mercredi 1 janvier 2014

Top 5 films 2013

Voici l'heure de faire les comptes de cette année très pauvre cinématographiquement dans ses six premiers mois, et heureusement bien plus riche par la suite. Beaucoup de cinéastes confirmés étaient là avec leur savoir faire à la hauteur de nos attentes (Scorsese, Wright, Gray, Del Toro, Raimi, Soderbergh, Jeunet ou encore Polanski) des déceptions (Tarantino, Coen, Cuaron et surtout P.T Anderson) et des surprises (Dupontel et Desplechin). Bien sûr, je suis loin d'avoir vu tous les films et les séances de rattrapages pourraient fausser mon top films de l'année 2013, comme pour les années précédentes.



1 - Snowpiercer, le transperceneige de Bong Joon-Ho.


C'est l'un des plus grands et jeune cinéaste contemporain qui signe ce blockbuster ovni. Comme à son habitude, Bong Joon-Ho signe exercice de style scotchant, jamais vu et simplement virtuose. Pour ma part un classique, la définition même du cinéma alliant grand public et auteurisme. Un chef-d'oeuvre porté par un Chris Evans à l'image du cinéaste de Memories of Murder et Mother : magistral.



2 - Mud de Jeff Nichols.


Pour la deuxième année consécutive, Jeff Nichols s'impose également comme un jeune cinéaste déjà grand. Après le choc Take Shelter l'an dernier, il signe avec Mud un film beaucoup plus écrit, plus poétique, avec une formidable mise en scène. Une immersion magnifique digne d'un roman avec des acteurs merveilleux. A voir absolument.


 
3 - Moi moche et méchant 2 de Chris Renaud et Pierre Coffin.


Le 3ème meilleur film de mon classement n'est autre qu'un film d'animation, non pour diversifier, mais bel et bien parce qu'il mérite sa place de 3ème. Et si le Montres Academy de Pixar est pourtant de très bonne facture, je n'ai pas résisté a cette invasion de minions. Cette suite est une grande réussite, on ose espérer un troisième opus de cette ampleur pour pouvoir la ranger à côté de Toy Story. Irrésistible.



4 - Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh.


Le (dernier?) film de Soderbergh (qui a signé également le saisissant polar Polanskien Effets secondaires cette année) est un téléfilm HBO parfaitement maîtrisé et d'une grande justesse. Michael Douglas et Matt Damon trouvent sans doute leurs plus grands rôles de leur carrière : ils sont éblouissants dans un film aussi haut en paillettes qu'en noirceur.



5 - La venus à la fourrure de Roman Polanski.


Un brillant testament du cinéaste avec deux acteurs remarquables. Amalric ressemble comme deux gouttes d'eau à Polanski. Seigner quant à elle joue peut-être trop "djeuns" pour son âge, mais ce huis clos très intelligent et passionnant, doté d'une mise en scène parfaite et d'une écriture habile la transforme en Vénus à la fourrure inoubliable. Un Polanski aussi simple et intense que ses grands films, un de ses meilleurs huis clos, donc un de ses meilleurs films dans sa fructueuse filmographie.

 

Si les trois premiers films ont été facile à déterminer, il n'en a pas été de même à partir du quatrième. Effectivement beaucoup de films réussis sans pour autant être de gros coups de cœur se tiennent dans un mouchoir de poche. Le choix était donc serré avec :

Alabama Monroe de Felix Groeningen,
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet de Jean-Pierre Jeunet,
Jimmy. P d'Arnaud Desplechin.

 

Ensuite il y a quand même quelques bons films à voir (notation 7 à 8/10) :

The Call de Brad Anderson,
9 mois ferme d'Albert Dupontel,
Shokuzai (Partie 1 et 2) de Kiyoshi Kurosawa,
Effets secondaires de Steven Soderbergh,
Monstres Academy de Dan Scanlon,
Turbo de David Soren,
Happiness Therapy de Charles O'Russel.



Les films à voir à l'occasion (notation 6 à 7/10) :

Le loup de Wall Street de Martin Scorsese,
The Immigrant de James Gray,
Perfect mothers d'Anne Fontaine,
Pacific Rim de Guillermo Del Toro,
C'est la fin de Seth Rogen et Evan Goldberg,
Pop Redemption de Martin Le Gall,
The Sessions de Ben Lewin,
Amazonia de Thierry Ragobert,
La reine des neiges de Chris Buck et Jennifer Lee,
Hotel Transylvanie de Genndy Tartakovsky,
Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann,
World War Z de Marc Foster,
Les Croods de Chris Sanders,
Les stagiaires de Shawn Levy. 



Je terminerai par un top 5 des plus mauvais films (notation moins de 2/10) :

1 - Pas très normales activités de Maurice Barthélémy.
2 - The Hit Girl de Jason Moore.
3 - Room 237 de Rodney Ascher.
4 - The Bling Ring de Sofia Coppola.
5 - Carrie, la vengeance de Kimberly Peirce.

Je n'ai pas vu les films de Allen, Spielberg, De Palma, Kechiche, Farhadi, Rejn, Sorrentino, Jee-Woon, Zemeckis, Almodovar, Niccol, Shyamalan, Levinson, Snyder, Folman, Mangold, Franco, Tavernier, Curtis, Klapish, Washowski, Kar Wai, Van Sant pour les réalisateurs les plus connus, faute d'envie ou de mauvaise distribution, mais j'attends vos suggestions !


Je vous souhaite une bonne année (cinématographique) 2014 !

samedi 28 décembre 2013

Le loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street)





Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Terrence Winter
Durée : 3 heures
Distribution : Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Jean Dujardin...
Genre : Wall (S)trip

Synopsis : Ascension et chute de Jordan Belfort courtier à Wall Street qui vit dans la débauche et l’excès. Trop n'est jamais assez.


Comme chaque film de Martin Scorsese, Le loup de Wall Street est un événement attendu par beaucoup de passionnés de cinéma. Moi-même fan du cinéaste, j'étais impatient découvrir ce cadeau de Noël dans les salles, un peu comme il y a deux ans pour le féérique Hugo Cabret. Scorsese, toujours fin couturier de la mise en scène tisse une fresque remplie de savoir faire parfois insipide (donc assez décevante), malgré son côté juvénile et déjanté dans laquelle le cinéaste semble être un gamin de vingt ans à plus de soixante dix ans. Plutôt partagé donc.

Pour sa cinquième collaboration avec Dicaprio, le cinéaste offre à nouveau à ce dernier un rôle à Oscar. Si l'Oscar serait largement mérité pour la carrière époustouflante de l'acteur, Le loup de Wall Street ne s'avère pas être leur meilleure collaboration. J'ai l'impression que Scorsese voulait offrir à DiCaprio ce qu'il avait offert a De Niro vingt ans plus tôt avec Casino. En effet, beaucoup de séquences et de plans se ressemblent, de même que les thèmes, les personnages très machistes, très orduriers comme dans beaucoup des films de Scorsese. Si Casino dégageait un magnétisme inédit et inégalé, Le Loup de Wall Street n'obtient que quelques similitudes narratives et de mise en scène par moment.

Si Scorsese veut signer une fresque moins documentaire et plus légère que ses précédentes, il réussit quand même à rendre intéressante cette ordure sur pattes par son savoir-faire de grand cinéaste. La satyre du rêve américain fonctionne beaucoup mieux dans les deux dernières heures. Effectivement, le scénario est bien meilleur à partir de la scène de rupture avec sa première femme (formidable au passage). Toute la première heure est une longue introduction brouillonne et abondamment remplie de blagues salaces, composée de pics d'humour parfois drôles, parfois exaspérants. Si cela reste tout de même réussi dans le genre, le scénario en abuse beaucoup trop au point de totalement déséquilibrer la fresque. Le film aurait pu être coupé d'au moins une demie heure dans cette première heure, il en serait largement avantagé. Heureusement, quand les ennuis arrivent, la mise en scène et le script savent bien mieux négocier l'humour et le tragique. Scorsese fait ensuite un peu comme dans Aviator en appliquant sa mise en scène de cinéphile implacable et virtuose de manière assez automatique. Enfin, le côté comique marche à merveille et prend le dessus à la salacerie, aux trips abondants et répétitifs de ce loup drogué et donne un ton plus intelligent et efficace au film. La débauche filmée de manière moderne et ancienne à la fois marche plutôt bien, Scorsese fait le boulot même si c'est du déjà cousu main pour le cinéaste. Le film passe donc d'un Very Bad Trip et Projet X à un Scarface scorsesien.

Dans la dernière heure, Scorsese est toujours aussi clinquant et sa fresque de luxe suit toujours la même cadence. La narration déjà vue dans Les Affranchis et Casino, ponctuée de "fuck", nous confirme que nous nous trouvons bien dans un film de Scorsese (merci Terence Winter), malheureusement caricatural. La seule baisse de rythme se trouve à la toute fin, où on reconnaît encore le procès, l'humour et la dégringolade du système de Casino. Les fans de Casino reconnaîtrons sans problème que DiCaprio est souvent dans les même décors et les même plans que De Niro. Scorsese pousse le bouchon un peu plus loin en dépeignant cette pourriture comme une légende vivante, surtout dans la dernière scène, une des plus réussies du film. On retrouve un peu le final de Taxi Driver ou de La valse des pantins sauf que l'on n'a pas de confusion entre délire et réalité. Le Loup de Wall Street est le film le moins psychologique de Scorsese désormais, certainement son film le plus limpide et dans l'air du temps.

En une séquence du Loup de Wall Street, on retrouve trois fois plus de sexe que dans toute la filmographie du cinéaste, autant de "fuck" voir plus que dans Les Affranchis et Casino. On retrouve un patchwork de tous ses films, ponctué de ses références habituelles aux meilleurs du genre (Capra, Tarantino, Apatow ou même Ritchie). Un lâchage total tantôt jouissif, tantôt déconcertant, dont je pense que l'influence de DiCaprio à la production et la collaboration n'y est pas pour rien. Une chose est sûre, c'est que même si Dicaprio n'a pas le magnétisme qu'avait Robert De Niro, c'est clairement avec Scorsese qu'il obtient ses plus grands rôles.

On pourrait presque penser à un remake moderne des Affranchis et Casino. Même si dans les films maudits de Scorsese on reste toujours a des lieues de la leçon de cinéma de Casino, il se dégage malgré tout quelque chose de novateur, contrairement au Loup de Wall Street. Il reste cependant un cinéaste donnant à ses films un ton particulier, jamais prétentieux, contrairement à Tarantino ou même pour la première fois aux Coen cette année. Preuve qu'il restera toujours un des plus grands cinéastes en activité, en permanence dans la novation, dans le virtuose. Rien que la bande annonce (très illustrative du film au passage) le prouve. Dans la forme c'est bien du Scorsese, mais ce Wall Street sous amphétamines est un genre de Las Vegas Parano chez Ace Rostein dans Casino. Si le casting est une nouvelle fois terrible, mention spéciale à Jonah Hill (avec le dentier de Marty ?) absolument surprenant et monumental, sans oublier notre frenchie Jean Dujardin qui signe une des scènes les plus désopilantes du film.

Le Loup de Wall Street est un Scorsese mineur qui risque vite de se démoder. Il a tout du moins le mérite de nous offrir un cinéma qui a de la gueule, chose qui n'est pas donné à n'importe quel réalisateur. Il reste cependant avec Margin Call l'un des films les plus réussi sur Wall Street, plus intéressant et moins pataud que ceux d'Oliver Stone.

Note : 6,5/10

vendredi 20 décembre 2013

Snowpiercer : Le transperceneige (Snowpiercer)






Réalisation : Bong Joon-Ho
Scénario : Bong Joon-Ho et Kelly Masterson.
Durée : 2 h
Distribution : Chris Evans, Song Kang Ho, Ed Harris, John Hurt, Tinda Swinton...
Genre : Gangs of RER.

Synopsis :

2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s'arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s'est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d'hommes entraînés par l'un d'entre eux tente de lutter. Car l'être humain ne changera jamais...

Après différents exercices de styles plus que brillants, le cinéaste Bong Joon-Ho confirme avec Snowpiercer qu'il est actuellement le réalisateur qui réussi le mieux à mélanger les genres avec tant de virtuosité. Si bien sûr d'autres cinéastes brillent également en la matière, Bong Joon-Ho possède les scripts les plus riches, denses, originaux et inventifs. Une nouvelle fois à l'écriture du scénario avec la collaboration de Kelly Masterson (7h58 ce samedi là), le cinéaste coréen de The Host nous offre un blockbuster d'auteur international qui fait mesure d'ovni dans une époque où le cinéma est trop souvent aride en originalité. Rien que pour cela, Snowpiercer est un film à ne pas rater.

Inspiré d'une bande dessinée éponyme, Snowpiercer se situe entre un Spartacus de Stanley Kubrick (lutte des classes) et un Soleil vert de Richard Fleischer (côté science fiction, anticipation) le tout dans une arche de Noé. Énormément de pistes et de thèmes passionnants sont abordés dans ce scénario. Ce dernier dépeint une critique virulente de la société en général, de sa violence, de ses vices, de sa politique et de l'espoir de ses différentes classes. Une peinture pessimiste de l'Homme et de son pouvoir, ses rapports de forces et sa hiérarchie, le tout magnifiquement dépeint avec un sens virtuose du détail, de façon très crédible. En plus d'être abondamment riche, le scénario est d'une extrême habileté rythmique et narrative, digne d'un grand classique du cinéma. La mise en place est très efficace, mais tellement rapide qu'elle pourrait décourager certains : le film plongeant le spectateur dès les premières minutes dans une violence qui pourrait lui faire penser à un énième vulgaire film de violence gratuite. La suite pourtant est une fabuleuse aventure onirique et cinématographique. La conquête progressive des wagons du train est un exercice de style virtuose où suspense, humour, action, émotion et satyre sont magistralement assemblés. Plusieurs visionnages s'annoncent indispensables pour capter et saisir plus de détails.

A la fois accessible, ambigu et très suggestif, Snowpiercer ne tombe jamais dans la facilité, le too much et encore moins la niaiserie. Tout est traité dans une grande pudeur, sincérité et élégance. Le cinéaste de Mother prend le temps de faire des pauses dans l'action et de donner encore plus d'ampleur à son scénario afin de rendre les différents tons à son film qui est un véritable éventail à émotions. Également très bien maîtrisé dans son rythme, on ne ressent aucune longueur grâce à une intrigue impalpable et remplie de rebondissements régalant (la scène du tunnel par exemple). Un peu comme le début du film, le final peut décevoir par la rapidité du dénouement, et le face à face succinct entre Winston et Curtis. S'il doit certainement exister une version un peu plus longue, pour ma part cette fin est juste magistrale et d'une cohérence parfaite. Le cinéaste n'en fait pas des tonnes et ne prend pas le public pour un idiot.

Côté interprétation, ma plus grande surprise est Chris Evans. Ce dernier compose ici une des plus grandes prestations d'acteurs de ces dernières années. Sans que le film ne lui offre un « rôle à oscar » il délivre une prestation à la fois grandiose et subtile où il est à la fois impérial, vulnérable et torturé dans le rôle du meneur aussi ambigu qu'attachant. Le choix d'Ed Harris a déjà été utilisé par d'autres cinéastes dans le domaine du machiavélisme (Peter Weir, David Cronenberg), et s'avère une nouvelle fois payant, en effet, il dégage un charisme époustouflant. Tilda Swinton marque les esprits dans son personnage aussi abominable moralement que physiquement. L'habitué au cinéaste et irrésistible Song Kang-Ho compose un numéro de fée clochette explosif aussi dopé que roublard. On appréciera également le grand acteur John Hurt en guise d'hommage dans le rôle de Gilliam. Le reste du casting est également aussi régalant que judicieux, dont même le trop souvent oublié Jamie Bell.

Bong Joon-Ho nous plonge dans un fabuleux huis clos, une épopée sociale qui oscille en permanence entre le thriller, le film d'aventures et d'anticipation. Réalisé avec une grande maestria, Bong Joon-Ho réussit une merveilleuse alliance de la culture du cinéma hollywoodien et du cinéma asiatique tout en conservant sa touche particulière. Le cinéaste est toujours aussi habile avec l'émotion, le thriller et la psychologie marquée de ses personnages. La mise en scène est sensible, juste et intelligente avec un fascinant sens de l'image et un travail sur l'espace surprenant. Ce huis clos est paradoxalement très aéré par sa narration (beaucoup d'événements) et oppressant (effet carcéral garanti). La bande originale, très belle, donne de l'ampleur et du relief, mais n'appuie jamais trop lourdement les actions comme on peut le voir trop souvent dans la plupart des films actuels. La violence est un sujet tabou comme chaque fois : ici elle est esthétique sans être particulièrement sublimée ni enlaidie. Le travail de l'image fait parfois penser à des vignettes de bande dessinée. Hormis les effets spéciaux (sur l'extérieur du train) qui vieilliront certainement assez vite, la photographie est particulièrement belle.

Après son court métrage réussi dans Tokyo, Bong Joon-Ho confirme son talent dans le huis clos. Si Le transperceneige est actuellement le film du cinéaste contenant le plus de violence physique, cette dernière n'est pas gratuite et ajoute une touche de crédibilité. Les cassures de rythmes, les contre-pieds narratifs peuvent dérouter les plus adeptes aux blockbusters classiques. A croire que le cinéaste s'est donné le défi de déformer toutes les ficelles du genre. Ce film est à l'image des autres films du cinéaste : un ovni passionnant. Il est certainement son film le plus risqué mais aussi son plus réussi, en tout cas du même gabarit que Memories of Murder et Mother.

Sans faire du Malick ou du grand film contemplatif, le cinéaste coréen démontre que le grand cinéma peut parfois se trouver dans les salles grand public. Un blockbuster habile et très intelligent (oui vous avez bien lu les mots « habile » et « intelligent » dans la même phrase que « blockbuster ») aussi bien dans le fond que dans la forme. Le cinéaste insuffle son grand talent de conteur et de metteur en scène dans un blockbuster dont il reforge avec brio toutes ses lettres de noblesses. Pour ma part, Le transperceneige est également actuellement le meilleur film sur le thème de la fin du Monde, surtout par son côté inventif. Cette conquête de cette arche de Noé des temps modernes est certainement un des plus grands exercices de style que j'ai eu l'occasion de voir au cinéma. Un tour de force impressionnant qui fait clairement de Bong Joon-Ho un des plus grands cinéastes contemporains.

Ce film figurerait pour ma part dans le top dix des meilleurs films des années 2000.

PS : Le montage américain a coupé la fameuse séquence de l'école. A voir comment ils se sont débrouillés...

Note : 10/10

La dévédéthèque parfaite dans le même thème :

Soleil vert de Richard Fleischer, Spartacus de Stanley Kubrick et La planète des singes de Franklin J Schaffner. 

jeudi 10 octobre 2013

Allah-Las





Je ne connaissais pas du tout le groupe Allah-Las avant de tomber sur un de leur morceau par hasard. Tell Me (What's on your Mind) m'a donc poussé à écouter dans la foulée leur unique album à ce jour qui porte le nom du groupe. 

Mon avis n'est pas très objectif puisque j'apprécie particulièrement la musique des années soixante, dont le groupe s"inspire très fortement. C'est d'avance un point qui me plaît. Allah-Las est un album cohérent avec de bons morceaux. Beaucoup de ces derniers me font penser à du Brian Jonestown Massacre mêlé avec des groupes sixties comme The Remains, The Turtles ou encore The Byrds. Un fameux mélange dont les mélodies sont très bien travaillées et ne laissent pas une impression de déjà entendu fade. Le groupe conserve le même ton du premier au dernier morceau et nous transporte rapidement dans leur atmosphère.

Extrêmement calme, avec beaucoup de charme et d'élégance, la musique reste convenue (trop peut-être) et se transforme vite en un album de détente, de plage, au sens positif du terme. C'est clair qu'on sent l'air de la Californie et de ses surfeurs. Ceux qui recherchent trop de nouveauté passeront vite leur chemin, les autres trouveront sans doute leur plaisir.




Pour l'amateur de musique que je suis, il me suffit de ce peu pour apprécier cet album simple, très propre et aux belles sonorités. Allah-Las est une parenthèse musicale rétro bien agréable à savourer et à découvrir. 



mardi 24 septembre 2013

Conjuring : Les dossiers Warren (The Conjuring)



Réalisation : James Wan
Scénario : Chad Hayes et Carey Hayes
Durée : 1 h 45
Distribution : Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor...
Genre : Montag(n)e de clichés

Synopsis : Conjuring : Les dossiers Warren, raconte l'histoire horrible, mais vraie, d'Ed et Lorraine Warren, enquêteurs paranormaux réputés dans le monde entier, venue en aide à une famille terrorisée par une présence inquiétante dans leur ferme isolée... Contraints d'affronter une créature démoniaque d'une force redoutable, les Warren se retrouvent face à l'affaire la plus terrifiante de leur carrière...


Connaissant James Wan uniquement pour son surestimé mais sympathique Saw, je suis allé voir avec tout de même une certaine appréhension son dernier film : Conjuring : Les dossiers Warren. J'avoue également que les notes dithyrambiques sur ce film de genre m'ont intrigué. Même dans les meilleures conditions (une séance privée) j'en retiens surtout un phénoménal empilement de clichés plus risibles que frissonnants.

On pourrait croire que le scénario est un défi lancé entre scénaristes : celui de mettre le plus de clichés possibles dans une revisite de Paranormal Activity. Sur ce point là, le défi est plus que rempli. Pour le reste, et notamment d'en faire un film terrifiant, c'est complètement raté. Tous les clichés sont tellement grossiers et traités de manière si banale et plate qu'on pense tout le long à une parodie de film d'horreur, sans humour bien évidemment. Sur un ton souvent ampoulé, le scénario n'a aucune once d'originalité et est totalement dépourvu de subtilité. Les thèmes de la maison hantée, mais aussi de l'exorcisme, sont mixés et utilisés de manière intensive. Ces derniers sont alignés de manière mathématique, anecdotique et sans inventivité. A la place de l'angoisse, le script est avant tout jalonné de séquences qui dégoulinent de bons sentiments, de niaiseries qui trouvent leur apogée dans un happy-end même plus imaginable de nos jours (= ringard).

A cause de son manque d'ambition, la mise en scène de James Wan ne rattrapera pas la médiocrité du scénario. Une illustration techniquement au point mais au final très plate et conventionnelle. Le cinéaste souffre d'une mécanique téléphonée, faussement millimétrée et formatée qui vire à la démonstration. Rien de ne se révèle habile, ni subtil dans la façon dont est sollicitée la peur hormis une accumulation facile de thèmes terrifiants. Seule la séquence dans la cave avec Lorraine Warren (Vera Famiga) reste efficace grâce à une sorcière physiquement horrible.
La musique est utilisée à tout va, parfois à outrance, soulignant sans cesse très grossièrement toutes les émotions, un peu comme dans une sitcom qui nous impose les moments où nous devons pleurer, rire, ou encore avoir peur. La bande son a beau être travaillée dans la première partie du film, tout sera vite gâché et oublié par le spectacle grand-guignolesque qui suit.
Niveau casting, les acteurs sont tous fades et lisses, aussi bien physiquement que dans leur jeu, ce qui fait également penser que nous sommes dans un téléfilm.

Conjuring : Les dossiers Warren est une sorte de musée de clichés des horreurs. C'est peut-être cette accumulation qui effraie tant de monde, mais cette succession est hélas traitée sans virtuosité et de manière plus anecdotique qu'intelligente. James Wan signe donc un téléfilm de luxe qui ne se compare absolument pas aux bons films du genre. Le plus effrayant dans tout cela reste clairement le succès public et critique de ce film. En constatant un encensement si grand pour un film du dimanche soir d'une facture si mièvre, on peut penser que le genre a urgemment besoin de voir de nouveaux talents. Une réaction tout de même assez paradoxale par rapport aux critiques de ces derniers temps que l'on entend sur les blockbusters hollywoodiens. Si les effets spéciaux ne sont pas autant de la partie, nous avons pourtant droit ici au même réchauffement, un plat complètement aseptisé et indigeste. Si vous êtes fan de maisons hantées, jetez plutôt un œil à la première saison d'American Horror Story, la série de Ryan Murphy qui possède au moins un scénario avec une intrigue ficelée.


Note : 3 /10

dimanche 22 septembre 2013

Oz (intégrale)



Synopsis : Oz. Oswald. Pénitencier de haute sécurité. Emerald city. Quartier expérimental de la prison créé par le visionnaire Tim McManus qui souhaite améliorer les conditions de vie des détenus. Mais dans cet univers clos et étouffant se récrée une société terrifiante où dominent la haine, la violence, la peur, la mort. Où tout espoir est vain, où la rédemtion est impossible. Bienvenue dans l'antichambre de l'enfer.

Genre : œil pour œil, dent pour dent


Les impressions à vifs saison par saison :

Saison 1 (9/10) : Présentation de la psychologie, du tempérament, des idéologies et des casiers judiciaires de manière progressive et prenante des différents détenus. Les intrigues sont majoritairement liées aux tensions existantes entre ces derniers. Les problèmes politiques et carcéraux sont abordés de manière bien appuyée. Le rythme et l'interprétation sont au top, le scénario d'une efficacité redoutable.

Saison 2 (9/10) : Plus fondée sur l'enquête et les origines de l'émeute, cette saison dénonce plus la corruption dans le camps des gardes pénitenciers. La série dépeint les policiers de manière parallèle aux détenus, surtout dans leurs vices. Très déprimante, avec une touche de pessimisme énorme, rien ne protège ces hommes, qu'ils soient détenus ou policiers. L'inhumanité paie plus que l'humanité : la prison transforme l'agneau en loup comme le montre le personnage de Tobias Beecher.

Saison 3 (9/10) : Cette saison est beaucoup plus axée sur les trafics de drogues et les différentes vengeances entre détenus. Parfois on se demande même comment certains s'en sortent vivants. Les personnages sont attachants grâce à la justesse de l'interprétation. Toujours beaucoup de suspense. Le rythme est encore plus effréné que dans les deux précédentes saisons. De plus en plus d'émotions sont présentes et fonctionnent à merveille, sans niaiseries bien entendu.

Saison 4 (8/10) : Le quotidien et les tensions sont toujours explosifs, on est immergé dans l'ambiance carcérale. Baisse de rythme au milieu de cette saison exceptionnellement deux fois plus longues que les autres. La routine d'Oz s'installe mais reste tout de même captivante par le duel Shillinger et Beecher en particulier. Toujours beaucoup de morts à noter. Répétition des ficelles qui commencent, le scénario se calme sur la quantité d'intrigues et prend un rythme de croisière plus lent. La note de pessimisme est à son apogée, on ne voit jamais le bout des vengeances racistes.

Saison 5 (7/10) : Le rythme est plus lent, l'émotion est au rendez-vous avec l'accident de bus. Les aryens sont de plus en plus intenables. Les intrigues continuent de devenir un peu redondantes et comme tout est toujours mené à vitesse intensive, on se détache un peu de leur intérêt. Le rendu final tombe dans le piège de la routine de la prison. L'ennui tant redouté par les détenus commence lentement à s'installer chez nous malgré toujours une interprétation grandiose et des twists scotchants.

Saison 6 (7/10) : Idem que dans la précédente saison, les ressorts sont un peu toujours les mêmes et on s'attache moins aux personnages. Une touche de fantastique s'ajoute au suspense et à l'émotion générale. Les péripéties sont toujours prenantes et nombreuses mais un peu émoussées. L'ensemble commence à stagner et comme pour la violence, c'est moins efficace qu'au début mais on reste tout de même attentif. Deux fois plus long, l'épisode final résume bien ces deux dernières saisons : des intrigues toujours saisissantes avec de beaux moments de tensions, de surprises et de bravoures mais moins intenses et plus téléphonées qu'au départ. Le narrateur Augustus Hill quant à lui est toujours impeccable et fidèle au poste du début à la fin.


Critique générale :

Oz est doté d'une grande violence psychologique ainsi que d'un pessimisme total inédit à l'époque à la télévision. Effectivement, ce n'est pas une série divertissante qui caresse dans le sens du poil son public. Au contraire, elle montre ce que le spectateur ne souhaite pas voir sur ces hommes souvent dénués de morale, qui ont commis des crimes et actes horribles. C'est aussi une des raisons qui fait qu'Oz est une série culte. Cette dernière est allé si loin qu'elle se démarque toujours de nos jours. Bien évidemment, la recette ne pas se résume pas uniquement à de la violence, de la provocation ou du sexe gratuit comme dans pas mal de séries actuelles. Aussi violentes qu'elles soient, ces dernières restent souvent très superficielles à côté d'Oz.

Signé, et cosigné sur sa fin, par son créateur Tom Fontana, le scénario de cette série est purement virtuose. Digne d'une tragédie grecque et Shakespearienne, le script possède une grande quantité d'intrigues qui s'entremêlent de manière implacable, et de nombreux personnages. Tout serait extrêmement long à développer et surtout un peu inutile d'autant plus que le wikipédia de la série le fait très bien.

En huis clos l'intégralité du temps, la série vous emprisonne avec les prisonniers d'Oz. Vous êtes comme un nouveau détenu constamment sur les nerfs et impliqué dans votre propre survie. Avec une redoutable efficacité, le scénario présente une galerie de personnages aussi charismatiques qu'ambigus. Vous êtes représentés à l'écran par le personnage de Tobias Beecher et subissez comme lui une immersion pure et dure dans le milieu carcéral. L'agneau devient ensuite loup et vous devenez simple spectateur omniscient mais impliqué dans cette survie. La prison fait ressortir l'âme de loup enfouie en vous, vous êtes lâchés dans une horde en cage. La morale est claire : la prison accentue le vice de l'Homme au lieu de le punir de ses actes. Le tout avec un ton abusivement noir, le scénario supprime rapidement toutes les moindres touches d'optimismes qu'il instaure. A Oz tout le monde est condamné, l'espoir est rarement de la partie. Le mal engendre le mal. Ce cercle vicieux pousse à commettre les actes les plus noirs et sordides, à tel point qu'on ne peut l'imaginer. Le spectateur suit ce schéma interminable à la fois dérangé, choqué et passionné.

Comme dans une fresque, vous vous appropriez le quotidien et les informations des détenus, par de brefs flash-back et une présentation par Augustus Hill. La première très grande force de la série est notamment celle d'avoir un scénario et une mise en scène qui ne laisse aucune place au remplissage. Effectivement, vous devez absolument être attentif à tous les détails donnés. Sans quoi vous pouvez vite louper un élément essentiel à l'intrigue. C'est extrêmement dense et rapide. Je dirai même trop car quelques moments de pause seraient parfois les bienvenus, ce qui fait d'Oz une série encore plus suffocante qu'elle ne l'est à la base. Les personnages quant à eux ont tous des charismes absolument époustouflants qu'ils soient attachants ou détestables. L'écriture de ces derniers possède une extrême richesse psychologique, tous ont des personnalités très amples. Tout sonne très juste et de manière implacable, le tout sans clichés ni niaiseries. Cette série shakespearienne a beau être extrêmement agressive, on ne notera toutefois jamais de violence gratuite. Les violences physiques, aussi dures soient-elles, ne sont pas aussi marquantes que les violences psychologiques. Je ne spoile pas l'intrigue ici mais ceux qui ont vu la série visualiseront sans doute de quoi je parle.

Dans ce formidable tissage d'écriture ressort différents thèmes psychologiques, religieux, politiques, sociologiques et philosophiques. Tous sont brillamment mélangés et dosés dans un scénario qui sait parfaitement placer au bon moment les éléments de manière habile et intelligente. Dans la première saison, seul le personnage de McManus porte les différents débats de manière explicite. Les thèmes se distillent de manière plus subtile dès la deuxième saison quand le personnage de McManus passe au second plan, en personnage bien plus ambigu qu'il n'y paraît. Par la suite, vous vous ferez vous-même votre opinion sur les thèmes abordés. A mon avis, si la série a un point de vue neutre sur l'ensemble des débats qu'elle ouvre, le plaidoyer principal reste l'inutilité du système carcéral dans sa globalité. La prison métamorphose l'Homme en animal. Le script ne prend donc pas vraiment de parti prit et s'affirme plus comme une peinture réaliste scénarisée qu'une série débat. La série dépeint avant tout cette société pervertie, sans limite et complètement inhumaine. La nature humaine est montrée de façon complètement animale, violente où chacun cherche sans cesse à sauver sa peau quelque soit le moyen.
L'autre grand point fort de cette série est l'interprétation. Aidés bien entendu par un scénario brillant, les acteurs portent beaucoup OZ au statut de grande série. Tous sont exceptionnels en offrant une intensité et une profondeur impériale aux différents personnages. A l'opposé de cela, on regrette une esthétique particulièrement moche due à un budget limité. En particulier les flash-back qui font particulièrement amateur. Les prises son quant à elles ne sont pas toujours très bonnes. La série assume cependant jusqu'à la fin cette faiblesse et mise tout sur ses points forts. C'est bien dommage, même si on ne peut pas reprocher à HBO de privilégier d'autres séries comme Six Feet Under.

Lorsque vous terminez Oz, c'est un peu comme si vous sortiez vous aussi d'un séjour de derrière les barreaux. Vous en sortirez marqués avec surtout l'envie de ne jamais mettre les pieds à Oz. Plus vous plongez dans l'univers de la série, plus vous serez dérangés, bousculés par cette noirceur et cette extrême violence. Cette brillante série carcérale dresse un tableau de l'être humain tout ce qu'il y a de plus pessimiste. Cependant, Oz est une série culte surtout en raison de son ton complètement inédit. C'est à la fois de plus en plus glauque et violent que pertinent et subtil. Si une baisse de rythme et d'intérêt se ressentent clairement sur les deux dernières saisons cela est dut à un rallongement un peu excessif des intrigues. Le scénario de son côté est depuis le départ savamment pensé et orchestré au mot près, tel un chef-d'œuvre. Tout le monde n'adhèrera pas à cet univers clinique et violent à la fois réaliste et inhumain. Placé un peu à mi-chemin entre Scorsese et Kubrick, Oz vous embarquera et vous marquera si vous avez un minimum d'humanité. Si vous ne traînez ni boulet ni collier électronique à la sortie d'Oz, vous aurez tout de même un effet secondaire bien embêtant et de taille : celui d'avoir l'impression de visionner un Disney lorsque vous voyez une autre prison qu'Oz à l'écran. A votre âme et péril.



Moyenne générale : 8,2 / 10

vendredi 13 septembre 2013

Le dernier pub avant la fin du monde (The World's End)




Réalisation : Edgar Wright
Scénario : Simon Pegg et Edgar Wright. 
Durée : 1 h 45
Distribution : Simon Pegg, Nick Frost, Martin Freeman...
Genre : Jamais deux sans trois

Synopsis : Le 22 Juillet 1990 dans la petite ville anglaise de Newton-Haven, cinq adolescents fêtent la fin des cours en se lançant le défi de faire une tournée épique des pubs, qu'ils n'arriveront pas à terminer. Le dernier Pub de la liste s’appelle le World's end. Vingt ans plus tard, tous les cinq sont séparés et mènent plus ou moins une vie prospère, sauf Gary King, l'ex chef de la bande. Ce dernier souhaite absolument refaire cette tournée (et la terminer cette fois) avec ses anciens amis et réussi à les convaincre. Seulement, les habitants du village n'ont pas changé en vingt ans...

Après l'excellent Shaun of the Dead et le musclé Hot Fuzz, la trilogie Cornetto s’achève avec World's End. Autant le dire tout de suite, c'est d'aussi bonne facture. Le dernier pub avant la fin du Monde (vive le titre français) mixe de manière virtuose et très drôle les deux précédents films de la trilogie mais cette fois-ci dans le genre de la Science-Fiction. Alternant une nouvelle fois un style très américain et so british, la parodie fonctionne du tonnerre (de Zeus).

Edgar Wright et Simon Pegg ont écrit un scénario une nouvelle fois original, très rythmé et terriblement efficace qui ne laisse place à aucun temps mort. On ne s'ennuie pas une seconde. Le spectateur se retrouve dans un immense patchwork jubilatoire de ce qu'il se fait mieux dans le genre. Contrairement à Voisins du troisième type d'Akiva Shaffer sorti l'an dernier qui avait la même ambition, vous ressortirez de ce cru d'Edgar Wright 2013 royalement diverti. Les ressorts sont donc un peu les mêmes que les précédents volets : un village avec des personnages louches (Hot Fuzz) qui ne sont en fait pas très humains (Shaun of the Dead). La grande force du film reste surtout les dialogues et les acteurs qui prennent un plaisir communicatif à venir jouer/déconner comme des ados attardés. Avec un casting au poil comme d'habitude (Brosnan est un choix épatant), tous les acteurs sont crédibles et drôles dans cet hommage complètement déjanté qui va de La guerre des Mondes à The Full Monty. Pour notre plus grand plaisir Simon Pegg et Nick Frost se sont inversés leurs rôles et ça fonctionne parfaitement.

La mise en scène d'Edgar Wright est toujours aussi maîtrisée, inventive, ainsi qu'accompagnée d'une très bonne bande son (de Primal Scream à The Doors). Niveau montage, le festival de raccords fluides et implacables est toujours au taquet, à l'image d'Hot Fuzz ou encore de Scott Pilgrim, rien à signaler de ce côté là... Ce qui fait la différence ici, c'est le scénario qui ne manque ni de ressource, ni de mordant et encore moins de charme pour rendre le film encore plus réjouissant. World's end est à mon goût meilleur que les deux précédents films du cinéaste, moins technique mais plus judicieux, comme Shaun of the Dead (toujours son meilleur à l'heure actuelle). Les fans du cinéaste et du genre en auront donc pour leur argent. Comme pour Scott Pilgrim, ces derniers auront parfois du mal à voir le film, cause à une distribution lamentable. Il faudrait limite être parisien pour le voir en version originale, la version indispensable pour ce genre de film (une seule salle lyonnaise l'a distribué en VO, sur trois salles, et seulement la deuxième semaine).

A l'image des deux précédents volets, World's end est une parodie aussi virtuose que référencée et qui fonctionne au cordeau formellement. Cette saga porte donc bien l'étiquette de la célèbre marque de glace : quelque soit son parfum, elle reste savoureuse.


Note : 8/10



samedi 24 août 2013

Shokuzai

Première partie : Celles qui voulaient se souvenir



Réalisation et scénario : Kiyoshi Kurosawa
Durée : 1h50
Distribution : Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi...
Genre : Psycho-thriller de mœurs

Synopsis : Dans la cour d'école d'un paisible village japonais, quatre fillettes sont témoins du meurtre d'Emili, leur camarade de classe. Sous le choc aucune n'est capable de se souvenir de l'assassin. Asako, la mère d'Emili, désespérée de savoir le coupable en liberté, convie les quatre enfants chez elle à les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas du visage du tueur, elles devront faire pénitence toute leur vie. Quinze ans après Sae et Maki veulent se souvenir.

Cette première partie contient les deux premiers portraits d'une série japonaise de cinq épisodes. Si dans la forme le rendu final est sûrement un peu tronqué, cela ne dérange pas beaucoup tant l'intrigue à la base est prenante. Si ce n'est pas l'idée du siècle bien sûr, cette intrigue bénéficie d'un scénario qui part en contre pied du thriller hollywoodien formaté que l'on a l'habitude de voir, comme pour pas mal de bons films asiatiques vous me direz. Seulement, Shokuzai vaut le coup d'œil encore une fois pour ce charme assez unique et propre à ce cinéma mais aussi parce qu'il n'est pas destiné uniquement à son public asiatique. Le scénario et le cinéaste nous délivre des portraits de femmes en guise d'enquête, c'est tout simplement captivant.

Les réalisateurs asiatiques nous offrent souvent des perles cinématographiques. Je pense notamment à mon préféré Bong Joon Ho avec Memories of murder ou encore Mother qui sont des polars peu conventionnels et absolument magnifiques. Kiyoshi Kurosawa n'est ici pas aussi virtuose que Bong Joon Ho mais nous permet tout de même de plonger dans le quotidien des témoins, enfermés dans leur culpabilité et leur souvenir, d'une manière lente et angoissante. Un cinéaste talentueux nous tient donc en haleine avec un scénario et une mise en scène intéressants qui prennent le temps de faire monter la tension afin de nous emballer. Les différents portraits nous font rapidement oublier l'intrigue policière au point de ne presque plus y penser. Nous sommes plongés dans un cinéma à la fois fantastique, clinique, et le tout dans un registre assez malsain. Beaucoup de thèmes psychologiques se dégagent des portraits habilement écrits et dépeints avec une étrangeté fascinante.

Si le film a un certain charme, je souligne malgré cela que l'interprétation n'est pas toujours brillante. Il faut dire que les dialogues ne sont pas là pour les aider, ces derniers étant même mauvais lorsqu'ils ne sont pas fades. Techniquement, la photographie est digne d'un téléfilm. L'ensemble des plans n'est pas toujours homogène et la patte personnelle en pâti.

Malgré ces défauts, le montage est intéressant et le scénario est agréablement étalé (comme une série télé donc), l'engagement de nous captiver est donc tenu. Si le cinéaste nous dépeint une vision pessimiste de la société japonaise grâce à des caricatures plus ou moins grossières, il nous envoûte et nous transporte avec son ton fantastique. C'est l'essentiel car cela me donne envie de voir la suite, si ce n'est pour l'intrigue principale ce sera pour ces portraits psychologiques très intéressants.

Note : 7 / 10



Deuxième partie : Celles qui voulaient oublier



Réalisation et scénario : Kiyoshi Kurosawa
Durée : 2 h 30
Distribution : Kyôko Koizumi, Sakura Ando, Chizuru Ikewaki...
Genre : Psycho-thriller de mœurs

Synopsis : Contrairement à Sae et Maki, Akiko et Yuka veulent oublier le drame. La mère d'Emili cherche toujours pénitence envers elles et recherche toujours le meurtrier quinze ans après.


Après une première partie envoûtante malgré ses défauts, Shokuzai celles qui voulaient oublier propose cette fois trois portraits avec bien entendu à la fin celui de la mère d'Emili: Asako Adachi. Les portraits ont été classés du plus au moins glauque même s'ils gardent tous un côté malsain dans le jeu sadique d'Asako. Une nouvelle fois les peintures collent parfaitement à la psychologie du personnage présenté. Il faut peu de temps pour découvrir les personnages d'Akiko et de Yuka, plus antipathiques et atypiques que ceux du premier volet. Ces deux portraits sont réalisés avec simplicité, avec pas mal d'ambiguïtés dans celui de d'Akiko, et pas mal d'humour noir dans celui de Yuka.

Très psychologique encore une fois, ces portraits se fondent sur le traumatisme causé par ce fameux meurtre. Pénitence ou pas, chacune sont touchées par cette journée qui est clairement l'axe du film. Cette galerie de personnages est clairement le vrai charme de Shokuzai. L'audace de passer du thriller classique au film à sketchs d'études psychologique n'est pas si commun. Le traitement est le même que dans le premier volet, le scénario est toujours bien ficelé et surtout captivant.

Dans le dernier portrait, celui d'Asako, l'intrigue policière reprend sa place principale. Malheureusement, ce portrait un peu trop alambiqué ne laisse que très peu de place au hasard dans le dénouement final. Cependant, étant donné que la culture japonaise croit beaucoup au destin, cela fonctionne. Le genre passe donc du thriller psychologique au thriller familial que l'on a vu plus habile et virtuose ailleurs. Je ne spolierais donc pas le final mais la découverte du tueur n'est pas ce qu'il y a de plus intéressant ni de plus riche dans ce film.

Les portraits sont beaucoup mieux écrit, denses et développés que le dénouement. Ces femmes sont enfermées non seulement dans leurs différents traumatismes (dont un en commun) et dans une société misogyne. Si les dialogues sont assez fades une nouvelle fois (dut à une mauvaise traduction peut-être ?), la mise en scène est toujours justement menée ainsi que son scénario. Les acteurs sont égaux à eux-même.

Ce double film reste captivant par ce rythme feuilletonnesque à la fois rapide et prenant. Malgré pas mal de faiblesses niveau direction d'acteur, dialogues, intrigue policière ou même technique, Shokuzai est réalisé par un cinéaste qui nous hypnotise. Complètement opposé au cinéma très formaté que l'on a l'habitude de voir actuellement, tout est extrêmement linéaire : ça commence par un point A pour finir a un point B en prenant le temps de nous embarquer, sans trop mâcher le boulot au spectateur. Pas de flash-back et d'effets à n'importe quelles sauces stylistiques non plus. Je ferai même la remarque que pour un film asiatique tout cela est agréablement sobre.

Une honnêteté et un ton fantastique digne des premiers films cliniques de Polanski ou Cronenberg (à la sauce légèrement orientale) se dégagent dans les meilleurs moments de ces portraits. On ne peut pas dire que Shokuzai soit un chef-d'œuvre, il a même l'allure technique d'un téléfilm mais il a beaucoup de charme et c'est suffisant pour vous dire que c'est assurément un diptyque à découvrir.

Note : 7 / 10


P.S : Au Japon, les films ont étés présentés sous la forme d'une mini-série de cinq épisodes diffusée à la télévision en Janvier 2012. (Secrets de tournages / Allociné).