jeudi 9 février 2017

Silence


Il aura fallu trente ans pour que le cinéaste porte à l'écran cette adaptation du roman de Shukasu Endo. Silence clôt donc cette trilogie scorsesienne sur la religion et la foi et est sans doute la version la plus aboutie et magistrale de La dernière tentation du Christ et de Kundun. Je ne suis jamais très objectif quand je parle de ce cinéaste mais  je considère d'emblée que Silence est un pur chef d'oeuvre (de plus) du cinéaste. 

C'est un des films du cinéaste qui sera le moins accessible pour le grand public malgré les messages universels qu'il dégage. Ces derniers sont essentiels et forts surtout dans une période aussi délicate que la nôtre. Le cinéaste ne s'estimait assez mûr pour réaliser ce film et ne trouvait pas une fin cinématographique pendant des années. Après une fructueuse collaboration avec DiCaprio, c'était le bon moment de signer son oeuvre la plus ambitieuse, la plus personnelle, âpre, renversante de sa carrière. 

Deux heures quarante qui passent en un éclair, avec des plans lents et magnifiques, un travail du son démentiel avec seulement quelques notes de musiques de temps à autre. Le cinéaste avec une très grande sensibilité trouve un équilibre parfait tout le long pour garder une distance entre le sujet, le propos sans jamais bien entendu entrer dans la démonstration. Le premier plan s'ouvre sur un hommage à Kurosawa pour ensuite imposer sa version, son style et ses messages qui poussent constamment à la réflexion. Tous les thèmes de la foi et de la croyance sont remis en cause, ainsi que de nombreux thèmes récurrents au cinéaste comme la rédemption, le choix du bien du mal ou le choix d'une religion. De manière très subtile et violente, ce chef d'oeuvre m'a renversé, sidéré, remué comme si le cinéaste faisait l'oeuvre testament de toute sa filmographie. 

Sans vouloir trop m'étaler, ce film est une splendeur à tous les étages. Un chef d'oeuvre a revoir plusieurs fois pour en tirer un maximum de messages. Andrew Garfield est dans son meilleur rôle et le reste de l'interprétation est brillante également, on avait pas vu Liam Neeson jouer depuis longtemps. Le grand tour de force du film est d'avoir aussi dans un contexte historique si particulier et précis un message si universel. Ce sont les chrétiens qui sont persécutés mais n'importe quelle pensée peut être à la place de cette religion, tout fonctionne. Non ce n'est pas un film sur le christianisme, c'est un film à la portée universelle pour tous ceux qui veulent réfléchir. Le tout est filmé par un cinéaste au sommet de son talent et de sa maturité. Il a cette fois des moyens et toute son expérience pour aborder ces sujets si délicats en toute accalmie et grande sobriété.  Au final c'est une énième leçon de cinéma et le rapport à la spiritualité, profonde et sensible. 

Silence est un condensé du cinéma de Martin Scorsese transposé en oeuvre d'art. Forcément quand on aime et connaît bien la filmographie du cinéaste on ne peut rester insensible car c'est son oeuvre la plus personnelle, réflexive et importante pour lui. Tout le long on ressent l'amour, le respect, l'obsession et l’intérêt qu'il porte pour cette histoire et ces thèmes si obsessionnels dans sa vie. A contre sens de tous les films qui sortent aujourd'hui, Silence est essentiel, exceptionnel, remarquable et important. Il est à voir absolument en salles. 

Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Jay Cocks et Martin Scorsese
Durée : 2 h 40
Interprétation : Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Yosuke Kubozuka, Yoshi Oida, Tadanobu Asano...

mercredi 8 février 2017

Un jour dans la vie de Billy Lynn ( Billy Lynn's Long Halftime Walk )




Tourné en 4K et 3D avec 120 images par secondes, il est impossible aujourd'hui de profiter de ce film en salles comme l'aurait voulu le cinéaste. Malheureusement pour beaucoup de spectateurs aussi car ce non équipement des salles est une (fausse) excuse pour ne pas le distribuer. Ang Lee a réalisé un film aussi simple qu'impressionnant sur une journée d'un héros américain revenu d'Irak. 

Avec une mise en scène plus radicale que d'habitude, Ang Lee oscille de manière virtuose entre la finesse, qu'on lui connaît et qu'on peut retrouver dans Ice Storm et le côté subversif et critique acerbe des Etats-Unis, proche de celle de Paul Verhoeven. Avec une belle troupe de jeunes acteurs aux côtés d'archétypes américains tel Vin Diesel, Steve Martin ou Chris Tucker le cinéaste montre toute l'artificialité du héros et l'image de la Guerre aux Etats-Unis. Un peu comme si MASH de Robert Altman s'implantait dans le cinéma d'aujourd'hui, Une journée dans la vie de Billy Lynn est un étalage d'humour sur pas mal de niveau aussi jouissif qu'il met autant mal à l'aise. Certains pics sont délicieusement cynique. L’Amérique est imagée par cette pompom girl, superficielle, allumeuse (qui joue mal en plus) et sans aucune émotion uniquement attirée et qui ne veut qu'un héros à ses côtés. Rien que ce contraste est sidérant et génial d'intelligence. 

Avec le personnage de la soeur, interprétée avec sagesse par Kristen Stewart, beaucoup plus en retrait et avec un regard omniscient par rapport aux autres  Ang Lee de par sa mise en scène donne beaucoup d’intérêt à un scénario un peu irrégulier et un peu long. A l'image du casting, on tombe sur de très belles choses et d'autres plus banales. Tout n'est pas forcement fort et essentiel, je dirais même un peu trop allongé de manière générale. Seulement le cinéaste se fait tellement plaisir que c'est assez communicatif pour rendre l'ensemble honorable. Sans la conviction et le talent d'Ang Lee, ce serait un film bavard avec de bonnes intentions. Malgré ces quelques défauts, je recommande ce film qui ne méritait pas un tel sort.

Réalisation : Ang Lee
Scénario : Jean-Christophe Castelli
Durée : 1 h 50
Interprétation : Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Kristen Stewart, Chris Tucker, Steve Martin, Vin Diesel, Tim Blake Nelson... 

Jackie


Quelques semaines après Neruda, Pablo Larrain se penche cette fois sur le personnage de Jackie Kennedy. Le cinéaste se démarque une nouvelle fois des biopics classiques avec un style entre le documentaire et les multiples personnalités de Jackie sous le choc après l'assassinat de son mari. Porté par de grands acteurs, Natalie Portman comme d'habitude est parfaite, ce film me laisse plutôt perplexe. 

Une semaine dans la vie de Jackie entre l'assassinat et les funérailles de son mari, le tout entremêlé de flash back et d'une image et d'une musique glaciale, on peut dire que l'on est loin des biopics que l'on a l'habitude de voir à Hollywood ces dernières années. Entre le traumatisme, la psychologie ambiguë d'être première grande dame du monde et ce portrait d'une femme aussi amoureuse que caractérielle, Pablo Larrain possède du beau matériel et une des meilleures actrices au monde pour rendre de l’intérêt à son sujet. Il y a de belles scènes et une froideur dans la mise en scène qui donne incontestablement de l'authenticité au film. Des moments sont brillants, très fin et d'une tension tout à fait remarquable seulement tout manque globalement d'enjeu et de charisme. 

Un peu comme si le cinéaste a trop vouloir se démarquer du classicisme en avait oublié de faire un film construit et fort. Je reste mitigé car je n'ai pas vraiment accroché au résultat. Je pense plus à un essai avec des fulgurances et une tentative louable ou tout repose par les acteurs. Peter Sarsgaard encore une fois est top et c'est aussi la dernière apparition à l'écran du grand John Hurt. J'ai beaucoup plus accroché à Neruda, autant du point de vue du scénario que de la mise en scène, cela malgré un sujet moins attractif que celui de Jackie

Voilà typiquement le genre de film dont on accroche ou pas, et que j'encourage tout de même à découvrir pour son originalité et son parti pris. Pour ma part je suis resté assez en dehors de tout cela, me donnant envie de revoir des films comme All That Jazz de Bob Fosse ou Portrait d'une enfant déchue de Jerry Schatzberg du même acabit mais que j'ai beaucoup plus apprécié. 

Réalisation et scénario : Pablo Larrain
Durée : 1 h 40 
Interprétation : Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, John Hurt...

mardi 31 janvier 2017

Live By Night


Après trois films réussis, Ben Affleck se lance pour la deuxième fois dans l'adaptation d'un roman de Dennis Lehane. Cette fois il a eu les yeux plus gros que le ventre, son film manque de souffle et de consistance. Malgré un soin méticuleux dans sa mise en scène, c'est un premier faux pas pour l'acteur et réalisateur. 

Le scénario est frustrant car il nous fait suivre une multitude de personnages et d'intrigues dans un contexte intéressant mais ne prend pas la peine de bien les développer. On retrouve un pot pourri de ces trois précédentes réalisations, en moins bien. Dans le genre du film de gangster, rien de neuf et cinématographiquement, hormis une belle photographie et une ou deux idées de plan par ici ou par là, il n'y a rien à se mettre sous la dent. L'interprétation est à l'image du reste, plate et sans relief. 

Tout le long, on ne sait pas trop dans quelle direction le cinéaste se dirige, ni même ses intentions niveau dramaturgie. Comme je le disais plus haut, tout manque cruellement de souffle. Je me suis ennuyé ferme car il n'y a vraiment aucun moteur, aucune énergie si ce n'est de voir Ben Affleck faire et jouer dans un film de cette époque. Les dialogues sont ternes, les personnages et les intrigues pas ou peu développés, la musique illustrative, la mise en scène sans cesse avortée et l'émotion rapidement relayée au rayon du cliché. En plus Ben Affleck sous son costume a du mal à rendre son personnage vivant, un se croirait au Musée Grévin. Comme trop respectueux ou incapable d'assumer de faire des coupes, Ben Affleck illustre et croule très rapidement sous le poids de ses ambitions. Live By Night est un roman platement adapté à l'écran avec une linéarité et un enchaînement d'intrigues qui s'enchaîne sans rapport de force, un peu comme l'a été le Da Vinci Code de Ron Howard. 

On peut sauver quelques courses poursuites ou fusillades, à la rigueur quelques plans travaillés, si on a pas vu des films de Michael Mann. De manière générale Live By Night manque d'un metteur en scène et d'un scénariste plus radical comme l'a été ce même Michael Mann avec Public Ennemies. Ben Affleck marche une nouvelle fois sur les pas de ce grand cinéaste mais cette fois il se prend les pieds dans le tapis. Rien de déshonorant mais son film est loupé, ça peut arriver aux plus grands. 


Réalisation et scénario : Ben Affleck
Durée : 2 h 
Interprétation : Ben Affleck, Zoe Saldana, Chris Cooper, Elle Fanning, Sienna Miller, Brendan Gleeson, Scott Eastwood...

dimanche 22 janvier 2017

La La Land


Après le détonnant Whiplash, le jeune réalisateur Damien Chazelle rend hommage à la comédie musicale avec La La Land. S'inspirant d'Une étoile est née de George Cukor et New York New York de Martin Scorsese, le scénario n'a pas les intentions de faire un chef d'oeuvre mais de rendre un hommage vibrant au cinéma et à la musique. Une nouvelle réussite pour ce jeune cinéaste qui s'affirme définitivement comme un des plus grands cinéastes, un des indispensables à suivre dans les années à venir. 

Le film commence comme une pure comédie musicale en plan séquence complètement fou et euphorisant pour aller lentement dans un rythme beaucoup plus jazzy et à la touche mélancolique. Toujours sur le fil du rasoir et avec un équilibre et une alchimie bien pesée et bien pensée, La La Land repose sur la mise en scène et le magnétisme des deux acteurs. Bien qu'il ne soit ni danseurs, ni chanteurs les acteurs sont parfaitement dirigés et leur magnétisme est utilisé à bon escient. 

Porté par deux heures de musique (on dirait un concert ou un opéra, moins un film) on retrouve constamment, l'amour et le respect communicatif du cinéaste de la vieille époque avec le côté très puriste du jazz et du cinéma. Opposé délicatement à ceci on se retrouve avec la vision plus moderne et réaliste comme quoi on ne peut pas vivre dans le passé et rester complètement puriste. Les intentions du cinéaste ont changés, bien que similaires, et sont à l'image de JK Simmons (encore lui mais cette fois patron d'un club de jazz) dans ce film, une main de fer dans un gant de velours. 

La La Land est un faux feel good movie, un film musical à la fois enchanteur et mélancolique, drôle et amer à la fois. Le cinéaste joue sur une palette vaste de tons, sans en prendre un véritablement avant le bouquet final, d'une superbe classe. Avec un discours frais et moderne, le cinéaste ne dit pas c'était mieux avant, ni que c'est mieux maintenant il fait un état des lieux juste et pertinent sur la création et le métier d'acteur et de musicien aujourd'hui. Si tout repose sur une simple histoire d'amour à aucun moment on sent de faiblesse ou de passage à vide. Cela même si avec un peu plus d’approfondissement narratif le film aurait sans mal gagné en originalité.  

Comme Hugo Cabret de Martin Scorsese et The Artist de Michel Hazanavicius, on peut retrouver les qualités et les défauts de ces hommages au cinéma dans ce La La Land. Cependant il y a une qu'on ne peut absolument pas remettre en cause ce sera le talent des cinéastes et leurs démarches sincères derrière tout cela. La La Land est à ne pas rater car c'est tout simplement du très bon cinéma. 

Réalisation et scénario : Damien Chazelle
Durée : 2 h 
Interprétation : Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K Simmons...

dimanche 15 janvier 2017

Nocturnal animals


Après le maîtrisé A single man, Tom Ford se faisait attendre pour sa seconde réalisation. Une nouvelle fois un casting sensationnel est là pour le plus grand plaisir du spectateur. Le cinéaste touche à un genre qui lui correspond je pense beaucoup mieux : le thriller. 

La mise en scène de Tom Ford est d'une froideur mécanique qui faussait hélas un peu trop son premier film lors de ses moments émotionnels. Je m'étais poliment ennuyé malgré une superbe mécanique. Tom Ford cette fois a toujours du mal à glisser des émotions mais ici c'est plus à son avantage car toutes les scènes de pur thriller sont brillantes. Les scènes sentimentales sont bien faites, souvent belles mais ne sont pas à la hauteur de la partie fictive, mais surtout des ambitions de départ. Malgré cela un certain trouble reste présent jusqu'à la fin car le spectateur se retrouve quelque part entre le cinéma de David Lynch et de William Friedkin. Même de Sam Peckinpah sur une course poursuite et un "accident" pour le moins déroutant et dérangeant. 

Malgré le fait que le film soit glauque et angoissant, il y a un certain plaisir de voir un thriller si dépouillé et millimétré. Le plaisir du romancier et du lecteur se perçoit dans ce film qui prend le temps de nous intriguer. Si je pense qu'un peu plus d'audace au niveau du scénario serait le bienvenu dans les parties actuelles, le film tient une authenticité assez impressionnante. On retrouve un sens de la photographie et du montage stupéfiant de maîtrise et des acteurs qui sont là pour donner du corps a l'ensemble. Ce qui est un bien car les dialogues et les scènes sont très froides elles aussi. Si Amy Adams, Jake Gyllenhaal et Michael Shannon sont depuis longtemps des acteurs qui ont fait leurs preuves, c'est au tour d'Aaron Taylor-Johnson d'impressionner particulièrement avec son rôle de cabotin violeur. L'acteur tient ici une prestation de grande qualité qui mérite d'être soulignée.

Nocturnal animals est un thriller froid, sec, prenant et parfois âpre mais reste limité. Avec plus de développement ou moins d'ambition ce serait un grand polar. Peut-être que Tom Ford devrait la prochaine fois adapter un scénario au lieu de les écrire histoire de mettre un pied "dans la réalité". Globalement on peut une nouvelle fois remercier les acteurs de rendre le résultat vivant. Le célèbre couturier est un beau faiseur et prouve définitivement qu'il sait tailler aussi bien les films que les vêtements, mais il manque un peu d'âme pour convaincre totalement. 

Réalisation et scénario : Tom Ford 
Durée : 1 h 50 
Interprétation : Jake Gyllenhaal, Amy Adams, Michael Shannon, Aaron Taylor Johnson...

samedi 14 janvier 2017

Neruda


C'est donc avec ce drôle de biopic que je commence l'année 2017. Premier film également que je vois Pablo Larrain, un cinéaste au talent indéniable. J'étais aussi néophyte sur le poète chilien que je ne connaissais que de nom avant. En gros c'est dans la totale inconnue que je me suis plongé dans ce Neruda. Ne serai-ce que pour ses qualités scénaristiques, le film vaut le coup d'oeil. 

Après Paterson de Jim Jarmusch, la poésie est une nouvelle fois à l'honneur mais cette fois de manière beaucoup plus politique et imbriquée, impliquée dans la narration. Neruda est un film politique, c'est d'ailleurs déroutant quand on ne connaît pas cette période de l'Histoire. Bien que ce soit traité avec humour et une légèreté bienvenue, j'ai eu un peu de mal à m'accrocher à la première heure car le film traite purement de l'Histoire du Chili. Ensuite l'originalité du scénario prend magistralement le dessus pour une dernière demie heure magistrale autant dans la mise en scène que par son récit audacieux. L'ensemble reste tout de même grandiose et audacieux notamment aussi grâce à des acteurs excellents. 

Cette revisite du biopic est très saisissante, surtout à l'heure où ce dernier est ennuyeux par leur platitude. Le genre est toujours victime des codes classiques ou de la recette de la performance d'acteur pour que le film soit automatiquement nominés aux Oscars. Rien de tout ça, ici. Tout explose en finesse et on se retrouve plus vers la démarche d'Amadeus de Milos Forman et d'Arrête moi si tu peux de Steven Spielberg. Seulement on est également vers une démarche aussi astucieuse que François Ozon avec Dans la maison ou l'on joue avec les personnages principaux et les nerfs du spectateur. Trois grands films dont Neruda n'est que comparable dans sa démarche car il est et restera un film unique. C'est ce qui fait la marque des grands films. Neruda en fait partie. Cela bien que moyennement convaincu par certains moments de mise en scène, le film est passionnant et même aujourd'hui exceptionnel de voir un biopic qui s'approprie aussi intelligemment de son sujet. Le scénario n'oublie pas d'être original, subtil et fidèle à la fois. 

J'attend de pied ferme Jackie le mois prochain du même réalisateur. Cette revisite du biopic me fait ranger Pablo Larrain dans la catégorie des cinéastes aussi ambitieux que talentueux tels que Milos Forman ou Todd Haynes. Forcément un rattrapage s'impose de mon côté et si vous cherchez de l'originalité et du bon cinéma allez voir Neruda, vous ne serez pas déçu. 

Réalisation : Pablo Larrain
Scénario : Guillermo Calderon
Durée : 1 h 40
Interprétation : Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran...



mardi 10 janvier 2017

Gangs of New York



Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Kenneth Lonergan, Steven Zaillan et Jay Cocks
d'après le roman de Herbert J.Asbury
Interprétation : Leonardo DiCaprio, Cameron Diaz, Daniel Day Lewis, John C.Reilly, Liam Neeson, Jim Broadbent, Bredam Gleeson...
Genre : Fresque tronquée

Un peu comme La dernière tentation du Christ on peut parler de film maudit pour Martin Scorsese. Mainte fois repoussé, Gangs of New York se réalise trente ans après les premières ébauches de scénario du cinéaste. Lors de l'écriture, les frères Weinstein veulent avoir le dernier mot encore une fois. Pendant le tournage les producteurs coupent les fonds ce qui enlèvent des centaines de figurants par jour obligeant à changer les planning et plans du cinéaste en permanence. Quand le film doit sortir sur les écrans c'est la semaine suivante du 11 septembre 2001. Il était donc hors de question de sortir un film de violence en plus sur New York pendant cette période. La sortie est donc repoussée de deux années. A savoir aussi que tous les costumes du film ont disparu dans les attentats de New York, ils étaient stockés proche du World Trade Center. 

Gangs of New York était attendu au tournant mais il arrive malheureusement après Raging Bull, Les Affranchis, Le temps de l'innocence et surtout Casino. Si Scorsese bien entendu ne se contente pas de faire de la redite dans sa mise en scène, la multitude de thèmes présents dans le scénario, tous purement Scorsesien, nous font attendre à son chef d'oeuvre. Malheureusement il n'en sera pas le cas à cause de ses nombreuses parties tronquées qui donnent un film inachevé, ceci malgré de beaux morceaux de bravoure. Quand on visionne et revisionne le film, on se retrouve devant du bon cinéma surtout par le talent du cinéaste et la prestation exceptionnelle de Daniel Day Lewis. A eux deux ils sont les deux grands monsieurs qui donnent un rythme cardiaque à un scénario qui hésite du début à la fin entre la trame classique et historique et le pur film de vengeance et religieux. 

Malgré tout cela on voit que le sujet passionne le cinéaste. Martin Scorsese n'oublie pas de renouveler sa mise en scène avec une bataille en introduction qui reste dans les mémoires et de rester un superbe metteur en scène de tragédie humaine jusqu'à la fin. A chaque séquence du film on ressent la force, le charisme de faire un grand film mais la structure et la durée n'est pas suffisante. C'est un peu comme la même impression que l'on a quand on oppose DiCaprio et Day Lewis : on a d'yeux que pour Bill Le boucher, le second rôle, soit le sous texte du film. Cameron Diaz a son rôle le plus important de sa carrière mais reste oubliable car son personnage n'est pas assez bien développé. Pour la première collaboration de DiCaprio avec Scorsese, le personnage est pas mal mais son interprétation un peu lisse. On apprécie tout de même un casting grandiose et choisit avec soin. Robert De Niro devait jouer à la place de Daniel Day Lewis mais finalement c'est mieux comme ça,. Ce dernier donne une autre dimension, une autre étiquette qu'un Scorsese De Niro a un film qui n'avait pas besoin de ça. 

Un peu à l'image de Ragtime de Milos Forman, Gangs of New York fascine autant qu'il frustre par ses nombreuses pistes scénaristiques sabotées. On est pas dans les grandes fresques intenses de Sergio Leone mais dans des films qui mériterait deux parties, comme 1900 de Bernardo Bertolucci. On note quand même de manière générale un savoir faire agréable et un beau moment de cinéma, bien meilleur que beaucoup de films que l'on a l'habitude de voir sur les écrans. De bons dialogues, une belle mise en scène et des acteurs qui font le boulot, on ne peut pas dire que le fond ne soit pas traité non plus. Il met en avant cette époque où New York n'était qu'une grosse pomme bien pourrie (comme une mafia) par des différents pays européens. L'époque est passionnante, le film est trop court et classique pour en faire un grand film, surtout quand on sait que c'est Martin Scorsese derrière la caméra. 

Je considère ce film comme un bon Scorsese (j'aime tous les films du cinéaste cela dit mais pour des raisons différentes) mais qu'il aurait été bien meilleur si les scénaristes et lui même avaient eu plus de temps et de moyens de mieux développer ce projet. Une fresque malade mais qui offre une dose de grand cinéma non négligeable. Oui l'intrigue principale n'est pas aussi intense et intéressante que les intrigues, les détails secondaires mais s'il y a bien un personnage purement dans la trempe des plus grands films du cinéaste et qui n'est pas raté c'est celui de Bill le Boucher. La confrontation et le film même se résume à une scène géniale quand Daniel Day Lewis demande à DiCaprio de se présenter. Il répond "Amsterdam" quand Bill le Boucher en riant lui répond "I'm New York". 

Note : 7 / 10


lundi 9 janvier 2017

La fille de Brest


Après le nerveux La tête haute, Emmanuelle Bercot s'attaque à l'actualité brûlante de l'affaire du Médiator. La cinéaste confirme définitivement qu'elle est meilleure cinéaste qu'actrice en mettant en scène ce film dossier que Costa Gavras ne rechignerai pas de réaliser. La fille de Brest est un portait de femme fort sur un sujet important et essentiel. 

Sur le papier on peut craindre à une redite du film de Steven Soderbergh Erin Brockovitch. Heureusement pour nous c'est différent notamment par ces scènes glauques d'autopsies. On est dans le pur film dossier intense avec des étapes bien précises parfaitement amenées. On avance lentement mais sûrement avec des personnages gentiment esquissés attachants et surtout rempli de rage de vaincre. L'an dernier le brillant film Le Labyrinthe du silence m'avait passionné et redonnait des lettres de noblesse au genre. Dans La fille de Brest, Emmanuel Bercot possède un sujet récent et casse gueule. Par chance elle a un très bon scénario. La cinéaste avec une grande maîtrise l'adapte avec une solide mise en scène qui oscille entre le téléfilm léger et les morceaux de bravoure bien concis et scotchant. Si par moment on peut noter une certaine irrégularité, on ne peut quand même enlever une nouvelle fois la sincérité et l'énergie de la cinéaste. 

Emmanuelle Bercot fait un état des lieux qui fait froid dans le dos dont l'énergie principale passe essentiellement par l'actrice principale. Sidse Babett Knudsen réalise ici une indéniable performance, elle est le moteur du film et oublie un peu de nuancer son personnage. Elle a tellement d'énergie qu'elle en devient à longue épuisante et empêche de donner un peu de remou, de sensibilité qui serait par moment essentiel au film. Emmanuelle Bercot a du confondre énergie et subtilité mais comme pour La tête haute tout passe plutôt bien. On pense plus à la force des bons films qu'au plus simple téléfilm. Comme souvent les autres interprétations sont en dents de scie, dans le lot Benoît Magimel est en bonne forme et reste la seule nuance dramatique. 

Le sujet du médiator est en lui même très fort et universel. C'est un sujet de santé et d’intérêt public qui peut toucher n'importe qui. Cette difficile victoire est le premier pavé dans le mare auprès des grandes grandes firmes intouchables de ce monde et d'un milieu à complètement revoir. Un peu comme Spotlight oscarisé cette année, c'est un film important même si l'ensemble reste très classique. On retrouve une certaine sobriété, un sujet assez fort et proprement traité pour ne pas être déçu de l'expérience. Dommage qu'il manque du souffle cinématographique derrière tout ça sans quoi on aurait droit à du grand cinéma. 

Réalisation : Emmanuelle Bercot 
Scénario : Séverine Bosschem et Emmanuelle Bercot
Durée : 2 h 
Interprétation : Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Isabelle de Hertogh, Gustave Kervern...

dimanche 8 janvier 2017

Sing Street


Incontestablement mon gros coup de coeur musical de l'année 2016. Sing Street est un splendide feel good movie extrêmement revigorant et bourré d'énergie par le réalisateur de Once et New York Melody

Sur fond de Teen movie, John Carney écrit une fiction musicale pleine d'humour et de sentiments. Un vrai plaisir musical se dégage du début à la fin et le scénario n'oublie pas de jouer avec la mode et les mœurs de l'époque. Le tout est porté par des personnages bien troussés et surtout campés par de jeunes interprètes talentueux. La légèreté et la simplicité sont sans doute les deux ingrédients phares de ce Sing Street qui permettent rapidement à l'ensemble de décoller et se démarquer des autres films. 

Impossible de ne pas penser au film d'Alan Parker Les Commitments par moment. Heureusement le cinéaste par sa sincérité et sa fraîcheur donne au film rapidement une personnalité et une authenticité. Contrairement à ses deux précédents films réussit cette fois à dépasser le film musical sympathique. Il y a dans Sing Street la fameuse touche anglaise qui change tout et fait plaisir à voir et entendre, donnant incontestablement une âme à l'ensemble. Une pêche monumentale se dégage du film et on ressort avec l'envie de faire de la musique et surtout de le revoir. 

Bande originale brillante, drôle et sensible sans jamais entrer dans la niaiserie, Sing Street est un divertissement de luxe et généreux rempli d'énergie positive qui est à voir et revoir. John Carney a trouvé le meilleur remède contre le "blues".  

Réalisation et scénario : John Carney
Durée : 1 h 40
Interprétation : Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Maria Doyle Kennedy...