Affichage des articles dont le libellé est John Turturro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est John Turturro. Afficher tous les articles

mercredi 16 décembre 2015

Mia Madre



Réalisation : Nanni Moretti
Scénario : Valia Santella, Francesco Piccolo et Nanni Moretti
Durée : 1 h 40
Interprétation : Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini, Nanni Moretti...
Genre : Femme au bout de la crise de nerfs

Synopsis : 

Margherita est réalisatrice en plein tournage et doit faire tourner un acteur américain dans son film. Dans sa vie personnelle, sa fille est en pleine crise d'adolescence et sa mère est sur le point de mourir à l’hôpital. 

Nanni Moretti avec Mia Madre signe un film oscillant entre testament et introspection de la vie de cinéaste, d'artiste. Entre drame et humour, des thèmes de la vie sont traités avec un équilibre plutôt réussi à défaut d'être touchant ou passionnant. 

Margherita Buy livre une superbe prestation en cinéaste dépassée sur tous les plans. Elle crève l'écran alors que le film ne repose pas sur elle. L'écriture est très équilibrée, entre la vie de plateau et la vie personnelle. On en oublie presque la Madre si elle n'était pas dans le centre des préoccupations de Margherita. Sans pathos, mais avec une musique qui l'est quand même un peu trop, le film suit lentement ce pré deuil d'une femme qui ne réussit que moyennement dans sa vie à cause de son tempérament qu'elle va finir de découvrir avec cette étape. Son frère est finalement celui qui est le plus proche d'elle, comme un père qui ne la juge pas, interprété par Nanni Moretti lui même et plutôt convaincant. 

Le cinéaste film avec un superbe équilibre l'humour et les émotions, les angoisses qui arrivent de plus en plus. Seulement cet équilibre rend ce film bien trop sage pour nous prendre à la gorge. Toutes les pistes prisent restent sages et bien écrites mais n'ont pas de véritable tour de force. Il y a bien des moments intéressants mais ils ne sont pas assez nombreux ni mis en valeur. Comme si Moretti voulait faire beaucoup de chose à la fois et voulait absolument tout mettre. Finalement il ne fait que rester dans l'entame des sujets ce qui est un peu dommage. Si le montage et la direction d'acteur séduisent, le scénario n'est pas à la hauteur de l'ambition.  

Moretti est un cinéaste plutôt intéressant. Ses films ressemblent à des téléfilms bien maîtrisés avec des moments d'émotions qui font de lui un grand cinéaste. Je n'ai pas vu beaucoup de ses films mais pour l'instant je le cerne comme ainsi. Pour un festivalier habitué de la croisette il est sincère et non ennuyeux à défaut d'être passionnant et mémorable. C'est déjà pas mal mais pas assez. Heureusement un John Turturro sous coke ajoute un peu de piment à ce drame trop gentil, sincère et trop rarement touchant pour emporter totalement mon adhésion. 

Note : 6 / 10

jeudi 5 novembre 2015

La couleur de l'argent ( The Color Of Money )



Réalisation : Martin Scorsese 
Scénario : Richard Price et Ron Shelton
Tiré du roman de Walter Tevis
Durée : 1 h 55
Interprétation : Paul Newman, Tom Cruise, Mary Elizabeth Mastrantonio, John Turturro, Forest Whitaker...
Genre : Suite classe

Synopsis : 

Un champion de billard, ex-arnaqueur invétéré, est devenu représentant d'alcools. Quand il fait la connaissance d'un jeune joueur de billard prometteur, les démons remontent à la surface. Suite de L'arnaqueur de Robert Rossen toujours avec Paul Newman dans le rôle titre. 

Autant être clair de suite, ce film est une commande pour le cinéaste après le regain de confiance avec le succès commercial surprise d'After Hours. Scorsese accepte de le réaliser surtout pour rassurer les studios pour obtenir la production de La dernière tentation du Christ. A la base pas vraiment emballé de faire une suite au chef d'oeuvre de Robert Rossen L'arnaqueur, le cinéaste termine le tournage plus tôt que prévu et réussit par la suite à avoir le financement. Le film fut un succès commercial et cette suite reste toujours sympathique aujourd'hui, surtout pour la classe intemporelle de Paul Newman ici au premier plan avec le billard. 

Le film n'inspirait pas Scorsese car évidemment il ne pouvait modifier le scénario à sa manière. Le cinéaste se lâche donc sur les parties de billards et quand on voit le film, cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Toutes ces parties sont magistralement filmées dans un montage purement scorsesien. Avec une grande lucidité, ce montage fait monter le suspense et le spectaculaire nécessaire dans un scénario trop sage. Scorsese insuffle sa célèbre énergie donc mais aussi une délicatesse plutôt élégante pour équilibrer et trouve le bon juste milieu. Que les oppositions soient verbales ou dans le jeu elles se passent entre tensions et adresse tout le long. Le tout est une forme d'hommage plutôt classe à Paul Newman et au sport du billard. 

Si l'intrigue est plutôt classique, le scénario est plutôt bien écrit dans son opposition entre la jeune et l'ancienne génération. Les scénaristes ont repris hélas un peu trop sagement l'intrigue du premier opus, ce qui a sans doute poussé le cinéaste à tourner le film en hommage plutôt qu'en film à part entière. Les ressorts sont un peu mous et le manque de rebondissements se font ressentir. Heureusement qu'il y a un cinéaste habile pour meubler tout ça. Représentant de la jeune génération on retrouve Tom Cruise, juste avant son explosion médiatique avec Top Gun de Tony Scott. Le jeune acteur et son énergie sont très bien canalisés par le cinéaste face au vieux renard de Paul Newman. Tout se ménage, s'équilibre parfaitement bien entre eux deux et on observe aucun déséquilibre flagrant. Même si bien entendu on est plus charmé par la classe et la stratégie de Paul Newman. On retrouve autour d'eux des seconds rôles solides et savoureux. Le cinéaste en profite pour rendre hommage au billard ainsi qu'au premier film. Il ne cherche à aucun moment à le plagier car Scorsese respecte le film de Rossen comme le grand Paul Newman qu'il a la chance d'avoir avec lui.

La couleur de l'argent est un film mineur dans la filmographie du cinéaste car il paraît un peu ingrat sur le papier. D'abord c'est une suite d'un grand film et il souffre d'une musique un peu vieillotte, tout comme le format des films commerciaux des années 80. Heureusement, le film ne souffre pas de la comparaison car les deux films ne sont pas comparables. Voilà l'intelligence du film et quand on revoit aujourd'hui le film il reste un habile divertissement bien plus élégant et précis qu'il n'y paraît. Scorsese a saisi à l'époque parfaitement l'essence du scénario. Le film traverse le temps pas si mal et reste un suite plutôt sympathique. Certains disent que ce film est le plus mauvais du cinéaste. Peut-être que c'est vrai mais à ce compte là je veux bien plus souvent de ses mauvais films. Combien de productions de ces années là sont devenues quelques années après des navets ? Pour ma part je trouve que le contrat est rempli car La couleur de l'argent plaît au grand public et aux cinéphiles, aux fans du premier opus, de Paul Newman et même de Tom Cruise. Franchement quoi demander de plus pour un film de commande ? De plus on ne s'ennuie pas. 

La couleur de l'argent reste pour moi une belle rencontre entre deux géants du cinéma que sont Martin Scorsese et Paul Newman autour d'une belle partie de billard. Je n'en demande pas plus. A chaque fois que je le revois, j'aime retrouver cette équipe, cette atmosphère sportive et le travail honnête du cinéaste. Et si j'ai à conseiller un bon film avec Paul Newman, je n'ai pas honte à citer celui ci avec ses grands classiques. 

Note : 6,5 / 10 

dimanche 23 août 2015

Raging Bull



Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader et Mardik Martin
Durée : 2 h 
Interprétation : Robert De Niro, Joe Pesci, Cathy Moriarty, John Turturro... 
Genre : Chef d'oeuvre qui met K.O

Synopsis : 

Évocation de la vie flamboyante et violente du champion de boxe Jake La Motta. 

A l'origine, Martin Scorsese ne voulait pas faire ce film tout simplement car le sport ne l’intéressait pas à l'écran. Mais le cinéaste était surtout déprimé par le bide commercial de New York New York qui mettait déjà sa carrière sur la sellette. Martin Scorsese avait complètement plongé entre temps dans l’héroïne et enchaînait les cures de désintoxication. C'est Robert De Niro pour le sortir de cette impasse qui lui proposa de faire ce projet. Une fois le début de sa métamorphose en Jake La Motta entamée, l'acteur lui imposa de le faire et qu'il comptait vraiment sur lui. Scorsese n'avait donc pas d'autres choix que de le faire. Comme il le dit aujourd'hui, De Niro lui a sauvé la vie avec ce film. Depuis il n'a plus touché à la drogue. 

Scorsese appréciait la biographie de Jake La Motta qui dépeint un homme à l'enfance particulièrement difficile éduqué entre maisons de corrections et prisons. Le cinéaste ne souhaitait bien entendu pas entrer dans cette dramaturgie émotionnelle et voulait absolument se concentrer sur lui dans ses heures de gloires et sa chute. Il veut mettre en relief sa facette effroyable autant physiquement que moralement en avant et laisser planer son passé, son côté de torturé et d'incompris tout le long. Le scénario fut confié à son ami Paul Schrader qui a fait une nouvelle fois un travail pour le moins remarquable. Le cinéaste ne se sentait cependant toujours pas capable de filmer les scènes de combats. Tout le long du tournage, il a improvisé et filmées des prises vues en plus de celles qu'il avait préalablement story-boardées. Au montage, le résultat est sensationnel, on trouve une modernité et un spectaculaire jamais vu et aujourd'hui jamais égalé. 

Raging Bull est sans aucun doute le chef d’œuvre cinématographique de Martin Scorsese, mais également son film le plus massif, à l'image de la performance de Robert De Niro à l'écran. La vie de Jake La Motta est une fresque psychologique aussi viscérale que sociale d'un magnétisme unique. De Niro est impressionnant et la mise en scène clinique et violente du cinéaste propulse le spectateur dans une étude de mœurs très Scorsesienne et digne des meilleurs films du cinéma. Le sublime noir et blanc entre réalisme cru et esthétique sublime est un spectacle glaçant comme un pic à glace. On suit un homme tout ce qu'il y a de plus antipathique durant deux longues heures dont chaque plan, chaque dialogue, chaque regard de Robert De Niro font l'effet d'un coup de poing, de poignard absolument inoubliable et traumatisant. La violence a beau être sur le ring, elle est aliénée dans le personnage de Jake La Motta. Scorsese et De Niro ont bien retenu le surnom donné par le public Taureau. La Motta est représenté sur toutes les coutures comme une monstrueuse bête sauvage et violente sans état d'âme, sur les nerfs et prêt à exploser en permanence. Toute sa vie, il sera un homme limité intellectuellement qui ne s'exprime que par les poings et la violence physique. Une analyse violente, cynique et magistrale sur une nouvelle quête de rédemption chez le cinéaste. On y retrouve un scénario et une mise en scène sans cesse bouillonnant, à l'image de la psychologie du personnage principal, et comme souvent chez Schrader et Scorsese, libre à nous de penser nos idées et de panser nos blessures intimes. 

Beaucoup pense que Raging Bull n'est qu'un film de Boxe traditionnel ainsi qu'un rôle à Oscars pour Robert De Niro devenu mythique par la suite. C'est plus que cela. C'était le début d'une "mode" où les cinéastes ont pu s'emparer des biographies de personnages célèbres pour en tirer des films exceptionnels, avec des thèmes personnels et universels. The Elephant Man de David Lynch ou encore Amadeus de Milos Forman par la suite seront justement récompensés les années suivantes. Ces deux films là ont pu se faire grâce aux Oscars reçus du film de Martin Scorsese. Le film est ensuite la démonstration de la technique payante de la technique d'Actors Studios. De tous les grands films et de toutes les nominations que De Niro enchaînaient chaque année aux Oscars, c'est dans ce film qu'il eu fait sensation. Pour Martin Scorsese c'est aussi la rencontre officielle avec Thelma Schoonmaker qui sera jusqu'à aujourd'hui sa monteuse officielle pour ses longs métrages. Mais ce qu'il faut surtout retenir, c'est que Raging Bull est surtout la synthèse du cinéma de Martin Scorsese. On retrouve la fresque qu'on lui connaîssait et connaîtra avec ses gangsters mêlée avec le brûlot psychologique et social de Taxi Driver. Le film regroupe toujours à l'heure actuelle ses deux grandes phases de son cinéma et reste peut-être celui le plus Kubrickien de sa filmographie. Si Raging Bull est assez hermétique pour le grand public, un peu à l'image de Jake La Motta, il n'en dégage pas moins une puissance et une maîtrise technique unique et sensationnelle. Rares sont les films qui dégagent une telle force cinématographique et dans la constance durant ses deux heures. 

Raging Bull sera sans doute avec Casino le film qui vieillira le moins formellement de tous les films du cinéaste confondus. On y trouve tout au meilleur de sa forme, un grand acteur, un excellent scénario, un sublime montage, et surtout un grand cinéaste qui sait être universel et personnel à la fois. C'est un film où il y a tant à dire et si peu à la fois, c'est aussi pour toutes ces raisons qu'on parle de chef-d’œuvre. Pour les plus froids devant, il reste la performance de Robert De Niro qui est incontestablement aussi marquante et indélébile que la fameuse phrase : «  You Fuck My Wife ». Oui c'est un des plus grands films de l'Histoire du cinéma avec l'une des plus grandes répliques. 

Note : 10/ 10

PS : 

Le film fut un succès critique mais un flop commercial. A l'inverse, dans le même domaine, Rocky de John G Avildsen fut un grand succès public. Aujourd'hui ce sont deux films incontournables sur la boxe et reconnus comme des classiques du cinéma. 

Robert De Niro s'est tellement entraîné au point de briser le nez au vrai Jake La Motta.

Scorsese et De Niro s'étaient logiquement vu proposés ensuite de faire le remake de Scarface. Scorsese ne se sentait pas d'attaque et c'est ensuite tombé un long moment sur Sidney Lumet avant que ce ne soit finalement Brian De Palma comme on le sait. Il est clair que c'était un projet pour eux, cela aurait pu donner une fresque entre Raging Bull et Casino et aurait certainement était un grand film aussi.