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lundi 29 septembre 2025

Babylon

Il y a déjà dix ans, comme beaucoup de gens, je découvrais Whiplash. La claque. Le jeune cinéaste Damien Chazelle confirme trois ans après son talent avec le virtuose et raffiné Lalaland. Puis avec First Man il signe un biopic plus hollywoodien mais pas moins intéressant, insufflant une froide pudeur musicale dans une émotion plus conventionnelle. 

Pour son quatrième film, Chazelle se penche sur un projet qui restera globalement mystérieux jusqu'aux avants premières. Un bien pour un mal car le Covid est passé par là. Tout comme pour le remake de West Side Story pour une pointure telle que Steven Spielberg, ce sera fatal. Surtout aux Etats-Unis. Pour Chazelle ce sera donc Babylon, dans tous les sens du terme. 

Que ce soit par sa forme, son fond, ses messages explicites, implicites, les dialogues, les scènes, les anachronismes et la modernité de traiter toutes ces années folles, Damien Chazelle se niche quelque part entre Baz Lhurman et Paul Thomas Anderson. Il filme et dé-filme comme si c'était son dernier film, avec un souffle, un amour illimité pour le cinéma, le son et la musique. Mais avant de placer les lauriers sur la tête de Chazelle, il faut mettre absolument sur le même piédestal le génial Justin Hurwitz avec qui le cinéaste collabore depuis ses débuts. 

Comme Sergio Léone avec Ennio Morricone ou Steven Spielberg avec John Williams, Damien Chazelle doit autant ses réussites et son virtuose grâce au génie de Justin Hurwitz. Et la musique de Babylon est à l'image de la mise en scène, une revisite moderne de vieux classiques qui fera hérisser les cheveux aux puristes et historiens, quand ils ne sont pas chauves. Un coup de pied jubilatoire dans une fourmilière car le duo Hurwitz/ Chazelle utilise l'excessif pour performer et perforer une fresque dantesque qui ne rentre dans aucune case. Soit tout l'inverse des productions actuelles, formatées et ciblées. 

Pourquoi Babylon est si bien ? Parce qu'il touchera autant le cinéphile que le plus grand public. Chazelle reprend les codes du cinéma classique pour les tordre et les rendre plus modernes, et sans effets à la mode. Parce qu'il parle du Cinéma d'aujourd'hui, comme celui du siècle dernier dans une période charnière et que l'on pense, tout naïvement, plus prude que la nôtre. La crise du Covid et la Grande Dépression, le changement de mode de filmer et celle de raconter les Histoires ou encore les financiers et la haute société et sa façon de gérer les vices de l'humanité. 

Dans la lignée du Loup de Wall Street et de Once Upon a Time in Hollywood, on retrouve Brad Pitt et Margot Robbie, Babylon peut nous faire penser à une revisite baroque et vulgaire du film de studios. Chazelle fait le rapprochement du Cinéma indépendant grand budget et celui du cinéma formaté de Super Heros avec les stars du muet et les technologies du parlant qui changent. Proche de Fellini, Chazelle met une claque aller et retour pour tirer le portrait de l'état du cinéma puis des Etats-Unis aujourd'hui. Tout cela en total contre pied de Lalaland : une non carte postale de Los Angeles. 

Mais avec toujours autant de nostalgie et de mélancolie, Chazelle s'inscrit avec Spielberg, Scorsese,  Tarantino ou le marginal Paul Thomas Anderson comme un des derniers artistes d'un cinéma qui propose encore autant de flammes, de désir, d'amour que de colère intérieure. Audacieux, Chazelle ne se répète toujours pas, ce qui en fait assurément l'un des plus grands cinéastes actuels. 

Babylon est sans aucun doute un des films phares de cette décennie 2020. Peut être même le plus iconique. 

jeudi 5 janvier 2017

Alliés ( Allied )




Même quand c'est un film conceptuel ou mineur de Robert Zemeckis, il y a toujours un gage de qualité. Alliés fait partie de la seconde catégorie, un genre de remake dispensable du grand classique Casablanca de Michael Curtiz. 

Sans le très bon savoir faire du metteur en scène, Alliés ne serait pas intéressant, ni distrayant d'ailleurs. Le scénario est beaucoup trop classique, peine à décoller et gagne en intérêt seulement au bout d'une heure après l'arrivée de l'enfant. Le double jeu de Brad Pitt devient alors plus saisissant. Au final tout restera assez sous écrit, ce qui est étonnant pour un scénariste qui a écrit Les promesses de l'ombre de David Cronenberg. Le film atteint ses limites rapidement car tout reste convenu et déjà vu, malgré de très bonnes scènes d'actions et d'intensités sur le territoire français. 

Les acteurs font le boulot, le plus savoureux restera d'entendre Brad Pitt parler français, et dire même "papier cul", avec un accent à couper au couteau. On est loin d'un film d'interprétation mais les deux acteurs rendent tout de même vivant des personnages classiques avec une sobriété bienvenue. Le cinéaste en plus de son savoir faire toujours millimétré, s’intéresse suffisamment à l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux pour faire vivre un script qui manque de passion et d'ampleur. 

Le réalisateur de Seul au monde a le bon goût de rester sobre et de ne pas en faire trop afin de rendre crédible une histoire qui s'oublie facilement. Le scénario manque d'ambition, le cinéaste l'a bien compris et fait le minimum pour rendre une copie propre. Une scène d'amour dans une voiture en pleine tempête de sable et le final, toujours dans une voiture, resteront peut-être ce qu'il y a de plus marquant dans ce film. Avec le recul je reste songeur si un certain David Fincher se serait penché dessus avec un scénariste plus ambitieux. 

Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Steven Knight
Durée : 1 h 55
Interprétation : Brad Pitt, Marion Cotillard, Jared Harris, Lizzy Caplan...




dimanche 27 décembre 2015

The Big Short - Le Casse du Siècle



Réalisation : Adam McKay
Scénario : Charles Randolph et Adam McKay
tiré du roman de Michael Lewis
Durée : 2 h 
Interprétation : Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling, John Magaro, Brad Pitt, Marisa Tomei ... 
Genre : Les renards de Wall Street

Synopsis : 

Wall Street 2005. Profitant de l'aveuglement généralisé par les grosses banques, les médias et le gouvernement, quatre outsiders anticipent l'explosion de la bulle financière et mettent au point "le casse du siècle". 

Bon je ne suis pas une flèche dans les affaires banquières et je n'y connais absolument rien au jargon de la Bourse. J'ai pas pigé grand chose, même si Margot Robbie et Selena Gomes ont essayés de me l'expliquer en tentant d'être drôles, le scénario est un charabia destiné uniquement aux initiés. Le film prend une démarche linéaire avec des pincées des trois grandes références modernes : un peu de Wall Street d'Oliver Stone, Margin Call de JC Chandor et le film de Scorsese Le Loup de Wall Street. 

Adam McKay nous a offert de très bonnes comédies, ici il prend le risque de changer de registre avec une touche documentaire. C'est très handicapant au film. Déjà que le sujet est très fatiguant à suivre alors avec la caméra à l'épaule en plus qui n'apporte strictement rien au film, c'est très usant. De quoi avoir la nausée si on reste attentif, comme pour les dialogues directement tirés d'un bouquin. Mais pourquoi McKay a t-il fait ça ? Comment un réalisateur de comédies si drôles peut affadir un scénario qui manque cruellement de clarté et d'humour par une mise en scène si pompeuse et vaine ? Incompréhensible. C'est clairement raté et ce parti pris tire le film constamment vers le bas. 

Seul bon point, les acteurs jouent bien. Steve Carell est décidément dans son année, au top une nouvelle fois et Ryan Gosling est très drôle dans ses quelques apparitions en copie de Jordan Beaufort. Christian Bale répond présent surtout quand il faut jouer le rôle d'un autiste et Brad Pitt... ben il fait du Brad Pitt. Encore une touche moralisatrice en plein milieu de son rôle qui casse le rythme du film ( il est encore producteur) et même l’intérêt du film. 

The Big Short profite de son casting et de surfer sur la vague d'Ocean Eleven de Steven Soderbergh mais il n'en est rien. On a que les acteurs à se mettre sous la dent pendant deux longues heures absolument pas palpitantes autant dans le sujet que cinématographiquement. Ce film va finir aux oubliettes. 

Note : 3 / 10

jeudi 6 novembre 2014

Fury



Réalisation et scénario : David Ayer
Durée : 2 h 10
Interprétation : Brad Pitt, Logan Lerman, Shia LaBeouf, Michael Pena...
Genre : Brad, ce héros.

Synopsis :
L'épopée de quatre hommes à bord d'un tank Sherman nommé « Fury » dans les dernières heures du nazisme.

Rien à voir avec le film de Fritz Lang ou de Brian de Palma portant le même titre, Fury est un film de guerre signé David Ayer, un cinéaste prolifique à suivre. Fury a un concept plutôt minimaliste, celui de suivre un char et de son équipe de soldats américains, usés et fatigués dans les dernières heures de la Guerre. Le film possède des qualités comme celle d'avoir une vérité historique peu montrée au cinéma sur les dernières heures du nazisme ainsi que des portraits de soldats déshumanisés par la Guerre. Cependant le scénario n'est pas au rendez vous au niveau de la crédibilité psychologique et des portraits pas assez fouillés de ses différents personnages tous un peu trop caricaturaux. On regrettera un final aseptisé et décevant. De plus le film souffre aussi l'interprétation à demie teinte de Brad Pitt (il a du mal à faire passer ses tourments) et de statut de producteur qui ombrage pas mal de crédibilité.

Tout commençait pourtant bien avec une mise en scène d'une sobriété, d'une solidité remarquable et rare dans le genre. Le cinéaste utilise une technique brillante et créé une atmosphère de tension particulièrement réussie que ce soit dans l'ambiance lourde de la mort, de la guerre, du deuil comme celles des oppositions des personnages principaux. L'utilisation non abusive de la musique, des acteurs qui jouent juste même si leur rôle est un peu caricatural offre un résultat plutôt intéressant. Bien sûr si le public s'immerge un peu facilement auprès de Norman (Logan Lerman, très pro) un jeune soldat tout fraîchement recruté face aux vieux loups de terre (ou de Guerre) soit Michael Pena, Shia LaBeouf, Jon Bernthal et bien sûr Brad Pitt. Au début l'opposition remplit toutes ses promesses, on a droit a un des passages âpres, durs et denses. Seulement sachant que le film se déroule sur seulement vingt quatre heures, il paraît invraisemblable que ce jeune Norman devienne un sanguinaire à ce point la en si peu de temps. C'est simplement une grosse erreur de scénario.

Il y a deux grands morceaux de bravoures dans le travail de David Ayer. La première est une scène dans un appartement allemand qui paraît interminable mais qui dégage une grande intensité, une grande imagerie, une psychologique particulièrement réussie. L'écriture excelle, les personnages sortent de leurs caricatures pour la seule fois du film faisant ressortir tout le fond du film de manière viscérale et palpitante. Brad Pitt sera à son meilleur en homme aussi charismatique qu'énigmatique. Shia LaBeouf est le plus surprenant dans ce film. Le deuxième morceaux de bravoure est plus formel. Il sagit d'une scène d'action remarquable entre un char Allemand et trois américains dont le fameux Fury. La mise en scène monte en fusion et éclate en offrant au public un réalisme et un suspense redoutable. Un très grand moment.

Avec l'introduction du film soignée et ces deux scènes donc, on a fait hélas le tour du film. Car le reste est incohérent surtout avec la psychologie de Norman qui passe en vitesse lumière de l'agneau au guerrier sans peur et sans reproches. Le film finit plus vers un sentimentalisme, un patriotisme, agréablement en sourdine au départ, de manière inutile et désarmante. Le combat final est une grosse déception, une fin typiquement américaine qui ne dessert même pas ce qu'il y avait de plus passionnant dans ce film, la déshumanisation des soldats. Un château de cartes à moitié construit qui s'écroule en quelque sorte. Norman retrouve son double dans le camps allemands qui lui épargne la vie. Aucune imagerie soudoyée du « héros » et aucune ambiguïté entre les deux camps, on a eu une image des allemands encore une fois complètement débile à se jeter sous les mitrailleuses comme des poulets devant du grain de plomb. Le pire restant la production Brad Pitt à ne pas esquinter le beau gosse. Après des actes héroïques dignes d'une série Z (Brad Pitt doit zigouiller des centaines de nazis sur le char), deux grenades sur lui mourant et seulement deux éraflures sur la joue. Même mort il est trop invincible ce Brad. Il devrait jouer plutôt un film de super-héros pour être crédible.

Fury montre des faits historiques peu montrés au cinéma comme les allemands qui n'avaient pas voulu aller se battre retrouvés pendus avec un écriteau expliquant la raison de leur mort aux entrées des villes. Il y a donc des bonnes choses mais pas assez hélas. Si vous voulez voir un film qui traite aussi bien le côté humain côté allemand que américain je vous recommande plutôt de voir ou revoir Croix de fer de Sam Peckinpah. Fury change un peu de la plupart des films de guerre par son fond, mais rejoint quand même formellement ce que nous avons l'habitude de voir dans le genre depuis sa remise au goût du jour par Il faut sauver le soldat Ryan. A croire que Steven Spielberg a posé toutes les bases du film de guerre depuis quinze ans. Cinéaste et spectateur prenez aussi le penchant Polanski (Le pianiste) ou Loach (Le vent se lève) plus souvent. C'est tellement plus subtil et réaliste que des films de combats. Fury possède donc plein de bonnes intentions avec un peu de réussite, un peu de fond, mais ça ne suffit pas pour en faire un bon film.


Note : 5 / 10