vendredi 20 juin 2014

Jersey Boys




Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Rick Elice et Marshall Brickman.
Durée : 2 h 10
Interprétation : John Lloyd Young, Vincent Piazza, Christopher Walken...
Genre : Film de Clint Eastwood

Synopsis :

Histoire des Four Seasons, le groupe de musique des années cinquante.

Passés ses premières réalisations, les films réalisés par Clint Eastwood ont toujours été du cinéma grandiose particulièrement par l'émotion de ses différentes histoires. Il est toujours un des seuls cinéastes qui a le secret et le talent de faire ressortir, ressentir au public avec tant de force toutes ces émotions avec un classicisme à la Elia Kazan ou encore Douglas Sirk. Depuis Mystic River les films du cinéaste ne fonctionnent quasiment que sur cet indéniable grand savoir faire. Ce sera une nouvelle fois la qualité mais aussi le défaut de son dernier film Jersey Boys qui pourtant commençait bien.

Jersey Boys est plaisant dans sa première heure. Effectivement le film d'Eastwood ressemble à un Scorsese en plus sobre et classique, un peu similaire au ton agréable que De Niro avait obtenu avec Il était une fois le Bronx. Eastwood s'avère original et léger, un peu comme le chaînon manquant entre le cinéaste de La Valse des pantins et les films Disney. Très soigné, drôle et même surprenant pour du Eastwood : on regarde un film avec le procédé de la Nouvelle Vague où les personnages s'adressent directement au spectateurs. Ce procédé ressemble encore à du Scorsese (car après J Edgar ce serait le deuxième scénario qu'aurait pu prendre en main le cinéaste de Casino) et surtout récemment revenu à la mode avec la série House of Cards de David Fincher.

Une fois cette première heure passée, le scénario et le cinéaste s'embourbent dans un biopic beaucoup plus classique et terne. Le déjà vu et le manque d'originalité gomment hélas toutes les qualités du début pour en donner un produit plus mastoc et guindé. Notamment avec des histoires de magouilles platement écrites et filmées et absolument pas passionnantes. Toute la mise en scène a beau être léchée au millimètre, le tout devient rapidement insipide. A la fin, comme rattrapé par l'envie de signer son film avec son savoir faire mélodramatique, Eastwood finit dans de l'émotion "à la Eastwood" que je ne vous révélerai quand même pas. Seulement cette dernière arrive maladroitement et comme un cheveu sur la soupe et alourdit inutilement ce film qui ne décollera hélas plus. La déception s'installe, confortant une nouvelle fois ma pensée que le dernier bon film du cinéaste reste L'échange dans le genre et  Mystic River pour son côté novateur.

Pour ce qui est du groupe des Four Seasons, on ne suit que la musique de temps à autres sur de belles séquences musicales qui raviront les nostalgiques de ces années. Le reste n'est qu'un biopic assez irrégulier, particulièrement sur son final étonnamment brouillon au niveau de sa narration. Toute la fin est rallongée un maximum, c'est même interminable. Le cinéaste prolonge son plaisir sur le générique de fin avec une séquence musicale légère et classe, ce qu'aurait pu être le film. Bien frustrant pour nous public. Le cinéaste se faisait également plaisir en se mettant même à la télévision dans un de ses premiers rôles à l'écran, tout le long également en ré-offrant enfin un rôle important au génial Christopher Walken, évidemment le meilleur de tous. L'interprétation générale est un peu comme le cinéma du cinéaste, limite caricaturale mais reste toujours juste, maîtrisée et vraiment sans improvisations.


Techniquement irréprochable, Jersey Boys n'est pas le pire film de Clint Eastwood mais comme J Edgar un film aussi propre, lisse que mineur dans sa fructueuse filmographie. Voici le fruit même de l'académisme du cinéaste qui peut autant être aussi fascinant et virtuose qu'ennuyeux et vain. Ici vous avez les deux facettes du cinéma East"holly"woodien, la bonne est sur la face A de ce Vinyle toujours très bien produit. Sur ce point là, Clint est dans le thème, mais pas passionnant. Le cinéaste l'avait été auparavant avec des types de musiques qu'il affectionne plus que le rock, la Country et le Jazz avec Honkytonk man et Bird dont je profite de l'occasion pour vous les recommander. 


Note : 5/10

samedi 14 juin 2014

Dressé pour tuer ( White Dog )






Réalisation : Samuel Fuller
Scénario : Samuel Fuller et Curtis Hanson 
d'après Chien blanc de Romain Gary.
Durée : 1 h 25
Interprétation : Kristy McNichol, Paul Winfield, Bob Minor, Burl Ives...
Genre : Magistral plaidoyer.

Synopsis :

Sur les collines d'Hollywood, Julie, une jeune actrice, renverse avec sa voiture un berger allemand blanc perdu. En attendant que les propriétaires récupérent leur chien, elle se prend d'affection pour ce dernier qui, un soir, la sauve d'un violeur. Cependant il s'avère que ce chien est un « white dog», un animal dressé pour tuer les hommes de couleur noire.

Film inédit en dvd et blu ray dans notre zone, la ressortie en salles fin mai de Dressé pour tuer a poussé ma curiosité à aller le voir au cinéma. Bien sûr si uniquement les petites salles parrainées par le CNC le proposent, il est tout de même extrêmement plaisant de découvrir des films de cette qualité. Adaptation du roman de Romain Gary Chien Blanc, le film de Samuel Fuller est un formidable plaidoyer contre le racisme, un portrait réaliste et pessimiste sur la race humaine traité avec une intelligence remarquable. Un film très fort qui mérite d'être réhabilité d'urgence.

Mis à part quelques détails vestimentaires très eighties, ce film est concentré du meilleur du cinéma des années soixante dix autant dans la forme que dans le fond. Dressé pour tuer possède un sujet très délicat qui peut vite tomber dans le ridicule, le too much ainsi que le pathos très lourdingue. Ce ne sera jamais le cas car le formidable scénario ne tombe jamais dans la niaiserie et défend intelligemment jusqu'à la fin ses objectifs ainsi que son plaidoyer. Si l'intrigue paraît simpliste aux premiers abords, Samuel Fuller et Curtis Hanson (le futur réalisateur de L.A Confidential) arrivent à établir un formidable crescendo entre thriller horrifique de série B de grand luxe vers la conquête, l'espoir d'une reconversion du mal en bien pour le moins bouleversante.

Dressé pour tuer est un brillant mélange des genres qui mêle de manière magistrale le drame, l'expressionnisme en lorgnant avec du fantastique. Samuel Fuller s'en tire avec les honneurs. On retrouve du suspense horrifique, du drame émotionnel, un soupçon de comédie (sur le cinéma particulièrement) et surtout une critique extrêmement virulente sur les vices de la race humaine. Le film dénonce la haine raciale (racisme) ainsi que l'Être humain et son utilisation matérielle des animaux. Une peinture juste et féroce plombée par un réalisme scotchant. Le scénario nous porte tour à tour à croire, penser et espérer tout le long à réparer le mal de l'homme sous les traits de ce merveilleux chien blanc, parfaitement charismatique. Le cinéaste s'applique à filmer les animaux et les hommes de la même manière et en dégage des portraits fouillés et très émouvants. A l'aide également une nouvelle fois d'une merveilleuse bande originale de l'incontournable Ennio Morricone, l'émotion bouillonne encore plus. Le public est immergé devant ce bijou terriblement triste, saisit à la gorge par ce suspense horrifique et émotionnel qui grandit sans cesse jusqu'au bouquet final, tragique.

Fuller nous donne l'espoir à l'aide du très juste Paul Winfield dans le rôle du dresseur auquel le public s'identifie sans mal. Tous les personnages sont formidables, intenses y compris ce fameux Chien blanc, touchant. Le cinéaste est très tranchant et sec avec la transformation de ce chien blanc en animal dangereux et lorgne proche du meilleur de Spielberg et de Cronenberg. Par la suite, les scènes étirées au ralenties situées particulièrement lors des fabuleuses scènes du dressage rajoutent de l'émotion au suspense permanent. On est plongé dans du De Palma ou du Léone. Le cinéaste signe un résultat atypique, d'une émotion et d'un suspense absolument magnifique au point de rendre un film complètement épique. Samuel Fuller réussit à démontrer ses différents messages et propos avec une mise en scène entre fureur et une sensibilité émotionnelle époustouflante, sans oublier de particulièrement nuancer l'ensemble. La tristesse, la peur ainsi que la haine envers la cruauté de la race humaine en général s'installent de manière viscérale chez le spectateur. Ce dernier est rarement habitué à voir autant de thèmes soulevés et transporté dans un ballet cinématographique intense. Si White Dog a des allures de Série B c'est aussi parce que la commande originale des Studios pour ce film était un remake des Dents de la Mer de Spielberg mais avec des chiens. Mais ne vous y trompez pas il est rare de voir une œuvre de cette envergure, un peu à l'image du livre de Romain Gary.

Dressé pour tuer fut proposé à Tony Scott et Roman Polanski avant que ce soit finalement le cinéaste Samuel Fuller. Avant même sa sortie en salles, le film fut attaqué par des associations et gouvernements de lutte pour les droits civiques malgré son message anti raciste. Un boycott a rendu ce chef d'œuvre complètement transparent et inconnu du grand public. Une bien triste histoire également pour ce fabuleux White dog  qui est pourtant bien plus pertinent, intelligent, original et surtout beaucoup plus réussit que beaucoup de films qui ont abordés ces thèmes. Un tourbillon cinématographique dense, passionnant et rare un peu à l'image du roman de Romain Gary. L'auteur lui dans son livre va plus loin dans sa démonstration avec la démarche du dresseur qui va jusqu'à inverser l'utilisation du chien sur les hommes de couleur blanche. Si le livre de Romain Gary est un peu foutraque dans sa forme, son fond et ses envolées de styles et philosophiques sont absolument sublimes. Chien Blanc est un pensum réfléchi sur le racisme formidable. Je recommande autant la lecture du livre que la vision du film. Tous les deux différents mais superbes et passionnant dans le sujet. 

Dressé pour tuer est un formidable coup de maître pour le moins atypique à voir, à redécouvrir, absolument à la seule condition de ne pas être déprimé de la race humaine.

Note : 10/10

La dévédéthèque parfaite dans le même genre :

Taxi driver de Martin Scorsese, Il était une fois la Révolution de Sergio Léone, Les dents de la mer de Steven Spielberg, La mouche de David Cronenberg et Obsession de Brian De Palma.  

mercredi 11 juin 2014

Joe




Réalisation : David Gordon Green
Scénario : Gary Hawkins
Durée : 2 h.
Interprétation : Nicolas Cage, Tye Sheridan, Gary Poulter...
Genre : Clichés violents

Synopsis :

Dans une petite ville du Texas, l'ex-taulard Joe Ransom essaie d'oublier le passé avec une vie de monsieur Tout le monde le jour en tenant une entreprise de bois. En s'immolant dans l'alcool la nuit. Gary, un jeune homme de quinze ans à la vie familiale complexe va être embauché par Joe pour subsister aux besoins de sa famille. Cherchant la rédemption, Joe va prendre Gary sous son aile.

D'un côté plaisant de revoir Nicolas Cage dans un rôle plus intéressant que ce à quoi il nous a habitué ces dernières années et le retour de Tye Sheridan, avec certes des boutons d'ados partout, après l'excellent Mud. D'un autre assez décevant avec un film souvent mal écrit et surtout dépourvu subtilité, je suis sorti de la séance de Joe très partagé.

Tout le monde vantait avec ce film le retour du grand Nicolas Cage ce qui faisait une certaine forme de promotion pour ce film assez ridicule. Nicolas Cage est un excellent acteur qui n'a rien à prouver avant même sa consécration pour Leaving Las Vegas. Ici l'acteur est dans un rôle qui aime encore bien la bouteille, moins que dans le film de Mike Figgis mais quand même pas mal, et interprète Joe, un ex taulard alcoolique en quête de rédemption. Son personnage est bien plus antipathique que sympathique contrairement a ce que veut nous prétendre le film. Psychologie et scénario ne possèdent absolument aucunes nuances. Ce qui est rare a un tel point que je pense que c'est vraiment un parti pris. Pas de subtilité donc, ce sera le bien d'un côté, le mal de l'autre et bien distant l'un de l'autre. Le problème dans tout cela est que le film est un peu bâtard lui aussi en ne trouvant pas vraiment d'harmonie.

Niveau cliché et violence c'est l'apothéose, voilà sûrement ce qui rend ce film si particulier. Les personnages sont tous prisonniers de leur démons, condamnés par un alcoolisme évident. Seulement David Gordon Green n'est pas John Huston. Cela se voit car le cinéaste n'accentue que le mal, ne développe rien si ce n'est que la violence superficielle des alcooliques. Le spectateur suit ses personnages tous horribles et antipathiques qui n'ont pas vraiment de profondeur. Même le jeune et gentil bouc émissaire Gary (Tye Sheridan joue quand même juste) n'a aucune raison de croire encore à son père, ce dernier n'est présenté par le scénario uniquement comme un ignoble alcoolique (effrayant Gary Poulter). La relation entre Gary et Joe ou même le vrai père est complètement zappée, aux oubliettes. En revanche la haine que le public exerce sur ses personnages est vraiment réussie. Pour cela il faut avouer que ce film possède la force et l'originalité d'avoir des personnages abominables et parfaitement détestables comme on voit assez rarement.

Le scénariste du premier film de Jeff Nichols Shotgun Stories n'a pas su tirer avec Joe un vrai film sur les campagnes profondes sans alourdir les clichés. Si le scénario n'a également pas grand chose à raconter, il n'y va pas de main morte. Joe, si on reste dans l'esprit du script, n'est qu'une histoire de violence et de vengeance entre péquenots alcooliques filmés avec sérieux. Seulement on dirait que ce film est un exercice de style : celui d'appuyer un maximum les clichés pour faire en ressortir uniquement le côté réaliste et violent au point de ne pas avoir honte et assumer. Pour en faire un film tellement noir stupidement qu'il en est attractif. Le grand manque de subtilité est parfois tellement poussé que le personnage de Joe (Nicolas Cage toujours très pro sans fond vert) se limite à vouloir juste se payer une prostituée dans la foulée d'un conflit intense pour « se détendre ». Le tout accentué de violence gratuite au niveau de la mise en scène, Joe est tellement sombre et pessimiste si on enlève la lamentable et niaise conclusion qu'il attise bien la curiosité.

La grande question reste de savoir si tout cela est vraiment fait exprès. De tels clichés, si mal assemblés et filmés si sérieusement a tout d'un film raté. Cependant d'un autre côté, le cinéaste prend sa caméra (épaule pour changer) et suit de manière peu conventionnelle au scénario, le désespoir, la violence de ces hommes avec quelques moments pour le moins forts et inattendus. La séquence du père de Gary suivant un clochard pour une bouteille de vin est une parenthèse imperceptible dans la narration qui dérange de manière particulièrement efficace.

Tout est si poussé à l'extrême qu'à défaut de détester ou d'adorer, j'en repars avec un avis plus mitigé qu'autre chose sur les intentions du cinéaste. L'impression que le cinéaste a voulu détruire complètement ses personnages car ce n'est pas possible d'avoir un tel vide total à raconter sans en avoir conscience. Gordon Green se serait uniquement appliqué sur un portrait très pessimiste et réaliste plus choc en toc qu'intelligent. A vous de voir, mais Joe n'est pas vraiment un bon film, ou en tout cas un film dispensable. 

Note : 4,5 /10


dimanche 8 juin 2014

La Valse des Pantins (The King of Comedy)



A la fin du tournage de Taxi driver, Robert De Niro découvre ce scénario de Paul Zimmermann qu'il s'empresse de proposer à Martin Scorsese. Le cinéaste ne se sent pas impliqué par ce personnage et le met de côté. C'est donc après deux autres collaborations fructueuses en récompenses (New York New York et Raging Bull) que De Niro insiste une nouvelle fois. Devenus entre temps très amis et stars l'un comme l'autre, Scorsese est touché cette fois par le scénario de La valse des Pantins et accepte de le réaliser. Ce fut un nouvel échec commercial à sa sortie (le plus grand du cinéaste) et certainement le plus injustement oublié à l'heure actuelle dans sa vaste et riche filmographie. Cette cinquième collaboration entre Scorsese et De Niro est largement à la hauteur des meilleures, sans doute la plus cynique, grinçante et visionnaire qu'il serait dommage de passer à côté.

Si on peut distinguer une saga Coennienne de l'homme seul chez les frères Coen (Barton Fink, The Barber , A serious man et Inside Lewynn Davis) on peut également en trouver une chez Martin Scorsese avec Taxi driver, La valse des pantins, La dernière tentation du Christ et A tombeau ouvert. Cette saga aux thèmes Scorsesiens est axée sur la folie, les pulsions et les hallucinations de leur personnage principal. Si les Coen sont les spécialistes des losers, celui de Scorsese avec Rupert Pupkin doit sûrement être dans leur panthéon. Ce comique, persuadé de son immense talent, est en recherche de reconnaissance éternelle auprès de ses idoles qu'il essait sans cesse de côtoyer au plus prêt pour s'imposer. Il renoue contact également avec son amour de collège (Diahnne Abbot, la femme de De Niro à l'époque). Rupert tente de la re séduire en affirmant qu'il est célèbre (la scène de l'autographe au restaurant est hallucinante). En etant célèbre Pupkin veut également prouver à son ancien proviseur que c'est un génie et qu'il avait eu tort de l'avoir viré. Pour cela, il est prêt à tout pour avoir son moment de gloire pour être révélé au public. Selon lui il lui suffit d'être vu pour être lancé. Ce personnage atypique de Rupert Pupkin est vraiment passionnant. Tout ce qui a de plus pathétique aux premiers abords et pour le moins effrayant par son culot, sa folie dévastatrice ensuite, Rupert Pupkin est un peu le Travis Bickle de Taxi Driver en plouc opportuniste. Ce dernier souhaite devenir célèbre par n'importe quels moyens. Son délire l'alienne tellement qu'il en est la victime un peu bouffonne au départ pour être ensuite une victime (ou pas) qui passe froidement à l'acte.

Le scénario est signé par le journaliste Paul D Zimmermann. Ce sera son seul script et excursion dans le septième art. Toute l'écriture est d'une incroyable efficacité et avec un sens de la dramaturgie redoutable. La narration hypnotise particulièrement le spectateur en plaçant la folie du personnage principal collée à la réalité. Quand Pupkin s'enferme dans son univers (sa chambre au sous sol) il fait une conversation avec lui même sur un canapé autour de panneaux découpés des ses deux idoles ainsi qu'un grand panneau en guise de public qui l'applaudit. C'est tellement pathétique qu'on prend pitié et de la sympathie pour ce grave cas psychotique. Victime de sa folie dans une réalité on ne peut plus froide et inhumaine, dans un premier temps du moins, le plus vivant, le plus chaleureux et aimable c'est bien lui. La folie s'avère ensuite bien plus dérangeante et grinçante. Le délire se fond lentement dans la narration et rend encore plus mince la frontière encore entre la réalité et le délire du personnage. Stratégie imparable car c'est Pupkin qui devient le prédateur glacial. La satyre sur le show business, les chemins de comédies empruntés sont incroyablement cisaillés et virtuoses. Le scénario repousse les limites en permanence de manière clinique quand Pupkin s'invite de manière incongrue chez son idole Jerry Langford pour finir par séquestrer ce dernier par vexation de s'être fait mettre à la porte. Il va même en profiter pour passer à sa place à la télévision. Folie ou geste intentionné ? C'est à vous de voir car l'ambiguïté est bien présente et savoureuse. La première lecture est une attaque virulente des fans hystériques sur le monde des célébrités, la seconde bien plus dérangeante sur le système du show business, du rêve américain ou même politique. De nos jours on rit bien jaune à l'époque de la télé-réalité. Cette dernière en pleine mode du « m'a tu vu » que nous avons droit ces dernières années se résument entièrement dans la dernière phrase de Pupkin : « Je préfère être roi ne serait-ce qu'une heure que plouc toute ma vie ».

La Valse des pantins oscille en permanence entre le grave, la noirceur, la satyre, le drame, le cynisme sur une trame de comédie un peu policière. Dans le fond il est particulièrement très moderne, atypique et possède un personnage principal extrêmement riche en analyse psychologique. A la fois féroce et drôle, la mise en scène alterne magistralement les scènes de folies oniriques du personnage principal jusqu'à semer le doute. On retrouve un peu le même final de Taxi Driver mais poussé encore plus loin dans la critique et l'abstraction. La question mère sur le cinéma demeure au premier plan : réalité ou fiction ? Rupert Pupkin a t-il à la fin son succès ? Dans les deux cas, la violence, la critique du milieu et du spectateur sont bien présentes, rien est épargné. Le scénario dégage un pamphlet tout ce qui a de plus étourdissant en particulier par des dialogues excellents. Rarement un scénario aussi simple aux premiers abords ne dégage autant de si riches et passionnants thèmes. L'ennui et la facilité ne sont jamais présents dans cette mécanique parfaitement huilée jusqu'à la fin. Le film a aussi la grande particularité d'être en très grande partie improvisé au niveau de l'interprétation. Scorsese est souvent adepte de l'improvisation au niveau de sa direction d'acteur, La valse des pantins est son meilleur exemple. C'est aussi sans doute ce qui rend cette comédie si atypique et qui se démarque de toutes ces comédies millimétrées. 

Scorsese tire le meilleur du scénario par une simplicité magistrale. Pour une des rares fois dans sa filmographie il filme cliniquement et sobrement son film. Avec des plans simples et efficaces, on suit avant tout les personnages et le scénario. Quand l'image est au service du film, c'est uniquement pour déplier la folie de Pupkin. C'est brillamment réussi. Les looks vestimentaires des années quatre vingt ont beau être complètement démodés, le ton honnête et chirurgical du cinéaste fonctionnent avec des acteurs qui jouent à fond. Un peu comme Phantom of the Paradise chez Brian de Palma, on a du mal à imaginer qu'on regarde un film du cinéaste. C'est esthétiquement kitsch mais le message universel et l'aspect visionnaire sont si grandiose que ça passe et demeure même indémodable. A notre grande surprise, c'est également un exercice de style brillant et un tour de force incroyable qui en fait un film atypique, culte et à part dans la filmographie du cinéaste. Scorsese est au moins aussi brillant que du grand Billy Wilder. Le cinéaste a même eu l'idée pour le moins irrésistible de glisser la mère de Pupkin en train de reprendre à plusieurs reprises dans le hors champs Pupkin lui demandant de faire moins de bruit. Cela accentue sa folie (référence à Psychose d'Hitchcock avec la mère poule) et étoffe encore la psychologie de Pupkin. Cette comédie est hors norme car l'humour est très noir, impalpable et imprévisible. La mécanique ample des plans, le jeu des acteurs insatiables ainsi que la richesse du scénario et de la psychologie ne permet en aucun cas de donner un fil blanc narratif.  Inutile de souligner que l'interprétation est impeccable comme toujours. Si Jerry Lewis est impressionnant de sobriété, Sandra Bernhard livre une prestation de fanatique, nymphomane et hystérique pour le moins inoubliable. S'il y a bien un grand coup de chapeau bas à donner c'est bien à Robert De Niro qui est ici dans un de ses plus grands rôles dans la peau de son personnage le plus atypique de sa carrière. Le plan séquence où il signe son one man show final, l'acteur avoue avoir été complètement nu et dépossédé de ses moyens, seul face au public dans la peau d'un humoriste. Une des plus grandes expériences de sa vie d'acteur répète t'il. Sa performance confirme la période où il était est ici au sommet de son art dans des films grandioses, le sommet de sa collaboration avec Scorsese après l'impressionnant Raging Bull.

La Valse des Pantins est pour ma part un des cinq meilleurs films du cinéaste, le plus remarquable pour son côté visionnaire. Si l'équipe ne pensait pas que le film le serait à l'époque, le temps le bonifie indéniablement. Aujourd'hui on n'oserait plus produire un film comme celui là car il ne possède aucun des codes des films produits avec une histoire d'amour, un rythme calculé et grand public de la comédie, une fin fermée, heureuse etc... C'est donc un des derniers films atypiques et typés des années soixante dix réalisés dans les années quatre vingt. Si la forme du film est assez classique, le fond est indéniablement grinçant. Sorti vingt ans avant la télé-réalité, cette comédie noire est une satyre éloquente, pessimiste, visionnaire sur le show business, le rêve américain et des médias qu'il est indispensable de redécouvrir. Peut-être un des meilleurs films du cinéaste de Casino où Robert De Niro compose un numéro d'anthologie inoubliable en Rupert Pupkin. Personnellement je l'apprécie de rediffusion en rediffusion et je ne m'en lasse jamais, bien au contraire. 

Profitez sa récente ressortie en bluray pour vous le procurer, c'est un coup de maître à conserver.

Note : 10/10

La dévédéthèque parfaite dans le même thème :


Network (Sidney Lumet), Quiz Show (Robert Redford) Des hommes d'influences (Barry Levinson) The Truman Show (PeterWeir) ou La mort en direct (Bertrand Tavernier).

samedi 7 juin 2014

Mea Culpa



Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Guillaume Lemans et Fred Cavayé.
Durée : 1 h 30
Distribution : Vincent Lindon, Gilles Lellouche, Nadine Labaki...
Genre : Nanar rythmé

Synopsis :

Flics à Toulon, Simon et Franck fêtent une fin de mission. Sur le chemin du retour ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne, Simon qui était au volant alcoolisé sort grièvement blessé. Il va tout perdre et en particulier sa vie de famille. Six ans plus tard, divorcé de sa femme Alice, Simon est convoyeur de fond et voit peu son fils Théo. Franck toujours flic veille sur la famille. Théo devient malgré lui témoin d'un règlement de compte mafieux. Très vite il fait l'objet de menaces, le duo Simon et Franck va se reformer et l'occasion de revenir sur les ombres du passé qu'ils ont en commun.

Fred Cavayé filme bien l'action et l'avait prouvé dans son précédent film A bout portant. Si cette fois cela ressemble plus a du Paul Greengrass qu'a un téléfilm esthétiquement, c'est à nouveau un fiasco total. Le mélange des affiches de ses précédents films est également là pour rassembler Lindon et Lellouche pour le meilleur. Seulement c'est bien le pire qui est réunit pour le reste.

Cavayé reprend l'intrigue d'A bout portant avec de la psychologie encore plus lourdingue et plus pompeuse dessus. Oui c'est possible ! La poursuite dans le métro est remplacée par une en TGV, les grosses ficelles dégoulinent de partout et comme coutume chez le cinéaste la finesse est aux abonnés absents. Le scénario est pour le moins qu'on puisse dire cousu de fil de coton qui empile sans aucune honte les clichés les uns sur les autres. L'interprétation est lamentable chez tous les seconds rôles, le chef de la Police reste tout de même la cerise sur le gâteau tant son interprétation est horripilante. Tout est truffés d'incohérences, d'invraisemblances réalisés sans nouvelles inventivités, ni trouvailles, ni audace, ni intelligence et encore moins d'habileté. Tout est justifié pour filmer de l'action fadasse et vaine. Assommé tout le long par une musique lacrymale qui surligne lourdement toute l'émotion, on en ressort complètement abruti devant ce savoir faire de montage qui copie le cinéma d'action américain sans saveur. Sans la musique, ce film serait une parodie du policier français excellente.

Le seul mérite de cette daube reste sa durée relativement courte et rythmé mais bien assez longue à supporter. Si Cavayé veut filmer de l'action, par pitié qu'il fasse écrire ses scripts. C'est une véritable catastrophe. Si l'idée est d'Olivier Marchal, cette histoire de flic et de culpabilité est digne d'une mauvaise série Z tant tout est prit au sérieux. Une vraie purge. Alors que le cinéaste obtenait un suspense plutôt intéressant à la fin de Pour Elle (que Ben Affleck a entre temps totalement et logiquement désuet avec Argo) tout espoir s'est envolé chez Cavayé. C'est uniquement un technicien d'action.

Avec Mea Culpa, les amateurs d'A bout portant (soit un épisode de Julie Lescaut violent filmé à l'hollywoodienne) retrouveront un peu le même film, en moins bien. Eh oui c'est possible, tout est réalisable pour Fred Cavayé ! Le cinéma français est bien désolant quand il fait des franchouillardises, mais quand il se veut américain c'est peut-être même pire. Cette daube monumentale est une preuve de poids. Pitié messieurs les producteurs, plus besoin d'alourdir le dossier. C'est suffisant et exaspérant.



Note : 1/10

Her



Réalisation et scénario : Spike Jonze.
Durée : 2 h.
Distribution : Joaquin Phoenix, Amy Adams, Rooney Mara...
Genre : Vous êtes le Joaquin des hôtes cet Apple store...

Synopsis :

Los Angeles dans un futur proche. Théodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors inquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système il fait la connaissance de « Samantha », une voix féminine intelligente, intuitive et drôle. Les besoins et désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Théodore, et, peu à peu, tombent amoureux...

Autant le dire de suite, ce film est une déception. Si j'adore les deux premiers films de Spike Jonze c'est sans aucun doute parce que les scripts sont signés du tordu et génial Charlie Kaufman. Depuis le cinéaste avait pour la première fois rédigé le scénario avec Max et les Maximonstres, un trip imaginaire enfantin plutôt mignon aux grandes allures d'un immense clip. Her confirme que Spike Jonze est un peu comme Michel Gondry. En plus d'avoir tous les deux adaptés brillamment les scripts de Charlie Kaufman à l'écran ainsi que de venir du milieu du clip, ce sont deux très bons réalisateurs mais de piètres scénaristes. Her a reçu l'oscar du meilleur scénario original, nouvelle preuve que les oscars ne sont toujours pas objectifs et confirme l'aridité de la créativité de nos jours. Ce film mériterait plutôt l'oscar de la meilleure idée originale mais absolument pas celui du meilleur scénario original.

Pourtant le film commençait plutôt bien. Le scénario et la mise en scène soignée du cinéaste plonge le spectateur dans un futur proche qui touche le public frontalement. Il est en effet intéressant de voir la population (du futur vraiment ?) si dépendante à la technologie et paradoxalement perdre tout contact humain, tout sentiments les uns vers les autres et réfugier ses émotions dans la technologie. Théodore (Joaquin Phoenix) a pour travail le service d'écrire des lettres à la place des gens, un métier qui veut beaucoup de choses. Théodore est un genre de Cyrano de Bergerac dans l'ère de l'Iphone, un homme populaire, très sentimental, sensible mais bien seul comme beaucoup de gens dans cette société. Tout cela est plutôt prenant mais vite frustrant car le scénario n'ira pas plus loin.

Her ne se hisse ni dans la science-fiction et encore moins dans le film satyrique. Il est hélas dans le film sentimental tout ce qui a de plus classique. Ma plus grande frustration est de constater que le scénario n'emprunte que des chemins convenus, uniquement axés sur les sentiments du personnage, au final assez gnangnans et dénués d'originalités. On reste dans la norme du film sentimental avec un dénouement qui n'en est pas vraiment un étant donné qu'il se déroule dans la pure logique des événements. Quand la dispute (incontournable dans le genre) entre Théodore et Samantha arrive, j'espérais quelque chose de nouveau, de surprenant mais ce sera hélas pas le cas. Pendant ce temps, il est vrai que l'on a le temps de se pencher sur cette histoire d'amour. Si les thèmes abordés sur les relations, les sentiments, la complicité entre deux êtres (vivants et/ou virtuels ici) ainsi que tout ce qui peut graviter autour de la philosophie de l'amour sont nombreux, rien n'est développé et ne reste que gentiment abordé. Tout est encore plus mou après la première heure, la mayonnaise ne monte toujours pas a cause d'un lyrisme particulièrement en manque d'inspiration. Toutes les approches sont aussi sages et lisses que la mise en scène ultra stylisée du cinéaste, ce qui fait de Her un produit 100% Hipster.

Heureusement Joaquin Phoenix est un acteur formidable. Son talent permet de rendre le personnage de Théodore attachant jusqu'à la fin. Le casting qui l'entoure est propre mais aussi figé que l'intérêt de ce film. La psychologie et la direction des personnages sont guindés dans les conventions d'écritures du genre. Le cinéaste ne met jamais le doigt sur les bonnes questions hormis son idée de départ et ne déballe qu'un film sentimental au fond très mièvre. Her a mit son public et l'oscar dans la poche rien qu'avec l'ambition de son idée principale. Black Mirror, la série anglaise qui suscite beaucoup d'intérêt sur le pouvoir des écrans, possède un épisode qui ressemble un peu à cette idée mais avec un être disparu et la série n'est hélas pas pour autant reconnu. Spike Jonze déçoit donc par son impersonnalité. Cependant il reste cohérent bien sûr avec son histoire d'amour. L'histoire se termine bien, même si on la devine dès le début de la relation. Oui elle se termine bien et j'insiste, même si elle se veut triste. Elle serait bien plus réussie, plus critique et bien plus intelligente à mon goût si justement l'aventure, la relation continuait. (Spoiler) La fin est juste un retour très moralisateur à la réalité avec un dénouement paradoxalement heureux. (Fin du spoiler, si s'en était un). Le point de vue du cinéaste est une bluette, une fable toute nulle dans un sujet que des cinéastes plus engagés auraient certainement créés la polémique. Her ne risque pas de faire polémique car il a caressé tout le monde dans le sens du poil avec deux heures de balivernes frustrantes.

Dommage que toutes les promesses du début ne soient pas tenues. Spike Jonze n'est pas un aussi brillant scénariste que Charlie Kaufman mais s'avère aussi ici être un dialoguiste plutôt impersonnel et pas vraiment convaincant. Sans ses acteurs Her serait une véritable torture de deux heures dans cette longue conversation amoureuse d'Hipster pour le moins ennuyeuse. Her se range dans la catégorie du film sentimental avec une idée originale. On peut penser à l'oubliable Monique de Valérie Guignabodet avec le bon Dupontel ainsi que dans la même veine le très sympathique Une fiancée pas comme les autres de Craig Gillepsie où Ryan Gosling y est brillant. Seulement il ressemblerait au film I love You de Marco Ferreri avec Christophe Lambert. Remake ou hasard ? On s'en moque, Her est visible dans beaucoup de films sentimentaux, et souvent en plus distrayant.

Si Her se fond dans la masse des autres films du genre par sa prévisibilité, sa mièvrerie il possède un des meilleurs acteurs Hollywoodiens en tête d'affiche pour le rendre potable. Comme dirait notre Gégé national dans un de ses plus grands rôles : « C'est un peu court jeune homme ».


Note : 4 /20

jeudi 5 juin 2014

Braking Bad (intégrale)



Synopsis :

Quand Walter White, modeste professeur de Chimie, apprend qu'il a un cancer incurable, il se lance avec l'aide d'un de ses anciens élève Jesse Pinkman dans la création de méthamphétamine...


Genre : Chimiquement vôtre.

Breaking Bad est une série avec des qualités, des tours de forces indéniables que je ne peux que saluer. Seulement je la trouve beaucoup trop irrégulière cela dût à un allongement, un étirement sans doute un peu commercial qui donne un goût un peu un arrière goût galvaudé. Les nombreuses lenteurs décèlent les rouages de la mécanique, pourtant très bien huilé sur le papier. La série a la grande qualité de jouer en permanence jusqu'à la fin avec les nerfs du spectateur cela notamment grâce aux personnages qui évoluent sans cesse progressivement de l'américain basique au personnage complètement antipathique. Le scénario de Breaking Bad est surtout cohérent avec son thème principal : la chimie.

Le scénario est un immense assemblage de pour et de contre du bien et du mal, un peu comme une expérience qui va d'un point A un point B. Si les nuances à mon goût ne sont pas assez appuyées et à la limite de l'incohérence, tout reste en totale alchimie et les ressorts sont orchestrés de manière plus ou moins efficace et précise. Seulement je suis plus resté un simple observateur devant toute la série, un peu comme devant un tube à essai car les ressorts du scénario sont tout ce qui de plus mathématiques, froids et trop calculés. Rapidement il manque le charme d'une œuvre écrite par un auteur qui a le sens de l'imperceptible et du virtuose. Les différents rallongements font ressortir toutes les coutures du fil narratif ainsi que les différentes intentions du scénario ce qui donne plutôt l'impression de regarder une série bien faite et ambitieuse mais hélas stagnante. Un peu comme pour la psychologie des personnages, l'intrigue n'est jamais franche et bien trop peu ambigüe. Le spectateur reste simple suiveur d'une expérience chimique. Si les intentions veulent en permanence distancer les différents personnages du spectateur, il en est de même pour l'intrigue. On ne s'implique donc pas dans Breaking Bad on su(b)it souvent l'action qu'on entre ou pas dans la série. L'originalité et le professionnalisme éblouit beaucoup et porte admiration mais on reste toujours loin de ses personnages sombres au final, loin du potentiel installé. L'immersion et le parti prit (bon ou mal) était pour ma part un peu plus que nécessaire dans une série si allongée.

Si le concept de la série est bon, l'interprétation de manière générale irréprochable et ponctués de beaux morceaux de bravoures dans certains épisodes au niveau du suspense, Breaking Bad est de manière générale une série qu'on admire derrière une vitrine. S'il est vrai que c'est une nouvelle fois cohérent avec son thème, ça ne lui donne pas le poids face à des grandes séries qui ont un vrai ton d'auteur et une intrigue dense. Avec un fil conducteur si cynique, si riche en possibilités et ponctués de bonnes trouvailles, il est bien dommage que cela soit désamorcés par ce manque d'ambition, d'un parti prit plus manipulateur. Avec la recette de toujours vouloir distancer le spectateur, la série ne s'avère qu'une série calculée ou raisonnée comme celle d'une formule chimique. Des films avec des personnages antipathiques comme Scarface de De Palma ou dernièrement Le Loup de Wall Street de Scorsese utilisent un point de vue complètement distant avec un regard acide et cette méthode est tout à fait justifiée et même indispensable. Pas vraiment dans Breaking Bad car les intentions finales se veulent plus émouvantes que celle du simple poisson rouge qu'on critique à tourner en rond dans son bocal.

Les personnages eux aussi sont sans cesse présentés au spectateur avec une totale antipathie. Le scénario nous jette un peu à la figure le bon et mauvais côté des personnages afin de les suivre comme des cobayes tout le long. Hélas tout ne fonctionne pas au niveau des intentions finales au niveau de leur psychologie. Si l'étude humaine de manière générale est plutôt bien pensée et bouclée, l'écriture est tellement diluée, allongée que les personnages ont des réactions et une psychologie qui manque de nuances. Ce sera Blanc ou Noir et jamais gris. Seul le personnage de Mike reste un peu ambigu, élégant et mystérieux à souhait, ainsi que le flegmatique Gus Fring, mafieux pour le coup vraiment inoubliable.

Effectivement cet étirement, ces lenteurs et cette distanciation abusive font faire des évolutions brutales qui sautent parfois aux yeux. Skyler change de camps presque sans aucune étape, Hank ne veut que son enquête en terrain sans quoi il se transforme en bête inhumaine envers sa femme. On aura aucun développement sur ses crises. Jesse change du dealer pervers en émotif amoureux et Walter est borné tout le temps dans la morale du bon père de famille, alors qu'il possède une sorte de schizophrénie d'un homme mauvais qui ressort en coup de folie de temps à autre. Outre son ego et ses actes meurtriers rien ne sera plus développé. Toutes ses différentes émotions resteront enfouies en lui jusqu'à la fin. Une sorte de bombe qui n'explose jamais. Si le tour de force de rendre Walter White attachant et de plus en plus détestable est globalement réussi, il est toujours le cobaye du script et finalement un personnage assez raté psychologiquement. Ces changements de comportements et de psychologies sont de manière générale très grossiers sur chaque personnage, ils sont amenés avec très peu de crescendo de tacts et de subtilités. Ce qui amène a un spectacle un peu frustrant, mais pas dans le bon sens du terme.

Beaucoup d'épisodes traînent en longueur et mettent du coup en valeur les rares moments de suspense que l'on trouve du coup grandiose. Avec le recul ces derniers moments sont simplement un peu plus mouvementés comparés au reste. On remarquera tellement peu de suspense de manière générale qu'outre les trois derniers épisodes de la saison quatre ainsi que l'épisode quatorze de la saison cinq que tout de suite le suspense peut vite grandir avec un scénario plus compressé. Le scénario qu'on désirerait avoir dès le départ. Une recette assez anecdotique au final dont on s'aperçoit que Breaking Bad possède avant tout sur un scénario malin et surtout avec des accroches en début et fin d'épisode ainsi que de ses saisons qui donnent envie de voir la suite, même si on s'est ennuyé tout un épisode. La recette est particulièrement abusée du début à la fin.

Cependant la série a tout de même le mérite d'être dans son ensemble régulière, cohérente et sait également s'arrêter quand il le faut. Si la troisième saison est inférieure en nous offrant uniquement une palpitante fusillade, elle est quand même à l'image de la série : trop irrégulière pour être savoureuse. Alors que l'épisode pilote dégageait un léger ton des frères Coen, ce dernier s'évapora très vite car Breaking Bad n'a rien à voir avec un scénario d'auteur. Le ton est bien plus proche d'un chimiste, d'un artisan au bon savoir faire calculé que celui d'un cinéaste doué et authentique. Si cela reste de manière globale bien fait, bien conçu et bien mené, il faut le petit plus que les calculs mathématiques pour faire le script d'un film ou d'une série. Le concept a séduit du monde, je conçois, mais ce n'est ni mérité, ni démérité.

S'il existait une formule précise pour faire un bon film ou une bonne série, je pense que pas mal de producteurs se la disputeraient. Breaking Bad n'est pas une bonne, ni une mauvaise série elle est simplement originale et unique de nos jours par son ambition. Pour ma part même si elle a un charme séduisant, cette série est trop calculée, anecdotique et ennuyeuse pour qu'elle entre dans mes favorites.

Moyenne générale : 5,8 /10

mercredi 4 juin 2014

Dallas Buyers Club



Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Craig Borten et Melisa Wallack
Durée : 1 h 55
Distribution : Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner, Griffin Dunne
Genre : Interprétation à oscar.

Synopsis :

En 1986 au Texas dans la ville de Dallas, Ron Woodroof, un vrai cow-boy de 35 ans vit dans le sexe, la drogue et le rodéo. Il est diagnostiqué séropositif et lui reste trente jours à vivre. Révolté par l'impuissance du corps médical, il fait recours à des traitements alternatifs non officiel. Au fil du temps, il rassemble d'autres malades en quête de guérison et forme le Dallas Buyers Club. Seulement son succès gêne et Ron va devoir se battre face aux laboratoires et aux autorités fédérales. Le film raconte ce combat de Ron pour une nouvelle cause, ainsi que pour sa survie.

Dallas Buyers Club traite une partie de l'Histoire sur les premières tentatives de traitements contre le VIH à l'époque où la maladie était encore un sujet très tabou, peu médiatisée et encore catégorisée uniquement aux homosexuels pour la plupart du monde. Le thème est tellement saisissant qu'il apporte un immense intérêt à ce premier film hollywoodien de Jean-Marc Vallée. Le cinéaste, reconnu auparavant avec C.R.A.Z.Y, prend le sujet à cœur avec un sens très professionnel et minutieux du détail. Si l'intrigue est aussi fine qu'une aiguille de perfusion, le film convainc bien plus par le côté documentaire ainsi que le combat pour la survie du personnage principal, Ron Woodroof.

Avec des personnages très catégoriques (en même temps les cow-boy texans...), un scénario tout ce qui a de plus linéaire et rédigé sous une plume très classique, le film manque d'ampleurs, de ressorts et de tensions dramatiques de manière générale. Dallas Buyers Club se repose à mon goût trop sur son sujet et surtout l'interprétation de ses acteurs. Le cinéaste mise pratiquement que sur McConaughey tout le long. Si la performance de l'acteur de Killer Joe, ici plus proche de Christian Bale dans The Machinist, est une nouvelle fois incroyable et justement oscarisée, il est bien dommage que rien d'autre n'attire autant la stupéfaction. Auprès d'un Jared Leto époustouflant, lui aussi logiquement oscarisé du meilleur second rôle, l'interprétation donne tout le relief, toute l'émotion à ce scénario trop académique et froid.

La plus grande frustration vient de la mise en scène. Jean-Marc Vallée n'illustre que trop sagement et sans prises de risque son scénario. Si le cinéaste a tout de même le bon goût de ne pas en faire des tonnes dans l'émotion (ce film est très sobre), son académisme est à l'image de celui du script. Rien ne décolle vraiment, ce qui rend ce film à mon humble avis, l'inverse d'Harvey Milk de Gus Van Sant hormis le fait indéniable que les deux films sont portés par deux acteurs au sommet de leur art. Le film de Vallée à un sujet palpitant mais avec une mise en scène figée et platement illustrative. Gus Van Sant quant à lui donnait vie à un scénario très classique, voir parfois ennuyeux, avec une mise en scène poignante, personnelle et virtuose. Le scénario de Dallas Buyers Club a beau être un passionnant combat et avec de touchants portraits de victimes, son classicisme, sa précision documentaire bien trop léchée avait besoin d'un metteur en scène plus engagé, plus culotté et plus ambitieux pour lui offrir une poigne de vie plus marquante qui s'avérait tout de même indispensable avec un tel sujet. Voici sans doute ce qui bloque ce bon film à celui d'un très grand film.

A la fin de la séance, éblouit par l'interprétation, le sujet fort je suis quand même resté un peu sur ma faim, frustré par ce classicisme, même si j'avais vu de manière globale un bon film. Un peu comme pour The Sessions de Ben Lewin l'an dernier, on ne peut pas dire que le film soit loupé, loin de là, seulement qu'il est tout de même trop académique dans tous les sens du terme pour être inoubliable et marquant. Dallas Buyers Club est un film indépendant dans cette catégorie, impersonnel mais qui vaut le coup d'œil pour son sujet et l'interprétation masculine « rayonnante ». Ce serait dommage de ne pas y jeter un coup d'oeil.


Note : 6/10

Top of the Lake (intégrale)



Synopsis :

Tu, une jeune fille de 12 ans et enceinte de cinq mois, a disparue après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d'un lac du coin. La détective Robin Griffin, chargée de l'enquête se heurte rapidement à Matt Mitcham le père de Tui, un baron de la drogue local intouchable. Un mystère subsiste dans ce coin perdu de Nouvelle Zélande.


Genre : Flop of the Lake

Dans la famille des séries ratées je demande Top of the Lake. Tel un jeu des sept familles, on pourrait largement mettre celle-ci dans le rôle de la mère. L'intrigue prend énormément le temps à décoller pour s'essouffler très rapidement et devenir complètement ridicule et incohérente sur sa fin. Seul point positif, les magnifiques paysages de la Nouvelle Zélande filmés avec une belle photographie. Consolation aussi maigre que l'intérêt de cette série.

En survolant le synopsis, on pense forcément à la célèbre série Twin Peaks. On en est hélas très loin même si le traitement de cette (longue) mini série, de six épisodes de presque une heure chacun, est différent de la série américaine. Avec toute la volonté de vouloir implanter une ambiance mystérieuse et énigmatique au niveau de la niveau mise en scène, le scénario n'y arrivera hélas jamais. Multipliant de manière maladroite la psychologie des personnages, l'ambiguïté voulue pour l'enquête s'effondre comme un château de cartes assez rapidement. Toutes les invraisemblances remontent très vite à la surface pour ne finir qu'a les voir en premier plan. Cette histoire de viol sur l'héroïne (Élisabeth Moss, fadasse et mauvaise à souhait) est façonné avec de la psychologie de comptoir. Tout l'univers de la série est ponctué de clichés sur les campagnes reculées, ornés de personnages complètement bornés et idiots, tous aussi antipathiques qu'inutiles. On remarquera un sur-jeu permanent hélas surprenant de Peter Mullan (en mode Jeff Bridges). Holly Hunter en plus d'être complètement grotesque est inutile.

Si l'originalité manque dans Top of the lake, c'est avant tout de subtilité dont cette série est abyssale. L'épisode pilote de la série attise la curiosité par le nom de Jane Campion au générique ainsi que la belle photographie des paysages Néo Zélandais. Le scénario ensuite ne s'avère n'être rapidement qu'une pile de clichés pour le moins honteuse et complètement invraisemblable. L'intrigue est traitée de manière grossière, dans le too much absolu, surtout dans les détails psychologiques. Les réactions des personnages sont complètement incohérentes. En particulier l'inspectrice qui fonce tête baissée sans intelligence, sans jugeote et sans démarche logique dans le tas. Complètement débile. La série étant complètement dénuée d'humour, on se moque pas d'elle. Le spectateur suit désespérément cette cruche écervelée et prétentieuse tout le long. Elisabeth Moss en plus joue mal et en rajoute des caisses à tenter de faire passer un semblant d'émotion. Summum de la débilité avec la libido de cette dernière qui prend le dessus en pleine course poursuite dans une lisière d'un bois avec son amant Johnno Mitcham. Ce dernier aussi a une psychologie et un caractère complètement aléatoire risible de ridicule. Le camps de ces femmes paumées n'apporte également rien du tout à l'intrigue sauf faire découvrir au public que des rochers ou un ruisseau peuvent être des amplis très efficaces pour des guitares électriques...

La série est donc très mal mise en place avec un pilote très lent, qui manque d'accroche et surtout d'ambiguïté et de virtuose. La suite ne rattrapera rien de cela, car elle est tout simplement très mal écrite et surtout trop rallongée pour le peu d'intérêt qu'elle présente. En gros il ne se passe rien, un film d'une heure trente environ aurait fait l'affaire. Du côté de la mise en scène, Jane Campion et Garth Davis en font des tonnes, se reposant uniquement sur la photographie. A part cette dernière, c'est soit noir, soit blanc au niveau des nuances. Le tout est souligné lourdement en permanence avec de la lenteur et de la redondance, comme un film d'auteur. Seulement si du côté de la bande son, c'est plutôt sobre (et heureusement), on prend le spectateur pour un idiot tout le long comme un mauvais film ou téléfilm français ( mais bien cadré).

Les paysages splendides et perdus ainsi que la météo maussade sont les seuls facteurs à rendre une atmosphère mystérieuse dans cette série ratée dès la moitié de son troisième épisode. Alors que Top of the Lake et Broachurch sont des relectures modernes et explicites de la série de Frost et Lynch, la série anglaise n'a absolument à envier à celle de la réalisatrice de Bright Star. Uniquement le directeur de la photographie et son chef opérateur du côté technique car sinon au niveau du suspense, de l'honnêteté et de l'efficacité c'est tout à fait l'inverse, Broadchurch est largement au dessus. Ce qui fait de Top of the Lake plus qu'une série ratée, mais une série au final complètement ridicule et inutile.

Note : 2,5/10