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lundi 11 janvier 2016

Carol




Réalisation : Todd Haynes
Scénario : Phyllis Nagy 
Tiré du roman de Patricia Highsmith
Durée : 1 h 55
Interprétation : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson...
Genre : Classique à l'ancienne

Synopsis

Dans le New York des années 50, Thérèse est vendeuse dans un grand magasin de jouets de Manhattan. Elle fait la rencontre d'une cliente distinguée, Carol, en instance de divorce. De l'étincelle de la première rencontre succède un sentiment plus profond, les deux femmes vont se retrouver prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle. 

Pour ceux qui ont aimé Loin du Paradis, le nouveau film de Todd Haynes vous plaira sans aucun doute. On retrouve cet hommage au cinéma Douglas Sirk mais cette fois dans une démarche plus sobre, moins flamboyante et démonstrative. Impossible de ne pas faire la comparaison entre les deux films car ils sont très similaires par ses thèmes et son époque. Cependant ils sont aussi différents que complémentaires et aussi beau l'un que l'autre. 

Si Carol raconte moins de péripéties que Loin du Paradis, la précision et la minutie du cinéaste y sont encore plus poussés à l'extrême. Ce qui rend un film proche de la perfection absolue. C'est donc toujours un peu du Douglas Sirk avec du George Cukor mais cette fois avec la lenteur hypnotique de Jim Jarmusch en plus. D'ailleurs le monteur est celui du magnifique Only Lovers Left Alive. Cinématographiquement c'est donc classique mais absolument pas académique et convenu, bien entendu. Chaque plan exprime une émotion, un message et d'une beauté aussi glaciale que chaleureuse. Le film garde du début à la fin cet entre deux par un cinéaste au sommet de son art. Il dirige deux actrices extraordinaires qui sont ici sans hésitations dans leurs meilleurs rôles à l'heure actuelle, peut-être même de leur carrière. Tout en retenue et d'une expression magistrale, Rooney Mara et Cate Blanchett sont sublimes et portent aussi à la réussite du film. 

Si la forme cinématographique entre Carol et Loin du Paradis sont quasiment similaires, les intentions des personnages sont quant à elles différentes. Dans Loin du Paradis les personnages allaient contre la société ce qui menait vers le mélodrame. Dans Carol les deux protagonistes se plient à cette même société et le mélodrame prend une tournure beaucoup plus suggestive. Cela même si la fin de Carol laisse entrevoir une belle histoire d'amour entre les personnages, contrairement à celle de Julianne Moore dans Loin du Paradis. La musique de Carter Burwell (splendide encore une fois) est plus épurée que celle de Bernstein à l'image de la mise en scène de Todd Haynes. Tout est d'une maîtrise totale pour nous raconter de manière splendide une histoire qui ne l'est pas vraiment. Todd Haynes, toujours avec sa superbe sensibilité, donne plusieurs lectures à ses thèmes une nouvelle fois. Il ne prend pas par la main le spectateur, comme on peut voir dans la plupart des films. Et comme la plupart de des films de Todd Haynes, il ne plaira pas à tout le monde non plus. Si on entre pas dans le film, il peut paraître ennuyeux et vain, mièvre. Si on entre , on assiste tout simplement à un des plus grands films de ces dernières années, du cinéma même.

Le scénario laisse des sous entendu et joue avec le non dit, la frustration. Je n'ai pas encore lu le roman original considéré dès sa sortie comme un chef d'oeuvre. Cependant on retrouve parfois quelque petites touches de l'auteur du Talentueux Mr Ripley ou de L'inconnu du Nord Express. On retrouve du trouble dans le personnage de Carol ou une piste thriller qui s'engage au milieu du film mais qui s'oriente toujours sur le côté psychologique. Cette piste policière est vite désamorcée, d'ailleurs le revolver est vide, surtout parce que Todd Haynes n'est pas dans son domaine. Il reste sur une mise en scène sensible et suggestive, qui suit ses personnages de très près du début à la fin. Le film gagne du début à la fin de la tension et de la beauté qui font monter l'émotion. 

Une nouvelle fois le cinéaste filme une histoire comme une magnifique étendue de glace où il laisse entrevoir les fissures de dessous au spectateur. Carol est une splendeur, un chef d'oeuvre ni plus ni moins.

Note : 10 / 10 

lundi 30 novembre 2015

Knight of cups



Réalisation et scénario : Terrence Malick
Durée : 1 h 50
Interprétation : Christian Bale, Cate Blanchett, Natalie Portman, Antonio Banderas, Imogen Poots, Isabel Lucas, Teresa Palmer, Armin Mueller-Stahl... 
Genre : Crise existentielle selon Malick 

Synopsis

Rick est un scénariste sur le déclin à Hollywood qui a perdu sa femme et songe à changer de vie, prendre un nouveau départ. 

On ne peut pas être objectif quand on fait une critique d'un film de Terrence Malick. Surtout depuis Le Nouveau Monde car son cinéma est devenu presque essentiellement sensoriel, loin de tout ce que l'on voit d'habitude. Comme pour Tree of Life, le style Malick bat son plein dans Knight of Cups. Bien ou pas bien ? A vous de voir mais pour ma part je suis partagé même si globalement j'ai trouvé ça mieux que Tree Of Life

C'est un peu comme si Malick refaisait La grande Bellezza dans l'univers de vide et d'ennui de Sofia Coppola. Je trouve le fond du film simple et un peu light, cependant chez Malick, on a droit a un flot de son style dans la forme. Même si c'est un peu la même recette à chaque fois avec une utilisation extrême du Jump Cut sur de la belle musique classique, c'est du pur cinéma expérimental dont seul le cinéaste a le secret. 

On retrouve une magnifique photographie sur une musique qui l'est toute autant avec des tonnes de pensées désorganisées en voix off. Le spectateur doit se débrouiller avec pour assembler les morceaux, ou pas, c'est à lui de choisir. C'est un peu un pensum foutraque autant doté de souffle novateur que répétitif et parfois superficiel. On déteste ou adhère et comme d'habitude je suis le cul entre deux chaises. J'ai préféré ce film à Tree Of Life, simplement parce que le sujet est moins ambitieux mais aussi car il est plus sobre. On est pas bercé du début à la fin par une musique religieuse, il y a des silences, des cassures de rythme et une organisation en thème plus classique mais finalement plus intelligente et moins prétentieuse. Le film ne se veut pas magistral c'est aussi ce qu'il y a de plus séduisant. 

Knight of Cups est exactement comme Tree Of Life donc si vous n'aimez pas le film primé à Cannes, ne tentez pas l'expérience. Cependant cette crise existentielle est traitée avec plus de sobriété ce qui donne une meilleure approche contemplative. C'est différente de la démonstration un peu à sens unique du sens de la vie de Tree of life. Sans être parfait, j'ai trouvé Knight of Cups intéressant avec autant de belles séquences que de parties  plus superficielles et lourdes. On peut retrouver des choses intéressantes dans les conquêtes de Rick qui cherche à retrouver sa femme interprétée par Cate Blanchett. Comme d'habitude, ses noms prestigieux au casting sont anecdotiques. Je recommande uniquement pour les fans du pur style Malick. Allez y pour la réflexion et sa forme du film, oubliez le fond qui est encore une fois, bien light et peu subtil. Je préférais quand le cinéaste était moins prolifique car il y avait le fond et la forme au même niveau.