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mercredi 11 novembre 2015

Dope



Réalisation et scénario : Rick Famuyiwa
Durée  : 1 h 40
Interprétation : Shaimek Moore, Kiersey Clemons, Tony Revolori, Zoe Kravitz, Blake Anderson, Forest Whitaker...
Genre : Feel very good movie

Synopsis

Malcolm, geek et fan du Hip Hop des années 90, vit à Inglehood, un quartier chaud de Los Angeles. Avec ses deux amis Diggy et Jibs, il jongle entre lycée, musique et entretien pour l'Université. Une invitation à une soirée Underground va entraîner Malcolm dans une mésaventure avec des dealers de drogue et s'attirer des ennuis. 

Dope fait parti du genre de films dont on est fier d'avoir vu au cinéma. D'abord parce qu'il est excellent mais surtout parce qu'il est rare de voir un film indépendant si généreux et énergique à la fois sur les écrans. A la sortie de la séance, on est content d'avoir encouragé sa sortie en salles même si cela ne suffit malheureusement pas pour lui donner le succès qu'il mérite. 

Le film de Rick Famuyiwa possède une sacrée ADN sur le papier. C'est un peu Il était une fois le Bronx de Robert De Niro de nos jours plongé dans l'univers de Spike Lee et de Michel Gondry. Une pincée du meilleur des teen movies et des séries actuelles et nous voilà devant une merveille de comédie indépendante. Le scénario est vif, rempli d’énergie à l'image de la mise en scène. Tout va droit au but sans oublier de nous surprendre assez souvent, que ce soit dans l'action comme dans l'humour. 

Tourné avec très peu de moyens, le film regorge de spectaculaire avant tout par son montage qui sait maîtriser parfaitement la justesse et le ton endiablé du début à la fin. Entre hommage aux années quatre vingt dix brillant, comédie de gangsters efficace et teen movie plutôt fin, Dope possède surtout une enveloppe qui fait sa grande force : la bande son de Pharell Williams. Elle est monumentale et donne le coup de peps supplémentaire au savoureux travail du cinéaste.  Très bien interprété, Dope possède le ton et la franchise qu'il manque à beaucoup de productions dans son genre. C'est un film comme Little Miss Sunshine qui fonce droit au but  à tous les degrés et qui donne envie de regarder pleins de films de ce genre. Dommage qu'ils soient si rares d'ailleurs. 

Dans ce film on ne se moque pas du malheur des autres, on rit dans un milieu qui ne l'est pas et on est loin de tomber dans la mièvrerie. Dans cet univers violent, tout regorge de bonne humeur et d'un message sur l'apparence plutôt malin et frais. Porté par une superbe photographie, le spectateur est diverti royalement par une intrigue qui brille dans tous les points qu'il accoste dans son genre. Si le film n'innove pas vraiment cinématographiquement et se distingue en deux parties distinctes qui manquent peut-être un peu de liants entre elles, il est explosif et généreux. Dope est une moment rare de cinéma qui donne avant tout la patate, et rien que pour ça c'est hautement recommandable !

Note : 9,5 / 10

vendredi 15 mai 2015

Mad Max : Fury Road



Réalisation : George Miller
Scénario : Nick Lathouris, Brendan McCarthy et George Miller
Durée : 2 h 
Interprétation : Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Zoé Kravitz... 
Genre : Death Plouf 

Synopsis

Hanté par un lourd passé, Max estime que le meilleur moyen est de survivre seul. Il se retrouve cependant embarqué auprès d'une bande de femmes qui fuit la Citadelle et le monde dirigé par Immortan Joe. La meneuse Imperator Furiosa souhaite retrouver ses origines et la liberté. Max va l'aider dans cette traque dans le désert. 

Situé chronologiquement entre le premier et le deuxième opus de la saga, ce reboot est plutôt situé cinématographiquement dans le décors et les poursuites du deuxième avec le fond bien niais du troisième. Effectivement ce quatrième opus est un film d'action de plus bien à la mode. Les effets, spectaculaires certes, passent avant le scénario et l'esprit du film pour finalement ne ressembler qu'a une démonstration de jeu vidéo de deux heures. C'est vide et inutile par rapport aux origines novatrices et le western apocalyptique de la saga. 

Le film est une très longue course poursuite très linéaire et très simple à suivre. Ce serait peut-être le seul penchant du film typiquement des années seventies avec les cascades plus traditionnelles qu'à l'accoutumée. Bien entendu il y a beaucoup d'effets spéciaux et c'est aussi massif et démonstratif que n'importe quel blockbuster actuel. Quand le scénario commence à apparaître à nos yeux (oui parce qu'il y en a un en plus de la psychologie pitoyable de Max après une demie heure de poursuite) c'est d'une nullité absolue. C'est tout ce qui a de plus nanardesque avec bien trop de premier degré pour être de la série B. On dirait du Luc Besson : une série Z prise au plus grand sérieux. Seulement Miller se perd et ne donne aucune ambiance et encore moins d'audace à son film. Seuls les décors, qui je pense vieilliront très mal, nous plongent dans l'ambiance. Le peu d'humour présent est comme l'action : répétitive et balourde. 

Le problème reste que le cinéaste a rendu le personnage de Max tout lisse, gentil et complètement non charismatique. J'aime beaucoup Tom Hardy, il fait le boulot mais le scénario balaye complètement le mythe du personnage principal le rendant tout ce qui a de plus nul. Le film est à son image, c'est à dire pas bavard et avec une musculature très épaisse contrairement à sa psychologie. Le script très niais et sans second degrés souhaite mettre les filles au pouvoir. Mieux vaut revoir le film de Tarantino Boulevard de la mort à ce compte là, même si en tête Charlize Theron se débrouille tant bien que mal de ce rôle ingrat. Cette actrice a vraiment du talent, jusque là rien de nouveau, a elle seule elle sauve sur le fil ce Mad Max : Fury Road du pur navet. Cet aller retour consternant dans le désert est assommant non pas par son soleil, ni par sa chaleur mais pas une bande son qui casse les oreilles, syndrome grave des blockbusters modernes. Vraiment il n'y a absolument rien de novateur dans ce film, c'est même plutôt le contraire, une overdose des ingrédients des films d'actions d'aujourd'hui sans scénariste ni réalisateur pour proposer quelque chose d'innovant et de couillu. 

George Miller signe un film d'attraction de deux heures qui ne s'arrête jamais, qui est linéaire en tout point et oublie toute la franchise originale. Tout n'est qu'un feu d'artifice d'action bateau et lisse. C'est un peu Fast and Furious dans les décors du second Mad Max le meilleur à mon goût. George Miller n'a pas toujours bon goût, il est même parfois aussi mièvre que ringard. Un seul effet 3D vaut le coup sur l'ensemble du film, tout le reste peut se voir largement en 2D. Techniquement l'action est impressionnante du début à la fin, mais devient vite lassante et vaine, rendant la démonstration frustrante et ennuyeuse. Je plains les fans de la saga originale, même moi qui ne le suis pas, je trouve ce reboot assez scandaleux. Complètement loupé. 

Note : 3 / 10

jeudi 23 avril 2015

Good Kill



Réalisation et scénario : Andrew Niccol
Durée : 1 h 40
Interprétation : Ethan Hawke, Bruce Greenwood, January Jones, Zoë Kravitz...
Genre : Brûlot bouillonnant

Synopsis :

Le commandant Tommy Elgan est un pilote de chasse reconverti en pilote de drone. Douze heures par jour il combat les talibans derrière sa télécommande à une base à Las Vegas. Le reste du temps Tommy reste avec sa femme et ses enfants qu'il perd de plus en plus en vue. Suites à de nouvelles directives de plus en plus radicales, Tommy se remet en question et se demande s'il ne génère pas davantage de terroristes qu'il n'en extermine.

Andrew Niccol revient avec un sujet brûlant avec son dernier film Good Kill. Si le cinéaste n'obtient pas le virtuose, l'inventivité et le cynisme de ses deux grands précédents films que sont Bienvenue à Gattaca et Lord of War, il signe un pamphlet particulièrement nuancé sur la guerre technologique de nos jours. Que le film plaise ou pas, il soulève toutes les questions qu'American Sniper de Clint Eastwood sur le même thème n'abordait pas. Ethan Hawke brille dans un film maîtrisé et qui porte surtout à la réflexion.

La première heure du film est d'une grande efficacité que ce soit dans le scénario et la mise en scène. Dans l'anti américanisme, l'anti guerre ou la psychologie tendue et ambiguë de ces soldats tout est réalisé d'une impressionnante montée en ébullition. Le crescendo de la violence des missions est également de plus en plus insoutenable pour le spectateur. Dommage que la dernière demie heure soit plus sage dans le fond comme dans la forme. Je regrette que les intentions du scénario n'aillent pas plus loin dans les pensées et les actes du personnage de Tommy, elles paraissent même sectionnées. Cependant elles restent assez intéressantes dans le thème de la violence et de la vengeance. La fin, faussement bonne, a le grand mérite de déranger intérieurement notre vision de la justice, de la Guerre et de sa violence.

Good Kill marque surtout par les questions universelles et modernes qu'elles bousculent en nous. Niccol ouvre des pistes et veut avant tout montrer que les américains sont aussi, voir plus horribles et sanguinaires que leurs ennemis. Avec leurs moyens, ils se permettent même de tuer en masse pour bêtement « protéger les Etats-Unis d'Amérique ». C'est le conflit avec la nouvelle technologie à distance qui agite la lâcheté et les remords chez l'homme qui est certainement le plus pertinent, le plus intéressant dans ce film. L'immersion du spectateur du personnage de Tommy est très réussie. Avec vulnérabilité, le cinéaste dépeint un homme qui a un self control douteux et surprenant qui donne une ampleur et une densité essentielle au film. L'entourage nuance bien les portraits et les messages même si on retrouve bien entendu les clichés, les caricatures. Malgré tout le cinéaste joue avec ces derniers et s'en sert pour bien équilibrer ses idées et démontrer qu'avant tout la guerre est ce qu'il y a de pire pour tout le monde et pour l'Homme. Il n'y a aucune solution. A l'image d'Outrages de Brian De Palma, si nous ne sommes pas dans un grand film de Guerre, Good Kill est un brûlot efficace et pertinent contre les États-Unis mais surtout la guerre de manière générale. Dans les deux camps, la mal évolue à l'image de la technologie, de manière foudroyante et se propage de manière insondable et sourde sur les victimes encore vivantes. Un combat sans fin dans une époque où la violence prend une dimension virtuelle de plus en plus grande, au dessus du simple bain de sang et des tensions psychologiques de la Guerre Froide. L'impression que tout devient surtout de plus en plus incontrôlable.

Après le film d'Eastwood qui se contentait de suivre un texan idiot et borné dans ses actes républicains, Good Kill fait du bien et largement plus intelligent. Si la forme et les messages ne sont pas aussi subtils, tranchés et incisifs que les meilleurs films du cinéaste, il reste dans Good Kill quand même de la richesse dans ses pistes de réflexions, ce qui est toujours rare dans les salles de nos jours. Le cinéaste s'est fait produire par un français, celui de Démineurs de Kathryn Bigelow à l'époque, car les États-Unis ne voulaient pas le faire. Sans être inoubliable, l'ensemble du film est d'une facture plutôt honnête et efficace. Good Kill reste aujourd'hui indispensable à voir dans le genre comme pour le sujet. 


Note : 7 / 10