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mardi 24 avril 2018

Ready Player One


Toujours aussi prolifique et incontestablement l'un des plus grands cinéastes en activité, Steven Spielberg se lance cette fois dans l'hommage au jeu vidéo. Sa démarche est dans l'air du temps, soit la place du monde virtuel dans notre vie quotidenne. Ready Player One se regarde effectivement comme un jeu vidéo et c'est autant son charme que ses limites. Les gamers sont aux anges de voir le créateur de toute cette pop culture se frotter à ce feu d'artifice, cette oasis de références car effectivement il est en pleine forme et souvent ne manque pas d'ironie. Pour ma part, je reste toujours un peu plus mitigé quant à la qualité globale du film. J'ai l'impression de voir un cinéaste qui fait le jeune avec beaucoup d'effets numériques et qui se contente des clichés du scénario pour uniquement s'amuser techniquement. Peut-être que cette impression s'est ancrée en moi quand j'ai vu qu'il était beaucoup plus à l'aise quand Spielberg parlait de cinéma. J'ai trouvé que l'alchimie marchait beaucoup mieux lors de la séquence en hommage à Shining de Stanley Kubrick. 

Il est évident que si l'on compare à la plupart des films commerciaux qui sortent actuellement (firme Marvel, Teen Movie, Films d'actions...) Ready Player One détient de réelles qualités de mise en scène, des messages sur le cinéma et le monde actuel. Tout simplement parce qu'il y a un vrai cinéaste derrière la caméra et non un publicitaire qui remplit simplement un cahier des charges. Steven Spielberg passe le relais aux jeunes générations de manière explicite, un peu dans le même délire que le Star Wars 7 de J.J Abrams mais avec l'influence de la carrière et de la filmographie du cinéaste sur le cinéma actuel. 

Seulement je trouve que le film, dont son scénario, contient trop des défauts du cinéma qu'il dénonce. Du coup Ready Player One reste dans la catégorie des productions actuelles : une avalanche de numérique qui n'accompagne pas suffisamment l'émotion. Les personnages (souvent moches numériquement) sont vraiment tous creux et clichés. Je trouve qu'il est impossible de s'identifier à eux tant tout est survolé et même parfois incohérent (le personnage principal perd sa tante et s'en tape complètement à une vitesse éclair). Steven Spielberg s'accroche et se fait plaisir à mettre en scène (trop) numériquement un mauvais scénario d'aventures où les personnages et les enjeux manquent d'un peu de tout, soit à l'antipode de ses Indiana Jones ou simplement de son précédent film Pentagon Papers. 

Ready Player One fera date car quand on voit la platitude des productions actuelles et le fait qu'il soit réalisé par un cinéaste qui a toujours son mot à dire. Et le film se démarque automatiquement par sa maîtrise, c'est une leçon d'un papy de 70 ans qui montre encore ce qu'est la mise en scène. Cependant, et malheureusement, c'est aussi un film à l'image des productions actuelles. Je trouve qu'il se limite à son côté spectaculaire et d'attraction plutôt que s'attacher à des valeurs bien plus intéressantes et humaines comme pouvait nous faire rêver le cinéaste dans des films comme Jurassic Park, Les Dents de la Mer et E.T. Débrancher pendant deux jours par semaine l'Oasis pour que les gens ne vivent plus dans des ghettos ? Vraiment ? Ce film avait un super contexte social et psychologique mais il est plombé par une narration vaine, des clichés, et un traitement complètement foireux comparé à l'idée de départ. Il met seulement en avant le message crétin et bien trop naïf pour du pur sucre Spielberg destiné uniquement aux geeks qui passent la journée devant l'écran et ne profite pas de la vie "réelle". A côté de l'univers présenté, le résultat est quand même vraiment décevant. A l'image de la jeune fille qui ne "plaît pas" et qui se cache derrière un avatar alors qu'elle n'est pas moche et a seulement une tâche de vin au visage : il faut arrêter un peu de nous prendre pour des billes. On attend une prise de risque, du mystère, de l'originalité et au final on a rien du tout et c'est foireusement convenu. Et puis ça a beau être distrayant, c'est beaucoup trop long pour ce que ça raconte : l'introduction et le final à rallonge sont aussi explicatifs qu'épuisants. 

J'en retiendrai une course poursuite d’introduction palpitante (en salle) mais déconseillée aux épileptiques car ça fait vraiment un mal de crâne avec cette impression de suivre Matrix, Avatar, Spy Kids et Speed Racer à la fois sur plusieurs écrans. La séquence en hommage à Kubrick et Stephen King est cool, et Mark Rylance reste le personnage le plus intéressant avec son look très Garth (de Wayne's World) plus sensible qu'il n'y paraît. Peut-être que je ne suis pas le public visé mais une chose est sûre c'est que globalement je suis resté sur le banc de touche en me disant : "Je suis trop vieux pour ce genre de conneries" alors que je n'ai pas encore trente ans. 

Réalisation : Steven Spielberg 
Scénario : Ernest Cline et Zak Penn 
Tiré du roman d'Ernest Cline
Durée : 2 h 20 
Interprétation : Tye Sheridan, Olivia Cooke, Mark Rylance, Simon Pegg, Ben Mendelsohn...

mercredi 25 novembre 2015

This is not a love story ( Me and Earl and The Dying Girl)



Réalisation : Alfonso Gomez-Rejon
Scénario : Jesse Andrews 
tiré de son roman homonyme
Durée : 1 h 45
Interprétation : Thomas Mann (II), Olivia Cooke, RJ Cyler, Jon Bernthal...
Genre : Teen Movie référencé 

Synopsis : 

Greg est un lycéen introverti, adepte de l'autodérision, qui compte bien finir son année de Terminale le plus discrètement possible. Il passe la plupart de son temps avec son ami Earl à refaire ses propres versions des grands classiques du cinéma. Mais sa volonté de passer inaperçu est mise à mal lorsque sa mère le force à revoir Rachel, une ancienne amie de maternelle, atteinte de leucémie. 

A l'image du personnage principal, le film passe complètement inaperçu : il est seulement distribué dans dix salles en France. Pourtant ce Teen Movie mérite vraiment le coup d'oeil. Du début à la fin plane un amour pour le cinéma évident, que ce soit celui de Martin Scorsese ouvertement, mais aussi celui du bricolage, le "suedage" cinématographique de Michel Gondry ou celui de Wes Anderson avec son scénario qui oscille entre humour et émotion. Influencé, référencé mais sincère et juste, ce film fonctionne et brille à bien des égards. 

Pendant une heure on a un rythme soutenu où le cinéaste tient la parfaite distance entre l'humour et le drame, la dérision et le grave et y trouve un équilibre très intéressant. La dernière demie heure entre plus dans l'émotion. Il perd un peu de son énergie mais ne tombe pas dans le pathos et la facilité pour autant. Il manque juste un peu de personnalité et des références moins appuyées pour donner une authenticité, une identité plus forte à l'ensemble mais aussi pour réussir un grand tour de force. Ce qui nous empêche pas d'être touché et sensible à l'histoire pour autant. 

Si le scénario reste dans les codes du genre, le grand charme provient surtout de sa forme. On apprécie une bande son soignée et cohérente, une mise en scène nerveuse, juste et inventive et le charme certain du casting. Le scénario est tout de même bien écrit, très drôle et très juste à la fois et le casting au capital sympathique aide aussi pas mal à la réussite. Thomas Mann est impeccable et Olivia Cooke très convaincante dans un rôle pour le moins difficile. On retrouve également Jon Bernthal dans un rôle de prof bien sympa. 

S'il n'atteint pas le niveau génial Little Miss Sunshine, This is not a Love Story peut sans aucun doute se ranger à côté de Juno, Sing Street ou encore Dope. Je le conseille fortement aux amateurs de Teen Movie et aux cinéphiles car il y a vraiment des passages irrésistibles.