samedi 7 juin 2014

Mea Culpa



Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Guillaume Lemans et Fred Cavayé.
Durée : 1 h 30
Distribution : Vincent Lindon, Gilles Lellouche, Nadine Labaki...
Genre : Nanar rythmé

Synopsis :

Flics à Toulon, Simon et Franck fêtent une fin de mission. Sur le chemin du retour ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne, Simon qui était au volant alcoolisé sort grièvement blessé. Il va tout perdre et en particulier sa vie de famille. Six ans plus tard, divorcé de sa femme Alice, Simon est convoyeur de fond et voit peu son fils Théo. Franck toujours flic veille sur la famille. Théo devient malgré lui témoin d'un règlement de compte mafieux. Très vite il fait l'objet de menaces, le duo Simon et Franck va se reformer et l'occasion de revenir sur les ombres du passé qu'ils ont en commun.

Fred Cavayé filme bien l'action et l'avait prouvé dans son précédent film A bout portant. Si cette fois cela ressemble plus a du Paul Greengrass qu'a un téléfilm esthétiquement, c'est à nouveau un fiasco total. Le mélange des affiches de ses précédents films est également là pour rassembler Lindon et Lellouche pour le meilleur. Seulement c'est bien le pire qui est réunit pour le reste.

Cavayé reprend l'intrigue d'A bout portant avec de la psychologie encore plus lourdingue et plus pompeuse dessus. Oui c'est possible ! La poursuite dans le métro est remplacée par une en TGV, les grosses ficelles dégoulinent de partout et comme coutume chez le cinéaste la finesse est aux abonnés absents. Le scénario est pour le moins qu'on puisse dire cousu de fil de coton qui empile sans aucune honte les clichés les uns sur les autres. L'interprétation est lamentable chez tous les seconds rôles, le chef de la Police reste tout de même la cerise sur le gâteau tant son interprétation est horripilante. Tout est truffés d'incohérences, d'invraisemblances réalisés sans nouvelles inventivités, ni trouvailles, ni audace, ni intelligence et encore moins d'habileté. Tout est justifié pour filmer de l'action fadasse et vaine. Assommé tout le long par une musique lacrymale qui surligne lourdement toute l'émotion, on en ressort complètement abruti devant ce savoir faire de montage qui copie le cinéma d'action américain sans saveur. Sans la musique, ce film serait une parodie du policier français excellente.

Le seul mérite de cette daube reste sa durée relativement courte et rythmé mais bien assez longue à supporter. Si Cavayé veut filmer de l'action, par pitié qu'il fasse écrire ses scripts. C'est une véritable catastrophe. Si l'idée est d'Olivier Marchal, cette histoire de flic et de culpabilité est digne d'une mauvaise série Z tant tout est prit au sérieux. Une vraie purge. Alors que le cinéaste obtenait un suspense plutôt intéressant à la fin de Pour Elle (que Ben Affleck a entre temps totalement et logiquement désuet avec Argo) tout espoir s'est envolé chez Cavayé. C'est uniquement un technicien d'action.

Avec Mea Culpa, les amateurs d'A bout portant (soit un épisode de Julie Lescaut violent filmé à l'hollywoodienne) retrouveront un peu le même film, en moins bien. Eh oui c'est possible, tout est réalisable pour Fred Cavayé ! Le cinéma français est bien désolant quand il fait des franchouillardises, mais quand il se veut américain c'est peut-être même pire. Cette daube monumentale est une preuve de poids. Pitié messieurs les producteurs, plus besoin d'alourdir le dossier. C'est suffisant et exaspérant.



Note : 1/10

Her



Réalisation et scénario : Spike Jonze.
Durée : 2 h.
Distribution : Joaquin Phoenix, Amy Adams, Rooney Mara...
Genre : Vous êtes le Joaquin des hôtes cet Apple store...

Synopsis :

Los Angeles dans un futur proche. Théodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors inquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système il fait la connaissance de « Samantha », une voix féminine intelligente, intuitive et drôle. Les besoins et désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Théodore, et, peu à peu, tombent amoureux...

Autant le dire de suite, ce film est une déception. Si j'adore les deux premiers films de Spike Jonze c'est sans aucun doute parce que les scripts sont signés du tordu et génial Charlie Kaufman. Depuis le cinéaste avait pour la première fois rédigé le scénario avec Max et les Maximonstres, un trip imaginaire enfantin plutôt mignon aux grandes allures d'un immense clip. Her confirme que Spike Jonze est un peu comme Michel Gondry. En plus d'avoir tous les deux adaptés brillamment les scripts de Charlie Kaufman à l'écran ainsi que de venir du milieu du clip, ce sont deux très bons réalisateurs mais de piètres scénaristes. Her a reçu l'oscar du meilleur scénario original, nouvelle preuve que les oscars ne sont toujours pas objectifs et confirme l'aridité de la créativité de nos jours. Ce film mériterait plutôt l'oscar de la meilleure idée originale mais absolument pas celui du meilleur scénario original.

Pourtant le film commençait plutôt bien. Le scénario et la mise en scène soignée du cinéaste plonge le spectateur dans un futur proche qui touche le public frontalement. Il est en effet intéressant de voir la population (du futur vraiment ?) si dépendante à la technologie et paradoxalement perdre tout contact humain, tout sentiments les uns vers les autres et réfugier ses émotions dans la technologie. Théodore (Joaquin Phoenix) a pour travail le service d'écrire des lettres à la place des gens, un métier qui veut beaucoup de choses. Théodore est un genre de Cyrano de Bergerac dans l'ère de l'Iphone, un homme populaire, très sentimental, sensible mais bien seul comme beaucoup de gens dans cette société. Tout cela est plutôt prenant mais vite frustrant car le scénario n'ira pas plus loin.

Her ne se hisse ni dans la science-fiction et encore moins dans le film satyrique. Il est hélas dans le film sentimental tout ce qui a de plus classique. Ma plus grande frustration est de constater que le scénario n'emprunte que des chemins convenus, uniquement axés sur les sentiments du personnage, au final assez gnangnans et dénués d'originalités. On reste dans la norme du film sentimental avec un dénouement qui n'en est pas vraiment un étant donné qu'il se déroule dans la pure logique des événements. Quand la dispute (incontournable dans le genre) entre Théodore et Samantha arrive, j'espérais quelque chose de nouveau, de surprenant mais ce sera hélas pas le cas. Pendant ce temps, il est vrai que l'on a le temps de se pencher sur cette histoire d'amour. Si les thèmes abordés sur les relations, les sentiments, la complicité entre deux êtres (vivants et/ou virtuels ici) ainsi que tout ce qui peut graviter autour de la philosophie de l'amour sont nombreux, rien n'est développé et ne reste que gentiment abordé. Tout est encore plus mou après la première heure, la mayonnaise ne monte toujours pas a cause d'un lyrisme particulièrement en manque d'inspiration. Toutes les approches sont aussi sages et lisses que la mise en scène ultra stylisée du cinéaste, ce qui fait de Her un produit 100% Hipster.

Heureusement Joaquin Phoenix est un acteur formidable. Son talent permet de rendre le personnage de Théodore attachant jusqu'à la fin. Le casting qui l'entoure est propre mais aussi figé que l'intérêt de ce film. La psychologie et la direction des personnages sont guindés dans les conventions d'écritures du genre. Le cinéaste ne met jamais le doigt sur les bonnes questions hormis son idée de départ et ne déballe qu'un film sentimental au fond très mièvre. Her a mit son public et l'oscar dans la poche rien qu'avec l'ambition de son idée principale. Black Mirror, la série anglaise qui suscite beaucoup d'intérêt sur le pouvoir des écrans, possède un épisode qui ressemble un peu à cette idée mais avec un être disparu et la série n'est hélas pas pour autant reconnu. Spike Jonze déçoit donc par son impersonnalité. Cependant il reste cohérent bien sûr avec son histoire d'amour. L'histoire se termine bien, même si on la devine dès le début de la relation. Oui elle se termine bien et j'insiste, même si elle se veut triste. Elle serait bien plus réussie, plus critique et bien plus intelligente à mon goût si justement l'aventure, la relation continuait. (Spoiler) La fin est juste un retour très moralisateur à la réalité avec un dénouement paradoxalement heureux. (Fin du spoiler, si s'en était un). Le point de vue du cinéaste est une bluette, une fable toute nulle dans un sujet que des cinéastes plus engagés auraient certainement créés la polémique. Her ne risque pas de faire polémique car il a caressé tout le monde dans le sens du poil avec deux heures de balivernes frustrantes.

Dommage que toutes les promesses du début ne soient pas tenues. Spike Jonze n'est pas un aussi brillant scénariste que Charlie Kaufman mais s'avère aussi ici être un dialoguiste plutôt impersonnel et pas vraiment convaincant. Sans ses acteurs Her serait une véritable torture de deux heures dans cette longue conversation amoureuse d'Hipster pour le moins ennuyeuse. Her se range dans la catégorie du film sentimental avec une idée originale. On peut penser à l'oubliable Monique de Valérie Guignabodet avec le bon Dupontel ainsi que dans la même veine le très sympathique Une fiancée pas comme les autres de Craig Gillepsie où Ryan Gosling y est brillant. Seulement il ressemblerait au film I love You de Marco Ferreri avec Christophe Lambert. Remake ou hasard ? On s'en moque, Her est visible dans beaucoup de films sentimentaux, et souvent en plus distrayant.

Si Her se fond dans la masse des autres films du genre par sa prévisibilité, sa mièvrerie il possède un des meilleurs acteurs Hollywoodiens en tête d'affiche pour le rendre potable. Comme dirait notre Gégé national dans un de ses plus grands rôles : « C'est un peu court jeune homme ».


Note : 4 /20

jeudi 5 juin 2014

Braking Bad (intégrale)



Synopsis :

Quand Walter White, modeste professeur de Chimie, apprend qu'il a un cancer incurable, il se lance avec l'aide d'un de ses anciens élève Jesse Pinkman dans la création de méthamphétamine...


Genre : Chimiquement vôtre.

Breaking Bad est une série avec des qualités, des tours de forces indéniables que je ne peux que saluer. Seulement je la trouve beaucoup trop irrégulière cela dût à un allongement, un étirement sans doute un peu commercial qui donne un goût un peu un arrière goût galvaudé. Les nombreuses lenteurs décèlent les rouages de la mécanique, pourtant très bien huilé sur le papier. La série a la grande qualité de jouer en permanence jusqu'à la fin avec les nerfs du spectateur cela notamment grâce aux personnages qui évoluent sans cesse progressivement de l'américain basique au personnage complètement antipathique. Le scénario de Breaking Bad est surtout cohérent avec son thème principal : la chimie.

Le scénario est un immense assemblage de pour et de contre du bien et du mal, un peu comme une expérience qui va d'un point A un point B. Si les nuances à mon goût ne sont pas assez appuyées et à la limite de l'incohérence, tout reste en totale alchimie et les ressorts sont orchestrés de manière plus ou moins efficace et précise. Seulement je suis plus resté un simple observateur devant toute la série, un peu comme devant un tube à essai car les ressorts du scénario sont tout ce qui de plus mathématiques, froids et trop calculés. Rapidement il manque le charme d'une œuvre écrite par un auteur qui a le sens de l'imperceptible et du virtuose. Les différents rallongements font ressortir toutes les coutures du fil narratif ainsi que les différentes intentions du scénario ce qui donne plutôt l'impression de regarder une série bien faite et ambitieuse mais hélas stagnante. Un peu comme pour la psychologie des personnages, l'intrigue n'est jamais franche et bien trop peu ambigüe. Le spectateur reste simple suiveur d'une expérience chimique. Si les intentions veulent en permanence distancer les différents personnages du spectateur, il en est de même pour l'intrigue. On ne s'implique donc pas dans Breaking Bad on su(b)it souvent l'action qu'on entre ou pas dans la série. L'originalité et le professionnalisme éblouit beaucoup et porte admiration mais on reste toujours loin de ses personnages sombres au final, loin du potentiel installé. L'immersion et le parti prit (bon ou mal) était pour ma part un peu plus que nécessaire dans une série si allongée.

Si le concept de la série est bon, l'interprétation de manière générale irréprochable et ponctués de beaux morceaux de bravoures dans certains épisodes au niveau du suspense, Breaking Bad est de manière générale une série qu'on admire derrière une vitrine. S'il est vrai que c'est une nouvelle fois cohérent avec son thème, ça ne lui donne pas le poids face à des grandes séries qui ont un vrai ton d'auteur et une intrigue dense. Avec un fil conducteur si cynique, si riche en possibilités et ponctués de bonnes trouvailles, il est bien dommage que cela soit désamorcés par ce manque d'ambition, d'un parti prit plus manipulateur. Avec la recette de toujours vouloir distancer le spectateur, la série ne s'avère qu'une série calculée ou raisonnée comme celle d'une formule chimique. Des films avec des personnages antipathiques comme Scarface de De Palma ou dernièrement Le Loup de Wall Street de Scorsese utilisent un point de vue complètement distant avec un regard acide et cette méthode est tout à fait justifiée et même indispensable. Pas vraiment dans Breaking Bad car les intentions finales se veulent plus émouvantes que celle du simple poisson rouge qu'on critique à tourner en rond dans son bocal.

Les personnages eux aussi sont sans cesse présentés au spectateur avec une totale antipathie. Le scénario nous jette un peu à la figure le bon et mauvais côté des personnages afin de les suivre comme des cobayes tout le long. Hélas tout ne fonctionne pas au niveau des intentions finales au niveau de leur psychologie. Si l'étude humaine de manière générale est plutôt bien pensée et bouclée, l'écriture est tellement diluée, allongée que les personnages ont des réactions et une psychologie qui manque de nuances. Ce sera Blanc ou Noir et jamais gris. Seul le personnage de Mike reste un peu ambigu, élégant et mystérieux à souhait, ainsi que le flegmatique Gus Fring, mafieux pour le coup vraiment inoubliable.

Effectivement cet étirement, ces lenteurs et cette distanciation abusive font faire des évolutions brutales qui sautent parfois aux yeux. Skyler change de camps presque sans aucune étape, Hank ne veut que son enquête en terrain sans quoi il se transforme en bête inhumaine envers sa femme. On aura aucun développement sur ses crises. Jesse change du dealer pervers en émotif amoureux et Walter est borné tout le temps dans la morale du bon père de famille, alors qu'il possède une sorte de schizophrénie d'un homme mauvais qui ressort en coup de folie de temps à autre. Outre son ego et ses actes meurtriers rien ne sera plus développé. Toutes ses différentes émotions resteront enfouies en lui jusqu'à la fin. Une sorte de bombe qui n'explose jamais. Si le tour de force de rendre Walter White attachant et de plus en plus détestable est globalement réussi, il est toujours le cobaye du script et finalement un personnage assez raté psychologiquement. Ces changements de comportements et de psychologies sont de manière générale très grossiers sur chaque personnage, ils sont amenés avec très peu de crescendo de tacts et de subtilités. Ce qui amène a un spectacle un peu frustrant, mais pas dans le bon sens du terme.

Beaucoup d'épisodes traînent en longueur et mettent du coup en valeur les rares moments de suspense que l'on trouve du coup grandiose. Avec le recul ces derniers moments sont simplement un peu plus mouvementés comparés au reste. On remarquera tellement peu de suspense de manière générale qu'outre les trois derniers épisodes de la saison quatre ainsi que l'épisode quatorze de la saison cinq que tout de suite le suspense peut vite grandir avec un scénario plus compressé. Le scénario qu'on désirerait avoir dès le départ. Une recette assez anecdotique au final dont on s'aperçoit que Breaking Bad possède avant tout sur un scénario malin et surtout avec des accroches en début et fin d'épisode ainsi que de ses saisons qui donnent envie de voir la suite, même si on s'est ennuyé tout un épisode. La recette est particulièrement abusée du début à la fin.

Cependant la série a tout de même le mérite d'être dans son ensemble régulière, cohérente et sait également s'arrêter quand il le faut. Si la troisième saison est inférieure en nous offrant uniquement une palpitante fusillade, elle est quand même à l'image de la série : trop irrégulière pour être savoureuse. Alors que l'épisode pilote dégageait un léger ton des frères Coen, ce dernier s'évapora très vite car Breaking Bad n'a rien à voir avec un scénario d'auteur. Le ton est bien plus proche d'un chimiste, d'un artisan au bon savoir faire calculé que celui d'un cinéaste doué et authentique. Si cela reste de manière globale bien fait, bien conçu et bien mené, il faut le petit plus que les calculs mathématiques pour faire le script d'un film ou d'une série. Le concept a séduit du monde, je conçois, mais ce n'est ni mérité, ni démérité.

S'il existait une formule précise pour faire un bon film ou une bonne série, je pense que pas mal de producteurs se la disputeraient. Breaking Bad n'est pas une bonne, ni une mauvaise série elle est simplement originale et unique de nos jours par son ambition. Pour ma part même si elle a un charme séduisant, cette série est trop calculée, anecdotique et ennuyeuse pour qu'elle entre dans mes favorites.

Moyenne générale : 5,8 /10

mercredi 4 juin 2014

Dallas Buyers Club



Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Craig Borten et Melisa Wallack
Durée : 1 h 55
Distribution : Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner, Griffin Dunne
Genre : Interprétation à oscar.

Synopsis :

En 1986 au Texas dans la ville de Dallas, Ron Woodroof, un vrai cow-boy de 35 ans vit dans le sexe, la drogue et le rodéo. Il est diagnostiqué séropositif et lui reste trente jours à vivre. Révolté par l'impuissance du corps médical, il fait recours à des traitements alternatifs non officiel. Au fil du temps, il rassemble d'autres malades en quête de guérison et forme le Dallas Buyers Club. Seulement son succès gêne et Ron va devoir se battre face aux laboratoires et aux autorités fédérales. Le film raconte ce combat de Ron pour une nouvelle cause, ainsi que pour sa survie.

Dallas Buyers Club traite une partie de l'Histoire sur les premières tentatives de traitements contre le VIH à l'époque où la maladie était encore un sujet très tabou, peu médiatisée et encore catégorisée uniquement aux homosexuels pour la plupart du monde. Le thème est tellement saisissant qu'il apporte un immense intérêt à ce premier film hollywoodien de Jean-Marc Vallée. Le cinéaste, reconnu auparavant avec C.R.A.Z.Y, prend le sujet à cœur avec un sens très professionnel et minutieux du détail. Si l'intrigue est aussi fine qu'une aiguille de perfusion, le film convainc bien plus par le côté documentaire ainsi que le combat pour la survie du personnage principal, Ron Woodroof.

Avec des personnages très catégoriques (en même temps les cow-boy texans...), un scénario tout ce qui a de plus linéaire et rédigé sous une plume très classique, le film manque d'ampleurs, de ressorts et de tensions dramatiques de manière générale. Dallas Buyers Club se repose à mon goût trop sur son sujet et surtout l'interprétation de ses acteurs. Le cinéaste mise pratiquement que sur McConaughey tout le long. Si la performance de l'acteur de Killer Joe, ici plus proche de Christian Bale dans The Machinist, est une nouvelle fois incroyable et justement oscarisée, il est bien dommage que rien d'autre n'attire autant la stupéfaction. Auprès d'un Jared Leto époustouflant, lui aussi logiquement oscarisé du meilleur second rôle, l'interprétation donne tout le relief, toute l'émotion à ce scénario trop académique et froid.

La plus grande frustration vient de la mise en scène. Jean-Marc Vallée n'illustre que trop sagement et sans prises de risque son scénario. Si le cinéaste a tout de même le bon goût de ne pas en faire des tonnes dans l'émotion (ce film est très sobre), son académisme est à l'image de celui du script. Rien ne décolle vraiment, ce qui rend ce film à mon humble avis, l'inverse d'Harvey Milk de Gus Van Sant hormis le fait indéniable que les deux films sont portés par deux acteurs au sommet de leur art. Le film de Vallée à un sujet palpitant mais avec une mise en scène figée et platement illustrative. Gus Van Sant quant à lui donnait vie à un scénario très classique, voir parfois ennuyeux, avec une mise en scène poignante, personnelle et virtuose. Le scénario de Dallas Buyers Club a beau être un passionnant combat et avec de touchants portraits de victimes, son classicisme, sa précision documentaire bien trop léchée avait besoin d'un metteur en scène plus engagé, plus culotté et plus ambitieux pour lui offrir une poigne de vie plus marquante qui s'avérait tout de même indispensable avec un tel sujet. Voici sans doute ce qui bloque ce bon film à celui d'un très grand film.

A la fin de la séance, éblouit par l'interprétation, le sujet fort je suis quand même resté un peu sur ma faim, frustré par ce classicisme, même si j'avais vu de manière globale un bon film. Un peu comme pour The Sessions de Ben Lewin l'an dernier, on ne peut pas dire que le film soit loupé, loin de là, seulement qu'il est tout de même trop académique dans tous les sens du terme pour être inoubliable et marquant. Dallas Buyers Club est un film indépendant dans cette catégorie, impersonnel mais qui vaut le coup d'œil pour son sujet et l'interprétation masculine « rayonnante ». Ce serait dommage de ne pas y jeter un coup d'oeil.


Note : 6/10

Top of the Lake (intégrale)



Synopsis :

Tu, une jeune fille de 12 ans et enceinte de cinq mois, a disparue après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d'un lac du coin. La détective Robin Griffin, chargée de l'enquête se heurte rapidement à Matt Mitcham le père de Tui, un baron de la drogue local intouchable. Un mystère subsiste dans ce coin perdu de Nouvelle Zélande.


Genre : Flop of the Lake

Dans la famille des séries ratées je demande Top of the Lake. Tel un jeu des sept familles, on pourrait largement mettre celle-ci dans le rôle de la mère. L'intrigue prend énormément le temps à décoller pour s'essouffler très rapidement et devenir complètement ridicule et incohérente sur sa fin. Seul point positif, les magnifiques paysages de la Nouvelle Zélande filmés avec une belle photographie. Consolation aussi maigre que l'intérêt de cette série.

En survolant le synopsis, on pense forcément à la célèbre série Twin Peaks. On en est hélas très loin même si le traitement de cette (longue) mini série, de six épisodes de presque une heure chacun, est différent de la série américaine. Avec toute la volonté de vouloir implanter une ambiance mystérieuse et énigmatique au niveau de la niveau mise en scène, le scénario n'y arrivera hélas jamais. Multipliant de manière maladroite la psychologie des personnages, l'ambiguïté voulue pour l'enquête s'effondre comme un château de cartes assez rapidement. Toutes les invraisemblances remontent très vite à la surface pour ne finir qu'a les voir en premier plan. Cette histoire de viol sur l'héroïne (Élisabeth Moss, fadasse et mauvaise à souhait) est façonné avec de la psychologie de comptoir. Tout l'univers de la série est ponctué de clichés sur les campagnes reculées, ornés de personnages complètement bornés et idiots, tous aussi antipathiques qu'inutiles. On remarquera un sur-jeu permanent hélas surprenant de Peter Mullan (en mode Jeff Bridges). Holly Hunter en plus d'être complètement grotesque est inutile.

Si l'originalité manque dans Top of the lake, c'est avant tout de subtilité dont cette série est abyssale. L'épisode pilote de la série attise la curiosité par le nom de Jane Campion au générique ainsi que la belle photographie des paysages Néo Zélandais. Le scénario ensuite ne s'avère n'être rapidement qu'une pile de clichés pour le moins honteuse et complètement invraisemblable. L'intrigue est traitée de manière grossière, dans le too much absolu, surtout dans les détails psychologiques. Les réactions des personnages sont complètement incohérentes. En particulier l'inspectrice qui fonce tête baissée sans intelligence, sans jugeote et sans démarche logique dans le tas. Complètement débile. La série étant complètement dénuée d'humour, on se moque pas d'elle. Le spectateur suit désespérément cette cruche écervelée et prétentieuse tout le long. Elisabeth Moss en plus joue mal et en rajoute des caisses à tenter de faire passer un semblant d'émotion. Summum de la débilité avec la libido de cette dernière qui prend le dessus en pleine course poursuite dans une lisière d'un bois avec son amant Johnno Mitcham. Ce dernier aussi a une psychologie et un caractère complètement aléatoire risible de ridicule. Le camps de ces femmes paumées n'apporte également rien du tout à l'intrigue sauf faire découvrir au public que des rochers ou un ruisseau peuvent être des amplis très efficaces pour des guitares électriques...

La série est donc très mal mise en place avec un pilote très lent, qui manque d'accroche et surtout d'ambiguïté et de virtuose. La suite ne rattrapera rien de cela, car elle est tout simplement très mal écrite et surtout trop rallongée pour le peu d'intérêt qu'elle présente. En gros il ne se passe rien, un film d'une heure trente environ aurait fait l'affaire. Du côté de la mise en scène, Jane Campion et Garth Davis en font des tonnes, se reposant uniquement sur la photographie. A part cette dernière, c'est soit noir, soit blanc au niveau des nuances. Le tout est souligné lourdement en permanence avec de la lenteur et de la redondance, comme un film d'auteur. Seulement si du côté de la bande son, c'est plutôt sobre (et heureusement), on prend le spectateur pour un idiot tout le long comme un mauvais film ou téléfilm français ( mais bien cadré).

Les paysages splendides et perdus ainsi que la météo maussade sont les seuls facteurs à rendre une atmosphère mystérieuse dans cette série ratée dès la moitié de son troisième épisode. Alors que Top of the Lake et Broachurch sont des relectures modernes et explicites de la série de Frost et Lynch, la série anglaise n'a absolument à envier à celle de la réalisatrice de Bright Star. Uniquement le directeur de la photographie et son chef opérateur du côté technique car sinon au niveau du suspense, de l'honnêteté et de l'efficacité c'est tout à fait l'inverse, Broadchurch est largement au dessus. Ce qui fait de Top of the Lake plus qu'une série ratée, mais une série au final complètement ridicule et inutile.

Note : 2,5/10


mercredi 28 mai 2014

The Grand Budapest Hotel




Réalisation : Wes Anderson.
Scénario : Wes Anderson et Hugo Guiness.
Durée : 1 h 40
Distribution : Ralph Fiennes, Tony Revolori, Wilem Dafoe, Edward Norton...
Genre : Le musée Grévin de Wes Anderson

Synopsis :

Les aventures de Gustave H, l'homme aux clés d'Or d'un célèbre Hôtel de l'entre-deux Guerre et du garçon d'étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d'un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d'un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur la vieillie Europe en pleine mutation.

N'étant pas un très grand fan du cinéma de Wes Anderson, Fantastic Mr Fox ainsi que Rushmore sont particulièrement remarquables par leur symbiose totale entre leur scénario et la mise en scène si atypique du cinéaste. C'est en partie pour cette raison que ces deux films restent mes préférés du cinéaste à l'heure actuelle et celle dont je suis resté totalement hermétique à The Grand Budapest Hotel. Dans ce dernier, le cinéaste se repose uniquement sur sa mise en scène stylisée dans une histoire en poupées russes, au final plus cache misère que virtuose ou innovante.

Dès le départ, le cinéaste file à son habitude à toute vitesse dans son abracadabrantesque scénario et ne prend pas le temps d'installer une atmosphère ainsi qu'une intrigue solide avec ses multiples vignettes de bande dessinées appliquées. Son scénario est sans cesse au service de la démonstration de sa mise en scène. Dans un fouillis interminable, la narration est beaucoup trop alambiquée et au final fait plus poudre aux yeux qu'autre chose. Sans être drôle, ni touchant, le cinéaste déballe son savoir faire pendant une heure quarante qui en paraissent, comme d'habitude, le double. Wes Anderson reste distant entre son sujet et ses personnages et peaufine cette fois uniquement son sens du détail visuel. Le cinéaste s'enferme hélas dans la caricature même de son style. Le script place le maximum d'actions et de personnages dans un espace temps record et case comme il peut son gigantesque casting en oubliant de créer un ton et un point de vue perceptible juste et, surtout, intéressant. On retrouve un hommage au cinéma muet avec du burlesque et une touche d'expressionnisme dans des séquences remarquables mais seulement par un graphisme resplendissant. Ces dernières seraient mémorables si le cinéaste avait prit la peine et le temps de bien les préparer antérieurement et les développer. On a donc droit à une poursuite dans le musée traitée de manière beaucoup trop rapide qu'elle en est carrément frustrante. La scène d'évasion de la prison qui ne s'avère que du pompage de Fantastic Mr Fox. Un gâchis.

Si Ralph Fiennes retrouve des lettres de noblesses dans un rôle avec un personnage sympathique, pas mal du reste du défilés de guest stars sont, certes, très à l'aise mais coincés dans des rôles trop caricaturaux et complètement survolés. Au final on se moque totalement de tout le monde (comme du film d'ailleurs). Tout est tellement calculé, que le charme et l'improvisation n'arriveront jamais. Côté français, Léa Seydoux réussit en deux phrases à confirmer son manque de talent contrairement à Mathieu Amalric qui élargit son jeu international une nouvelle fois avec brio. Quant à la musique d'Alexandre Desplat, elle ressemble beaucoup trop à celle de Moonrise Kingdom. Elle n'est pas mauvaise mais utilisée sans cesse à la limite de l'overdose, à l'image du style du cinéaste. On appréciera cependant quelques transformations comme Willem Dafoe, Tilda Swinton ou Harvey Keitel. Le plus plaisant reste la redécouverte du trop souvent oublié Jeff Goldblum, revoir F Murray Abraham et son talent si bien conservé à faire passer le gros de l'émotion à la toute fin ou encore Adrien Brody dans un rôle à contre emploi plutôt sympathique.

The grand Budapest Hotel est une relecture des contes de Zweig vaine et assez épuisante. Tout le potentiel est inexploité et l'ensemble complètement noyé dans le propre style du cinéaste. Même sans prétention, ce dernier n'évolue pas du tout et s'auto satisfait de son style du début à la fin. Il ne tente rien sauf offrir à ses fans ce qu'ils veulent : voir un film de et "à la Wes Anderson". A la sortie de la séance j'étais avant tout frustré de ne pas être entré dans l'univers ne serai-ce pour partager un moment agréable et décalé avec tout cette pléiade d'acteur. Sans cesse j'ai eu la désagréable impression que le scénario n'était qu'un prétexte pour développer son style son lot de trouvailles visuelles, dont la plupart sont recyclés de ses premiers films. Cela lui permet de surfer avec le succès critique et commercial aujourd'hui à la mode comme l'est Tim Burton ou encore Quentin Tarantino. Wes Anderson est dans le même panier, il ne se renouvelle pas.

Une démonstration de son style exubérante au final plus frustrante qu'agaçante quand on voit les moyens techniques utilisés. Alors que son précédent film Moonrise Kingdom dégageait une nostalgie plutôt sympathique on se retrouve dans cet hôtel plutôt dans un musée de Guest stars à l'effigie du réalisateur. Une sorte de musée Grévin ou Tussaud dont les acteurs et le cinéaste sont les seuls en vie et à s'amuser devant un public qui a de forte chance de rester comme moi : paradoxalement de cire.


Note : 4/10

vendredi 23 mai 2014

The Best Offer





Réalisation : Giuseppe Tornatore.
Scénario : Giuseppe Tornatore.
Durée : 2 h 10
Distribution : Geoffrey Rush, Jim Sturgess, Sylvia Hoeks...
Genre : Virgil et la mécanique du coeur

Synopsis :

Virgil Oldman (Geoffrey Rush) est un commissaire priseur de très grande renommée. Ce dernier n'a de relations intimes avec les femmes qu'auprès de sa collection personnelles de portraits féminins qu'il a constitué secrètement au cours des années. Même son vieil ami Billy (Donald Sutherland) ne le connaît pas trop intimement. Pour une affaire, Virgil reçoit un coup de fil d'une cliente qui ne veut traiter avec lui que par téléphone. Sa curiosité piquée à vif, Virgil ne peut s'empêcher d'essayer de la voir.

C'est donc dans seulement environ quatre vingt dix salles dans toute la France que The Best Offer fait son apparition sur le grand écran. Le film est pourtant réalisé par Giuseppe Tornatore, un cinéaste italien qui avait auparavant marqué le public et les cinéphiles avec Cinéma Paradiso il y a maintenant un quart de siècle. Depuis le cinéaste n'aura atteint que très peu de succès, encore moins pour son remarquable Marchand de rêves. Le cinéaste était plus particulièrement reconnu comme un conteur d'histoire avant tout et pouvait souvent compter compter sur son compositeur attitré depuis son deuxième film Ennio Morricone pour faire passer le gros de l'émotion.

The Best Offer est bien loin de tout ce que nous avait proposé le cinéaste jusqu'à maintenant. Ce dernier signe un thriller maniéré à l'ancienne tout ce qui a de plus majestueux. En hommage à Hitchcock et Mankiewicz, ce thriller romantique à la mécanique parfaite serait plus du niveau d'un grand Brian De Palma des années soixante-dix que d'un Tornatore de Cinéma Paradiso. Le film pose une ambiance énigmatique, comme seul sait le faire Polanski de nos jours, tout le long du film par son fabuleux scénario. Ce dernier est magistral, il possède une écriture parfaitement rythmée, dense et veloutée du début à la fin. Du côté de la mise en scène également, le cinéaste crée à l'aide d'une belle photographie et une bande originale très inspirée de Morricone une atmosphère énigmatique et tendue à souhait. Le public se retrouve dans les rouages du grand cinéma tout simplement, une bulle où se croise le thriller, le film sentimental et le drame de manière pour le moins virtuose.

The Best Offer est un film absolument merveilleux par son suspense à la fois simple et très dense. On notera sans problèmes la grande aisance dans laquelle s'enchaîne les pièces des différents puzzles des genres et des retournements (que je ne vous révèlerai pas bien sûr). Pour faire ressortir tout cela à l'écran, on retrouve un casting absolument parfait où Geoffrey Rush excelle particulièrement dans un rôle toute en ambiguïté, élégance et finesse. Psychologiquement très intéressant et doté d'une émotion qui vous donnera des frissons, vous prendra à la gorge, The Best Offer est d'un point de vue purement cinématographique un vrai travail d'orfèvre. Sans copier et en gardant son authenticité, le cinéaste fera penser à Obsession de De Palma ainsi qu'au Limier de Mankiewicz actualisé, sans pour autant être alourdit par des clins d'œil, ni des connotations à ces classiques. Tout est subtil, virtuose, envoutant et jamais tape à l'œil. Pour ceux qui devineront le dénouement avant la fin (ce qui ne fut pas mon cas tant les pistes m'ont absorbés tout le long), le spectacle final reste très touchant et vaut assurément le détour.

Ce que le film de Spike Jonze Her a niaisement loupé dans un semblant de thème similaire (une femme invisible), Tornatore, du moins dans sa première heure, le réussit d'une manière intelligente, intrigante et touchante. The Best offer est un exercice de style virtuose et puissant dont les différents genres s'enchâssent avec une redoutable habileté et une efficacité exemplaire sous une plume et une mise en scène autant au cordeau que de velours. Tous les objectifs du scénario fonctionnent, le final est un total contre point, très touchant et particulièrement réjouissant par rapport aux différentes productions du genre actuelles.

Giuseppe Tornatore signe son film le plus réussi avec ce chef d'œuvre où tout est y absolument grandiose. Le public a pour une fois droit a du grand cinéma, chose bien trop rare ces derniers temps qu'il se doit absolument d'être averti. Hélas bien trop peu pourront le voir à cause d'une transparence promotionnelle quasiment totale. Le bouche à oreille s'avère donc indispensable. Aller voir ce film très vite si jamais il passe encore près de chez vous où procurez vous le en Dvd, Blu ray à sa sortie dans quelques mois. Ce sera dans tous les cas un beau conseil, un beau cadeau à tous les passionnés de cinéma. Malgré le dénouement, la rediffusion s'avère encore être un intelligent et grand moment de cinéma.

Assurément un des grands films de ces dernières années signé par un passionné de cinéma et d'histoire au sommet de son talent. Un coup de maître qui fait de The Best Offer un des meilleurs films de l'année. 


Note : 10 /10

dimanche 20 avril 2014

Top des films d'animations

Le panel du film d'animation est de plus en plus florissant ces dernières années. La technique est de plus en plus réussie, approchant de la perfection et le public ciblé est de plus en plus les adultes. Des cinéastes plus ou moins indépendants (de Tim Burton à Ari Folman) s'en accaparent pour réaliser l'infaisable en prises de vue réelles.
Avant de faire un petit palmarès extrêmement difficile parmi les nombreuses pépites que le genre possède et continue de nous offrir, je vous propose un bref débriefing du milieu.


Les studios Disney :
Toujours les plus connus autour du Monde et depuis Blanche Neige et les sept nains, les productions de Walt Disney est le chef de file de l'animation. Ce n'est que depuis une bonne dizaine d'années qu'ils ont de la concurrence. Disney a la particularité de réactualiser, de mettre au goût du jour des contes universels. Tout en restant très athée, leurs classiques sont souvent intemporels, visant un public jeune et jouant sur l'éternel enfant qui est dans l'adulte. Beaucoup sont des chef-d’œuvres inoxydables. On peut y trouver des grands classiques (CendrillonLe Livre de la Jungle, La belle au bois dormant, Le roi Lion...) comme des films mineurs qui sont très réussis (Merlin l'enchanteur, Bernard et Bianca, Kuzco). Tous les enfants et leurs parents connaissent les films Disney, non seulement parce que la culture le veut mais aussi parce qu'ils touchent tous tout simplement. Walt Disney c'est un peu Charlie Chaplin au cinéma.


Les studios Disney/ Pixar :
Après Disney autant enchaîner avec un autre fleuron de l'industrie de l'animation : Pixar. Depuis Toy Story et 1001 pattes, c'est Pixar qui a vraiment prit le monopôle du virtuose des oeuvres Disney. Pixar a remit en valeur l'humour et le charme irrésistible des personnages secondaires des anciens Disney. Ceci tout en gardant le classicisme et l'intemporalité des plus grands classiques Disney, sans oublier d'insuffler le sens de l'inventivité et de la dérision. L'inventivité des cinéastes ainsi que le savoir faire est absolument à leur apogée. Que ce soit celui qui aime le classique (Le Monde de Nemo) comme l'originalité (Montres et Cie), pour les enfants (Cars), ou plus adultes (La haut), les gourmands (Ratatouille), les nostalgiques (Toy Story), les geeks (Les indestructibles) ou même les Verts (Wall E). Tout le monde trouvera son bonheur chez Pixar.


Les Studios Dreamworks :
Dreamworks est le concurrent direct de Disney et Disney/Pixar. On retrouve des échanges de balles assez fréquents entre eux dans certains de leurs films : 1001 pattes/ FourmiZ, The Wild/ Madagascar, Les indestructibles/ Megamind ou encore Le monde de Nemo et Gang de requin. La recette de Dreamworks est un peu la même que Pixar, sauf qu'elle mise beaucoup plus sur l'humour et les clins d'oeil pour les adultes. Bien entendu ils n'oublient pas le jeune public, mais dernièrement l'adulte est de plus en plus la cible du divertissement. Niveau émotion dramatique et nostalgique Dreamworks reste en dessous de Pixar. Très commerciale avec la quadrilogie Shrek, la trilogie Madagascar, Dreamworks peut se montrer à égalité de Pixar avec des productions époustouflantes comme Dragons
Cette guerre commerciale ne ravira que son public, c'est l'essentiel.


Les studios Aardman animation :
Mes films favoris sont souvent en stop motion et les créateurs de Wallace et Gromit et Chicken Run sont certainement les plus inventifs, fins et drôle dans le domaine. Les deux films sont produits par la Dreamworks. 


Les studios Sony Pictures animation :
Crée il y a huit ans, cette petite production commence à grimper en réalisant des agréables surprises comme Tempête de boulette géantes ou encore avec les Studios Aardman Les pirates bons à rien mauvais en tout.


Les films d'Hayao Miyasaki :
Véritable cinéaste incontournable du manga, ses thèmes parfois très asiatiques sont souvent merveilleux. Le Walt Disney du Manga (accord par ailleurs réalisé entre eux pour l'exportation des films à travers le monde) a réalisé certainement les plus grands films animés de tous les temps. Le château ambulant, Le voyage de Chihiro ou encore Princesse Mononoké représentent l'âge d'or du cinéaste.


Les films de Bill Plympton :
Uniquement pour les adultes, ces délires sous acides sont à la fois corrosif et complètement déjantés. Réservés aux amateurs, Les mutants de l'espace, Hair High ou encore L'impitoyable lune de miel sont des expériences à découvrir.


Les autres :

Beaucoup de studios se sont lancés dans l'animation comme la Warner (Le royaume de Ga'Hoole) 12th Century Fox (L'âge de glace, Rio) Universal (Moi moche et méchant), Paramount (Rango) mais aussi des cinéastes indépendants. C'est le cas de Tim Burton avec Les noces funèbres (co réalisé avec Mike Johnson) et son Frankenweenie. Wes Anderson également avec son Fantastisque Mr Fox. Ainsi qu'une multitude de petites productions qui ne cherche qu'à s'agrandir.
On retrouve également des cinéastes indépendants engagés comme Ari Folman avec Valse avec Bachir et son dernier Le congrès.
En France Girerd est assez reconnu dans le domaine. L'illusioniste de Sylvain Chomet reprend un script de Tati est réussi dans le genre. Persepolis a également eu son heure de gloire. Ernest et Célestine est la dernière grande surprise de l'animation française. Daniel Pennac signe un scénario merveilleux. On oubliera Patrice Leconte et son magasin des suicides bien décevant dans sa deuxième partie. Tout comme Picha et sa finesse, pour ceux qui se rappelleront de lui. 

Etant plus curieux d'animation et grand public que véritablement fan, j'en oublie certainement beaucoup. N'hésitez pas a m'en conseiller. 


Voici un top 30 de mes films d'animations favoris :


1 - Mary and Max d'Adam Elliot.
Pinocchio d'Hamilton Huske, Ben Sharpsteen et Norman Ferguson.
L'étrange Noel de Mr Jack d'Henry Selick.
Coraline d'Henry Selick. 
Monstres et Cie de Pete Docter, David Silverman et Lee Unrich.


5 - Le roi Lion de Roger Allers et Rob Minkoff. 
Le voyage de Chihiro d'Hayao Miyazaki. 
Chicken Run de Nick Park et Peter Lord.
Le livre de la Jungle de Wolfgang Reitherman. 
Ratatouille de Brad Bird.


10 - Fantastic Mr Fox de Wes Anderson.
Merlin l'enchanteur de Wolfgang Reitherman.
Megamind de Tom Mc Grath. 
Wallace et Gromit : Le mystère du Lapin Garou de Nick Park et Steve Box. 
Ernest et Célestine de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stephane Aubier. 


15 - Les douze travaux d'Asterix de Pierre Watrin, Albert Uderzo et René Goscinny. 
Valse avec Bachir d'Ari Folman. 
Toy story (trilogie) de John Lasseter, Ash Brannon et Lee Unrich.
Shrek (1 et 2) d'Andrew Adamson, Vicky Jenson, Kelly Asbury et Conrad Vernon. 
Moi moche et méchant (1 et 2) de Chris Renaud et Pierre Coffin.


20 - Le Monde de Nemo d'Andrew Stanton. 
Kuzco l'empereur mégalo de Mark Dindal.
Tempête de boulettes géantes de Phil Lord et Chris Miller.
Dragons de Chris Sanders, Dean Deblois. 
1001 pattes de John Lasseter et Andrew Stanton.



25 - Mr Peabody et Sherman les voyages dans le temps de Rob Minkoff. 
Les pirates bons à rien Mauvais en tout de Peter Lord. 
L'age de glace (1 à 3) de Chris Sanders et Carlos Saldanha.
Madagascar 3 Bons baisers d'Europe d'Eric Darnell; Tom McGrath et Conrad Vernon.
Rango de Gore Verbinski.

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lundi 3 mars 2014

Only lovers left alive



Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Durée : 2h03
Distribution : Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska, John Hurt...
Genre : psychévampire

Synopsis :

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu'ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d'amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l'arrivée de la petite soeur d'Eve, aussi extravagante qu'incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s'effondre autour d'eux ?



Only lovers left alive était le film à voir en ce début d'année selon moi. En effet, fan de Jarmusch depuis que j'ai vu Broken Flowers dans mon adolescence, découvert grâce au groupe The Greenhornes ayant participé à la BO, je me languissais de ce nouveau film, dont le thème me semblait bien surprenant, et je ne regrette pas.

Dès l'introduction donnant le tournis, nous sommes plongés dans une ambiance psychédélique underground dans laquelle nous perdons tout repères temporels. En effet, si certains trouveront ce film lent et long, j'ai pour ma part été comme engloutie par ce film, grâce notamment à une bande originale parfaite et impeccablement en rythme avec la démarche de Tilda Swinton.
Je ne cache pas qu'il est possible que je manque quelque peu d'objectivité sur ce film : il représente tout ce que j'aime : de nombreux clins d'œil à une culture underground que j'adore, en commençant par la ville de Détroit, berceau du rock, le thème de la musique en général, le rétro, Jack White, l'amour, et une sorte d' « inquiétante étrangeté » comme dirait Freud, faisant écho à nos angoisses.

Le casting, quant à lui, est sans faute. La présence de Tilda Swinton est bluffante, envoutante et tout à fait étrange (dans le bon sens du terme). Tom Hiddleston est magnifique en vampire rocker suicidaire, quant à Mia Wasikowska, elle joue parfaitement la petite peste fouteuse de merde. John Hurt dans le rôle du dramaturge Marlowe est bon aussi, bien qu'il ne crève pas autant l'écran que les trois acteurs principaux.
Le couple principal fusionne tellement bien que nous avons le sentiment à la fin du film de n'avoir à faire plus qu'à un seul et unique personnage, double et puissant, et nous comprenons ainsi toute la justesse du titre.

Au niveau de la photographie (puisque c'est un des aspects qui me fait autant aimer Jarmusch), je pense que c'est sa plus belle depuis Down by law. En effet, les images sont soignées, symétriques, les couleurs sont remarquables malgré l'omniprésence de la nuit. C'est sombre et rayonnant à la fois, un peu comme des étoiles dans un ciel noir (qui d'ailleurs font l'objet du premier plan du film).
Un peu aussi comme les personnages : Adam est brun, vit dans une ville bitumée, dans une maison où tout est noir. De plus, il vit dans un passé et la vie tend à le dégouter. Ève quant à elle est peroxydée, toute de blanc vêtue, dans un Tanger chaud et lumineux, et pleine de vie. Cette dualité contrastante aurait pu compromettre le pari de Jarmusch à rendre ce couple si fusionnel, et c'est pourtant ce qui fonctionne le mieux.

Du côté du scénario, c'est comme souvent chez Jarmusch, très simple et épuré. Cependant, je trouve que la place à l'imagination est plus présente ici qu'elle ne l'était dans ses films précédents, même si Jarmusch semble y avoir toujours apporter une certaine importance.
La musique apporte un quelque chose de très mystérieux et énigmatique. Certains détails également nous laissent réfléchir à différentes significations, comme par exemple ce rite bizarre des gants (??), ou le fait d'appeler les personnages principaux Adam et Ève.
La beauté des images, des personnages, de la musique, prime sur le scénario. On préférera ici se laisser contempler, se laisser flotter dans une atmosphère tout en apesanteur plutôt que de suivre moultes intrigues, ce n'est pas l'intérêt.
Je n'oublie pas les quelques touches d'humour très bien écrites qui parsèment ce film et nous permettent de souffler un peu.
Only lovers left alive est donc pour moi une œuvre d'art, une véritable pépite, au point que je n'ai pu m'empêcher d'en faire la critique élogieuse, pourtant habituellement seulement correctrice sur ce blog.


Note : 10/10