart ne sont pas des films très récents car il y a le temps (et l'Histoire) qui offre un le recul nécessaire pour pouvoir affirmer si le film est important ou vraiment perdu, oublié dans les limbes du cinéma. Je me suis limité à qu'un seul film de certains cinéastes dont beaucoup de leurs films sont à redécouvrir (comme ceux Lumet, Altman, Aldrich, Fleischer...). Dans la flopée de films américains, j'ai essayé de glisser quelques films européens. 

Bonne lecture et j'espère bonne découverte à tous !



A bout de course (Running on empty)
de Sidney Lumet 

Danny, 17 ans, est le fils d'anciens militants contre la Guerre du Vietnam en fuite. Ces derniers ont organisés un attentat à la bombe contre une fabrique de Napalm, tuant un gardien. Le couple Pope est vivement recherché par l'Etat. Danny vit depuis tout petit dans le changement d'identité et la dissimulation. Tout va changer quand il va rencontrer Lorne Philips, la fille de son professeur de musique. 

Le grand Sidney Lumet a dans son immense filmographie beaucoup de films sous estimés (La colline des hommes perdus, Point Limite, The Offense pour n'en citer que trois) mais peut-être que celui là est le plus singulier et le plus émouvant. Rare un film sur l'adolescence et la famille n'a été aussi juste que dans cette pépite des années 80. A travers le regard pudique du cinéaste, l'interprétation sensible (dont le regretté River Phoenix), A bout de course possède un scénario remarquable d'intelligence et de profondeur contournant tous les pièges du genre. 

Une réussite absolue et une oeuvre à part pour le cinéaste de 12 hommes en colère qui signe ici mine de rien un de ses plus grands films. Il y a de grandes chances que cette merveille rejoigne vos films cultes auprès de Stand By Me ou The Breakfast Club. Même si je pense que le film de Sidney Lumet, sous son allure simple, est plus proche de la force émotionnelle de La fureur de Vivre ou A l'Est d'Eden ; où même River Phoenix est comparable à James Dean sur bien des égards. 




Au delà de la gloire (The Big Red One) 
de Samuel Fuller

Griff, Vinci, Zab et Johnson sont quatre jeunes soldats qui s'engagent dans la première division d'infanterie américaine "Big Red One". Sous les ordres du Sergent Possum ils vont parcourir le Globe puis traverser l'Europe, de l'Afrique du Sud à Berlin, pour combattre le nazisme. Ils vont ressortir des champs de batailles traumatisés à vie. 

Là également dans la filmographie de Samuel Fuller, il y a des pépites à redécouvrir et réhabiliter (Shock Corridor, White Dog). Je sélectionne ce film car il est le testament du cinéaste et offre une oeuvre à l'image de son cinéma. Malgré une économie de moyen, c'est efficace, audacieux et important. Lui même soldat durant la Guerre, le cinéaste signe ici une oeuvre autobiographique, limite documentaire par moment, passionnante et particulièrement nuancée. Loin des clichés que l'on voit souvent dans le genre, c'est une oeuvre humaine avant tout particulièrement réfléchie et mûre. 

Porté par un superbe casting (le charismatique Lee Marvin et Mark Hamill bien loin de Star Wars), Au delà de la Gloire n'a pas la reconnaissance de Full Metal Jacket et Il faut sauver le soldat Ryan qui se sont inspirés de manière plus ou moins flagrante. S'il n'a pas la maîtrise formelle indéniable de ces derniers, Fuller est gagnant sur bien d'autres points sur les films de Kubrick et de Spielberg, mais bien entendu aussi sur beaucoup de films du genre. C'est tout aussi bien car ce film est peut-être le témoignage le plus percutant et intelligent sur la Guerre. 



Les flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions) 
de Richard Fleischer

Roy Fehler, étudiant en droit, s'engage dans la Police pour subvenir aux besoins de sa famille. Partenaire du vétéran Andy Kilvinski, le jeune homme apprécie peu à peu sa nouvelle vie et délaisse peu à peu ses études. Lassée de ne plus le voir, sa femme le quitte et sombre dans la dépression. Il se raccroche à son métier.

Richard Fleischer est lentement mais sûrement réhabilité auprès des cinéphiles ces dernières années. C'est en redécouvrant entre autre cette pépite que l'on comprend pourquoi. Dans la veine du cinéma humaniste de Sidney Lumet, ces flics sont ce qui sera le point de départ de la célèbre série The Wire trente ans plus tard. Aujourd'hui ça reste une fresque authentique, intense, sensible, anti spectaculaire et proche du documentaire passionnant du début à la fin. Tiré d'un roman écrit par un ancien policier, Fleischer trousse un témoignage dense, juste et émouvant plus que jamais brûlant et essentiel d'une Amérique à plusieurs vitesses, pleine de tensions et d’ambiguïtés. 

Peut-être le meilleur film sur la police que j'ai eu l'occasion de voir et l'un des meilleurs du réalisateur, ici au sommet de son art. Porté par des acteurs époustouflants (comme toujours George C Scott est parfait et Stacy Keach excellent également) The New Centurions complète parfaitement la trilogie policière de Sidney Lumet Serpico, Le Prince de New-York et Contre enquête. Un très grand film à redécouvrir absolument. 



L'ultimatum des trois mercenaires (Twilight's Last Gleaming) 
de Robert Aldrich 

Le 16 novembre 1981, trois évadés de prison s'infiltrent dans la base militaire du Montana afin de prendre le contrôle de neuf missiles nucléaires. Le meneur, Lawrence Dell, est un ancien général de l'U.S Air force condamné pour meurtre. Il demande à l'Etat Major de l'argent et une extradition par l'US Air Force mais surtout de révéler un document officiel sur l'intervention américaine au Vietnam sans quoi les fusées nucléaires seront lancées. 

Dans la filmographie de Robert Aldrich il y a de nombreuses pépites (Vera Cruz, En quatrième Vitesse, Qu'est il arrivé a Baby Jane, Les douze salopards) mais depuis peu de temps, ce film de 1977 est incontestablement à ranger à côté de ces derniers. A sa sortie, le cinéaste a vu son film coupé d'une heure, soit les scènes de discussions politiques passionnantes, afin de le vendre comme de l'action et sur l'étiquette de son dernier succès Les douze salopards. Alors que le scénario et le fond sont avant tout un thriller politique avec des scènes d'actions, le film devait se retrouver alors sans aucun intérêt. 

En 2013, le film a été remonté comme l'avait fait le réalisateur à l'origine : c'est tout bonnement une perle de cinéma. On est ici à l’apogée du talent du metteur en scène, un scénario excellent de par son sujet, la qualité de ses dialogues et de sa structure, et porté par un casting génial (dont Burt Lancaster dans un de ces derniers grands rôles). Ce très grand film est particulièrement remarquable pour être produit et sorti aux Etats-Unis avec un sujet si brûlant et son traitement si radical. L'ultimatum des trois mercenaires est un film aussi impressionnant qu'essentiel à ranger à côté des sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick et Sept jours en Mai de John Frankenheimer. Ce grand film est assurément à redécouvrir et réhabiliter, à l'image de la filmographie du cinéaste. 





Tuez Charley Varrick (Charley Varrick)
de Don Siegel

Charley Varrick braque une banque à l'aide de sa femme et un complice. Il apprend vite que la somme qu'il a volé appartient à la mafia et qu'elle veut sa peau. 

Mentor de Clint Eastwood, Don Siegel avec A bout portant réalisait une nouvelle adaptation de la nouvelle d'Hemingway que Robert Siodmak avait auparavant transformé en chef d'oeuvre du film noir : Les Tueurs. Quand on voit son Charley Varrick, on comprend que Don Siegel c'est bien plus que de la simple série B. On ne peut lui enlever son amour pour le genre et cette fois sa touche personnelle rayonnante pour le genre donne une autre ampleur au film. C'est sobre, sans esbroufe avec des superbes personnages et tous crédibles, émouvants à leur manière. 

Superbement écrit et réalisé, le casting au poil et la musique inspirée de Lalo Shrifrin fait de ce film un bijou absolu de cinéma. Matrice de ce que sera le cinéma de Tarantino par la suite, Don Siegel mélange ici en toute simplicité les codes du policier, du film noir et se fait même plaisir à revisiter La mort aux trousses d'Hitchcock. Ressorti dans une belle édition il y a peu de temps, voilà un cadeau pour cinéphile qui représente tout un pan du genre et un grand film des années 70 à savourer sans attendre. 




Lifeboat
d'Alfred Hitchcock 

Un navire américain est coulé par un sous marin allemand. Les survivants gagnent un canot de sauvetage. Ils recueillent également Willy, un naufragé du sous marin Allemand, qui s'avère le seul navigateur de tous. Lentement Willy va prendre le contrôle de l'embarcation.

Ce film de commande, et même de propagande, réalisé en plein milieu de la seconde Guerre (1943) fut descendu en flamme car il montrait l'allemand comme le seul navigateur du canot. Sur un scénario écrit en partie par John Steinbeck, Lifeboat est aujourd'hui un film à redécouvrir dans la filmographie d'Hitchcock tout simplement parce que le cinéaste signe une oeuvre audacieuse et d'une très grande modernité comme le sera plus tard L'inconnu du Nord Express et Fenêtre sur Cours

Le film est remarquable pour sa mise en scène qui ne tombe jamais dans le théâtre filmé ( ce qui n'est pas le cas de La Corde) et relève le défi de s’effacer pour mettre en hauteur la justesse des personnages, des dialogues et de la narration. Lifeboat est un film au message et thèmes universels, peut-être le plus humaniste des films du cinéaste. Hitchcock aimait les défis et les challenges et si ce ne fut pas l'oeuvre la plus facile à mettre en place et qu'il défendait le plus, elle reste à redécouvrir urgemment car il est au diapason de son talent. Un grand Hitchcock donc un grand moment de cinéma, et essentiel. 





La dernière séance ( The Last Picture Show) 
de Peter Bogdanovich 

1951, deux adolescents texans passent leur temps entre le café et le cinéma, seules distractions dans leur petite ville perdue aux confins du désert. Quand une fille engendre une dispute entre eux, l'un d'eux décide de s'engager dans l'armée à la guerre de Corée. Avant de partir, ils décident de voir un dernier film ensemble... 

Peter Bogdanovich est un cinéaste plus reconnu auprès de la presse et d'une élite de cinéphile que du public. Il est difficile de se procurer sa filmographie (d)étonnante. Réalisé au début des années 70, le cinéaste, cinéphile avant tout, signe un mélodrame en hommage et dans la tradition du cinéma des années 50. Loin d'être désuet, La dernière séance est un chant du cygne d'un cinéma éteint avec le début de la Nouvelle Vague Hollywoodienne dont le cinéaste est un emblème. 

Comme New York New York de Martin Scorsese, le succès ne fut pas au rendez vous mais le film demeure être un chef d'oeuvre personnel et d'une grande maîtrise. Porté par des jeunes acteurs magnifiques que sont Jeff Bridges, Cybill Shepherd (tous deux dans leurs premiers rôles) et Thimothy Bottoms  (également dans le puissant Johnny s'en va en Guerre de Dalton Trumbo la même année), La dernière séance est savoureux chef d'oeuvre qui ravira le cinéphile et le spectateur sensible aux films de Kazan et de Sirk. 



Ces garçons qui venaient du Bresil ( The Boys from Brazil) 
de Franklin J.Schaffner

Au Paraguay, le Docteur Mengele refait surface et organise l'assassinat de 94 hommes dans le monde. Ezra Lieberman, célébre chasseur de nazis, essaie d'en savoir plus et découvre un complot dont la solution s'avère être cauchemardesque pour l'humanité...

Cinéaste brillant et bien trop souvent oublié, Franklin J.Schaffner signe avec ce film peut-être ce qu'il y a de plus audacieux dans le domaine des grandes productions des années 60 et 70. Superbe scénario mené avec intelligence, perversité et maestria et porté par un casting en or (Olivier, Peck, Mason) sur une musique de Jerry Goldsmith au top, Ces garçons qui venaient du Brésil est un bijou de cinéma trop rare. 

Même si c'est tiré d'un livre, on retrouve un côté fictionnel qui se permet de réécrire l'Histoire et de jouer intelligemment avec le film d'anticipation. Un exercice de style brillant qui ne laisse pas indemne notamment par sa fin est exceptionnelle. Un merveilleux équilibre qui montre tout le talent de ce metteur en scène qui rassemble cette fois un peu tout son savoir faire en un, soit sa force historique (Patton) et et celle de la science fiction et l'anticipation (La planète des singes). Du grand cinéma tout simplement. 



Trois femmes (Three Woman)
de Robert Altman

En Californie, Pinky Rose, dix-huit ans, est engagée comme aide soignante dans un sanatorium. Millie Lammoreaux, vingt-cinq ans,  est chargée de la former. Millie prend rapidement Pinky sous son aile et l'héberge. Pinky trouve chez Millie l'idéal féminin jusqu'à ce qu'elle tombe sur son journal intime... 

Après That cold day in the park et Images, Robert Altman clôt sa trilogie féminine avec Trois femmes, un superbe portait psychologique et introspectif à la risée du fantastique et de l'onirisme. Sans doute l'oeuvre la moins noire et cynique de l'auteur (du moins en apparence) mais dans sa plus veine la plus sensible. Il est ici à l'opposé de ses autres films qui ont des narrations massives comme NashvilleUn mariage ou Short Cuts.  

Porté comme toujours par une grande interprétation, Trois femmes est un des meilleurs et plus grands films de Robert Altman. Le cinéaste avouait que la scène onirique était sa motivation initiale et qu'au final cette dernière s'avérait la moins réussie. Quand on visionne le film, cette scène offre une superbe parenthèse, une coupure temporelle et donne définitivement à l'ensemble une ampleur, une authenticité qui en fait un très grand film. Robert Altman s'était inspiré du travail d'Ingmar Bergman pour cette trilogie, plus tard elle inspira un certain David Lynch.




La rumeur (The Children's Hour) 
de William Wyler

Dans une petite ville de province, Karen Wright et Martha Dobie dirigent une institution pour jeunes filles. Une élève insolente et menteuse est punie et lance la rumeur que les deux institutrices ont une relation "contre-nature". La rumeur se propage jusqu'au oreilles des parents d'élèves... 

Souvent considéré comme un bon faiseur, William Wyler est un cinéaste pour le moins surprenant. La critique et le cinéphile a trop vite collé au cinéaste l'étiquette de Ben-Hur. Seulement le cinéaste a signé de très bons films, entre autre le culte Vacances Romaines et plus tard le bien trop méconnu L'obsédé. Et puis il y a cette Rumeur là qui rassemble deux grandes actrices de l'époque Audrey Hepburn et Shirley Maclaine traitant d'un sujet délicat, très tabou (on est en 1961) : l'homosexualité. 

Au lieu d'aborder frontalement le sujet, le scénario prend le thème de la rumeur et dépeint la force destructrice que cette dernière peut exercer sur les victimes. William Wyler est au sommet de sa maîtrise technique, il est entre le génie de Mankiewicz et de Preminger. Il dirige deux actrices formidables, sans doute dans leurs rôles les plus émouvants et sur des thèmes universels et intemporels. Dernièrement, La Chasse de Vinterberg s'est fortement inspiré de ce chef d'oeuvre et il est bien moins réussit. Parce que c'est un film dont on ne parle pas assez et que je le considère comme un chef-d'oeuvre, j'insiste : visionnez-le. 





Freud passions secrètes (Freud, The Secret Passion) 
de John Huston

A Vienne, en 1885, Freud met en pratique ses premiers essais sur ses patients malades qui mènera plus tard à la psychanalyse. 

L'un des derniers rôles de Montgomery Clift et le seul film qui traite et parle de manière si simple et fascinante de Freud. Ce film est bien mieux que A dangerous method de David Cronenberg, relatant un peu la même période. Passionné de psychanalyse, Huston souhaitait absolument réaliser un film sur le sujet. Seulement au lieu de la placer dans une intrigue comme l'a pu faire par exemple Alfred Hitchcock dans La maison du Docteur Edwardesle cinéaste décida de parler de la naissance de la psychanalyse comme sujet principal. C'est radical au point qu'il n'y a aucunes histoires périphériques dans le scénario, co-écrit par Jean-Paul Sartre. 

John Huston a signé nombreux grands films noirs et c'est ici avec plaisir qu'on retrouve ici toute son audace du grand metteur en scène qu'il pouvait être. Porté par une musique de Jerry Goldsmith géniale, une photographie superbe, un montage et une maîtrise scénique très moderne, Freud est passionnant. Une approche quasi documentaire et hypnotique se dégage et marque le spectateur. A l'image des yeux de Clift (mourant sur le tournage) : tout est incandescent et passionné. Un très grand film.




Christine
de John Carpenter 

Quand Arnie aperçoit Christine, une vieille Plymouth de l'année 57, il en tombe "taulement" amoureux. Il l'achète, la répare et devient de plus en plus attaché à elle. De son côté c'est réciproque pour Christine aussi. Elle se montre très possessive et dévoile de plus en plus une facette de son passé, celle de tueuse. 

Souvent reléguée au second plan dans la filmographie de John Carpenter, cette adaptation du livre de Stephen King sur grand écran est pourtant parfaite et pour moi peut-être la meilleure avec Carrie de Brian De Palma. A chaque visionnage le film gagne en personnalité et en profondeur car il y a un équilibre remarquable entre la matière du livre et le cinéma de Carpenter. Alors qu'il venait de réaliser The Thing et New York 1997, le cinéaste continue sur sa lancée ici et signe peut être son film le plus personnel doté d'un véritable souffle cinématographique. 

Utilisant les synthétiseurs de manière moins omniprésente qu'à l'accoutumée et une playlist  rock "mortelle", Christine est un brillant teen movie, intensément psychologique à la narration virtuose et touchante. Sous sa fausse allure de série B, il serait dommage de ne pas apprécier les différentes lectures et prendre plaisir, avec le cinéaste, à pointer du doigt la société américaine et de consommation. Avec The Thing, Christine est pour moi le meilleur film du cinéaste, le plus profond, fun, élégant et intemporel. 





A la poursuite d'octobre rouge (The Hunt from Red October)
de John McTiernan

1984, l'URSS lance un sous marin de conception révolutionnaire, tous les services américains sont sur les dents. Le capitaine Ramius, un as de la marine soviétique, prend seul les commandes et fonce avec Octobre Rouge sur les Etats-Unis. La tension est à son comble. 

John McTiernan est un des maîtres du huis clos et du film d'action des années 80 et 90 justement reconnu pour son cinéma commercial aussi punchy que musclé et fun. Prédator, Las Action Heros et bien sûr ses deux Die Hard qui sont devenus cultes. Ce film de Guerre bien plus sérieux a peut-être une très bonne réputation chez le cinéphile mais il est rarement mis en avant quand on parle des meilleurs films du cinéaste, et même du genre.

Pourtant, on peut savourer une maîtrise de l'espace virtuose en terme de mise en scène, un scénario et des acteurs excellents et surtout avec du fond. Bien sûr on est du côté américain mais combien de films de guerres ou sur le sujet se sont montrés si pertinents et efficaces ? Très peu. Ce film ne vieillit pas, il est porté par le charisme de Sean Connery (comme toujours génial), le scénario est une solide et bonne adaptation du livre de Tom Clancy. McTiernan est au sommet de son talent, tout est superbement découpé, détaillé et la tension est omniprésente, impressionnante. 





Little Odessa
de James Gray

Joshua Shapira est un tueur à gages sans états d'âmes. Jusqu'au jour où il est commandité à Little Odessa, le quartier de son enfance. 

J'adore ce film, peut-être même mon préféré du cinéaste, même si The Yards et La nuit nous appartient sont incontestablement ses deux plus grands films. Plus épuré, plus simple et aussi efficace, Little Odessa contient son charme bien à lui, la fraîcheur du premier film et possède déjà les thèmes forts que le cinéaste développera par la suite. 

Tim Roth est comme toujours génial, Edward Furlong dans un de ses meilleurs rôles et l'intrigue simpliste et émouvante en fait plus qu'un premier film réussit mais une perle puissante qui reste dans mes grands souvenirs de cinéma. Un des meilleurs des années 90 à redécouvrir d'urgence. 





Bienvenue Mr Chance (Being There) 
d'Hal Ashby

Les aventures d'un jardinier de Washington naïf et simplet prénommé Chance. Mr Chance est tellement naturel que chacune de ses phrases va être prise pour un véritable oracle et devenir la coqueluche du pouvoir. 

Quinze ans avant Tom Hanks en Forrest Gump, Peters Sellers avait fait pareil, en bien plus réussit et intelligent. Ce film reprend Candide de Voltaire dans le monde politique et du vingtième siècle et le résultat est très drôle, émouvant, cynique et d'une incroyable dérision ou se dégage une candeur, une poésie assez particulière. Laissant la part belle à un Peter Sellers absolument génial qui est dans son rôle le plus représentatif de son talent mais aussi testamentaire de sa carrière. Les dialogues sont brillants et la mise en scène prend le temps de nous immerger, de nous manipuler. 

Hal Ashby est un cinéaste rare, son film le plus culte reste Harold et Maude, mais il réalise ici à nouveau un drôle de film, dans tous les sens du terme. Un grand film lui aussi authentique et terriblement moderne et fort. Quelques longueurs mais on apprécie tant le dernier numéro de Peter Sellers que ça en fait un grand film. L'acteur meurt un an après la sortie du film et sur sa tombe sera gravé la citation d'ouverture du film "La vie est un état d'esprit".





L'homme sauvage ( The Stalking Moon) 
de Robert Mulligan

Un éclaireur de l'armée, retiré dans une ferme du Nouveau Mexique, aide et héberge une femme blanche et son enfant qui avaient été kidnappés par les Indiens. Mais un guerrier Apache, marié à la jeune femme, est à leur recherche. 

Alors que le western se laissait dépérir complètement en fin des années 60, Robert Mulligan s'est approprié le genre de manière superbe et signe un bijou atmosphérique et crépusculaire. Pour moi ce film est sous estimé car il est du niveau et un complément passionnant à La prisonnière du désert de John Ford. 

Un western sombre et paranoïaque, le final est un duel avec une menace dans le hors champs qui frise le fantastique. Robert Mulligan utilise brillamment les codes du genre au point d'offrir rapidement un film intègre, dense et fort avec des dialogues pesés, tel le regard de Gregory Peck, comme toujours magnétique. Le reste du casting est vraiment bon (Eva Marie Saint, Robert Forster), la photographie est sublime ainsi que la musique. Une inspiration certaine pour Clint Eastwood et ses westerns comme L'homme des Hautes plaines et Pale Rider



De sang froid (In Cold Blood)
de Richard Brooks

1959, deux jeunes repris de justice assassinent de sang froid et sans aucun mobile une famille d'agriculteur. Tiré d'un fait divers et du roman de Truman Capote. 

Très grand cinéaste, Richard Brooks s'attaquait en 1967 à l'adaptation du livre dense et difficile de Truman Capote. Il réussit à en faire un chef d'oeuvre cinématographique absolu, peut-être le plus grand film qui pointe du doigt de manière si dérangeante la folie de l'être humain mais aussi la peine capitale. Sur la musique Jazzy de Quincy Jones, le cinéaste signe une introspection et une reconstitution aussi glaciale que passionnante de cet acte horrible.

Dix ans auparavant Robert Wise réalisait le très méconnu Je veux vivre (que je recommande au passage) qui traite de manière plus frontale le sujet sur la peine de mort. Ici le sujet est plus en toile de fond mais s'avère à la fin être un des aspects les plus dérangeants et perturbants du film. L'approche du cinéaste est toujours d'une incroyable modernité, complexité, d'une densité documentaire et froideur toujours aussi marquante et extrême. Des années après on admire une rare maîtrise des codes du polar et reste sans aucun doute le film qui a eu le plus d'influence sur les thèmes et l'approche du cinéma de David Fincher. Trop peu mis en avant, De Sang Froid est un des plus grands films du cinéma. 




Le Chat
de Pierre Granier-Deferre

Dans un pavillon de banlieue épargné par la destruction, un vieux couple sans enfants se déchire. Julien Bouin, ouvrier à la retraite, n'aime plus sa femme, Clémence, ancienne trapeziste qui a du abandonner sa carrière suite à une chute. Lorsque Julien recueille un chat et lui donne toute son affection, la jalousie commende de plus en plus à emporter Clémence. 

Adapté d'un roman de Simenon, ce huis clos psychologique est un très grand film, bien trop peu cité dans les grandes réussites du cinéma français. Pourtant, il y a peut-être ce qu'il y a de mieux dans le paysage et le savoir faire du cinéma de l'époque, tant décrié par La Nouvelle Vague. Un scénario et des dialogues très bien écrits, une mise en scène au cordeau ponctuée de silences et de non dits impressionnants. Cependant c'est surtout un affrontement exceptionnel entre deux monstres du cinéma français que sont Jean Gabin et Simone Signoret, tous deux au sommet de leur talent.

D'une grand amertume et d'une infinie tristesse, Le Chat est plus proche du réalisme de Balzac que le drame explicatif que l'on a l'habitude de voir sur les écrans, proche du cinéma tant aimé et désiré de Claude Chabrol. Tout dedans est une réussite, à commencer par la concision (le film fait une heure et demie) et la souplesse de l'écriture, de la narration mais aussi de la mise en scène. Un classique pour nombreux spectateurs qui l'ont visionnés, il serait dommage qu'il tombe dans l'oubli et de ne pas le faire (re)découvrir.





de John Frankenheimer 

Un homme d'âge mur, déçu de son existence monotone, reçoit un coup de téléphone d'un ami qu'il croyait mort. Celui-ci lui propose de refaire sa vie en simulant sa mort. Il finit par signer un contrat qui lui permet de changer de visage et de repartir de zéro. Tout à un prix, et cette nouvelle existence n’échappe pas à la règle. 

Plus connu aux Etats-Unis qu'en France, Seconds est une indéniable réussite que n'a pas dût laisser insensible Stanley Kubrick tant elle dérange et s'apparente à son oeuvre. Le générique de Saul Bass est devenu une référence dans le genre, la musique de Goldsmith une nouvelle fois est une véritable merveille et John Frankenheimer brille autant dans le trouble et l'émotion dans cet exercice aussi périlleux que virtuose. 

Un film glaçant, qui oscillerait quelque part entre Orange mécanique et 1984 mais de manière tout à fait authentique. Le noir et blanc est sublime, l'ensemble hypnotique, viscéral, troublant, émouvant et d'une grande élégance. La performance de Rock Hudson est superbe et déchirante. Le film peut se conseiller comme un mélange de Kubrick donc, mais également de David Lynch quand il réalise Elephant man tant le film a une empreinte cauchemardesque et humaniste à la fois. Un grand film avant-gardiste et intemporel. 




Les duellistes (The Duellists)
de Ridley Scott


Deux lieutenants de l'armée napoléonienne vont poursuivre une querelle pendant 15 ans à travers toute l'Europe et se provoquer régulièrement en duel. 

Les Duellistes est le premier film de Ridley Scott, soit sa mise en jambe juste avant de signer ses deux films cultes que sont Alien et Blade Runner. Il faut quand même avouer qu'il réalise trois grands films dans la foulée car ces duellistes dépassent le simple exercice de style qui se contente de marcher sur les pas de Barry Lyndon de Stanley Kubrick. Si le film de Scott ne se compare que techniquement par rapport à ce dernier (éclairage naturel), il se démarque par son scénario, axé la vengeance, la revanche et l'action, véritable moteur du film et du concept très avant gardiste (le film est réalisé en 1977) de ce que sera le jeu vidéo plus tard. 

Le film est d'une beauté époustouflante visuellement mais possède une fraîcheur toujours intacte dans le traitement de l'intrigue. Sur le papier ce n'est qu'une série B ou un film de cape et d'épées mais en réalité il en est tout autre. Le cinéaste se repose sur la simple intrigue pour utiliser son sens du visuel pour donner une dimension esthétique sublime, offrir la part belle à l'immersion et surtout la psychologie des personnages et du temps qui passe. Le film paraît assez anodin mais il se dégage la fatigue et une étude sur l'être humain et sa soif de revanche bien plus passionnante et émouvante qu'il ne paraît au premier visionnage. Premier film, premier monument à redécouvrir. 



Strange Days 
de Kathryn Bigelow 

Los Angeles 1999. Lenny Nero, flic déchu, mi-dandy, mi-gangster, s'est reconverti dans le traffic de vidéos très perfectionnées qui permettent de revivre n'importe quelle situation par procuration. Un jour il découvre la vidéo révélant les meurtriers d'un leader noir. 

L'un des plus grands films des années 90 réalisé par une Kathryn Bigelow en pleine forme. Ecrit par Jay Cocks (scénariste de Martin Scorsese) et John Cameron (ici au meilleur et avec la noirceur bienvenue de son premier Terminator), le scénario alterne entre l'anticipation et le passage redouté de l'an 2000, post apocalyptique. Casting au poil, laissant la part belle au talent de Ralph Fiennes, comme toujours, génial. 

C'est un film brillant à bien des égards. D'abord par son concept, celui de pouvoir revivre les souvenirs à travers la vidéo, plongé dans une société qui perd de son sens et de son humanité. Mais aussi par la forme radicale de la mise en scène de la cinéaste. Bigelow développera son cinéma sans concession par la suite mais il faut voir l'audace de l'introduction qui est excellente et aujourd'hui toujours aussi magistrale. Techniquement impressionnant, le film est bien plus subversif qu'à l'accoutumée, faisant penser à Point Break de la cinéaste mais avec cette fois un scénario à la structure dramatique bien plus construite et intéressante. Un très grand film qui hélas pour lui n'a pas marché en salles. Il est à réhabiliter d'urgence et sera un dvd à glisser entre Total Recall et L'armée des douze singes





Le sixième sens (Manhunter) 
de Michael Mann

Will Graham est un des experts-légistes les plus habiles du F.B.I. Il excelle dans l'art de reconstituer dans à partir d'éléments quasiment inexistants le profil d'un assassin. Mais son "sixième sens" lui a valu de frôler la mort plusieurs fois. A la retraite depuis trois ans, il est recontacté par Crawford, un ancien collègue, pour une affaire complexe, celle d'un "tueur de la pleine lune". 

Avant le succès début des années 90 du film de Jonathan Demme Le silence des agneaux, Michael Mann avait ouvert la voix avec cette adaptation brillante de Dragon Rouge de Thomas Harris ( qui ne se compare même pas une seconde avec la version inutile et naze de Brett Ratner des années 2000). Si la mise en scène est plus marquée dans son époque que celle de Demme, elle est bien aussi bien plus personnelle. On retrouve le côté clinique, passionnant et violent du livre de Thomas Harris et le pur sens de la mise en scène de Mann.

Dans l'inconscient collectif Hannibal Lecter c'est l'interprétation d'Anthony Hopkins. La version de Brian Cox ici est tout aussi différente et fascinante, à l'image du film de Mann par rapport celui de Demme. Dans les deux cas, les deux cinéastes (et scénaristes) ont su capter l'univers des romans d'Harris et son devenus deux chefs d'oeuvre du policier. Manhunter est un grand film des années 80 qui gagne en majesté de visionnage en visionnage, et reste toujours l'un des meilleurs films de Michael Mann. 




Le point de non retour (Point Blank) 
de John Boorman

Pour le compte de son ami Reese, Walker, accompagné de sa femme, récupére dans la prison désaffectée d'Alcatraz un magot de 93 000 dollars. L'opération réussit. Reese abat Walker et part avec sa femme qu'il convoitait depuis longtemps. Seulement Walker n'est pas complètement mort et entreprend sa vengeance. 

Le premier film américain de Boorman a une intrigue toute simpliste mais il est, à l'image de la mise en scène, d'une redoutable efficacité. Toute la matrice que sera plus tard Kill Bill de Quentin Tarantino se retrouve dans ce policier violent et (toujours) avant gardiste. Le cinéaste explose les codes du genre pour nous transporter au plus proche de l'esprit du personnage principal campé par un Lee Marvin impérial. 

Entre le pur film noir, de vengeance et le psychédélisme, l'expérimental Le point de non retour est un des meilleurs policiers que j'ai eu l'occasion de voir. C'est non seulement un des meilleurs de John Boorman avec Delivrance mais surtout une oeuvre bien à part, une expérience totale et unique qui vaut vraiment le temps de s'y attarder, et de revisionner encore et encore. Une claque cinématographique sèche, aride ... inégalée. 





L'année de tous les dangers (The year of living dangerously) 
de Peter Weir

En 1965, le journaliste Guy Hamilton débarque en Indonésie pour couvrir un sujet sensible quant à la politique du pays. Il tombe sous le charme de Jill Bryant, une anglaise qui travaille à l'Ambassade de son pays. Seulement un coup d'état imminent est annoncé et tout va s'agiter... 

L'un des (nombreux) films de Peter Weir à redécouvrir, ici à l’occurrence son premier film américain. L'exclusivité de la période historique, le scénario remarquable, les dialogues justes et avec en prime la musique de Maurice Jarre donnent une atmosphère immersive et inoubliable. 

On a droit à un superbe duo Mel Gibson et Sigourney Weaver, bien loin des rôles et le genre où ils ont été reconnus dans Mad Max et Alien la décennie précédente. La mise en scène toujours précise et juste du cinéaste offre toujours un très beau drame historique et d'investigation. L'année de tous les dangers est un film complexe et très sensible, à l'image du personnage interprété par Linda Hunt, absolument géniale et inoubliable. 



de Christian Petzold

Juin 1945. Nelly Lenz, rescapée d'Auschwitz, est gravement défigurée. Après une opération faciale réussie, elle repart à la recherche de son mari qui ne la reconnaît pas. Il lui propose de prendre l'identité de son épouse présumée morte pour récupérer l'héritage. 

S'il peut en dérouter certains pour son invraisemblance, Phoenix est loin des machines à Oscars et des drames traditionnels. Reprenant Sueurs Froides dans le néo réalisme d'Allemagne année zéro, Petzold signe avant tout une merveille de cinéma riche en thèmes passionnants ( l'identité, la reconstruction, l'amour, le deuil) tous traités avec beaucoup de sensibilité, d'intelligence, une folle élégance et terrible audace. 

Sous son allure Hitchcockienne, le film de Petzold fait aussi penser aux Yeux sans visage de Georges Franju (récemment repris par Almodovar pour La piel que Habito)  et surtout Seconds l'opération diabolique (précédemment sélectionné). Cependant le film reste surtout reste une oeuvre unique, un chef d'oeuvre d'émotion porté par une magnifique actrice : Nina Hoss. Un des plus grands films des années 2010. 




Monsieur Klein
de Joseph Losey


Pendant l'occupation allemande à Paris, Robert Klein, un alsacien qui rachète des oeuvres d'art à Paris à bas prix, reçoit, réexpédié, à son nom, Les informations Juives, un journal qui n'est délivré que sur abonnement. Il découvre qu'un homonyme juif utilise son nom et décide de le retrouver. 

Le mythe Delon s'est crée parce qu'il a tourné dans d'excellents films avec les meilleurs réalisateurs de son époque mais avec ce Monsieur Klein, il est incontestablement dans son meilleur rôle de composition. Le film de Joseph Losey (lui aussi grand réalisateur) est assez hors du commun, une oeuvre rare sur la Guerre, l'identité, le racisme. 

Un très grand film passé aux oubliettes à tort car c'est un joyau rare. Peu de films, aussi captivants et savamment réalisés et à l'écriture si pesée, pointent du doigt de manière aussi dense et monstrueuse le trouble de l'identité. Très kafkaïen, le régime de Vichy et la France occupée, les collabos sont dénoncés par un Losey au sommet de son art, à mi chemin entre deux chefs d'oeuvre de Melville : L'armée des Ombres et Le Samourai (aussi avec Delon). Vraiment un film à ressortir d'urgence des placards. Ne serai-ce pour prouver à pas mal de monde qu'un jour Alain Delon était un grand acteur, plus qu'un physique ou une icone de cinéma, bien avant de devenir la personnalité actuelle.



de Bob Fosse

Biopic sur Lenny Bruce, comique inventeur du Stand up et controversé pour sa provocation sur le puritanisme américain. 

Connu pour le culte Cabaret et récompensé pour All That Jazz, Bob Fosse est un cinéaste rare mais reconnu. Seulement son biopic sur Lenny Bruce, interprété par Dustin Hoffman ici au sommet de son talent, est vraiment à redécouvrir. Non seulement pour découvrir un des plus grands rôles de l'acteur mais surtout pour la vie de cet humoriste hors du commun. 

Noir et blanc sublime, écriture moderne et juste, bien rythmé qui forge déjà ce qui sera les bases du biopic de bases que nous voyons depuis plus de vingt ans à toutes les sauces. Sans jamais tomber dans la caricature, Lenny est un grand film, plus introspectif qu'il n'y paraît sur les années 60. C'est un film sur une période complexe et insaisissable et qui soulève toujours aujourd'hui des questions avec beaucoup de fond. Un des grands films des années 70 à redécouvrir. 





de Luigi Comencini

Le consul du Royaume Unis à Florence, Sir Duncombe, vient de perdre son épouse. Il demande à son fils aîné, Andrea, de ne rien dire à son petit frère. Andrea, bouleversé par la mort de sa mère, ne parviendra jamais à communiquer avec un père qui le croit insensible. 

A l'époque descendu par la presse puis réhabilité au fil des années, ce chef d'oeuvre de Comencini est un des plus beaux mélodrames que j'ai eu l'occasion de voir. Une prodigieuse étude sur l'enfance, sans fioritures, ni artifices composée toute en finesse et subtilité que l'on peut ranger aux côté du Kid de Chaplin et Le Tombeau des Lucioles de Takahata. 

Si vous voulez faire pleurer quelqu'un devant un écran, ce film est à mon avis le dernier essai. Si le film est régulièrement drôle, il est terriblement déchirant et triste sur sa fin. Si l'écriture et la mise en scène sont bien sûr à saluer, il faut absolument souligner l'interprétation extraordinaire des acteurs, notamment du jeune acteur principal qui marquera à jamais votre cinéphilie. Chef d'oeuvre à redécouvrir et vraiment à considérer comme un des meilleurs films du septième art. 





Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon (Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto)
d'Elio Petri

Début des années 70, en Italie, le chef de la brigade criminelle est sur le point d'être promu au poste de directeur de la section politique. Persuadé que ses fonctions le placent au dessus des lois, il égorge sa maîtresse au cours de leurs joutes amoureuses. Avec un parfait sang froid, il met tout en oeuvre pour prouver que personne n'aura l'intelligence, ni même l'audace de le soupçonner ni même de troubler la hiérarchie sociale. Il s'ingénie à semer des preuves accablantes pour relancer l'enquête quand celle cie commence à s'égarer....

Qui a dit que film politique était toujours ennuyeux ? Ce film confirme bien le contraire car à travers un polar original et brillamment écrit, Elio Petri dépeint la politique et la société italienne avec beaucoup d'humour et de cynisme. Tout y est équilibré intelligent, intemporel et parsemé d'un humour noir ravageur. 

Les ingrédients qui rendent le film encore plus savoureux, et lui donne une autre dimension, sont au nombre de deux : Ennio Morricone et Gian Maria Volonté. Tous deux sont exceptionnels de complémentarité, entre dérision et de justesse satyrique, qui contrebalancent parfaitement un scénario subversif. C'est un véritable chef d'oeuvre du cinéma italien, jamais assez cité et  trop confidentiel à mon goût au vu sa qualité remarquable. 



24 heures avant la nuit (25th hours) 
de Spike Lee

C'est la dernière nuit de liberté avant sept ans de prison pour Monty Brogan. Il dit au revoir à son monde qui l'avait éloigné de ses proches et fait le point sur sa vie. 

Le film est devenu culte et a marqué les années 2000, notamment avec le fameux monologue de Norton devant le miroir. Cependant il serait dommage de ne retenir que cela le film de Spike Lee. Il a une écriture brillante, un casting impeccable offrant sur un plateau d'argent le meilleur rôle à Norton (et non ce n'est pas le surestimé American History X). La 25ième heure est une introspection puissante et juste qui va rester une trace indélébile au cinéma.  

Et puis c'est surtout le meilleur film de Spike Lee. Aussi engagé soit-il, le cinéaste s'efface plus que d'habitude et le film gagne en sobriété. Ce grand film n'est jamais assez cité à mon goût, d'où sa place dans ce classement, alors que je trouve qu'il est incontestablement comme une des plus grandes réussites du cinéma américain post 11 septembre. 



Scum
d'Alan Clarke 

Angleterre, années 70. Trois jeunes, Carlin Davis et Angel, arrivent dans un borstal, un centre de détention pour mineur. Ils vont connaître l'enfer dans un système ou la Loi est celle du plus fort, du plus méchant où règne la terreur et l'humiliation. 

Certainement l'un des plus grands films anglais, sur l'univers carcéral et l'adolescence que j'ai eu l'occasion de voir. Alan Clarke signe un véritable chef d'oeuvre que l'on peut ranger sans problème à côté des meilleurs Kubrick. Tout est d'une intensité, d'une pertinence et d'une force émotionnelle si puissante que ça marque le spectateur. Quarante ans plus tard, Scum fait toujours l'effet d'un coup de fouet, une claque magistrale. 

Kim Shapiron a plagié quasiment l'intégralité du (télé)film d'Alan Clarke pour Dog Pound. Il paraît complètement désincarné à côté, malgré l'interprétation impliquée des jeunes acteurs. Le film est une référence pour plusieurs films confidentiels comme Les révoltés de l'ile du diable de Marius Holst ou Les poings contre les murs de David Mackenzie, à redécouvrir également. Alan Clarke a révélé Ray Winstone ici, par la suite Tim Roth dans Made in Britain puis a réalisé le film original Elephant qui inspirera le film de Van Sant. Un cinéaste iconique en Angleterre, Scum peut a lui seul représenter la grande force du cinéma anglais.




La mauvaise éducation (La mala educacion) 
de Pedro Almodovar

Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l'amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années 60. Le père Manolo, directeur de l'institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes. Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980. Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l'un d'entre eux. 

C'est l'exercice de style le plus ambitieux, virtuose, sombre, autobiographique et personnel du cinéaste. Je trouve aussi que c'est le meilleur car c'est certainement son plus maîtrisé et surtout sincère. Avant de s'attaquer au thriller pur avec La piel que habito, Almodovar était déjà ici au sommet de son style. Dans La mauvaise éducation il y a un superbe mélange de noirceur, d'émotion, de témoignage et de déclaration d'amour pour les hommes et le cinéma. 

La mauvaise éducation est un condensé du cinéma d'Almodovar en plus sobre que ce que l'on peut voir d'habitude dans ses films plus hauts en couleurs. La photographie est somptueuse et la musique, moins envahissante que d'habitude, apportent une élégance et de la noblesse à un scénario bien équilibré et fort. Pour du Almodovar c'est toujours de cousu main mais pour une des rares fois on en voit pas trop les coutures. L'interprétation et les personnages sont vraiment touchants. Un grand moment de cinéma où Almodovar joue avec les codes du cinéma et son style et lui offre une noblesse bien rare. Un très grand film. 





Croix de fer (Cross of Iron)
de Sam Peckinpah

Sur le Front Russe, un aristocrate allemand est prêt à tout pour obtenir la Croix de fer. Tout sauf y laisser la vie. Cette conception du métier de soldat est à l'opposée de celle de son responsable, un vieux Baroudeur. 

Le pays de l'Oncle Sam par Peckinpah n'est jamais vraiment joyeux. Après un passage au Mexique (Alfredo Garcia) ou en Angleterre (Chiens de paille) le cinéaste pose cette fois sa caméra dans le pur film de Guerre et surtout du côté allemand pendant la seconde guerre mondiale. C'est inédit, avec beaucoup de fond, puissant et puis c'est un des derniers grands films du cinéaste. Rien que pour ça, c'est une bonne raison de le voir. 

Croix de fer est réellement le genre de film à réhabiliter car il reste, avec Au delà de la Gloire de Fuller (présenté plus haut), comme un des meilleurs films du genre injustement oublié. Unique et personnel, Peckinpah nuance la notion de patriotisme, d’héroïsme mais surtout l'image des allemands engagés dans l'armée du Reich. L'interprétation impeccable et la mise en scène à double tranchant du cinéaste sont à son comble, comme un testament brillant de l'ensemble de sa carrière. C'est un film qui peut dérouter par ses ruptures nombreuses de ton. Peckinpah comme souvent alterne le film sec et violent dans la lignée de La Horde sauvage mais aussi celui plus doux, bien plus humaniste et mélancolique comme Un nommé Cable Hogue. On a droit à un exercice de style qui représente bien le cinéma si particulier du cinéaste, entre grande fresque et série B. Il faut redécouvrir ce film qui est à l'image de la carrière de Peckinpah : unique et rare. 





L'Homme des Hautes plaines (High Plains Drifter) 
de Clint Eastwood

Un étranger arrive dans une ville frontalière du sud ouest américain. Trois jeunes cowboy le provoquent, il les abat de sang froid. Les habitants de la ville lui demande alors de les sauver d'une bande qui menace de détruire la ville. L'homme accepte mais sous certaines conditions. 

Deuxième film de Clint Eastwood en tant que réalisateur et c'est son premier western. Peut-être un de ses westerns les plus relégués au second plan dans lesquels il a joué et qu'il a réalisé par la suite dont le multi-récompensé Impitoyable. Ce qui est fort dommage car ici Eastwood incarne le diable en personne et son approche ne se contente pas de s'inspirer de ses mentors (Siegel et Leone) mais de signer un travail personnel, proche d'un ton cynique à la Peckinpah et d'un apport fantastique, dérangeant et radical un peu à la Friedkin. 

Clint Eastwood est incontestablement un des cinéastes les plus majeurs du cinéma, et ici dès sa deuxième réalisation, alors qu'il avait son image iconique, il osait renverser les codes et les attentes comme il a pu faire dans son rôle complexe dans Les proies de Don Siegel. L'homme des Hautes plaines reste toujours le film le plus dérangeant et violent du cinéaste. Dans la lignée des plus grands westerns aucun autre ne ressemble à celui de Clint. Je le considère comme un des cinq plus grands films du cinéaste. Il est injustement trop oublié dans sa filmographie, immensément riche il est vrai. 





The Magdalene Sisters
de Peter Mullan

1963 proche de Dublin. Trois jeune femmes, avec des différents passés, se retrouvent internées dans une institution religieuse et confrontées à Soeur Bridget, dirigeante de l'établissement, qui leur explique comment par la prière et le travail elles expieront leurs pêchés et sauveront leurs âmes.

Bien avant que le féminisme soit un thème brûlant et d'actualité, Peter Mullan en 2001 rendait hommage aux femmes maltraitées avec cette perle de cinéma qui remet en cause la place, l'impact de la religion et sa responsabilité sur la condition de la femme dans notre société. 

S'inspirant de faits réels, Peter Mullan s'est appuyé sur de vrais témoignages dans les deux camps et signe un pamphlet à l'anglaise, extrêmement réaliste, juste et fort. L'interprétation est excellente, les personnages sont bouleversants et on entre jamais dans le pathos. Mullan a un regard juste et pudique, niché entre Alan Clarke et Arthur Penn. Essentiel. 


de Richard Attenborough

Un ventriloque devient possédé par sa marionnette, ce qui l'entraîne à commettre des actes diaboliques et meurtriers. 

Un des films (le quatrième) réalisés Richard Attenborough des plus oubliés et c'est bien dommage. Son passage dans le thriller fantastique est brillant. J'ai pensé à du Stephen King avec le script bien sûr mais aussi car le film ressemble dans son efficacité académique à Misery de Rob Reiner. Ce qui est assez normal car c'est tout simplement William Goldman au scénario.  

Porté par l'interprétation exceptionnelle d'Anthony Hopkins et accompagné par la musique angoissante de Jerry Goldsmith, Attenborough signe un thriller psychologique très habile et sensible. Les thèmes psychologiques, à l'apparence simple, sur le dédoublement de personnalité, de la schizophrénie sont magistralement traités et bien plus profonds qu'il n'y paraît. Le personnage principal me fait penser aussi à une version déprimée de Pumpkin dans La Valse des pantins. Un grand film à l'atmosphère tendue et au charme unique avec du retors. C'est à redécouvrir d'urgence. 



The Indian Runner 
de Sean Penn

1968. Deux frères jadis très proches sont à un tournant de leur vie. Joe a abandonné la ferme pour devenir policier et Franck lui revient du Vietnam. Tous deux ont des motivations et idéologies différentes et il est temps pour eux de passer à l'âge adulte. 

C'est le premier film de Sean Penn et peut-être encore aujourd'hui celui qui a le plus de d'équilibre entre la noirceur et la sensibilité, la matière brute et la beauté stylistique. A travers les personnages de deux frères, Sean Penn dépeint une Amérique traumatisée par la Guerre du Vietnam qui se cherche et se ballade sur les tombes, les âmes et traditions indiennes.

Avec une superbe bande son et des acteurs sensationnels (Viggo Mortensen à ses débuts est électrique), The Indian Runner est un film assez lent et contemplatif qui peut dérouter par son registre introspectif et même autodestructeur qui peut paraître un peu too much. Cependant il est plein de non dit, de profondeur insondable et d'une grande maturité. Jamais Sean Penn ne montrera de manière à la fois si abrupte et subtile les cicatrices de ses personnages mais aussi de l'Amérique. Cela malgré un très grand Jack Nicholson dans ses deux films suivants (Crossing Guard et The Pledge). 



La blessure (Cutter's Way) 
d'Ivan Passer

Alex Cutter a été traumatisé après la Guerre du Vietnam et son handicap a ruiné sa vie professionnelle et affective. Son ami Richard assiste à un meurtre et croit reconnaître l'assassin. Ils vont mener l'enquête quand Richard est soupçonné du meurtre. 

Un chant du cygne dans les années 80 de la Nouvelle Vague Hollywoodienne sur l’Amérique post Vietnam. Un film porté par une brochette d'acteurs incroyables dont Jeff Brigdes qui, après La dernière Séance, est ici dans la même démarche. Quelque part entre le cinéma de Cimino et de Schatzberg La Blessure a pu être produit uniquement grâce au succès de Chinatown de Roman Polanski. 

Le scénario utilise une intrigue policière pour faire ressortir les failles, les blessures sociales, politiques et psychologiques du pays et bien sûr de ses personnages. La mise en scène est brillante, d'une grande justesse et les personnages ambigus à souhaits. Le soleil de Californie est peint de manière bien obscure dans ce film noir, subtil et dense, porté par la bande son d'un Jack Nitzsche qui donne une touche indéniable à la réussite du film. A redécouvrir. 




d'Arthur Penn

Trois amis inséparables, issus de l'immigration, vieillissent en Amérique. Ils ont un autre point commun : ils sont amoureux de Georgia, une fille romantique. 

Comme pour Cutter's Way (présenté juste au dessus), un autre chant du cygne de la Nouvelle Vague Hollywoodienne mais cette fois par l'un de ses mentors Arthur Penn. Georgia est une fresque sur l'immigration, des américains et sur l'Amérique des années 60. A travers les personnages et leurs sentiments, le cinéaste du Gaucher dépeint la mélancolie sur le temps qui passe de manière beaucoup plus contemplative qu'à ses débuts. Penn avait commencé à devenir plus viscéral et mélancolique dans ses deux précédents films Missouri Breaks et La fugue et continue ici la même veine mais cette fois dans une oeuvre à l'ambition plus proche et grande de Little Big Man

Le film fut un échec commercial car ce n'était plus le cinéma demandé dans les années 80. Il en était également du même sort pour Les portes du Paradis de Michael Cimino et Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Ces derniers ont depuis été réhabilités avec le temps. Georgia est aussi le film le plus personnel d'Arthur Penn et, comme chez Peckinpah ou Altman, le rythme particulier peut dérouter mais reste incontestablement un des plus grandes fresques sur les Etats-Unis. 

Garçonne (Out of the blue) 
de Dennis Hopper

Garçon manqué, Cindy vit avec seule avec sa mère toxico après que son père alcoolique soit emprisonné pour 5 ans, responsable d'un accident de car scolaire. Quand son père est libéré, ils essaient de repartir sur de bonnes bases mais ça ne dure pas longtemps.

Les films de Dennis Hopper sont assez difficiles à se procurer (The Last Movie). Celui-ci est trouvable désormais et je vous le recommande vivement. Radical et résolument Punk, ce film est une claque magistrale qui dépeint sans aucune concession l'âme sombre de l'humanité et fait le terrible constat de la génération Hippie. Dennis Hopper montre l'autre côté du miroir des années peace and love, soit l'après Easy Rider que le cinéaste avait réalisé onze ans auparavant. Et c'est bien meilleur.  

Porté par une bande son géniale (Neil Young, la grande classe), le film à une atmosphère malsaine et marquante. Les acteurs sont superbes et arrivent tant bien que mal à se faire une place dans la fureur et la folie de Dennis Hopper. Qu'elle soit devant ou derrière la caméra, sa folie toujours aussi impressionnante. Un très grand film qui mérite bien plus de reconnaissance, je le trouve bien plus réussit que le générationnel Easy Rider



Blue Collar
de Paul Schrader 

Trois ouvriers de l'usine automobile de Detroit tentent de s'opposer à l'immobilisme et la corruption du syndicat. 

Juste après avoir signé le scénario de Taxi Driver, Paul Schrader se lance dans sa première réalisation dont il signe bien évidemment le scénario. Ce dernier est particulièrement remarquable. C'est du cinéma social très à l'anglaise mais traité à la Schrader, c'est à dire avec une intrigue carrée, beaucoup de fond et des personnages solides et passionnants. Peut-être le plus accessible mais aussi efficace des scripts de Schrader qui fait ici une démonstration grandiose de son talent. 

Sous l'intrigue d'un casse puis d'une comédie de plus en plus dramatique, Paul Schrader démontre à quel point le monde ouvrier et les syndicats sont complexes et peuvent s'écrouler tel un château de cartes. Il montre génialement comment la politique et le travail peut détruire les relations et l'humanité entre les êtres humain. La mise en scène est sobre, incisive et colle parfaitement avec le sujet. Un très grand film à redécouvrir absolument avec un casting parfait et des dialogues d'une grande justesse. 




La mort en direct (Death Watch)
de Bertrand Tavernier

Dans un futur proche, un homme a une caméra greffée dans le cerveau et filme tout ce qu'il regarde. Il va suivre une femme qui veut mourir librement, loin de tous les regards des médias et des émissions de télévision. 

Bertrand Tavernier a signé dans les années 80 un avant goût de ce que sera plus tard l'essence de la série Black Mirror. Aujourd'hui le film reste comme une des plus grandes réussites et personnels du réalisateur mais aussi un de ces plus lyriques. Le cinéaste explore le film d'anticipation et signe une oeuvre singulière comme dans sa conquête des genres il a pu le faire avec Le juge et l'assassin, Coup de Torchon et plus récemment avec Dans la brume Electrique

La mort en direct reste toujours une stupéfiante et subtile plongée dans le monde du voyeurisme et de la télévision. Une oeuvre visionnaire et mal comprise à l'époque comme La Valse des Pantins. On peut penser et faire le rapprochement avec Le Voyeur de Powell et le Truman Show de Weir mais le film de Tavernier reste à part, car beaucoup plus réaliste et porté par deux acteurs aux techniques opposées mais à la quintessence de leur talent : Harvey Keitel et Romy Schneider. 



Boogie Nights
de Paul Thomas Anderson

La vie mouvementée d'Eddie Adams qui va devenir une star du cinéma porno des années 70 sous le nom de Dirk Diggler. 

C'est vrai que c'est un film culte et qui a une certaine renommée mais si je le place ici c'est qu'il est pour moi incontestablement non seulement l'un des meilleurs du cinéaste mais aussi des années 90. Si Paul Thomas Anderson marchait encore sur les pas du cinéma de Scorsese et d'Altman, il signe une oeuvre magistrale et beaucoup plus accessible que les prochains films qu'il réalisera par la suite et qui diviseront le public. 

Boogie Nights c'est l'alchimie parfaite entre les genres. Le drame, la comédie, la fresque et le film choral s'embrasent tous de manière virtuose et puis le côté série B greffé à celui du grand film en fait peut-être l'oeuvre la moins prétentieuse et pédante du cinéaste. A titre personnel c'est un des meilleurs films (avec Casino) où le montage est à montrer dans toutes les écoles de cinéma tant il est exceptionnel. Le casting est composé de grands acteurs, souvent cantonnés aux seconds rôles, tous remarquables. Le scénario est d'une grande qualité offre l'un des premiers (et meilleurs) rôle à Mark Wahlberg. 




Le Trou
de Jacques Becker

A la prison de la Santé, des détenus d'une même cellule planifient leur évasion. 

Le film de Becker tient une grande réputation surtout chez les cinéphiles mais il s'avère que c'est un des plus grands films (et français) que j'ai eu l'occasion de voir. Souvent on cite des films des cinéastes français les plus connus comme les plus grands classiques mais on en oublie des grandes œuvres comme celle là. Avec une approche quasiment documentaire et certains acteurs amateurs, le film est peut-être l'évasion la plus anti spectaculaire du cinéma mais paradoxalement la plus réaliste, tendue, fascinante et impressionnante. 

Chaque plan est pesé, d'une efficacité totale, qui peut faire penser aux grandes oeuvres de Kubrick, Lumet ou même Bresson mais Jacques Becker se démarque rapidement par son regard omniscient et capte le côté anxiogène et psychologique de manière remarquable. Un chef d'oeuvre. 




Outrages (Casualties of War) 
de Brian De Palma

En pleine Guerre du Vietnam, une patrouille, dirigée par une tête brûlée, décide de prendre en otage une jeune vietnamienne pour se venger. Eriksson, en retrait et opposé à cette pratique, va se sentir tout de suite plus protecteur envers la fille quand cette dernière se fait violer par ses camarades. 

Peut-être un des De Palma les plus sous estimés. Pourtant Outrages possède la force émotionnelle la plus percutante de la carrière du cinéaste avec Carrie. Le film fut un échec commercial à sa sortie, jugé trop simpliste et critiqué sur le choix de Michael J.Fox de manière complètement injuste. On a pourtant la version de la Guerre du Vietnam d'un des plus grands réalisateurs de son époque et qui signe son film le plus essentiel. C'est dommage de ne pas en profiter.

La musique de Morricone est comme souvent sublime et donne de l'ampleur au scénario brillant et aux thèmes universels, tous parfaitement construits et singuliers. De Palma est en pleine possession de son cinéma, celui moins référencé à son mentor Hitchcock, et les acteurs le lui rendent bien. C'est aussi le film le plus viscéral et violent du cinéaste qui va bien plus loin que Scarface car il y a l'ironie en moins. Si L'impasse est l'incontestable chef d'oeuvre de De Palma, c'est qu'Outrages l'a bien mis sur la voix quelques années auparavant. A réévaluer d'urgence. 





Franck sillonne dans son ambulance tous les soirs dans les quartiers les plus chauds de New York, opérant sans cesse dans l'urgence et hanté par les vies qu'il n'a pas pu sauver. 

Alors que Martin Scorsese se voit certains de ses films réhabilités (La Valse des pantins, Le temps de l'innocence), il reste toujours A tombeau ouvert étrangement laissé de côté (même au festival Lumière en 2015, aucune séance d'organisée). Ce qui est fort dommage car c'est l'équivalent de Taxi Driver sur les années 90 (le film est de 2000). Schrader et Scorsese remettent une nouvelle fois le couvert, le résultat aussi hypnotique que viscéral. Il peut forcément diviser mais si vous aimez le cinéaste, la médecine, les acteurs et New York : c'est un incontournable. 

Dialogues, personnages, casting et un cinéaste au sommet de son talent pour un film qui se savoure de plus en plus de visionnage en visionnage, un peu comme Pulp Fiction. Un concentré des thèmes de Schrader et de Scorsese, tous les deux à la frontière des genres. Nicolas Cage circule tel un Nosferatu fatigué, traumatisé et mélancolique et nous dépeint l'Amérique et la ville de New York d'un versant inédit, comme Les flics ne dorment pas la nuit (traité plus haut). Avec Taxi Driver et La Valse des pantins, A tombeau ouvert clôt une trilogie sur les marginaux aux psychismes pour le moins dérangés et dérangeants. Tous les trois sont au même niveau et s'apprécient, brillent de différente manière : il serait dommage de les rater. 



Shotgun Stories
de Jeff Nichols 

Dans une petite ville de l'Arkansas, trois frères âgés d'une vingtaine d'année n'ont plus aucun contact avec leur père depuis qu'il les a abandonnés. Il s'est remarié et a eu d'autres enfants. Quand il meurt, les conflits étouffés depuis des années entre les demi-frères éclatent.

C'est le premier film de Jeff Nichols, et déjà on perçoit les thèmes, le style du cinéaste qu'il mettra au diapason dans ses films suivants et des registres différents. A 29 ans Nichols signe un premier film, comme l'avait fait James Gray la décennie précédente (Little Odessa traité plus haut), très simple mais incroyablement profond, concis et brillant. 

Sur les pas d'Arthur Penn, le cinéaste peut compter sur un scénario superbement écrit et des acteurs excellents, dont déjà Michael Shannon dont il collaborera à chaque fois ensuite. Shotgun stories est à la hauteur des autres films du cinéaste, c'est à dire grandiose, avec un respect du cinéma à l'ancienne et avec une relecture à la fois très moderne. Ce film possède le petit charme unique des premiers films que font des grands cinéastes d'auteurs. Et il serait dommage de ne pas s'y pencher dessus car c'est une des grandes réussites du cinéma américain des années 2000. 



Watchmen
de Zack Snyder

L'intrigue se situe dans une Amérique alternative ou les super-héros font partie du quotidien et sont au coeur du conflit Etats-Unis/URSS. Lorsqu'un de leurs anciens collègue est assassiné, Rorschach mène l'enquête et découvre un complot visant à les détruire. 

Parmi l'avalanche de produits marquetés sous l'appellation Marvel ou Comics qui sortent chaque mois en salles, je choisis ouvertement ce film pour restituer au moins le statut d'un vrai grand film de supers héros. Certes il est exigeant, peut paraître grossier, mais en fait il est assez avant gardiste et s'avère être la grande exception du cinéaste, qui n'aura jamais proposé autre chose d'aussi intéressant par la suite. 

A l'époque Watchmen a été très mal accueillit par la presse, la durée a freiné le public à aller le voir en salles (comme pour le dernier Blade Runner 2049). Mais franchement quelle claque. C'est un superbe film qui réussit autant sur le parti visuel et dans la mise en scène que sur son scénario d'une grande ampleur et d'une dextérité assez rare. Le film se suffit complètement à lui-même et propose un spectacle total au service de son histoire. Casting sans tête d'affiche, Watchmen est un film à part dans tous les films de super-héros (même les meilleurs) car il est plus complexe, sombre et beaucoup plus adulte. Cependant chaque scène, et l'ensemble a l’étoffe d'un très grand film noir et graphique. A l'image du personnage de Rorschach, c'est la grande classe. 



On achève bien les chevaux (They shoot Horses, Don't they ?)
de Sidney Pollack

En pleine dépression économique, les primes des marathons de danse attirent jeunes et vieux attirés par la misère. Robert et sa partenaire Gloria dansent à en perdre la raison, ils danseront jusqu'à ce que la mort ne les sépare. 

Peut-être le plus grand film de Sidney Pollack et l'une des adaptations à l'écran les plus puissantes que j'ai eu l'occasion de voir. A l'image du roman, le concours de danse est le prisme de la société, réduisant les pauvres à l'esclavage et à "danser" pour les riches, les joueurs. Pollack signe un film toujours poignant et d'une maîtrise absolue en offrant de superbes rôles aux acteurs (dont de loin le meilleur à Jane Fonda). 

Comme Spartacus, ce film est intemporel et d'une force émotionnelle rare qui ne vous laissera pas de marbre. On achève bien les chevaux est l'un des plus grands films du cinéma selon moi et il dommage qu'il soit trop souvent cantonné à l'image de la filmographie du cinéaste, des grands films mais considérés comme inoffensifs. C'est bien dommage car Stanley Kubrick, Michael Cimino ou Arthur Penn ont du apprécier et n'auraient certainement pas fait mieux que Pollack. 



Requiem pour un massacre (Idi I Smotri)
d'Elem Klimov

La Seconde Guerre Mondiale, Floria s'engage très jeune chez les partisans pour lutter contre les nazis. Il va découvrir la vie à travers une Guerre d'une extrême violence. 

Rares ceux qui ont vus ce film me contrediront, Requiem pour un massacre est un choc total. Ces derniers vous affirmeront que c'est un pur chef d'oeuvre. Peu de films abordent de cette manière la guerre, le côté introspectif de la violence et de l'enfance de manière aussi clinique et incroyablement dérangeant. 

Le gamin (exceptionnel) et le regard du cinéaste hanteront à vie votre souvenir de cinéphile. Un des plus grands films que j'ai eu l'occasion de voir, et, à visionner d'urgence à condition de ne pas être trop sensible. 

PS : Comme le film de Pollack ci dessus, il est difficile de se trouver une édition dvd/blu ray correcte ou décente par rapport à la grandeur et l'importance qu'on ces films. 


Quelques autres titres que j'aurai pu traiter :

Les tueurs de la lune de miel (Leonard Kastle), 
Nos funérailles (Abel Ferrara), 
L'invasion des profanateurs de sépultures (Philip Kaufman), 
Le couperet (Casta Gavras), M Butterfly (David Cronenberg), 
Des Hommes d'influence (Barry Levinson), Safe (Todd Haynes), 
Le Grand Saut (frères Coen), Un plan simple (Sam Raimi), 
Avril et le monde truqué (Christian Desmares, Franck Ekinci), 
Bronson (Nicolas Winding Refn), Bound (Frères Wachowski)
La maison du diable (Robert Wise), Kafka (Steven Soderbergh)
Tesis (Alejandro Amenabar) ...