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mardi 19 avril 2016

Demolition



Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Bryan Sipe
Durée : 1 h 40
Interprétation : Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis...
Genre : Burn out version Ikea

Synopsis

Banquier d'affaires ayant brillamment réussi, Davis commence à voir son mariage battre de l'aile. Il a un accident de voiture dont il sort presque indemne contrairement à sa femme, tuée sur le coup. Sur l'instant, il ne ressent rien et dans la salle d'attente un distributeur automatique ne veut pas lui donner ses M&M's. Il décide durant l'enterrement de sa femme d'écrire à la société privée des distributeurs pour faire une réclamation ainsi que de raconter sa vie. Un soir Karen Moreno, la responsable du service client, l'appelle en lui disant que ses lettres l'ont bouleversé. Ils vont alors se rencontrer. Davis de son côté a besoin de tout détruire autour de lui pour mieux se reconstruire. 

Le deuil est un thème toujours intéressant. C'est d'ailleurs peut-être ce qui m'a poussé à aller voir le dernier film de Jean-Marc Vallée. Après Dallas Buyers Club, le cinéaste s'empare à nouveau d'un sujet intéressant et confirme son attachement pour les personnages solitaires à la recherche de survie après un drame, et surtout d'eux même. Une nouvelle fois le sujet est plus intéressant que le film en lui-même. Un manque de personnalité se ressent dans l'écriture et la mise en scène. 

Que ce soit dans la mise en scène comme dans le scénario, tout est trop peu inspiré, peu approfondi pour convaincre. On dirait que le cinéaste ne croit pas vraiment à son sujet et alterne les moments d'humours et d'émotions sans originalité et sincérité. Un peu comme Her de Spike Jonze, Demolition est un film pour hyspter qui a une bonne idée et des thèmes passionnants mais qui s'oriente rapidement vers un produit classique et vain. Dieu merci l'interprétation sauve l'ensemble de l'ennui qui aurait pu nous prendre rapidement s'il n'y avait pas un si bon casting.

Le film en soit n'est pas mauvais. Il est bien réalisé, proprement écrit et les acteurs procurent l'énergie et la justesse nécessaire. Je trouve que le scénario est soit trop sérieux ou pas assez dans son sujet. Ce n'est ni une comédie noire sur le Burn out, ni un drame subtil et fort sur le deuil, mais un peu des deux ou l'écriture alterne sans grande conviction ni originalité. Le cinéaste fait le boulot de mettre ça en scène de manière assez académique mais sans véritablement prendre partie lui non plus au personnage principal, ni aux sujets du film. Du coup on a un film formaté pour le festival de Sundance. Typiquement le même reproche que l'on peut faire à beaucoup de films, notamment ceux de Richard Linklater ou de Jason Reitman (ici producteur d'ailleurs). Le scénario manque de rebondissements, de finesse, de tour de force mais pas de fraîcheur. Dommage qu'il reste tout le long si superficiel sur la psychologie de Davis et qu'il n'approfondisse pas plus le personnage de Karen. La narration se contente trop rapidement de seulement raconter des faits plats et déjà vu. 

J'avais découvert Jean-Marc Vallée avec son premier film C.R.A.Z.Y, qu'on aime ou pas, qui réussissait un juste équilibre entre le documentaire et la fresque familiale avec profondeur et maîtrise. Quand le cinéaste est arrivé à Hollywood, il a perdu sa personnalité et ses films sont finalement trop insipide pour marquer. L'idée originale et le casting sont plus aguicheurs que le film en lui même et ressemble à tous les drames ou les feel good movies aux ficelles classiques. Comme après Her, je suis ressorti de la salle distrait mais avec une pointe d'amertume et de déception. Celle de ne pas avoir un film plus original, plus profond et surtout avec quelque chose de plus long à raconter qu'un court métrage après deux heures de film. 

Demolition est donc un film séduisant par son idée de base et son casting mais il est hélas trop calibré pour les festivals et totalement impersonnel. Il est finalement assez anecdotique avec une dose de feel good movie, des acteurs à la mode et des sujets qui touchent du monde. Heureusement que Jake Gyllenhaal a du talent (autant que Joaquin Phoenix dans Her), à lui seul il donne du mouvement,de l'émotion, du charme au script qui en manque trop souvent. Le jeu de l'acteur est la seule personnalité du film et les fans de l'acteur se régaleront donc une nouvelle fois.  Bien sûr il y a pire que ce film (La rage au ventremais il y a surtout bien meilleur (Night Call) avec ce brillant acteur qui fait parti des grands que les Oscars boudent. Alors, a quand l'oscar pour Jake ? 


Note : 4 / 10

samedi 28 février 2015

Birdman



Réalisation : Alejandro Gonzalez Inarritu
Scénario : Armando Bo, Alexander Dinelaris, Nicolas Giacobone et Alejandro Gonzalez Inarritu
Durée : 1 h 55
Interprétation : Michael Keaton, Edward Norton, Zach Galifianakis, Naomi Watts...
Genre : Bombe mouillée

Synopsis

Riggan Thomson était mondialement connu pour avoir interprété le super-héros Birdman. De cette célébrité il ne lui reste plus grand chose et il tente de monter une pièce de théâtre à Broadway pour renouer avec la gloire. Avant la première Riggan va devoir affronter les acteurs, ses proches, sa famille, ses rêves, son passé et surtout son égo ... 


Techniquement Birdman est impressionnant. Un peu comme si All That Jazz de Bob Fosse était retourné à la manière de Gravity. Le fait de donner l'illusion d'un immense plan séquence est à mon avis autant la force que la faiblesse du film. L'interprétation des acteurs ainsi que le rythme endiablé de la caméra sont suffisamment époustouflants pour rendre l'ensemble du film plutôt bon. On pardonne un peu un scénario qui manque de prises de risques par des scènes d'émotions et des parties plus intimistes assez plates par rapport au reste. 

On retrouve avec Birdman le réalisateur de 21 grammes à des centaines de lieues de son style pour notre plus grande surprise. On ne reconnaît que sa rigueur technique habituelle et c'est le gros point fort du film. Si Birdman se veut un ovni, il ne l'est pas vraiment. C'est un film atypique certe mais avec des ficelles et des intentions bien plus sages et bridées que l'image et l'univers qu'il souhaiterai critiquer et dépeindre. Le film est trop lissé ,compacté dans le moule hollywoodien pour séduire vraiment. Le cinéma et le métier d'acteur est toujours un sujet intéressant des cinéastes en ont fait des chefs-d'oeuvre (comme Robert Aldrich dans Qu'est il arrivé à Baby Jane ?). L'idée de base est aguicheuse avec le mélange de fantastique et de film choral de filmé de manière virtuose. On pense clairement a un croisement entre Robert Altman et de Bob Fosse, ou de Paul Thomas Anderson et de Darren Aronofsky aujourd'hui. Le cinéaste nous avait alors jusqu'à aujourd'hui habitué a des histoires travaillant beaucoup sur les points de vue extrapolés pour mettre en place des drames noirs particulièrement forts. Avec Birdman c'est une toute nouvelle aventure pour le cinéaste qui ne réalise ici hélas qu'une comédie plus douce que grinçante sur le milieu. La mise en scène aussi parfaite et soufflante soit elle en pâtit à cause du scénario parfois trop plat et de manière générale trop sage rendant la technique un peu comme un petit pétard mouillé. Le scénario ne propose que des pauses au public par des fades et banales touches d'émotions qui désamorcent toute l'originalité et la force du film. Dommage car les pointes de fantastique et de psychologie sont tout de même bien amenées, même si elles se démarquent pas plus les unes que les autres. 

Tout est au donc même niveau, le ton et le fond du film manque de cachet pour en faire un chef d'œuvre avec de la fièvre et de la grâce. Tout est axé et porté par le personnage interprété avec grande élégance par Michael Keaton. Une mise en abîme bien vue et assez jouissive sur un personnage qui représente seulement un super héros aux yeux de tous le monde, à l'image de l'acteur qu'il interprète. On retrouve donc dans Birdman un sujet intéressant avec un concept rare et une technique impressionnante. Seulement le film aurait mérité de prendre moins de chemins narratifs (ou de facilités ?) et de s'attaquer de manière plus frontale, incisive et bien plus ferme sur un ou deux des sujets abordés. Et surtout à l'image de la fougue de la mise en scène qui font passer les deux heures assez rapidement. Si la technique reste virtuose et impressionnante, le scénario manque de cachet et on apprécie finalement que les acteurs grandioses que l'on prend plaisir à revoir. L'écriture est trop fade et pas assez couillue pour parler de grand film. On est loin de l'état de grâce donné dans Black Swan et All That Jazz où la mise en scène était merveilleusement au service d'un script à peine plus sophistiqué que celui de Birdman. Tout est plus distrayant à suivre qu'un coup de maître qui prend au tripes.

Quant à la bande son elle est moyennement convaincante. On a droit a de répétition de batterie omniprésente qui est justifiée et donne l'effet d'un film de Paul Thomas Anderson qui ne s'arrête jamais. Plutôt fatigant à la longue je dois avouer et c'est dommage que cela soit mêlé avec des morceaux composés trop fades pour emporter l'adhésion. Birdman est un film assez atypique dans le paysage du cinéma contemporain mais il fait un peu l'effet d'une bombe mouillée : les intentions de bases ne suivent pas la virtuosité de la mise en scène. Comme Hitchcock avait réalisé La Corde à l'époque, on ne retiendra qu'un exploit technique bluffant et un moment de cinéma plus intelligent et agréable que les autres. A voir quand même car c'est toujours mieux et plus intelligent qu'un film comme Gravity. Sans complètement voler son Oscar, il ne vaut pas la démarche d'un film moins technique mais bien plus intelligent et pêchu comme Night Call sorti l'an dernier. 

Note : 6 / 10