jeudi 5 juin 2014

Braking Bad (intégrale)



Synopsis :

Quand Walter White, modeste professeur de Chimie, apprend qu'il a un cancer incurable, il se lance avec l'aide d'un de ses anciens élève Jesse Pinkman dans la création de méthamphétamine...


Genre : Chimiquement vôtre.

Breaking Bad est une série avec des qualités, des tours de forces indéniables que je ne peux que saluer. Seulement je la trouve beaucoup trop irrégulière cela dût à un allongement, un étirement sans doute un peu commercial qui donne un goût un peu un arrière goût galvaudé. Les nombreuses lenteurs décèlent les rouages de la mécanique, pourtant très bien huilé sur le papier. La série a la grande qualité de jouer en permanence jusqu'à la fin avec les nerfs du spectateur cela notamment grâce aux personnages qui évoluent sans cesse progressivement de l'américain basique au personnage complètement antipathique. Le scénario de Breaking Bad est surtout cohérent avec son thème principal : la chimie.

Le scénario est un immense assemblage de pour et de contre du bien et du mal, un peu comme une expérience qui va d'un point A un point B. Si les nuances à mon goût ne sont pas assez appuyées et à la limite de l'incohérence, tout reste en totale alchimie et les ressorts sont orchestrés de manière plus ou moins efficace et précise. Seulement je suis plus resté un simple observateur devant toute la série, un peu comme devant un tube à essai car les ressorts du scénario sont tout ce qui de plus mathématiques, froids et trop calculés. Rapidement il manque le charme d'une œuvre écrite par un auteur qui a le sens de l'imperceptible et du virtuose. Les différents rallongements font ressortir toutes les coutures du fil narratif ainsi que les différentes intentions du scénario ce qui donne plutôt l'impression de regarder une série bien faite et ambitieuse mais hélas stagnante. Un peu comme pour la psychologie des personnages, l'intrigue n'est jamais franche et bien trop peu ambigüe. Le spectateur reste simple suiveur d'une expérience chimique. Si les intentions veulent en permanence distancer les différents personnages du spectateur, il en est de même pour l'intrigue. On ne s'implique donc pas dans Breaking Bad on su(b)it souvent l'action qu'on entre ou pas dans la série. L'originalité et le professionnalisme éblouit beaucoup et porte admiration mais on reste toujours loin de ses personnages sombres au final, loin du potentiel installé. L'immersion et le parti prit (bon ou mal) était pour ma part un peu plus que nécessaire dans une série si allongée.

Si le concept de la série est bon, l'interprétation de manière générale irréprochable et ponctués de beaux morceaux de bravoures dans certains épisodes au niveau du suspense, Breaking Bad est de manière générale une série qu'on admire derrière une vitrine. S'il est vrai que c'est une nouvelle fois cohérent avec son thème, ça ne lui donne pas le poids face à des grandes séries qui ont un vrai ton d'auteur et une intrigue dense. Avec un fil conducteur si cynique, si riche en possibilités et ponctués de bonnes trouvailles, il est bien dommage que cela soit désamorcés par ce manque d'ambition, d'un parti prit plus manipulateur. Avec la recette de toujours vouloir distancer le spectateur, la série ne s'avère qu'une série calculée ou raisonnée comme celle d'une formule chimique. Des films avec des personnages antipathiques comme Scarface de De Palma ou dernièrement Le Loup de Wall Street de Scorsese utilisent un point de vue complètement distant avec un regard acide et cette méthode est tout à fait justifiée et même indispensable. Pas vraiment dans Breaking Bad car les intentions finales se veulent plus émouvantes que celle du simple poisson rouge qu'on critique à tourner en rond dans son bocal.

Les personnages eux aussi sont sans cesse présentés au spectateur avec une totale antipathie. Le scénario nous jette un peu à la figure le bon et mauvais côté des personnages afin de les suivre comme des cobayes tout le long. Hélas tout ne fonctionne pas au niveau des intentions finales au niveau de leur psychologie. Si l'étude humaine de manière générale est plutôt bien pensée et bouclée, l'écriture est tellement diluée, allongée que les personnages ont des réactions et une psychologie qui manque de nuances. Ce sera Blanc ou Noir et jamais gris. Seul le personnage de Mike reste un peu ambigu, élégant et mystérieux à souhait, ainsi que le flegmatique Gus Fring, mafieux pour le coup vraiment inoubliable.

Effectivement cet étirement, ces lenteurs et cette distanciation abusive font faire des évolutions brutales qui sautent parfois aux yeux. Skyler change de camps presque sans aucune étape, Hank ne veut que son enquête en terrain sans quoi il se transforme en bête inhumaine envers sa femme. On aura aucun développement sur ses crises. Jesse change du dealer pervers en émotif amoureux et Walter est borné tout le temps dans la morale du bon père de famille, alors qu'il possède une sorte de schizophrénie d'un homme mauvais qui ressort en coup de folie de temps à autre. Outre son ego et ses actes meurtriers rien ne sera plus développé. Toutes ses différentes émotions resteront enfouies en lui jusqu'à la fin. Une sorte de bombe qui n'explose jamais. Si le tour de force de rendre Walter White attachant et de plus en plus détestable est globalement réussi, il est toujours le cobaye du script et finalement un personnage assez raté psychologiquement. Ces changements de comportements et de psychologies sont de manière générale très grossiers sur chaque personnage, ils sont amenés avec très peu de crescendo de tacts et de subtilités. Ce qui amène a un spectacle un peu frustrant, mais pas dans le bon sens du terme.

Beaucoup d'épisodes traînent en longueur et mettent du coup en valeur les rares moments de suspense que l'on trouve du coup grandiose. Avec le recul ces derniers moments sont simplement un peu plus mouvementés comparés au reste. On remarquera tellement peu de suspense de manière générale qu'outre les trois derniers épisodes de la saison quatre ainsi que l'épisode quatorze de la saison cinq que tout de suite le suspense peut vite grandir avec un scénario plus compressé. Le scénario qu'on désirerait avoir dès le départ. Une recette assez anecdotique au final dont on s'aperçoit que Breaking Bad possède avant tout sur un scénario malin et surtout avec des accroches en début et fin d'épisode ainsi que de ses saisons qui donnent envie de voir la suite, même si on s'est ennuyé tout un épisode. La recette est particulièrement abusée du début à la fin.

Cependant la série a tout de même le mérite d'être dans son ensemble régulière, cohérente et sait également s'arrêter quand il le faut. Si la troisième saison est inférieure en nous offrant uniquement une palpitante fusillade, elle est quand même à l'image de la série : trop irrégulière pour être savoureuse. Alors que l'épisode pilote dégageait un léger ton des frères Coen, ce dernier s'évapora très vite car Breaking Bad n'a rien à voir avec un scénario d'auteur. Le ton est bien plus proche d'un chimiste, d'un artisan au bon savoir faire calculé que celui d'un cinéaste doué et authentique. Si cela reste de manière globale bien fait, bien conçu et bien mené, il faut le petit plus que les calculs mathématiques pour faire le script d'un film ou d'une série. Le concept a séduit du monde, je conçois, mais ce n'est ni mérité, ni démérité.

S'il existait une formule précise pour faire un bon film ou une bonne série, je pense que pas mal de producteurs se la disputeraient. Breaking Bad n'est pas une bonne, ni une mauvaise série elle est simplement originale et unique de nos jours par son ambition. Pour ma part même si elle a un charme séduisant, cette série est trop calculée, anecdotique et ennuyeuse pour qu'elle entre dans mes favorites.

Moyenne générale : 5,8 /10

mercredi 4 juin 2014

Dallas Buyers Club



Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Craig Borten et Melisa Wallack
Durée : 1 h 55
Distribution : Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner, Griffin Dunne
Genre : Interprétation à oscar.

Synopsis :

En 1986 au Texas dans la ville de Dallas, Ron Woodroof, un vrai cow-boy de 35 ans vit dans le sexe, la drogue et le rodéo. Il est diagnostiqué séropositif et lui reste trente jours à vivre. Révolté par l'impuissance du corps médical, il fait recours à des traitements alternatifs non officiel. Au fil du temps, il rassemble d'autres malades en quête de guérison et forme le Dallas Buyers Club. Seulement son succès gêne et Ron va devoir se battre face aux laboratoires et aux autorités fédérales. Le film raconte ce combat de Ron pour une nouvelle cause, ainsi que pour sa survie.

Dallas Buyers Club traite une partie de l'Histoire sur les premières tentatives de traitements contre le VIH à l'époque où la maladie était encore un sujet très tabou, peu médiatisée et encore catégorisée uniquement aux homosexuels pour la plupart du monde. Le thème est tellement saisissant qu'il apporte un immense intérêt à ce premier film hollywoodien de Jean-Marc Vallée. Le cinéaste, reconnu auparavant avec C.R.A.Z.Y, prend le sujet à cœur avec un sens très professionnel et minutieux du détail. Si l'intrigue est aussi fine qu'une aiguille de perfusion, le film convainc bien plus par le côté documentaire ainsi que le combat pour la survie du personnage principal, Ron Woodroof.

Avec des personnages très catégoriques (en même temps les cow-boy texans...), un scénario tout ce qui a de plus linéaire et rédigé sous une plume très classique, le film manque d'ampleurs, de ressorts et de tensions dramatiques de manière générale. Dallas Buyers Club se repose à mon goût trop sur son sujet et surtout l'interprétation de ses acteurs. Le cinéaste mise pratiquement que sur McConaughey tout le long. Si la performance de l'acteur de Killer Joe, ici plus proche de Christian Bale dans The Machinist, est une nouvelle fois incroyable et justement oscarisée, il est bien dommage que rien d'autre n'attire autant la stupéfaction. Auprès d'un Jared Leto époustouflant, lui aussi logiquement oscarisé du meilleur second rôle, l'interprétation donne tout le relief, toute l'émotion à ce scénario trop académique et froid.

La plus grande frustration vient de la mise en scène. Jean-Marc Vallée n'illustre que trop sagement et sans prises de risque son scénario. Si le cinéaste a tout de même le bon goût de ne pas en faire des tonnes dans l'émotion (ce film est très sobre), son académisme est à l'image de celui du script. Rien ne décolle vraiment, ce qui rend ce film à mon humble avis, l'inverse d'Harvey Milk de Gus Van Sant hormis le fait indéniable que les deux films sont portés par deux acteurs au sommet de leur art. Le film de Vallée à un sujet palpitant mais avec une mise en scène figée et platement illustrative. Gus Van Sant quant à lui donnait vie à un scénario très classique, voir parfois ennuyeux, avec une mise en scène poignante, personnelle et virtuose. Le scénario de Dallas Buyers Club a beau être un passionnant combat et avec de touchants portraits de victimes, son classicisme, sa précision documentaire bien trop léchée avait besoin d'un metteur en scène plus engagé, plus culotté et plus ambitieux pour lui offrir une poigne de vie plus marquante qui s'avérait tout de même indispensable avec un tel sujet. Voici sans doute ce qui bloque ce bon film à celui d'un très grand film.

A la fin de la séance, éblouit par l'interprétation, le sujet fort je suis quand même resté un peu sur ma faim, frustré par ce classicisme, même si j'avais vu de manière globale un bon film. Un peu comme pour The Sessions de Ben Lewin l'an dernier, on ne peut pas dire que le film soit loupé, loin de là, seulement qu'il est tout de même trop académique dans tous les sens du terme pour être inoubliable et marquant. Dallas Buyers Club est un film indépendant dans cette catégorie, impersonnel mais qui vaut le coup d'œil pour son sujet et l'interprétation masculine « rayonnante ». Ce serait dommage de ne pas y jeter un coup d'oeil.


Note : 6/10

Top of the Lake (intégrale)



Synopsis :

Tu, une jeune fille de 12 ans et enceinte de cinq mois, a disparue après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d'un lac du coin. La détective Robin Griffin, chargée de l'enquête se heurte rapidement à Matt Mitcham le père de Tui, un baron de la drogue local intouchable. Un mystère subsiste dans ce coin perdu de Nouvelle Zélande.


Genre : Flop of the Lake

Dans la famille des séries ratées je demande Top of the Lake. Tel un jeu des sept familles, on pourrait largement mettre celle-ci dans le rôle de la mère. L'intrigue prend énormément le temps à décoller pour s'essouffler très rapidement et devenir complètement ridicule et incohérente sur sa fin. Seul point positif, les magnifiques paysages de la Nouvelle Zélande filmés avec une belle photographie. Consolation aussi maigre que l'intérêt de cette série.

En survolant le synopsis, on pense forcément à la célèbre série Twin Peaks. On en est hélas très loin même si le traitement de cette (longue) mini série, de six épisodes de presque une heure chacun, est différent de la série américaine. Avec toute la volonté de vouloir implanter une ambiance mystérieuse et énigmatique au niveau de la niveau mise en scène, le scénario n'y arrivera hélas jamais. Multipliant de manière maladroite la psychologie des personnages, l'ambiguïté voulue pour l'enquête s'effondre comme un château de cartes assez rapidement. Toutes les invraisemblances remontent très vite à la surface pour ne finir qu'a les voir en premier plan. Cette histoire de viol sur l'héroïne (Élisabeth Moss, fadasse et mauvaise à souhait) est façonné avec de la psychologie de comptoir. Tout l'univers de la série est ponctué de clichés sur les campagnes reculées, ornés de personnages complètement bornés et idiots, tous aussi antipathiques qu'inutiles. On remarquera un sur-jeu permanent hélas surprenant de Peter Mullan (en mode Jeff Bridges). Holly Hunter en plus d'être complètement grotesque est inutile.

Si l'originalité manque dans Top of the lake, c'est avant tout de subtilité dont cette série est abyssale. L'épisode pilote de la série attise la curiosité par le nom de Jane Campion au générique ainsi que la belle photographie des paysages Néo Zélandais. Le scénario ensuite ne s'avère n'être rapidement qu'une pile de clichés pour le moins honteuse et complètement invraisemblable. L'intrigue est traitée de manière grossière, dans le too much absolu, surtout dans les détails psychologiques. Les réactions des personnages sont complètement incohérentes. En particulier l'inspectrice qui fonce tête baissée sans intelligence, sans jugeote et sans démarche logique dans le tas. Complètement débile. La série étant complètement dénuée d'humour, on se moque pas d'elle. Le spectateur suit désespérément cette cruche écervelée et prétentieuse tout le long. Elisabeth Moss en plus joue mal et en rajoute des caisses à tenter de faire passer un semblant d'émotion. Summum de la débilité avec la libido de cette dernière qui prend le dessus en pleine course poursuite dans une lisière d'un bois avec son amant Johnno Mitcham. Ce dernier aussi a une psychologie et un caractère complètement aléatoire risible de ridicule. Le camps de ces femmes paumées n'apporte également rien du tout à l'intrigue sauf faire découvrir au public que des rochers ou un ruisseau peuvent être des amplis très efficaces pour des guitares électriques...

La série est donc très mal mise en place avec un pilote très lent, qui manque d'accroche et surtout d'ambiguïté et de virtuose. La suite ne rattrapera rien de cela, car elle est tout simplement très mal écrite et surtout trop rallongée pour le peu d'intérêt qu'elle présente. En gros il ne se passe rien, un film d'une heure trente environ aurait fait l'affaire. Du côté de la mise en scène, Jane Campion et Garth Davis en font des tonnes, se reposant uniquement sur la photographie. A part cette dernière, c'est soit noir, soit blanc au niveau des nuances. Le tout est souligné lourdement en permanence avec de la lenteur et de la redondance, comme un film d'auteur. Seulement si du côté de la bande son, c'est plutôt sobre (et heureusement), on prend le spectateur pour un idiot tout le long comme un mauvais film ou téléfilm français ( mais bien cadré).

Les paysages splendides et perdus ainsi que la météo maussade sont les seuls facteurs à rendre une atmosphère mystérieuse dans cette série ratée dès la moitié de son troisième épisode. Alors que Top of the Lake et Broachurch sont des relectures modernes et explicites de la série de Frost et Lynch, la série anglaise n'a absolument à envier à celle de la réalisatrice de Bright Star. Uniquement le directeur de la photographie et son chef opérateur du côté technique car sinon au niveau du suspense, de l'honnêteté et de l'efficacité c'est tout à fait l'inverse, Broadchurch est largement au dessus. Ce qui fait de Top of the Lake plus qu'une série ratée, mais une série au final complètement ridicule et inutile.

Note : 2,5/10


mercredi 28 mai 2014

The Grand Budapest Hotel




Réalisation : Wes Anderson.
Scénario : Wes Anderson et Hugo Guiness.
Durée : 1 h 40
Distribution : Ralph Fiennes, Tony Revolori, Wilem Dafoe, Edward Norton...
Genre : Le musée Grévin de Wes Anderson

Synopsis :

Les aventures de Gustave H, l'homme aux clés d'Or d'un célèbre Hôtel de l'entre-deux Guerre et du garçon d'étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle. La recherche d'un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d'un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur la vieillie Europe en pleine mutation.

N'étant pas un très grand fan du cinéma de Wes Anderson, Fantastic Mr Fox ainsi que Rushmore sont particulièrement remarquables par leur symbiose totale entre leur scénario et la mise en scène si atypique du cinéaste. C'est en partie pour cette raison que ces deux films restent mes préférés du cinéaste à l'heure actuelle et celle dont je suis resté totalement hermétique à The Grand Budapest Hotel. Dans ce dernier, le cinéaste se repose uniquement sur sa mise en scène stylisée dans une histoire en poupées russes, au final plus cache misère que virtuose ou innovante.

Dès le départ, le cinéaste file à son habitude à toute vitesse dans son abracadabrantesque scénario et ne prend pas le temps d'installer une atmosphère ainsi qu'une intrigue solide avec ses multiples vignettes de bande dessinées appliquées. Son scénario est sans cesse au service de la démonstration de sa mise en scène. Dans un fouillis interminable, la narration est beaucoup trop alambiquée et au final fait plus poudre aux yeux qu'autre chose. Sans être drôle, ni touchant, le cinéaste déballe son savoir faire pendant une heure quarante qui en paraissent, comme d'habitude, le double. Wes Anderson reste distant entre son sujet et ses personnages et peaufine cette fois uniquement son sens du détail visuel. Le cinéaste s'enferme hélas dans la caricature même de son style. Le script place le maximum d'actions et de personnages dans un espace temps record et case comme il peut son gigantesque casting en oubliant de créer un ton et un point de vue perceptible juste et, surtout, intéressant. On retrouve un hommage au cinéma muet avec du burlesque et une touche d'expressionnisme dans des séquences remarquables mais seulement par un graphisme resplendissant. Ces dernières seraient mémorables si le cinéaste avait prit la peine et le temps de bien les préparer antérieurement et les développer. On a donc droit à une poursuite dans le musée traitée de manière beaucoup trop rapide qu'elle en est carrément frustrante. La scène d'évasion de la prison qui ne s'avère que du pompage de Fantastic Mr Fox. Un gâchis.

Si Ralph Fiennes retrouve des lettres de noblesses dans un rôle avec un personnage sympathique, pas mal du reste du défilés de guest stars sont, certes, très à l'aise mais coincés dans des rôles trop caricaturaux et complètement survolés. Au final on se moque totalement de tout le monde (comme du film d'ailleurs). Tout est tellement calculé, que le charme et l'improvisation n'arriveront jamais. Côté français, Léa Seydoux réussit en deux phrases à confirmer son manque de talent contrairement à Mathieu Amalric qui élargit son jeu international une nouvelle fois avec brio. Quant à la musique d'Alexandre Desplat, elle ressemble beaucoup trop à celle de Moonrise Kingdom. Elle n'est pas mauvaise mais utilisée sans cesse à la limite de l'overdose, à l'image du style du cinéaste. On appréciera cependant quelques transformations comme Willem Dafoe, Tilda Swinton ou Harvey Keitel. Le plus plaisant reste la redécouverte du trop souvent oublié Jeff Goldblum, revoir F Murray Abraham et son talent si bien conservé à faire passer le gros de l'émotion à la toute fin ou encore Adrien Brody dans un rôle à contre emploi plutôt sympathique.

The grand Budapest Hotel est une relecture des contes de Zweig vaine et assez épuisante. Tout le potentiel est inexploité et l'ensemble complètement noyé dans le propre style du cinéaste. Même sans prétention, ce dernier n'évolue pas du tout et s'auto satisfait de son style du début à la fin. Il ne tente rien sauf offrir à ses fans ce qu'ils veulent : voir un film de et "à la Wes Anderson". A la sortie de la séance j'étais avant tout frustré de ne pas être entré dans l'univers ne serai-ce pour partager un moment agréable et décalé avec tout cette pléiade d'acteur. Sans cesse j'ai eu la désagréable impression que le scénario n'était qu'un prétexte pour développer son style son lot de trouvailles visuelles, dont la plupart sont recyclés de ses premiers films. Cela lui permet de surfer avec le succès critique et commercial aujourd'hui à la mode comme l'est Tim Burton ou encore Quentin Tarantino. Wes Anderson est dans le même panier, il ne se renouvelle pas.

Une démonstration de son style exubérante au final plus frustrante qu'agaçante quand on voit les moyens techniques utilisés. Alors que son précédent film Moonrise Kingdom dégageait une nostalgie plutôt sympathique on se retrouve dans cet hôtel plutôt dans un musée de Guest stars à l'effigie du réalisateur. Une sorte de musée Grévin ou Tussaud dont les acteurs et le cinéaste sont les seuls en vie et à s'amuser devant un public qui a de forte chance de rester comme moi : paradoxalement de cire.


Note : 4/10

vendredi 23 mai 2014

The Best Offer





Réalisation : Giuseppe Tornatore.
Scénario : Giuseppe Tornatore.
Durée : 2 h 10
Distribution : Geoffrey Rush, Jim Sturgess, Sylvia Hoeks...
Genre : Virgil et la mécanique du coeur

Synopsis :

Virgil Oldman (Geoffrey Rush) est un commissaire priseur de très grande renommée. Ce dernier n'a de relations intimes avec les femmes qu'auprès de sa collection personnelles de portraits féminins qu'il a constitué secrètement au cours des années. Même son vieil ami Billy (Donald Sutherland) ne le connaît pas trop intimement. Pour une affaire, Virgil reçoit un coup de fil d'une cliente qui ne veut traiter avec lui que par téléphone. Sa curiosité piquée à vif, Virgil ne peut s'empêcher d'essayer de la voir.

C'est donc dans seulement environ quatre vingt dix salles dans toute la France que The Best Offer fait son apparition sur le grand écran. Le film est pourtant réalisé par Giuseppe Tornatore, un cinéaste italien qui avait auparavant marqué le public et les cinéphiles avec Cinéma Paradiso il y a maintenant un quart de siècle. Depuis le cinéaste n'aura atteint que très peu de succès, encore moins pour son remarquable Marchand de rêves. Le cinéaste était plus particulièrement reconnu comme un conteur d'histoire avant tout et pouvait souvent compter compter sur son compositeur attitré depuis son deuxième film Ennio Morricone pour faire passer le gros de l'émotion.

The Best Offer est bien loin de tout ce que nous avait proposé le cinéaste jusqu'à maintenant. Ce dernier signe un thriller maniéré à l'ancienne tout ce qui a de plus majestueux. En hommage à Hitchcock et Mankiewicz, ce thriller romantique à la mécanique parfaite serait plus du niveau d'un grand Brian De Palma des années soixante-dix que d'un Tornatore de Cinéma Paradiso. Le film pose une ambiance énigmatique, comme seul sait le faire Polanski de nos jours, tout le long du film par son fabuleux scénario. Ce dernier est magistral, il possède une écriture parfaitement rythmée, dense et veloutée du début à la fin. Du côté de la mise en scène également, le cinéaste crée à l'aide d'une belle photographie et une bande originale très inspirée de Morricone une atmosphère énigmatique et tendue à souhait. Le public se retrouve dans les rouages du grand cinéma tout simplement, une bulle où se croise le thriller, le film sentimental et le drame de manière pour le moins virtuose.

The Best Offer est un film absolument merveilleux par son suspense à la fois simple et très dense. On notera sans problèmes la grande aisance dans laquelle s'enchaîne les pièces des différents puzzles des genres et des retournements (que je ne vous révèlerai pas bien sûr). Pour faire ressortir tout cela à l'écran, on retrouve un casting absolument parfait où Geoffrey Rush excelle particulièrement dans un rôle toute en ambiguïté, élégance et finesse. Psychologiquement très intéressant et doté d'une émotion qui vous donnera des frissons, vous prendra à la gorge, The Best Offer est d'un point de vue purement cinématographique un vrai travail d'orfèvre. Sans copier et en gardant son authenticité, le cinéaste fera penser à Obsession de De Palma ainsi qu'au Limier de Mankiewicz actualisé, sans pour autant être alourdit par des clins d'œil, ni des connotations à ces classiques. Tout est subtil, virtuose, envoutant et jamais tape à l'œil. Pour ceux qui devineront le dénouement avant la fin (ce qui ne fut pas mon cas tant les pistes m'ont absorbés tout le long), le spectacle final reste très touchant et vaut assurément le détour.

Ce que le film de Spike Jonze Her a niaisement loupé dans un semblant de thème similaire (une femme invisible), Tornatore, du moins dans sa première heure, le réussit d'une manière intelligente, intrigante et touchante. The Best offer est un exercice de style virtuose et puissant dont les différents genres s'enchâssent avec une redoutable habileté et une efficacité exemplaire sous une plume et une mise en scène autant au cordeau que de velours. Tous les objectifs du scénario fonctionnent, le final est un total contre point, très touchant et particulièrement réjouissant par rapport aux différentes productions du genre actuelles.

Giuseppe Tornatore signe son film le plus réussi avec ce chef d'œuvre où tout est y absolument grandiose. Le public a pour une fois droit a du grand cinéma, chose bien trop rare ces derniers temps qu'il se doit absolument d'être averti. Hélas bien trop peu pourront le voir à cause d'une transparence promotionnelle quasiment totale. Le bouche à oreille s'avère donc indispensable. Aller voir ce film très vite si jamais il passe encore près de chez vous où procurez vous le en Dvd, Blu ray à sa sortie dans quelques mois. Ce sera dans tous les cas un beau conseil, un beau cadeau à tous les passionnés de cinéma. Malgré le dénouement, la rediffusion s'avère encore être un intelligent et grand moment de cinéma.

Assurément un des grands films de ces dernières années signé par un passionné de cinéma et d'histoire au sommet de son talent. Un coup de maître qui fait de The Best Offer un des meilleurs films de l'année. 


Note : 10 /10

dimanche 20 avril 2014

Top des films d'animations

Le panel du film d'animation est de plus en plus florissant ces dernières années. La technique est de plus en plus réussie, approchant de la perfection et le public ciblé est de plus en plus les adultes. Des cinéastes plus ou moins indépendants (de Tim Burton à Ari Folman) s'en accaparent pour réaliser l'infaisable en prises de vue réelles.
Avant de faire un petit palmarès extrêmement difficile parmi les nombreuses pépites que le genre possède et continue de nous offrir, je vous propose un bref débriefing du milieu.


Les studios Disney :
Toujours les plus connus autour du Monde et depuis Blanche Neige et les sept nains, les productions de Walt Disney est le chef de file de l'animation. Ce n'est que depuis une bonne dizaine d'années qu'ils ont de la concurrence. Disney a la particularité de réactualiser, de mettre au goût du jour des contes universels. Tout en restant très athée, leurs classiques sont souvent intemporels, visant un public jeune et jouant sur l'éternel enfant qui est dans l'adulte. Beaucoup sont des chef-d’œuvres inoxydables. On peut y trouver des grands classiques (CendrillonLe Livre de la Jungle, La belle au bois dormant, Le roi Lion...) comme des films mineurs qui sont très réussis (Merlin l'enchanteur, Bernard et Bianca, Kuzco). Tous les enfants et leurs parents connaissent les films Disney, non seulement parce que la culture le veut mais aussi parce qu'ils touchent tous tout simplement. Walt Disney c'est un peu Charlie Chaplin au cinéma.


Les studios Disney/ Pixar :
Après Disney autant enchaîner avec un autre fleuron de l'industrie de l'animation : Pixar. Depuis Toy Story et 1001 pattes, c'est Pixar qui a vraiment prit le monopôle du virtuose des oeuvres Disney. Pixar a remit en valeur l'humour et le charme irrésistible des personnages secondaires des anciens Disney. Ceci tout en gardant le classicisme et l'intemporalité des plus grands classiques Disney, sans oublier d'insuffler le sens de l'inventivité et de la dérision. L'inventivité des cinéastes ainsi que le savoir faire est absolument à leur apogée. Que ce soit celui qui aime le classique (Le Monde de Nemo) comme l'originalité (Montres et Cie), pour les enfants (Cars), ou plus adultes (La haut), les gourmands (Ratatouille), les nostalgiques (Toy Story), les geeks (Les indestructibles) ou même les Verts (Wall E). Tout le monde trouvera son bonheur chez Pixar.


Les Studios Dreamworks :
Dreamworks est le concurrent direct de Disney et Disney/Pixar. On retrouve des échanges de balles assez fréquents entre eux dans certains de leurs films : 1001 pattes/ FourmiZ, The Wild/ Madagascar, Les indestructibles/ Megamind ou encore Le monde de Nemo et Gang de requin. La recette de Dreamworks est un peu la même que Pixar, sauf qu'elle mise beaucoup plus sur l'humour et les clins d'oeil pour les adultes. Bien entendu ils n'oublient pas le jeune public, mais dernièrement l'adulte est de plus en plus la cible du divertissement. Niveau émotion dramatique et nostalgique Dreamworks reste en dessous de Pixar. Très commerciale avec la quadrilogie Shrek, la trilogie Madagascar, Dreamworks peut se montrer à égalité de Pixar avec des productions époustouflantes comme Dragons
Cette guerre commerciale ne ravira que son public, c'est l'essentiel.


Les studios Aardman animation :
Mes films favoris sont souvent en stop motion et les créateurs de Wallace et Gromit et Chicken Run sont certainement les plus inventifs, fins et drôle dans le domaine. Les deux films sont produits par la Dreamworks. 


Les studios Sony Pictures animation :
Crée il y a huit ans, cette petite production commence à grimper en réalisant des agréables surprises comme Tempête de boulette géantes ou encore avec les Studios Aardman Les pirates bons à rien mauvais en tout.


Les films d'Hayao Miyasaki :
Véritable cinéaste incontournable du manga, ses thèmes parfois très asiatiques sont souvent merveilleux. Le Walt Disney du Manga (accord par ailleurs réalisé entre eux pour l'exportation des films à travers le monde) a réalisé certainement les plus grands films animés de tous les temps. Le château ambulant, Le voyage de Chihiro ou encore Princesse Mononoké représentent l'âge d'or du cinéaste.


Les films de Bill Plympton :
Uniquement pour les adultes, ces délires sous acides sont à la fois corrosif et complètement déjantés. Réservés aux amateurs, Les mutants de l'espace, Hair High ou encore L'impitoyable lune de miel sont des expériences à découvrir.


Les autres :

Beaucoup de studios se sont lancés dans l'animation comme la Warner (Le royaume de Ga'Hoole) 12th Century Fox (L'âge de glace, Rio) Universal (Moi moche et méchant), Paramount (Rango) mais aussi des cinéastes indépendants. C'est le cas de Tim Burton avec Les noces funèbres (co réalisé avec Mike Johnson) et son Frankenweenie. Wes Anderson également avec son Fantastisque Mr Fox. Ainsi qu'une multitude de petites productions qui ne cherche qu'à s'agrandir.
On retrouve également des cinéastes indépendants engagés comme Ari Folman avec Valse avec Bachir et son dernier Le congrès.
En France Girerd est assez reconnu dans le domaine. L'illusioniste de Sylvain Chomet reprend un script de Tati est réussi dans le genre. Persepolis a également eu son heure de gloire. Ernest et Célestine est la dernière grande surprise de l'animation française. Daniel Pennac signe un scénario merveilleux. On oubliera Patrice Leconte et son magasin des suicides bien décevant dans sa deuxième partie. Tout comme Picha et sa finesse, pour ceux qui se rappelleront de lui. 

Etant plus curieux d'animation et grand public que véritablement fan, j'en oublie certainement beaucoup. N'hésitez pas a m'en conseiller. 


Voici un top 30 de mes films d'animations favoris :


1 - Mary and Max d'Adam Elliot.
Pinocchio d'Hamilton Huske, Ben Sharpsteen et Norman Ferguson.
L'étrange Noel de Mr Jack d'Henry Selick.
Coraline d'Henry Selick. 
Monstres et Cie de Pete Docter, David Silverman et Lee Unrich.


5 - Le roi Lion de Roger Allers et Rob Minkoff. 
Le voyage de Chihiro d'Hayao Miyazaki. 
Chicken Run de Nick Park et Peter Lord.
Le livre de la Jungle de Wolfgang Reitherman. 
Ratatouille de Brad Bird.


10 - Fantastic Mr Fox de Wes Anderson.
Merlin l'enchanteur de Wolfgang Reitherman.
Megamind de Tom Mc Grath. 
Wallace et Gromit : Le mystère du Lapin Garou de Nick Park et Steve Box. 
Ernest et Célestine de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stephane Aubier. 


15 - Les douze travaux d'Asterix de Pierre Watrin, Albert Uderzo et René Goscinny. 
Valse avec Bachir d'Ari Folman. 
Toy story (trilogie) de John Lasseter, Ash Brannon et Lee Unrich.
Shrek (1 et 2) d'Andrew Adamson, Vicky Jenson, Kelly Asbury et Conrad Vernon. 
Moi moche et méchant (1 et 2) de Chris Renaud et Pierre Coffin.


20 - Le Monde de Nemo d'Andrew Stanton. 
Kuzco l'empereur mégalo de Mark Dindal.
Tempête de boulettes géantes de Phil Lord et Chris Miller.
Dragons de Chris Sanders, Dean Deblois. 
1001 pattes de John Lasseter et Andrew Stanton.



25 - Mr Peabody et Sherman les voyages dans le temps de Rob Minkoff. 
Les pirates bons à rien Mauvais en tout de Peter Lord. 
L'age de glace (1 à 3) de Chris Sanders et Carlos Saldanha.
Madagascar 3 Bons baisers d'Europe d'Eric Darnell; Tom McGrath et Conrad Vernon.
Rango de Gore Verbinski.

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lundi 3 mars 2014

Only lovers left alive



Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Durée : 2h03
Distribution : Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska, John Hurt...
Genre : psychévampire

Synopsis :

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu'ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d'amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l'arrivée de la petite soeur d'Eve, aussi extravagante qu'incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s'effondre autour d'eux ?



Only lovers left alive était le film à voir en ce début d'année selon moi. En effet, fan de Jarmusch depuis que j'ai vu Broken Flowers dans mon adolescence, découvert grâce au groupe The Greenhornes ayant participé à la BO, je me languissais de ce nouveau film, dont le thème me semblait bien surprenant, et je ne regrette pas.

Dès l'introduction donnant le tournis, nous sommes plongés dans une ambiance psychédélique underground dans laquelle nous perdons tout repères temporels. En effet, si certains trouveront ce film lent et long, j'ai pour ma part été comme engloutie par ce film, grâce notamment à une bande originale parfaite et impeccablement en rythme avec la démarche de Tilda Swinton.
Je ne cache pas qu'il est possible que je manque quelque peu d'objectivité sur ce film : il représente tout ce que j'aime : de nombreux clins d'œil à une culture underground que j'adore, en commençant par la ville de Détroit, berceau du rock, le thème de la musique en général, le rétro, Jack White, l'amour, et une sorte d' « inquiétante étrangeté » comme dirait Freud, faisant écho à nos angoisses.

Le casting, quant à lui, est sans faute. La présence de Tilda Swinton est bluffante, envoutante et tout à fait étrange (dans le bon sens du terme). Tom Hiddleston est magnifique en vampire rocker suicidaire, quant à Mia Wasikowska, elle joue parfaitement la petite peste fouteuse de merde. John Hurt dans le rôle du dramaturge Marlowe est bon aussi, bien qu'il ne crève pas autant l'écran que les trois acteurs principaux.
Le couple principal fusionne tellement bien que nous avons le sentiment à la fin du film de n'avoir à faire plus qu'à un seul et unique personnage, double et puissant, et nous comprenons ainsi toute la justesse du titre.

Au niveau de la photographie (puisque c'est un des aspects qui me fait autant aimer Jarmusch), je pense que c'est sa plus belle depuis Down by law. En effet, les images sont soignées, symétriques, les couleurs sont remarquables malgré l'omniprésence de la nuit. C'est sombre et rayonnant à la fois, un peu comme des étoiles dans un ciel noir (qui d'ailleurs font l'objet du premier plan du film).
Un peu aussi comme les personnages : Adam est brun, vit dans une ville bitumée, dans une maison où tout est noir. De plus, il vit dans un passé et la vie tend à le dégouter. Ève quant à elle est peroxydée, toute de blanc vêtue, dans un Tanger chaud et lumineux, et pleine de vie. Cette dualité contrastante aurait pu compromettre le pari de Jarmusch à rendre ce couple si fusionnel, et c'est pourtant ce qui fonctionne le mieux.

Du côté du scénario, c'est comme souvent chez Jarmusch, très simple et épuré. Cependant, je trouve que la place à l'imagination est plus présente ici qu'elle ne l'était dans ses films précédents, même si Jarmusch semble y avoir toujours apporter une certaine importance.
La musique apporte un quelque chose de très mystérieux et énigmatique. Certains détails également nous laissent réfléchir à différentes significations, comme par exemple ce rite bizarre des gants (??), ou le fait d'appeler les personnages principaux Adam et Ève.
La beauté des images, des personnages, de la musique, prime sur le scénario. On préférera ici se laisser contempler, se laisser flotter dans une atmosphère tout en apesanteur plutôt que de suivre moultes intrigues, ce n'est pas l'intérêt.
Je n'oublie pas les quelques touches d'humour très bien écrites qui parsèment ce film et nous permettent de souffler un peu.
Only lovers left alive est donc pour moi une œuvre d'art, une véritable pépite, au point que je n'ai pu m'empêcher d'en faire la critique élogieuse, pourtant habituellement seulement correctrice sur ce blog.


Note : 10/10


samedi 22 février 2014

12 years a slave




Réalisation : Steve McQueen
Scénario : John Ridley
Durée : 2 h 10
Distribution : Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Paul Dano...
Genre : Téléfilm à oscars.

Synopsis

Quelques années avant la Guerre de Sécession aux Etats-Unis, Salomon Northup, jeune homme noir originaire de l'Etat de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Il sera esclave douze années avant de rencontrer un abolitionniste canadien qui va lui rendre sa liberté perdue.


12 years a slave était le film à voir en ce début d'année 2014 et certainement celui qui reçoit le plus d'éloges positives de la part de la presse et des spectateurs. Tout comme pour Django Unchained de Quentin Tarantino l'an dernier (et en plus sur le même thème), ce fut pour moi une nouvelle fois une grande désillusion : j'ai détesté.

Si l'interprétation est plutôt bonne (Fassbender en particulier) et la photographie relativement soignée, le film de Steve McQueen (II) n'est qu'une dissertation d'un élève de sixième bien documenté sur le sujet. 12 Years a Slave n'a pas de scénario mais un enchaînement d'étapes alignées les unes derrière les autres, le tout dans une démarche pédagogique pour le moins horripilante. Pas de tensions, pas de ton, pas de point de vue et avec en prime une palette de personnages composée uniquement de gentils (noirs, sauf Brad) et de méchants (sauf Brad, blancs). On a droit à un film tout ce qui a de plus manichéen, absolument pas subtil et encore moins ambigu. Cerise sur le gâteau, Brad Pitt (producteur également) interprète le bon samaritain, sauveur de notre héros, et démontre un fois de plus que le film n'est qu'une plate panoplie de clichés qui s'enchâssent mollement les uns derrière les autres. Seulement, le pire de la part du réalisateur reste la violence physique, par ailleurs souvent gratuite, utilisée comme unique et ultime moyen d'émotion sur le spectateur. Le tout alourdi par la bande originale d'Hans Zimmer tout droit sortie d'un film de Christopher Nolan. Si cette dernière est utilisée en parcimonie, elle est trop souvent mal exploitée et rend le film pompeux et encore plus abominable qu'il ne l'est à la base... C'est un véritable massacre.

Le cinéaste est également très lâche : il signe un film tout ce qui a de plus bâtard, un résultat à deux facettes qui se distinguent très facilement :
D'un côté on a franchement un film commercial, très larmoyant, avec beaucoup de mélo... En bref, très grand public. Le tout est accablant d'académisme afin de plaire aux professeurs des écoles nationales, et même de cinéma. Tout est filmé de manière si conventionnelle, si impersonnelle qu'on se demande si ce n'est pas un film commandé par la Maison Blanche calibré pour les écoles américaines.
D'un autre côté et de manière très franche là aussi, on regarde un film d'auteur bien ennuyeux, bien vide, bourré de longs plans aussi prétentieux qu'inutiles sur rien du tout. Quand Steve McQueen (II) s'autoproclame faire du « vrai cinéma », on ne doit pas avoir la même définition du cinéma lui et moi. Le cinéma c'est avant tout avoir un point de vue, un ton à défendre, ce que ce film n'a absolument pas.

12 Years a Slave n'est donc pas du « vrai cinéma » pour moi, mais plutôt un film scolaire sans aucune touche d'auteur sincère. McQueen (II) ne fait que du mélo raté et cliché. On a tendance à critiquer Spielberg à cause de son trop d'émotions grand public, le tout sur des sujets graves, mais en tant que grand cinéaste c'est assumé de A à Z et il offre un style qui plaît ou pas. Chez McQueen (II) que nenni, que dalle ! C'est une plate illustration d'une belle histoire faite pour les oscars. Certes c'était hélas une réalité mais plus de deux heures à démontrer explicitement ce que l'on savait déjà, c'est tout de même plus que pas grand chose, une sacrée arnaque.

Le thème de l'esclavagisme n'a toujours pas trouvé de cinéaste à la hauteur. Tarantino et McQueen ont chacun fait tout pour plaire au maximum, par différents procédés. Si l'un abuse de son style à en vomir, l'autre en fait la totale liposuccion. Les deux en oublient d'en faire des films avec un point de vue honnête et intelligent. Au lieu de cela, ils se regardent surtout filmer de manière extrêmement prétentieuse, ce qui fait de 12 Years a Slave un téléfilm poseur à oscars. Dans le fond comme dans la forme, c'est le néant total, ce qui rend ce film détestable.


Note : 2,5 /10



dimanche 9 février 2014

Minuscule - La vallée des fourmis perdues



Réalisation : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Scénario : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Durée : 1h29
Distribution : La coccinelle, Fourmis noires, Fourmis rouges...
Genre : Dépaysant

Synopsis :

Une jeune coccinelle se réfugie dans une boîte de sucres oubliée sur un pique nique. Les fourmis noires s'emparent de cette boîte de sucre pour la ramener à leur Reine. Les fourmis rouges les pourchassent pour s'en emparer aussi. La coccinelle se lie d'amitié avec les fourmis noires et va les aider à combattre les fourmis rouges.


Minuscule c'est avant tout le charme du concept. Ce film attirera les plus curieux comme moi dans les salles. Un peu comme Avatar il y a cinq ans, la surmégapromo (arnaque) en moins. Ici, la surprise vient de l'absence de niaiserie et de grand spectacle a tout va comme on voit habituellement dans la plupart des films d'animation. Sur ce point là, il est vrai que ce film aussi charmant que dépaysant vaut le coup d'œil.

Lentement mais très sûrement, ce Microcosmos aux insectes numériques prend le spectateur sous l'aile (de coccinelle) et le plonge dans un cartoon plutôt sage niché entre Délivrance et le Seigneur des anneaux avec des fourmis. Si au final ce n'est pas aussi délirant comme pourraient le signer sans doutes les plus grandes firmes du film d'animation, ce simple divertissement reste très rafraîchissant. La mise en scène est bien menée mais bénéficie surtout d'une excellente bande son. Effectivement, si la toute première musique est complètement nulle, toute l'aventure possède une bonne bande originale avec surtout de merveilleux bruitages. On pense un peu à Oggy et les cafards mais en plus étiré.

Si Minuscule donne à son public un bol d'air frais visuel, il est loin d'être irréprochable pour autant. Tous les grands moments sont dans la bande annonce. Le scénario est trop étiré, rallongé et comme dans pas mal de productions françaises, un manque d'efficacité se fait ressentir. On a parfois l'impression que des scènes sont rajoutées uniquement pour faire de ce film un long métrage. Le départ déjà bien longuet est pompeux, cliché et trop explicatif pour expliquer simplement la présence d'une boîte de sucre dans la nature. Sans un mot, l'interprétation horriblement mauvaise des deux seuls acteurs humains confirme hélas une nouvelle fois que nous sommes bien dans un film français.

La volonté de ce film est autre que de nous en mettre plein les yeux, et ça fait plaisir à cette époque où spectaculaire est indissociable de too much. Si Minuscule se repose trop sur son concept et oublie parfois d'être généreux cinématographiquement et scénaristiquement, il reste un honorable divertissement. Avec une 3D presque inutile, il peut faire oublier FourmiZ (en même temps...), mais en aucun cas le fabuleux 1001 pattes, comme on a pu le lire dans certaines critiques presses. Dur en même temps de battre Pixar dans leur âge d'or.

Le concept d'animation de Minuscule est unique grâce à sa prouesse technique et s'avère être un divertissement atypique et sympathique pour petits et grands, mais pas inoubliable pour autant.


Note : 5,5 / 20

La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret Life of Walter Mitty)



Réalisation : Ben Stiller
Scénario : Steven Conrad
Durée : 1h54
Distribution : Ben Stiller, Kristen Wiig, Adam Scott...
Genre : Rêverie (trop) légère

Synopsis :

Enfermé dans son quotidien, Walter Mitty est un homme ordinaire qui n'ose que de s'évader totalement dans son imagination. Confronté a une difficulté professionnelle, Walter doit passer à l'acte dans le monde réel ce qui changera à tout jamais sa vie.


Pour aller voir et apprécier le dernier film de Ben Stiller, il faut avoir un certain optimisme. En allant au cinéma, le public cherche à s'évader, et particulièrement en temps de crise. Ce film lui offre doublement cette évasion, grâce à l'onirisme de son thème. Par le bien que nous procure ce film, nous nous retrouvons donc perdus dans la subjectivité, et il est difficile d'avoir un œil critique.

La vie rêvée de Walter Mitty est un parcours initiatique qui vous transportera volontiers dans l'univers du personnage principal incarné par le réalisateur. Ben Stiller est capable du meilleur (Zoolander) comme de la comédie sentimentale assez fadasse (Génération 90). Avec La vie rêvée de Walter Mitty, il signe un peu un entre deux, malgré son bon savoir-faire. Son humour fonctionne bien mais manque de subtilité : Ben Stiller passe trop violemment de l'humour à l'émotion (gentillette), idem pour les scènes de rêves. Loin des délires que peuvent être ses trois derniers films, le cinéaste et interprète de Zoolander adapte gentiment et tranquillement le scénario de Steven Conrad. Seulement, le tout manque de personnalité et d'originalité.

Le scénario, plutôt pro, a un plaisant sens du détail. Cependant, il est dommage qu'il ne soit pas plus onirique, plus virtuose comme pouvait le promettre le thème. Le scénariste confirme que c'est un bien faiseur après A la recherche du bonheur de Gabriele Muccino dans lequel il parvient presque à rendre attachante la famille Smith. Un travail scénaristique de facture honnête mais rien de sensationnel. Sans non plus lui réclamer un ton engagé comme il avait prit pour Weather man de Gore Verbinski, on regrettera ici son manque d'investissement dans ce tissage convenu et sans surprises.

On ressent également la désagréable impression que le script est victime de la grille des ingrédients tout prêts des producteurs. Cependant, le plus gros défaut reste le manque de liant entre les différents genres. Que ce soit dans la mise en scène ou le script, tout se dissocie trop facilement comme les pièces d'un puzzle. Si le scénario est passé entre pas mal de mains de réalisateurs, Ben Stiller fait le boulot avec une certaine tendresse, ce qui rend son film tout de même agréable à regarder. Ce voyage est sympathique mais trop éphémère. Cinématographiquement sage et vite oublié, le film est souvent frustrant à cause de ses pistes trop gentiment exploitées. Les rares moments de comédie ou de burlesque fonctionnent bien mais ce sympathique voyage ne se repose que beaucoup trop sur le charme de ses acteurs (Ben Stiller en tête) ainsi que sur les fabuleux paysages.

On aurait aimé pour la réalisation de ce film, un Michel Gondry par exemple, bien plus doué dans le thème de l'onirisme. Pour le coup les Studios Hollywoodiens ont raté le coche. Cela n'empêchera cependant pas au film de transporter beaucoup de monde en quête de voyages dans les salles obscures. C'est l'essentiel.

Ps : Je souligne que la photographie est très réussie.


Note : 6 /10