jeudi 26 avril 2018

Captive ( Alias Grace)



Comme The Handmaid's Tale, cette mini série canadienne, disponible sur Netflix, est également une adaptation d'un roman de Margaret Atwood. Bien qu'elle soit moins puissante et percutante (et aussi beaucoup moins médiatisée) Alias Grace possède la force, la concision et le charme du format mini série : soit le parfait équilibre entre la série et le film. Une écriture plutôt élégante, une mise en scène sobre et des acteurs pas mal du tout en font un spectacle de très bonne facture. La série se démarque surtout par son fond et sa démarche, plus éloignés des standards classiques qu'à l'accoutumée. 

Le traitement de la folie et de la psychanalyse sont traités de manière assez classique dans un premier temps puis devient progressivement plus retors et fascinante à bien des égards. Pour le spectateur au final tout devient aussi troublant que convaincant et laisse une très bonne impression. L'écriture n'hésite pas à prendre le temps de nous dépeindre les différents points de vue, la religion et les conditions de la femme et des classes modestes du 19ième siècle sur les premiers épisodes. Les six épisodes possèdent leurs rebondissements narratifs bien propres à eux et ne sont pas tous calibrés comme dans des séries plus populaires. Tout monte progressivement en puissance pour donner une série intègre et solide.

Sous l'oeil protecteur de David Cronenberg (à la production mais aussi à l'écran), la série possède également quelque chose de très agréable contrairement à la plupart des productions actuelles (et de Netflix notamment) celle de prendre son temps mais aussi d'aller dans le non dit, la suggestion et de ne pas tomber dans l'explication sur la fin. A la toute fin, la série vous laissera réfléchir sur bien des points comme sur la sincérité des témoignages, de la psychanalyse et bien entendu des sentiments. Entre perversité, mensonge, amour et sincérité tout se chamboule un peu comme dans un film du réalisateur de Faux Semblants, en moins subversif, mais en belle production télévisuelle appliquée et juste. Je recommande donc d'y jeter un oeil. 

Réalisation : Mary Harron
Scénario : Sarah Polley 
Adapté du roman de Margaret Atwood
Durée : Six épisodes de 45 minutes. 
Interprétation : Sarah Gadon, Edward Holcroft, Anna Paquin, Zachary Levi, David Cronenberg... 

mardi 24 avril 2018

Ready Player One


Toujours aussi prolifique et incontestablement l'un des plus grands cinéastes en activité, Steven Spielberg se lance cette fois dans l'hommage au jeu vidéo. Sa démarche est dans l'air du temps, soit la place du monde virtuel dans notre vie quotidenne. Ready Player One se regarde effectivement comme un jeu vidéo et c'est autant son charme que ses limites. Les gamers sont aux anges de voir le créateur de toute cette pop culture se frotter à ce feu d'artifice, cette oasis de références car effectivement il est en pleine forme et souvent ne manque pas d'ironie. Pour ma part, je reste toujours un peu plus mitigé quant à la qualité globale du film. J'ai l'impression de voir un cinéaste qui fait le jeune avec beaucoup d'effets numériques et qui se contente des clichés du scénario pour uniquement s'amuser techniquement. Peut-être que cette impression s'est ancrée en moi quand j'ai vu qu'il était beaucoup plus à l'aise quand Spielberg parlait de cinéma. J'ai trouvé que l'alchimie marchait beaucoup mieux lors de la séquence en hommage à Shining de Stanley Kubrick. 

Il est évident que si l'on compare à la plupart des films commerciaux qui sortent actuellement (firme Marvel, Teen Movie, Films d'actions...) Ready Player One détient de réelles qualités de mise en scène, des messages sur le cinéma et le monde actuel. Tout simplement parce qu'il y a un vrai cinéaste derrière la caméra et non un publicitaire qui remplit simplement un cahier des charges. Steven Spielberg passe le relais aux jeunes générations de manière explicite, un peu dans le même délire que le Star Wars 7 de J.J Abrams mais avec l'influence de la carrière et de la filmographie du cinéaste sur le cinéma actuel. 

Seulement je trouve que le film, dont son scénario, contient trop des défauts du cinéma qu'il dénonce. Du coup Ready Player One reste dans la catégorie des productions actuelles : une avalanche de numérique qui n'accompagne pas suffisamment l'émotion. Les personnages (souvent moches numériquement) sont vraiment tous creux et clichés. Je trouve qu'il est impossible de s'identifier à eux tant tout est survolé et même parfois incohérent (le personnage principal perd sa tante et s'en tape complètement à une vitesse éclair). Steven Spielberg s'accroche et se fait plaisir à mettre en scène (trop) numériquement un mauvais scénario d'aventures où les personnages et les enjeux manquent d'un peu de tout, soit à l'antipode de ses Indiana Jones ou simplement de son précédent film Pentagon Papers

Ready Player One fera date car quand on voit la platitude des productions actuelles et le fait qu'il soit réalisé par un cinéaste qui a toujours son mot à dire. Et le film se démarque automatiquement par sa maîtrise, c'est une leçon d'un papy de 70 ans qui montre encore ce qu'est la mise en scène. Cependant, et malheureusement, c'est aussi un film à l'image des productions actuelles. Je trouve qu'il se limite à son côté spectaculaire et d'attraction plutôt que s'attacher à des valeurs bien plus intéressantes et humaines comme pouvait nous faire rêver le cinéaste dans des films comme Jurassic Park, Les Dents de la Mer et E.T. Débrancher pendant deux jours par semaine l'Oasis pour que les gens ne vivent plus dans des ghettos ? Vraiment ? Ce film avait un super contexte social et psychologique mais il est plombé par une narration vaine, des clichés, et un traitement complètement foireux comparé à l'idée de départ. Il met seulement en avant le message crétin et bien trop naïf pour du pur sucre Spielberg destiné uniquement aux geeks qui passent la journée devant l'écran et ne profite pas de la vie "réelle". A côté de l'univers présenté, le résultat est quand même vraiment décevant. A l'image de la jeune fille qui ne "plaît pas" et qui se cache derrière un avatar alors qu'elle n'est pas moche et a seulement une tâche de vin au visage : il faut arrêter un peu de nous prendre pour des billes. On attend une prise de risque, du mystère, de l'originalité et au final on a rien du tout et c'est foireusement convenu. Et puis ça a beau être distrayant, c'est beaucoup trop long pour ce que ça raconte : l'introduction et le final à rallonge sont aussi explicatifs qu'épuisants. 

J'en retiendrai une course poursuite d’introduction palpitante (en salle) mais déconseillée aux épileptiques car ça fait vraiment un mal de crâne avec cette impression de suivre Matrix, Avatar, Spy Kids et Speed Racer à la fois sur plusieurs écrans. La séquence en hommage à Kubrick et Stephen King est cool, et Mark Rylance reste le personnage le plus intéressant avec son look très Garth (de Wayne's World) plus sensible qu'il n'y paraît. Peut-être que je ne suis pas le public visé mais une chose est sûre c'est que globalement je suis resté sur le banc de touche en me disant : "Je suis trop vieux pour ce genre de conneries" alors que je n'ai pas encore trente ans. 

Réalisation : Steven Spielberg 
Scénario : Ernest Cline et Zak Penn 
Tiré du roman d'Ernest Cline
Durée : 2 h 20 
Interprétation : Tye Sheridan, Olivia Cooke, Mark Rylance, Simon Pegg, Ben Mendelsohn...