dimanche 26 juillet 2015

Mean Streets





Réalisation : Martin Scorsese

Scénario : Mardik Martin et Martin Scorsese
Durée : 1 h 50
Interprétation : Harvey Keitel, Robert De Niro, David Proval...
Genre : Etude Sociologique chez les gangsters

Synopsis :

Dans le quartier des immigrés italiens la Mafia a pris ses marques. Johnny Boy, tête brûlée et bagarreur, a emprunté de l'argent à un parrain, sans intention de le rembourser. Son ami Charlie, jeune mafioso ambitieux, tente de le protéger de ses créanciers mais il est de plus en plus incontrôlable.

Après ses deux premiers films, John Cassavetes conseille à Martin Scorsese de se pencher sur un projet plus personnel. Le cinéaste reprend alors un projet qu'il a dans les tiroirs depuis son tout premier film intitulé Mean Streets. Il est actuellement toujours son film le plus autobiographique et celui où l'on retrouve toutes les questions, les situations, les engrenages et les psychologies des prochains films du cinéaste. Le cinéaste a avant tout demandé à Roger Corman si le projet l’intéressait et de le produire ce film. Il acceptait mais à la condition de mettre des Afro-américains à la place des italiens, histoire de surfer à la mode du moment. Scorsese refuse et préfère tourner comme il l'entend son film. Même avec un budget ridicule, ce sera le début de la genèse de sa carrière et un de ses premiers grands films. 

Tourné avec une grande économie à Los Angeles (seules quelques scènes sont véritablement à New York) Mean Streets s'impose comme un film typiquement dans la veine de ce cinéma des années soixante dix qui renouvelle ce que l'on voit à l’écran de film en film. Tourné avec beaucoup de bricolage, le film a un aspect peut-être un peu vieillit et un peu faible ce qui malheureusement l'empêche d'être objectivement un très grand Scorsese car on voit qu'il manque de s'envoler comme il le souhaiterait dans son final. Seulement, il dépasse largement le stade du brouillon et des très bonnes idées car la mise en scène et les acteurs sont tout le long bonnement excellents. Déjà il y a un bon scénario et la mise en scène nous donne l'effet d'un coup de poing toujours cinématographiquement d'actualité. Il rend ce film de gangster atypique entre comédie et documentaire violent à des lieues des films noirs classiques sur les écrans et même Le Parrain de Coppola. C'est déjà une version et une vision moderne et documentaire dans un sujet et un domaine qu'il connaît. Scorsese a toujours eu une approche documentaire dès le début  de sa carrière, c'est ancré dans son style. Comme de nombreux cinéastes, il a été monteur sur beaucoup de films (dont Woodstock de Michael Wadleigh) mais comme il n'était pas dans le syndicat des monteurs il n'était pas crédité dans les génériques. Il a alors depuis toujours glissé dans ses fresques et la plupart de ses films une grande partie documentaire et des reconstitutions et s'en sert dans sa mise en scène. C'est aussi d'ailleurs la plus grande force du cinéaste que beaucoup ne possède pas. Scorsese utilise fiction et documentaire et les deux genres se complètent mutuellement pour rendre une œuvre dense, virtuose et unique. Il donne le maximum de clés au spectateur pour s’approprier le maximum d'indices et de connaissances sur le sujet. Le pur style Scorsese est né avec Mean Streets et se développera avec Taxi Driver avant d'être à son paroxysme dans Les Affranchis, Le Temps de l'Innocence, Casino et dernièrement Hugo Cabret

Devant le film facile est de constater que le cinéaste maniait déjà avec virtuose le vocabulaire cinématographique et l'écriture romancée et documentaire. Cependant ce que l'on retrouve avec originalité et force surtout dans Mean Streets sont ses énormes contrastes. A l'image des deux personnages principaux complètement opposés, la violence, l'humour, les musiques très rock sont en permanence dans un décalage qui donne une seconde vitesse, une double profondeur au film pour le moins géniale. C'est une comédie survoltée de violence au fond très grave et scellé. Le montage est composés de ralentis et de plans rapprochés d'un magnétisme bien trempé. Nous sommes plongés dans du pur cinéma Scorsesien avec un savoureux panache d'humour avec des dialogues excellents et de violence qu'elle soit physique et psychologique. A la fois ridicule et effrayant, Mean Streets est à l'heure actuel toujours très fort dans sa démarche car il montre un film qui se moque totalement des conventions du cinéma ce qui en fait un produit typiquement modèle de la Nouvelle Vague Hollywoodienne. Le cinéaste n'oublie cependant pas que c'est destiné au public et rend le film accessible la comédie et une mise en scène vraiment prenante. Au fond il nous fait ressentir toutes ses pensées et questionnements personnels à travers le personnage de Charlie (formidable Harvey Keitel) un gangster coincé entre le bien et le mal dans un milieu ou les principes et la religion sont au dessus de tout. Bien sur la fatalité, la tragédie du milieu emporte tout sur son passage. Le contraste est fait avec le personnage intenable de Johnny Boy interprété par Robert De Niro, qui par moment fait penser à un droog d'Orange mécanique de Stanley Kubrick  avec l'intelligence d'un Rocky sous cocaïne. Johnny Boy est vraiment l'anti Corleone du Parrain qu'ironiquement De Niro interprétera l'année suivante. 

Ce que l'on retient de Mean Streets c'est surtout la révélation réussie de Martin Scorsese autant par son fond que sa forme ici pleinement exprimée mais aussi de Robert De Niro qui va enchaîner les rôles chez le cinéaste pour une collaboration légendaire mais aussi dans les plus grands films de l'Histoire du cinéma dans les années à venir (Coppola, Cimino, Leone). Mean Streets est un bon film mais peut-être plus destiné aux fans du cinéaste et de De Niro pour être pleinement apprécié. Si le film ne possède aucun temps morts scénaristique mais il possède quand même une longueur qui peut-être assez pénible en raison de l'économie du film qui a tendance à le faire tourner un peu en rond. Un film culte des années 70 qui annonce la future carrière du cinéaste ou sera tout plus approfondi en profondeur par la suite dans Les Affranchis et Casino ou même dans des films comme Taxi Driver et A tombeau ouvert. Ce film a été salué par la critique à l'époque et aujourd'hui considéré comme un film incontournable dans l'Histoire de la période et du cinéma. 

Note : 8,5 / 10

Anecdotes :

Al Pacino était un temps prévu dans le rôle de Johnny Boy. Brian De Palma a fait rencontrer Robert De Niro à Martin Scorsese et s'avérait se connaître et s'être croisés plusieurs fois durant leur enfance. Martin Scorsese joue le rôle d'un gangster dans Mean Streets, il aura l'habitude de faire des caméos et des petits rôles au cinéma par la suite. 

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