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jeudi 5 novembre 2015

After Hours




Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Joseph Minion
Durée : 1 h 35 
Interprétation : Griffin Dunne, Rosanna Arquette, Verna Bloom, Cheech Marin...
Genre : Cauchemar underground

Synopsis

La nuit infernale d'un jeune informaticien, employé de banque et grand admirateur d'Henry Miller, dans le quartier bohème de Soho, à New York. 

Martin Scorsese commençait à sérieusement se poser des questions après ses nombreux échecs commerciaux et la tournure que prenaient les productions hollywoodiennes des années 80. Après le bide commercial de La Valse des pantins, le cinéaste se donnait le défi de faire un dernier film. Si le succès n'était pas au rendez-vous, il s'était alors juré d'arrêter définitivement le métier de metteur en scène. Griffin Dunne lui propose alors After Hours, une comédie new yorkaise complètement déjantée et  très underground. 

C'est alors qu'il a eu le feu vert pour réaliser le projet qui lui tenait vraiment à cœur de La dernière tentation du Christ. Malheureusement la production s'arrêta quelques mois après et le tournage abandonné. Entre temps, After Hours s'était retrouvé dans les mains de Tim Burton. Quand Tim Burton apprit que Martin Scorsese était sur le projet avant lui, il lui laissa le projet. Tim Burton, admiratif du travail de Scorsese pensa que ce projet était pour lui. Coup de bol pour Scorsese et pour nous, After Hours fut un immense succès commercial et relança la carrière du cinéaste. 

Drôle de film que cet After Hours qui n'a pas vraiment de catégorie. C'est un peu un film de Woody Allen qui se serait égaré dans les thèmes à la Scorsese dans le milieu du Pop Art. Un genre de trip aux ressorts burlesques et effrayants qui oscille entre cauchemar et absurde  du début à  la fin. Étouffant, oppressant, noir et très drôle à la fois, cette comédie noire est un film assez déroutant et d'une très grande maîtrise. Une nouvelle fois on retrouve Scorsese, New York et la nuit dans une aventure rocambolesque qui s'étire longuement pour le meilleur et pour le pire. Déstructuration dans le montage, de la mise en scène et de l'espace temporel, le film est efficace et déroutant à la fois dans le genre. Tout est très bien négocié par un cinéaste qui s'éclate et qui nous fait plaisir à utiliser intelligemment les codes du cinéma. Un ovni qui ne laisse pas indifférent. 

Le scénario est une réussite, surtout par l'enchaînement de péripéties drôles et dramatiques. Les dialogues sont souvent drôles et les personnages donnent la part belle aux comédiens, tous très bons et qui se font plaisir. Le spectateur compatit et passe une nuit comme celle de ce pauvre Griffin Dunne qui nous fait bien de la peine. Le plus intéressant reste cinématographiquement le travail de Scorsese avec son montage et sa mise en scène efficace et sèche qui instaurent un malaise et un humour déstabilisant par rapport aux œuvres plus classiques. Si certains peuvent trouver que le film a prit un coup de vieux, c'est je pense parce qu'ils ne sont pas rentrés dedans. Je trouve que le charme principal de ce film est son atmosphère, unique et sous substance. La superbe bande son d'Howard Shore y est pour beaucoup. Scorsese quinze ans plus tard accentuera le trip dans le domaine des urgences avec l'atypique A tombeau ouvert.  

On est donc avec After Hours dans une comédie cauchemardesque plutôt seventies que eighties qui vaut le coup d’œil. After Hours est une comédie aussi drôle qu'effrayante, qui montre que Scorsese est un metteur en scène qui se renouvelle sans cesse et surtout qui a de l'humour. Par chance le film a réussit à refaire monter la côte de Scorsese auprès des studios à l'époque. Pas assez pour de suite réaliser La dernière tentation du Christ mais de quoi lui proposer La couleur de l'argent, un film de studio essentiel qui fut un également un carton. After Hours reste toujours un de ses films les plus original et scorsesien à la fois, en plus d'être un de ses plus drôles. A voir pour se faire son avis car on rentre ou pas dans le trip. Pour ma part, j'y replonge avec le même plaisir à chaque fois. 

Note : 8 / 10

mercredi 4 juin 2014

Dallas Buyers Club



Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Craig Borten et Melisa Wallack
Durée : 1 h 55
Distribution : Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner, Griffin Dunne
Genre : Interprétation à oscar.

Synopsis :

En 1986 au Texas dans la ville de Dallas, Ron Woodroof, un vrai cow-boy de 35 ans vit dans le sexe, la drogue et le rodéo. Il est diagnostiqué séropositif et lui reste trente jours à vivre. Révolté par l'impuissance du corps médical, il fait recours à des traitements alternatifs non officiel. Au fil du temps, il rassemble d'autres malades en quête de guérison et forme le Dallas Buyers Club. Seulement son succès gêne et Ron va devoir se battre face aux laboratoires et aux autorités fédérales. Le film raconte ce combat de Ron pour une nouvelle cause, ainsi que pour sa survie.

Dallas Buyers Club traite une partie de l'Histoire sur les premières tentatives de traitements contre le VIH à l'époque où la maladie était encore un sujet très tabou, peu médiatisée et encore catégorisée uniquement aux homosexuels pour la plupart du monde. Le thème est tellement saisissant qu'il apporte un immense intérêt à ce premier film hollywoodien de Jean-Marc Vallée. Le cinéaste, reconnu auparavant avec C.R.A.Z.Y, prend le sujet à cœur avec un sens très professionnel et minutieux du détail. Si l'intrigue est aussi fine qu'une aiguille de perfusion, le film convainc bien plus par le côté documentaire ainsi que le combat pour la survie du personnage principal, Ron Woodroof.

Avec des personnages très catégoriques (en même temps les cow-boy texans...), un scénario tout ce qui a de plus linéaire et rédigé sous une plume très classique, le film manque d'ampleurs, de ressorts et de tensions dramatiques de manière générale. Dallas Buyers Club se repose à mon goût trop sur son sujet et surtout l'interprétation de ses acteurs. Le cinéaste mise pratiquement que sur McConaughey tout le long. Si la performance de l'acteur de Killer Joe, ici plus proche de Christian Bale dans The Machinist, est une nouvelle fois incroyable et justement oscarisée, il est bien dommage que rien d'autre n'attire autant la stupéfaction. Auprès d'un Jared Leto époustouflant, lui aussi logiquement oscarisé du meilleur second rôle, l'interprétation donne tout le relief, toute l'émotion à ce scénario trop académique et froid.

La plus grande frustration vient de la mise en scène. Jean-Marc Vallée n'illustre que trop sagement et sans prises de risque son scénario. Si le cinéaste a tout de même le bon goût de ne pas en faire des tonnes dans l'émotion (ce film est très sobre), son académisme est à l'image de celui du script. Rien ne décolle vraiment, ce qui rend ce film à mon humble avis, l'inverse d'Harvey Milk de Gus Van Sant hormis le fait indéniable que les deux films sont portés par deux acteurs au sommet de leur art. Le film de Vallée à un sujet palpitant mais avec une mise en scène figée et platement illustrative. Gus Van Sant quant à lui donnait vie à un scénario très classique, voir parfois ennuyeux, avec une mise en scène poignante, personnelle et virtuose. Le scénario de Dallas Buyers Club a beau être un passionnant combat et avec de touchants portraits de victimes, son classicisme, sa précision documentaire bien trop léchée avait besoin d'un metteur en scène plus engagé, plus culotté et plus ambitieux pour lui offrir une poigne de vie plus marquante qui s'avérait tout de même indispensable avec un tel sujet. Voici sans doute ce qui bloque ce bon film à celui d'un très grand film.

A la fin de la séance, éblouit par l'interprétation, le sujet fort je suis quand même resté un peu sur ma faim, frustré par ce classicisme, même si j'avais vu de manière globale un bon film. Un peu comme pour The Sessions de Ben Lewin l'an dernier, on ne peut pas dire que le film soit loupé, loin de là, seulement qu'il est tout de même trop académique dans tous les sens du terme pour être inoubliable et marquant. Dallas Buyers Club est un film indépendant dans cette catégorie, impersonnel mais qui vaut le coup d'œil pour son sujet et l'interprétation masculine « rayonnante ». Ce serait dommage de ne pas y jeter un coup d'oeil.


Note : 6/10