samedi 7 janvier 2017

Sully



Après le très discutable American Sniper, Clint Eastwood continue son étude sur le héros américain des temps modernes. Sous son allure de film simpliste se cache une oeuvre faussement mineure. Oui Sully est sans doute son film le plus prenant depuis L'échange et son plus novateur depuis Mystic River

Il y a quelque chose qui empêche Sully d'être un grand film. Je dirais le manque de force, d’ambiguïté et d’intérêt lors du procès durant la seconde partie du film. Seulement c'est aussi la force, l'authenticité du film. Traité à la manière d'un feel good movie héroïque assez sérieux, Sully se termine avec un message d'espoir sur l'espèce humaine. Dans un monde bercé par la peur, le terrorisme ou encore le traumatisme, on retrouve la foi du metteur en scène et des personnages à toujours croire au miracle. Traité avec une pudeur et une élégance faussement académique propre à Clint Eastwood, tout devient intéressant. Cette brillante reconstitution à la fois sobre et spectaculaire de cet événement extraordinaire vaut le coup d'oeil. 

Le film bien entendu laisse planer le traumatisme du onze septembre, les scénarii possibles et imaginables si l'avion s'était crashé en pleine ville dans les cauchemars de Sully. Le plus flagrant c'est de découvrir un pilote d'avion, responsable de la vie de plusieurs personnes, acclamé en héros alors qu'il fait seulement son "travail"  comme tout capitaine pensant avant tout à la vie des passagers. Nous sommes dans un monde ou le moindre geste d'humanité reste remarquable. Le plus grand miracle n'est pas seulement le geste mais que tout le monde soit sorti indemne. Au cinéma en pleine mode des films super-héros Eastwood nous offre un bain de fraîcheur qui fait du bien. Après le très bon Pont des espions de Steven Spielberg, Tom Hanks se retrouve dans le rôle du héros modeste. Son interprétation subtile ne manque pas de nous épater une nouvelle fois. 

Dans American Sniper je reprochais au cinéaste de trop se coller à l'extrême patriotisme de son personnage principal, au point de flirter avec la propagande. On retrouve dans Sully pas mal de points communs avec ce dernier sauf qu'ici le personnage est beaucoup plus humain. Du coup tout passe beaucoup mieux, le message est même beaucoup plus universel. Le recul dont avait besoin American Sniper était moins nécessaire ici, mais il est tout de même bien plaisant laissant au film une belle matière à reflexion. 

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Todd Komamicki
Durée : 1 h 30
Interprétation : Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney...

vendredi 6 janvier 2017

Tu ne tueras point ( Hacksaw Ridge )



Je n'ai jamais aimé un film de Mel Gibson (je n'ai pas vu son premier film L'homme sans visage) mais j'ai pas de mal à avouer que son dernier film Tu ne tueras point est ce qu'il a fait de plus abouti. L'acteur de Mad Max réussit à travers l'histoire de cet héros de guerre ce qu'il a tenté de faire avec son hideux La passion du Christ avec la forme efficace et ultra violente de Braveheart et Apocalypto

La narration classique et les nombreux clichés sont le socle de ce film de guerre qui a un goût de déja vu parfois amer. Permanent ce déjà vu freine toute personnalité, coupant toutes les ailes d'un film qui ne demanderait que de gagner en authenticité. Cependant le cinéaste est si sincère qu'il rend l'ensemble assez intègre et humble pour attirer notre attention. Les scènes de batailles sont aussi impressionnantes qu'immersives, la violence omniprésente rend le spectacle fou et pour la première fois est essentielle aux propos du film. Le cinéaste a trouvé cette fois le bon compromis entre le fond et la forme, et c'est une bonne nouvelle.

Si Mel Gibson a toujours ses thèmes et ne les nuance pas assez à mon goût, heureusement qu'il suit un héros qui bouscule le système en étant un pur croyant et patriote américain. Si on peut regretter un traitement trop superficiel des nombreuses étapes, celle de refuser de toucher une arme à l'armée, on ne peut enlever le côté iconique que ce dernier obtient dans la dernière partie. Si c'est lourd de faire gagner les américains après son acte de bravoure, il y a tout de même un superbe message sur la croyance, la foi et l'espoir dans les situations les plus désespérées qui se dégagent de tout cela. Le côté immersif de la seconde partie a fait son effet sur le spectateur.

Mel Gibson réussit tout ce qu'il a tenté de réaliser dans ces trois précédents films et c'est tout à son honneur. Ce n'est pas un grand film mais un acte de bravoure avec autant de dejà vu et de classicisme que de choses intéressantes et parfois viscérales. Andrew Garfield est aussi beaucoup pour la réussite et la cohérence du film, il est impeccable et aussi sincère que Mel Gibson. Une curiosité réservée tout de même aux âmes averties, les fans des précédents films de Mel Gibson seront aux anges.

Réalisation : Mel Gibson
Scénario : Robert Schenkkan et Andrew Knight
Durée : 2 h 20
Interprétation : Andrew Garfield, Vince Vaughn, Sam Worthington, Hugo Weaving...

jeudi 5 janvier 2017

Alliés ( Allied )




Même quand c'est un film conceptuel ou mineur de Robert Zemeckis, il y a toujours un gage de qualité. Alliés fait partie de la seconde catégorie, un genre de remake dispensable du grand classique Casablanca de Michael Curtiz. 

Sans le très bon savoir faire du metteur en scène, Alliés ne serait pas intéressant, ni distrayant d'ailleurs. Le scénario est beaucoup trop classique, peine à décoller et gagne en intérêt seulement au bout d'une heure après l'arrivée de l'enfant. Le double jeu de Brad Pitt devient alors plus saisissant. Au final tout restera assez sous écrit, ce qui est étonnant pour un scénariste qui a écrit Les promesses de l'ombre de David Cronenberg. Le film atteint ses limites rapidement car tout reste convenu et déjà vu, malgré de très bonnes scènes d'actions et d'intensités sur le territoire français. 

Les acteurs font le boulot, le plus savoureux restera d'entendre Brad Pitt parler français, et dire même "papier cul", avec un accent à couper au couteau. On est loin d'un film d'interprétation mais les deux acteurs rendent tout de même vivant des personnages classiques avec une sobriété bienvenue. Le cinéaste en plus de son savoir faire toujours millimétré, s’intéresse suffisamment à l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux pour faire vivre un script qui manque de passion et d'ampleur. 

Le réalisateur de Seul au monde a le bon goût de rester sobre et de ne pas en faire trop afin de rendre crédible une histoire qui s'oublie facilement. Le scénario manque d'ambition, le cinéaste l'a bien compris et fait le minimum pour rendre une copie propre. Une scène d'amour dans une voiture en pleine tempête de sable et le final, toujours dans une voiture, resteront peut-être ce qu'il y a de plus marquant dans ce film. Avec le recul je reste songeur si un certain David Fincher se serait penché dessus avec un scénariste plus ambitieux. 

Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Steven Knight
Durée : 1 h 55
Interprétation : Brad Pitt, Marion Cotillard, Jared Harris, Lizzy Caplan...




mercredi 4 janvier 2017

Manchester by the sea



Manchester by the sea est un film exemplaire, une rareté qui sort du lot de tous les drames ou mélodrames que l'on peut voir ces dernières années. On y retrouve la force et la grâce des grands classiques de l'âge d'or d'Hollywood avec un rôle principal marginal, torturé et incroyablement émouvant, un rôle typiquement du cinéma des années soixante dix. 

A chaque plan on sent derrière le travail d'un cinéaste simple, sensible et très subtil qui offre au spectateur un équilibre absolu et une intensité dramatique sidérante. Le tout avec le grand tour de force de ne jamais entrer ni même flirter avec le pathos. L'interprétation est aussi une grande réussite, Casey Affleck est splendide tout comme le reste de la distribution. Avec son léger sourire en coin de lèvre quelque soit les moments de sa vie, il est le mélange sobre et élégant de James Dean et de Burt Lancaster. 

La narration est composée de nombreux flash-back, qui ne sont pas jamais déroutants et dévoilent avec mélancolie des bribes du passé du personnage principal. On sent une narration sensible qui n'entre jamais dans les codes d'écritures classiques. Le scénario suit le temps qui passe et brasse avec délicatesse un thème fort comme le deuil. Depuis la brillante série Six feet under, je n'ai pas vu un film aussi brillant et réussit sur ce thème, pourtant assez présent dans le cinéma. Simplement parce que les étapes de la vie du personnage sont traités avec finesse et légèreté. Bien d'autres sujets sont traités comme l'éducation, la reconstruction après un drame, l'absence de communication ou d’engagement, tous également avec une profonde sensibilité. 

L'an dernier Back Home de Joachim Trier malgré quelques défauts m'avait bien plu sur le même thème du deuil, on peut dire que Kenneth Lonergan transcende ce dernier en tout point et nous offre un des plus grands drames de ces dernières années. J'ai résumé ce très grand film dès la première phrase de mon billet d'humeur : exemplaire. 

Réalisation et scénario : Kenneth Lonergan
Durée : 2 h 10
Interprétation : Casey Affleck, Lucas Hedges, Kyle Chandler, Michelle Williams...

mardi 3 janvier 2017

Assassin's Creed



Après une adaptation de Macbeth aussi furieuse que tronquée, Justin Kurzel s'occupe cette fois du célébrissime jeu vidéo. Si la fureur et la violence collent parfaitement à l'essence du jeu et aux scènes d'actions, le scénario est digne d'une pauvre cinématique qui ne mise que sur l'immersion.

L'esthétique est peut-être ce qu'il y a de plus réussi avec la musique mais l'association des deux nous offre un spectacle qui tourne vite à vide. Une nouvelle fois à la fin du film je me suis dit "Tout ça pour ça". Pas de personnalité, ni d'originalité, ni de compassion auprès du personnage principal car on est au niveau du néant en terme d’écriture. On dirait un mauvais film de super héros qui vire en publicité pour adolescent fan du jeu vidéo. Si Kurzel captive par intermittence, c'est uniquement visuel. Pour le reste pas grand monde n'y croit.

Le grand casting, composé d'acteurs qui font gentiment le boulot, permet de rendre lisible un scénario et une mise en scène qui ne le sont pas toujours. Je regrette juste que ce ne soit pas Quentin Tarantino qui se soit penché sur cette commande car je pense que le support original est en or pour lui. Assassin's creed se résume est une accumulation de scènes d'actions répétitives avec une musique vite assourdissante. Le résultat est plus abrutissant que divertissant. 

Réalisation : Justin Kurzel
Scénario : Bill Collage, Adam Cooper et Michael Lesslie
Durée : 1 h 55
Interprétation : Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons, Brendan Gleeson, Charlotte Rampling...

lundi 2 janvier 2017

Rogue One : A Star Wars Story



Un an après une madeleine de Proust fast food totalement impersonnelle, limite immangeable, c'est au tour du spin off de nous replonger dans l'univers créé par George Lucas. On revient donc entre l'épisode III et IV quand les rebelles volent les plans de l'étoile noire pour pouvoir la détruire. 

Globalement j'ai trouvé ça mieux que le passage de main réalisé par JJ Abrams l'an dernier. Notamment dans la forme, beaucoup plus intense, noire et parfois maligne et classe. Cette fois il y a des véritables morceaux de bravoures, un fan service qui a parfois du caractère et surtout une vraie guerre des étoiles à la fin. On peut également trouver une musique omniprésente qui donne une personnalité propre à l'ensemble, parce qu'elle ne marche pas platement sur les pas des compositions de John Williams. Cependant on y retrouve toujours les mêmes défauts que je trouve dans le VII. Il n'y a toujours pas de scénario et encore moins de structure pour raconter une histoire. Impossible dans cette bouillie de bien développer une histoire, les thèmes et encore moins les personnages. 

Les personnages sont creux et l'interprétation plate. Felicity Jones est mauvaise, Diego Luna essaie de faire des efforts mais en vain, son personnage manque lui aussi d'approfondissement. Même Forest Whitaker en fait des tonnes, sûrement en colère de voir son personnage si mal écrit. Disney n'arrive toujours pas à mettre leurs Star Wars sur un piédestal et c'est bien le problème. Comme pour l'épisode VII, cette tare empêche donc ce spin off de se démarquer des autres blockbusters que l'on voit. Un scénario bâtit sur un modèle de tragédie plus classique aurait sans doute pu donner un meilleur film. Cahier des charges quand tu nous tiens. Pour nous c'est la galère, on se réfugie comme des crèves la dalle sur les quelques miettes qui changent un peu du déjà vu. Seulement des touches réussies ne font pas un bon film.

On sent que Gareth Edwards a eu des libertés car on retrouve une touche plus sombre et violente bienvenue. Rogue One est jalonné de clins d'oeil aux autres épisodes, surtout l'empire contre attaque, et à des classiques comme Blade Runner souvent au plan par plan. Il y a également une vision apocalyptique plaisante. On retiendra aussi un robot drôle qui a de la gueule et qui donne une fraîcheur à l'ensemble trop sérieux une nouvelle fois. Pour ma part la seule prouesse du film reste les apparitions de Dark Vador qui sont parfaites. La dernière demie heure du film laisse tout même de l'espoir pour les prochains Spin Off même si une nouvelle fois il n'y a rien d'original dans ce que l'on nous propose. Affaire à suivre avec l'épisode VIII réalisé par le talentueux Ryan Johnson. J'ai hélas bien peur que le lourd cahier des charges Disney flingue une nouvelle fois l'espoir de voir un bon Star Wars dans les années à venir. J'espère bien évidemment me tromper. 

Réalisation : Gareth Edwards
Scénario : Chris Weitz, Tony Gilroy
Durée : 2 h 
Interprétation : Felicity Jones, Diego Luna, Mads Mikkelsen...

dimanche 1 janvier 2017

Top des meilleurs films 2016

L'année 2016 a été une très belle année cinématographique pour ma part. Exceptionnellement il y aura deux classements : un top dix et un de cinq films d'animations. Normalement je n'aime pas trop séparer les deux catégories mais étant donnée la situation ce sera plus clair. Encore une fois tout reste une question de goût. 

De la comédie, du polar, de la science-fiction, du western, du drame, du fantastique, de l'horreur, de la romance : un peu tous les genres sont présents dans ces films.

Top dix des meilleurs films :




The Strangers 
de Na Hong-Jin

Un exercice de style d'une fraîcheur et d'une maîtrise totale et absolument bluffante. Que ce soit dans l'écriture, comme dans la mise en scène, cet ovni à mi chemin entre policier et l'horreur fantastique est une grande bouffée d'air cinématographique à ne pas rater. (Plus ici




Carol
de Todd Haynes

Un classique instantané porté par deux actrices en état de grâce et une mise en scène magistrale. Le réalisateur est au sommet de son cinéma en hommage aux classiques de Douglas Sirk. Après Loin du Paradis et sa série Mildred Pierce, Carol reste lui aussi un très grand film. (Plus ici)




Premier contact
de Denis Villeneuve

Sublime oeuvre de science-fiction sur le thème du langage et de la communication. Premier contact est absolument sidérant de maîtrise et d'intelligence. Pour ma part un grand classique au même rang que Bienvenue à Gattacca



Midnight special
de Jeff Nichols

Entre l'hommage au cinéma de science fiction et un traitement une nouvelle fois très personnel, Jeff Nichols m'a une nouvelle fois passionné. Toujours aussi magistral que bouleversant, le cinéaste retrouve la force, l'intelligence et la classe grandiose de Take Shelter. Un grand film fantastique aux thèmes denses et profonds. (Plus ici)




Mademoiselle
de Park Chan-Wook

Mise à part son Old Boy le cinéaste ne m'avait jamais complètement convaincu jusqu'à ce merveilleux exercice de style. Avec plusieurs points de vues et une esthétique à couper le souffle, Mademoiselle est une claque délicieusement retors. Le scénario et la mise en scène nous offre un délicieux moment de cinéma. Formellement le cinéaste s'est assagit pour laisser place à un classicisme gracieux. Dans le fond, on reste dans un climat pervers et malsain qui fait la renommée du cinéaste. 





Manchester by the sea
de Kenneth Lonergan

Un mélodrame riche et passionnant qui se démarque par son absence totale de pathos.  Casey Affleck est superbe, à mi chemin entre James Dean et Burt Lancaster, dans cette pépite qui retrouve très souvent la force des grands classiques hollywoodiens. Du grand cinéma tout simplement.



Les huit salopards
de Quentin Tarantino

Un retour aux sources jouissif du cinéaste qui reprend The Thing et Le grand silence sous la forme d'une pièce d'Agatha Christie. Les dialogues, la mise en scène, l'interprétation sont une nouvelle fois à la fête pour notre plus grand plaisir. Son meilleur film depuis ses deux Kill Bill. Forcément ça se savoure. (Plus ici




Sing Street
de John Carney

Sur la structure d'un teen movie so british, Sing Street est un feel good musical brillant qui ne manque pas de nous divertir mais aussi de nous transporter du début à la fin. Une réussite totale qui donne la pêche, exemplaire dans le genre du divertissement. Après les gentillets Once et New York Melody, John Carney, ancien bassiste, prend ses ailes et signe un film dans la lignée des Commitments d'Alan Parker. A consommer sans modération. 




Comancheria 
de David Mackenzie

Voici un western moderne avec des acteurs et des dialogues délicieux et une bande originale de Nick Cave qui l'est toute autant. Intelligent et classe, Comancheria est un superbe polar comme on en voit peu avec une peinture du Texas intéressante. Après le saisissant Les poings contre les murs le cinéaste anglais signe une nouvelle réussite, notamment par sa non prétention.



La loi de la jungle
d'Antonin Peretjatko

C'est vrai il y avait d'autres bons films qui méritaient cette place à côté de La loi de la jungle. Cependant j'ai eu un gros coup de coeur et un énorme fou rire d'une heure et demie pour cette comédie sortie des sentiers battus. Comme la comédie n'est jamais vraiment reconnue à sa juste valeur, j'attribue donc cette dernière place à ce film français qui a le mérite de proposer autre chose que ce que l'on a l'habitude de voir. Toutes ces idées farfelues, ce délire moderne du monde du travail et cet hommage sous drogue au cinéma de Philippe De Broca m'a enchanté. A ranger avec les deux OSS 117 de Michel Hazanavicius. (Plus ici)

Je recommande aussi :

Aquarius de Kleber Mendocça Filho, 
Sully de Clint Eastwood,
Un monstre à mille tête de Rodrigo Pla,
The Neon Demon de Nicolas Winding Rejn, 
Dalton Trumbo de Jay Roach, 
Steve Jobs de Danny Boyle.

Top cinq des films d'animations


Zootopie
de Byron Howard et Rich Moore

Disney a reprit du poil de la bête. Sous la forme d'un film noir et d'un buddy movie, on retrouve la réussite et la noirceur des premiers grands chefs d'oeuvre de la firme. Intelligent et actuel, cette merveille d'animation est un dépoussiérage jouissif des clichés et des a priori. Le scénario touche tout le monde et traite avec brio des sujets d'actualités essentiels. Pour ma part il se range avec les meilleurs Pixar et films d'animations. Le plus grand Disney depuis Le Roi Lion. (Plus ici)




Ma vie de courgette
de Claude Barras

Un film d'animation fauché touché par une grâce absolue. L'univers de l'enfance est confronté à celui des adultes en permanence avec tact et intelligence. Tout est tendre et cru à la fois et ne manque pas de nous toucher par la justesse, la candeur et la force émotionnelle de l'écriture. Si vous avez aimé Mary and Max et Coraline, je vous le recommande plus que fortement. 






La jeune fille sans mains 
de Sébastien Laudenbach

Un très bon conte des frères Grimm adapté avec des aquarelles qui peuvent au début dérouter par leur simplicité mais d'une incroyable beauté. Les esquisses nous laissent à l’imagination totale entre le rêve et le cauchemar. Sébastien Laudenbach signe une oeuvre d'art et une expérience cinématographique totale. Toute la cruauté, l'esprit noir des frères Grimm ressort parfaitement dans ce chef d'oeuvre poétique et d'une simplicité exemplaire. 



Le garçon et la bête
de Mamoru Hosoda

Bien loin des films animés de Myazaki ou Disney, Hosoda s'impose comme un cinéaste majeur avec des thèmes bien à lui. Le garçon et la bête est un mélange virtuose de ses trois précédents films qui nous transporte dans un univers profond et enchanteur. Un film sur les valeurs universelles qui poussent à la réflexion avec un souffle épique à la Star Wars pour le moins époustouflant. Une très grande réussite. (Plus ici)



La tortue rouge
de Michael Dudok

Sans un seul dialogue, La tortue rouge s'impose dès le départ à des lieues des standards classiques. Cette plongée est une réussite visuelle et poétique, loin de tout sentimentalisme. Un des plus beaux films d'amour (et) sur la nature que j'ai eu l'occasion de voir. (Plus ici)

Ex aequo avec :



Louise en hiver
de Jean-François Laguionie

Une perle sur la vieillesse et du temps qui passe. L'animation commence par nous caresser pour rapidement nous embarquer auprès de cette vieille dame seule qui se refait une seconde vie après avoir raté le dernier train pour la ville. Par de subtiles petites touches et de magnifiques séquences de mélancolie, Louise en hiver est fascinant, remuant et souvent fantasque. 


J'ai rassemblé ces deux films car ce sont deux revisites personnelles, originales et poignantes du mythe de Robinson Crusoé. 


Je recommande aussi

Le monde de Dory d'Andrew Stanton

Blockbuster de l'année

Jason Bourne de Paul Greengrass 

Moins bon que la fameuse trilogie, cet épisode possède tout de même un personnage féminin plutôt bien écrit et son lot de scènes d'actions impressionnantes. Pas grand chose à se mettre sous la dent car les films de super héros ne sont pas franchement reluisants. Jason Bourne reste toujours mieux, même si Matt Damon se marvelise un peu trop par moments. 

Le film le plus surestimé

Captain Fantastic de Matt Ross

Ce film pour festival est une reprise de Mosquito Coast de Peter Weir pour les Hipsters. Viggo Mortensen toujours impeccable rend potable une caricature contradictoire qui tourne rapidement à vide. Un film contemporain sur l'éducation et les hippies restent encore à faire.

Le film le plus sous estimé

Zoolander 2 de Ben Stiller

Bon ce n'est pas aussi bien que le premier mais si tous les films étaient aussi "nuls",  je serais content. 

Le film le plus mauvais de l'année

Batman Vs Superman de Zack Snyder

Bon même s'il y a quelques qualités (Ben Affleck est un très bon Batman) pour le scénario qui se fout de la gueule du monde à la fin. Impossible de pardonner une telle honte. Dans le fond, Deadpool est bien naze lui aussi. 

Il me manque pas mal de films pouvant influer sur ce classement comme le Jim Jarmush ou le Tim Burton. 

Je vous souhaite une très bonne année cinématographique à tous !

dimanche 16 octobre 2016

Juste la fin du monde



Réalisation et scénario : Xavier Dolan
Tiré de la pièce de théatre de Jean-Luc Lagarce
Durée : 1 h 35
Interprétation : Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Marion Cotillard...
Genre : Hysteria 

Louis, un écrivain célèbre, revient après douze ans d'absence dans sa famille pour annoncer sa mort prochaine. 

Réalisé dans l'attente de son premier film américain, le jeune cinéaste Xavier Dolan s'attaque (ou se précipite) dans une adaptation de pièce de théâtre avec un casting francophone qui laisse pantois. 

Juste la fin du monde a la mérite de diviser le public et de suivre un procédé de mise en scène du début à la fin. L'ensemble est un insupportable concentré des Amours Imaginaires et des points négatifs de Tom à la ferme. Le montage et le concept de filmer en gros plans les personnages sous toutes les coutures de manière rythmée (et par moment clippée bien entendu) donnent une forme reluisante à un scénario creux et des dialogues miteux. L'ensemble est fumeux. 

Le sujet de base est interessant mais absolument aucun thème n'est abordé ni décemment développé. Le film repose uniquement sur des performances d'acteurs car l'écriture, le style, les quelques messages sont dans un style pompier et hystérique qui m'a souvent donné envie de quitter la salle. Les personnages sont enfermés dans leurs clichés et leur superficialité pour notre plus grand malheur. Les acteurs sont là pour le meilleur et le pire à la fois. Si Marion Cotillard s'en sort le mieux, c'est aussi parce que son personnage est vraiment sous exploité. Gaspard Ulliel est bien car il reste sobre, sa voix comme dans Saint Laurent temporise l'ensemble de l’hystérie générale. Forcément, un peu de calme c'est agréable. 

Vincent Cassel n'a plus besoin de prouver qu'il est un grand acteur mais il s'efforce une nouvelle fois d'en faire des tonnes pour le prouver mais aussi meubler le vide de son rôle. Un peu comme le film lui même d'ailleurs, tout est une coquille vide bien emballée. Une nouvelle fois l'acteur de Mesrine fait un show à la limite du ridicule mais parfois réussit à rendre crédible un personnage très mal écrit lui aussi. Quant à Nathalie Baye et Léa Seydoux, c'est tout simplement la définition de la catastrophe. Quand elles apparaissent, c'est tout simplement une bande démo d'actrice jouant des clichés qui se déroule devant nos yeux. Tout cela fait peine à voir. Déjà je trouve que ce sont des actrices que je trouve au au talent limité. Chez Dolan c'est simplement indigeste. 

Indigeste, c'est bien ce qui résume mon impression générale de la projection de Juste la fin du monde. Alors oui je comprends qu'on puisse aimer, je reconnais la qualité de mise en image assez inédite. C'est juste que moi je n'aime pas, je n'ai trouvé aucune subtilité ni finesse dans quoique ce soit. Xavier Dolan y met du cœur et son cinéma est sincère. Seulement c'est vain et très mal écrit. Son style m'insupporte. Le concept trouve rapidement ses limites ne pense rapidement qu'à meubler la non écriture de son film. Rien est réadapté de la pièce sauf la façon de filmer, un exercice de style peu réfléchi en quelque sorte. Pour cela mettre des tubes de musiques qui ne collent pas avec le sens du film sont une nouvelle fois une tare qui tâche dans son cinéma. Le pire revient à la musique de fin qui fout en l'air  et ridiculise sa seule mini tentative de faire quelque chose. 

Mommy ou Lawrence Anyways (aussi longs et pompeux par moment soient ils) possèdent des sujets bien mieux exploités qu'ici. Tom à la Ferme est une autre adaptation d'une pièce de théâtre pas assez aboutie mais où le cinéaste tentait au moins des choses. Ici tout repose sur un concept limité, des acteurs en roues libres et des clips musicaux qui dénotent. Bref il y a tout ce que je n'aime pas chez Dolan dans ces précédents films, et surtout comme Les amours imaginaires. Je n'espère plus rien de ce cinéaste, c'est son style que je n'aime pas. Je laisse désormais aux tout cela aux fans dont je ne fais définitivement pas parti.

Note : 2 / 10

samedi 24 septembre 2016

Le Festival Lumière fera t-il peau (De)neuve ?











De plus en plus attendu par de nombreux passionnés de cinéma, voilà le retour du Festival Lumière à Lyon du 8 au 16 octobre. Le Prix Lumière sera cette année décerné à la célèbre actrice française Catherine Deneuve. La grande qualité de ce festival reste l'absence de compétition entre les films et se déroule sous la bonne étoile de l'hommage. Après Gérard Depardieu, le festival décide donc une nouvelle fois de mettre à l'honneur le métier d'acteur plutôt que celui du cinéaste. Je trouve ça dommage car je pense fortement que les réalisateurs méritent d'être plus mis en "Lumière" que les acteurs. On retiendra avant tout que Catherine Deneuve sera la première femme primée. Pour l'occasion, un cycle consacré aux actrices est programmé : La cité des femmes (Les actrices d'Hollywood de 1930 à 1950).

Non le Festival Lumière ne fait pas peau neuve. Sans pour autant avoir un mauvais programme, il reste dans la lignée de ce que propose la Cinémathèque Française et l'Institut Lumière tout au long de l'année. Ce qui est très décevant finalement. Beaucoup de bons films sont diffusés mais ce sera dur d'en trouver au dessus des années 70. Heureusement que Quentin Tarantino nous a préparé une sélection spéciale films 70's. Cette année des conférences deviennent payantes et comme les années précédentes les billets de cérémonie de clôture partent comme des petits pains pour être revendus le triple sur internet quelques temps après. Tout n'est pas au point c'est vrai mais vous me direz tant que la bonne ambiance est là, c'est l'essentiel. Le festival Lumière devient de plus en plus prisé et devient un peu comme celui des Nuits de Fourvière. Le problème reste que le festival est vendu par Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier depuis le départ comme accessible à tous. J'ai bien peur qu'il ne le soit plus si de grandes personnalités comme Woody Allen ou Steven Spielberg débarquent.

Je ne vais pas vous conseiller d'aller voir quoique ce soit car il y en a pour tous les goûts. La nuit Bande de Potes est décevante, je ne comprends pas du tout l’intérêt ni le choix de ces films, si ce n'est satisfaire toutes les décennies avec des produits purement générationnels. La seule véritable surprise reste la venue de Walter Hill, un réalisateur de série B, qui a réalisé Les Guerriers de la Nuit (The Warriors). Ce sera le maigre lot de consolation quand on voit la petite sélection de films avec Catherine Deneuve. Une grande déception également car on a quelques films mais pas de véritable redécouverte, excepté peut-être Tristana de Luis Bunuel. Tout cela est bien maigre.



Roman Polanski : « Travailler avec elle est comme danser le tango avec une cavalière farouche. »

Et Catherine Deneuve dans tout ça ? Même si je ne suis pas non plus un grand fan de cette actrice, il est indéniable qu'elle a marqué le cinéma français. Elle est l'icône absolue du cinéma français des années 70 à aujourd'hui, tout comme Gérard Depardieu. Ces deux monstres vont d'ailleurs se retrouver en tête à tête une dixième fois prochainement dans Bonne Pomme de Florence Quentin. Leurs retrouvailles sont toujours sympathiques à l'écran. Catherine Deneuve commence sa carrière un peu comme une compétition avec sa sœur Françoise Dorléac, soit toutes les deux dans les premiers essais cinématographiques de Roman Polanski. Catherine Deneuve joue donc dans Répulsion (photo ci dessus) et y trouve le rôle qui a véritablement lancé sa carrière. Parfaitement dirigée, elle est impressionnante à l'image du film. Le réalisateur de Chinatown joue avec la beauté plastique et la diction particulière de l'actrice pour en tirer un personnage décalé, borderline et à la folie envoûtante. Le jeu de l'actrice, déjà assez maniéré, participe à ce voyage dans la folie particulièrement troublant. Cinquante ans après sa sortie, nous ne sortons toujours pas indemne de ce grand film à ne pas rater. Le principal défaut dans la suite de la carrière de l'actrice sera d'imposer rapidement son jeu à ses personnages et de ne pas avoir un metteur en scène suffisamment imaginatif et doué pour l'utiliser à bon escient. Le classique de Luis Bunuel Belle de Jour reste également remarquable sur bien des points. L'actrice reste du début à la fin d'une froideur absolue et laisse une psychologie et un message ambiguë sur le sadomasochisme et le sexe. Une nouvelle fois l'actrice contribue à la force du message et du style du film. Pour le reste, presque chaque fois que je vois un film avec Catherine Deneuve je n'arrive pas à voir un autre personnage que Catherine Deneuve. Ces reproches n'ont rien à voir avec ses prestations et encore moins ses choix de carrière mais souvent je trouve ses rôles trop sur mesure. Après ce n'est pas très objectif et je sais que c'est une question de goût. J'avoue juste que la plupart de ses rôles et compositions me laissent indifférent.

Je reste persuadé que sans la disparition prématurée de Françoise Dorléac, Catherine Deneuve n'aurait pas aujourd'hui une telle notoriété. Quand on revoit Cul de Sac de Roman Polanski, il y a des grandes chances que la grande Catherine soit passée dans l'ombre de sa sœur Françoise. Ce film complètement fou est porté par un scénario et ses deux acteurs incroyables (Donald Pleasance, acteur souvent oublié) et une Françoise Dorléac impressionnante du début à la fin. Cette dernière possédait à 24 ans seulement un jeu époustouflant capable de passer dans tous les registres en un claquement de doigt. Un peu ce que l'on retrouve dans le dernier film du cinéaste La Vénus à la fourrure. D'ailleurs je suis d'ailleurs assez déçu que Cul de sac ne soit pas dans la sélection des films choisis par Deneuve. Elle qui doit tant à ce réalisateur et rend souvent hommage à sa sœur (elle a écrit trois livres sur sa disparition), c'était une occasion de le diffuser. N'enlevons tout de même pas le talent de Catherine Deneuve car elle en a, avec un charisme et charme certain. Cependant je trouve que c'est encore dans la comédie que son style correspond le mieux. François Ozon avec Huit femmes et Potiche l'a bien compris ainsi qu'auparavant Jean-Paul Rappeneau avec ses films La vie de château et Le sauvage. L'actrice a joué dans de nombreux films et aujourd'hui encore beaucoup ne sont pas disponibles en support. C'est pour cela qu'il est bien dommage que le festival ne nous propose pas d'en redécouvrir des introuvables.





Dino Risi "J'ai failli devenir psychiatre et puis j'ai compris, après avoir passé six mois dans un asile de fous que ce n'était pas pour moi. Je suis certes resté dans un asile de fous, mais celui-ci est plus amusant : Le cinéma"

Je vais finir par vous parler d'un film de Dino Risi à redécouvrir absolument car on y trouve notamment une excellente Catherine Deneuve. Il s'agit d'Ames perdues, une rareté dont j'estime que le Festival Lumière se devait de projeter au moins une fois. Tino est un étudiant en Art à Venise qui se fait héberger par son oncle et sa tante qu'il ne connaît pas. Dans l'immense demeure, des bruits étranges l'inquiète de temps à autre. Il se rend compte que quelqu'un vit dans le grenier. Son oncle et sa tante lui disent alors que c'est un membre de la famille subitement devenu fou et qui s'y retrouve enfermé pour leur sécurité et la sienne. Tino va donc essayer d'en savoir un peu plus, à commencer par le passé de ce couple étrange. Pourquoi ne pas envoyer cet homme dans un asile ? Pourquoi ce couple cherche à cacher cet homme ?

Réalisateur de comédies comme Le Fanfaron et à sketchs Les Monstres, Dino Risi était voué à devenir psychiatre mais il est finalement devenu cinéaste. Parmi ses nombreux films, Ames perdues est celui qui parle le plus directement de la psychologie et de la psychanalyse. Sorti de son succès critique Parfum de femme, le cinéaste reprend son acteur fétiche Vittorio Gassman et nous plonge cette fois dans une Venise ténébreuse. La ville inondée et le couple sont filmés comme les vestiges détruits et hantés par le deuil et le déni. Avec l’hôpital psychiatrique en toile de fond, les décors et le sujet rendent une atmosphère anxiogène jusqu'au dénouement final, d'une grande force émotionnelle. Le cinéaste peut compter sur ses brillants dialogues et ses acteurs époustouflants pour emporter le public dans les secrets de ce couple mystérieux et envoûtant. 

Comme dans Parfum de femme, Vittorio Gassman est une nouvelle fois impressionnant avec un jeu tout en nuance, entre puissance et finesse psychologique donnant une dimension pour le moins particulière au film. En face de lui, il y a la belle Catherine Deneuve, aussi angélique que paumée. Détruite, humiliée en permanence par son mari, cette belle blonde se laisse vivre et écraser à cause d'un terrible secret qu'elle nous cache et renie totalement. Est-elle coupable ou victime ? Tout comme le vrai du faux, la frontière reste mince. Ce couple a perdu leur fille unique, il y a quelques années et le thème du deuil est traité de manière plus ou moins frontale. Ecrit de manière pudique et avec une grande élégance, le scénario nous installe tranquillement une intrigue à tiroir à la manière des grands thrillers psychologiques. Le suspense et le voile se lève progressivement jusqu'au magnifique final poignant.


Ames perdues est un film remarquable par son interprétation subtile et intense de l'ensemble de ses comédiens. Catherine Deneuve y est merveilleuse et particulièrement ambiguë. Rarement elle a été aussi bien dirigée et dans un personnage si bien écrit. Il serait dommage de se priver d'un scénario aussi passionnant et de son rythme précis et fluvial. Il est à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Quant au travail de Dino Risi il est tout simplement fabuleux. Le cinéaste réalise ici esthétiquement son plus beau film. Les plans, le montage et la musique sont tous en symbiose avec l’atmosphère pour former un bijou de cinéma. Le film fête ses quarante ans cette année et ne vieillit absolument pas, contrairement à par exemple Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg également dans le même registre. Ce grand film se range dans les films psychologiques des années 70's avec le Giallo culte de Dario Argento Les frissons de l'angoisse, d'ailleurs c'est le même scénariste. Il fait parti des nombreux films inspirés par Psychose et Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock avant le fameux Pulsions de Brian De Palma. Le dvd est disponible sur Amazon assez facilement et vaut vraiment l'investissement. Non seulement le festival Lumière ne fait pas peau neuve mais il mérite un véritable bonnet d'âne de nous priver de la ressortie de cette pépite.

Bon festival à tous ! 



     

dimanche 18 septembre 2016

Frantz




Réalisation et scénario : François Ozon
Durée : 1 h 50
Interprétation : Paula Beer, Pierre Niney, Anton Von Lucke, Ernst Stotzner...
Genre : Qui va à la Guerre, perd sa mégère

Synopsis

Au lendemain de la Grande Guerre, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le Front. Mais ce jour-là, un français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. 


Presque dix ans après Angel, Frantz annonce le retour de François Ozon dans une production européenne. Cette fois c'est un remake d'un film d'Ernst Lubitch Broken Lullaby qui permet au cinéaste de se replonger dans les reconstitutions d'époques et la romance. Le résultat est beaucoup plus classique et académique que les derniers essais du cinéaste mais très référencé et élégant. Une réussite qui n'atteint pas la grâce d'un film comme Carol sorti en début d'année.  

Cet académisme met autant en valeur les points forts du scénario qu'il le dessert. Tout reste propre, très beau et maîtrisé mais le trouble, les différentes passions ou mensonges restent dans l'ensemble trop en retenue pour flamboyer comme dans les grands Kazan Polanski ou récemment Todd Haynes. Je reproche à François Ozon d'être trop respectueux et de manquer de personnalité, ne laissant presque que la part belle à l'interprétation. Pierre Niney et Paula Beer véhiculent toutes les émotions, ils sont incontestablement beaux et excellents. Le cinéaste se contente de s'accrocher à ses eux deux au point d'en oublier presque tout le lyrisme de sa mise en scène. Heureusement le scénario est bien écrit, les dialogues sobres et subtils, le noir et blanc et la belle partition de Rombi (quand ce n'est pas Chopin) nous offrent une forme de qualité. C'est très beau mais l'ensemble manque de personnalité et de cachet. Un grand fossé avec les essais précédents du cinéaste qui fusent et parfois même débordent de tentatives au point de dérouter le grand public.

De manière générale je trouve d'assez regrettable que le cinéaste ne s'approprie pas plus les thèmes du deuil, de l'absence, de l'amour impossible et surtout le trouble que le cinéaste connaît et exerce si bien. Un peu comme si Ozon n'était pas maître de son film, la mise en scène suit sagement et sobrement un scénario classique. Le ressenti du film à Césars, Oscars se ressent mais l'hommage est plus sincère et subtil que par exemple The Artist. Ce dernier dans son genre n'est pas vraiment brillant contrairement à Frantz dans le drame romantique qui se défend bien. On peut reprocher au cinéaste de ne pas souvent aller au bout des choses parce qu'il nous transporte souvent de belle manière. Avec Frantz le cinéaste c'est l'inverse, il nous ballade gentiment mais ne va pas non plus au bout des choses, cette fois dans les émotions ce qui est un comble pour un drame sentimental. Le film reste quand même un produit de qualité que je recommande, surtout pour la rareté de son contexte historique. 

Note : 7 / 10