dimanche 20 avril 2014

Top des films d'animations

Le panel du film d'animation est de plus en plus florissant ces dernières années. La technique est de plus en plus réussie, approchant de la perfection et le public ciblé est de plus en plus les adultes. Des cinéastes plus ou moins indépendants (de Tim Burton à Ari Folman) s'en accaparent pour réaliser l'infaisable en prises de vue réelles.
Avant de faire un petit palmarès extrêmement difficile parmi les nombreuses pépites que le genre possède et continue de nous offrir, je vous propose un bref débriefing du milieu.


Les studios Disney :
Toujours les plus connus autour du Monde et depuis Blanche Neige et les sept nains, les productions de Walt Disney est le chef de file de l'animation. Ce n'est que depuis une bonne dizaine d'années qu'ils ont de la concurrence. Disney a la particularité de réactualiser, de mettre au goût du jour des contes universels. Tout en restant très athée, leurs classiques sont souvent intemporels, visant un public jeune et jouant sur l'éternel enfant qui est dans l'adulte. Beaucoup sont des chef-d’œuvres inoxydables. On peut y trouver des grands classiques (CendrillonLe Livre de la Jungle, La belle au bois dormant, Le roi Lion...) comme des films mineurs qui sont très réussis (Merlin l'enchanteur, Bernard et Bianca, Kuzco). Tous les enfants et leurs parents connaissent les films Disney, non seulement parce que la culture le veut mais aussi parce qu'ils touchent tous tout simplement. Walt Disney c'est un peu Charlie Chaplin au cinéma.


Les studios Disney/ Pixar :
Après Disney autant enchaîner avec un autre fleuron de l'industrie de l'animation : Pixar. Depuis Toy Story et 1001 pattes, c'est Pixar qui a vraiment prit le monopôle du virtuose des oeuvres Disney. Pixar a remit en valeur l'humour et le charme irrésistible des personnages secondaires des anciens Disney. Ceci tout en gardant le classicisme et l'intemporalité des plus grands classiques Disney, sans oublier d'insuffler le sens de l'inventivité et de la dérision. L'inventivité des cinéastes ainsi que le savoir faire est absolument à leur apogée. Que ce soit celui qui aime le classique (Le Monde de Nemo) comme l'originalité (Montres et Cie), pour les enfants (Cars), ou plus adultes (La haut), les gourmands (Ratatouille), les nostalgiques (Toy Story), les geeks (Les indestructibles) ou même les Verts (Wall E). Tout le monde trouvera son bonheur chez Pixar.


Les Studios Dreamworks :
Dreamworks est le concurrent direct de Disney et Disney/Pixar. On retrouve des échanges de balles assez fréquents entre eux dans certains de leurs films : 1001 pattes/ FourmiZ, The Wild/ Madagascar, Les indestructibles/ Megamind ou encore Le monde de Nemo et Gang de requin. La recette de Dreamworks est un peu la même que Pixar, sauf qu'elle mise beaucoup plus sur l'humour et les clins d'oeil pour les adultes. Bien entendu ils n'oublient pas le jeune public, mais dernièrement l'adulte est de plus en plus la cible du divertissement. Niveau émotion dramatique et nostalgique Dreamworks reste en dessous de Pixar. Très commerciale avec la quadrilogie Shrek, la trilogie Madagascar, Dreamworks peut se montrer à égalité de Pixar avec des productions époustouflantes comme Dragons
Cette guerre commerciale ne ravira que son public, c'est l'essentiel.


Les studios Aardman animation :
Mes films favoris sont souvent en stop motion et les créateurs de Wallace et Gromit et Chicken Run sont certainement les plus inventifs, fins et drôle dans le domaine. Les deux films sont produits par la Dreamworks. 


Les studios Sony Pictures animation :
Crée il y a huit ans, cette petite production commence à grimper en réalisant des agréables surprises comme Tempête de boulette géantes ou encore avec les Studios Aardman Les pirates bons à rien mauvais en tout.


Les films d'Hayao Miyasaki :
Véritable cinéaste incontournable du manga, ses thèmes parfois très asiatiques sont souvent merveilleux. Le Walt Disney du Manga (accord par ailleurs réalisé entre eux pour l'exportation des films à travers le monde) a réalisé certainement les plus grands films animés de tous les temps. Le château ambulant, Le voyage de Chihiro ou encore Princesse Mononoké représentent l'âge d'or du cinéaste.


Les films de Bill Plympton :
Uniquement pour les adultes, ces délires sous acides sont à la fois corrosif et complètement déjantés. Réservés aux amateurs, Les mutants de l'espace, Hair High ou encore L'impitoyable lune de miel sont des expériences à découvrir.


Les autres :

Beaucoup de studios se sont lancés dans l'animation comme la Warner (Le royaume de Ga'Hoole) 12th Century Fox (L'âge de glace, Rio) Universal (Moi moche et méchant), Paramount (Rango) mais aussi des cinéastes indépendants. C'est le cas de Tim Burton avec Les noces funèbres (co réalisé avec Mike Johnson) et son Frankenweenie. Wes Anderson également avec son Fantastisque Mr Fox. Ainsi qu'une multitude de petites productions qui ne cherche qu'à s'agrandir.
On retrouve également des cinéastes indépendants engagés comme Ari Folman avec Valse avec Bachir et son dernier Le congrès.
En France Girerd est assez reconnu dans le domaine. L'illusioniste de Sylvain Chomet reprend un script de Tati est réussi dans le genre. Persepolis a également eu son heure de gloire. Ernest et Célestine est la dernière grande surprise de l'animation française. Daniel Pennac signe un scénario merveilleux. On oubliera Patrice Leconte et son magasin des suicides bien décevant dans sa deuxième partie. Tout comme Picha et sa finesse, pour ceux qui se rappelleront de lui. 

Etant plus curieux d'animation et grand public que véritablement fan, j'en oublie certainement beaucoup. N'hésitez pas a m'en conseiller. 


Voici un top 30 de mes films d'animations favoris :


1 - Mary and Max d'Adam Elliot.
Pinocchio d'Hamilton Huske, Ben Sharpsteen et Norman Ferguson.
L'étrange Noel de Mr Jack d'Henry Selick.
Coraline d'Henry Selick. 
Monstres et Cie de Pete Docter, David Silverman et Lee Unrich.


5 - Le roi Lion de Roger Allers et Rob Minkoff. 
Le voyage de Chihiro d'Hayao Miyazaki. 
Chicken Run de Nick Park et Peter Lord.
Le livre de la Jungle de Wolfgang Reitherman. 
Ratatouille de Brad Bird.


10 - Fantastic Mr Fox de Wes Anderson.
Merlin l'enchanteur de Wolfgang Reitherman.
Megamind de Tom Mc Grath. 
Wallace et Gromit : Le mystère du Lapin Garou de Nick Park et Steve Box. 
Ernest et Célestine de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stephane Aubier. 


15 - Les douze travaux d'Asterix de Pierre Watrin, Albert Uderzo et René Goscinny. 
Valse avec Bachir d'Ari Folman. 
Toy story (trilogie) de John Lasseter, Ash Brannon et Lee Unrich.
Shrek (1 et 2) d'Andrew Adamson, Vicky Jenson, Kelly Asbury et Conrad Vernon. 
Moi moche et méchant (1 et 2) de Chris Renaud et Pierre Coffin.


20 - Le Monde de Nemo d'Andrew Stanton. 
Kuzco l'empereur mégalo de Mark Dindal.
Tempête de boulettes géantes de Phil Lord et Chris Miller.
Dragons de Chris Sanders, Dean Deblois. 
1001 pattes de John Lasseter et Andrew Stanton.



25 - Mr Peabody et Sherman les voyages dans le temps de Rob Minkoff. 
Les pirates bons à rien Mauvais en tout de Peter Lord. 
L'age de glace (1 à 3) de Chris Sanders et Carlos Saldanha.
Madagascar 3 Bons baisers d'Europe d'Eric Darnell; Tom McGrath et Conrad Vernon.
Rango de Gore Verbinski.

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lundi 3 mars 2014

Only lovers left alive



Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Durée : 2h03
Distribution : Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska, John Hurt...
Genre : psychévampire

Synopsis :

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu'ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d'amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l'arrivée de la petite soeur d'Eve, aussi extravagante qu'incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s'effondre autour d'eux ?



Only lovers left alive était le film à voir en ce début d'année selon moi. En effet, fan de Jarmusch depuis que j'ai vu Broken Flowers dans mon adolescence, découvert grâce au groupe The Greenhornes ayant participé à la BO, je me languissais de ce nouveau film, dont le thème me semblait bien surprenant, et je ne regrette pas.

Dès l'introduction donnant le tournis, nous sommes plongés dans une ambiance psychédélique underground dans laquelle nous perdons tout repères temporels. En effet, si certains trouveront ce film lent et long, j'ai pour ma part été comme engloutie par ce film, grâce notamment à une bande originale parfaite et impeccablement en rythme avec la démarche de Tilda Swinton.
Je ne cache pas qu'il est possible que je manque quelque peu d'objectivité sur ce film : il représente tout ce que j'aime : de nombreux clins d'œil à une culture underground que j'adore, en commençant par la ville de Détroit, berceau du rock, le thème de la musique en général, le rétro, Jack White, l'amour, et une sorte d' « inquiétante étrangeté » comme dirait Freud, faisant écho à nos angoisses.

Le casting, quant à lui, est sans faute. La présence de Tilda Swinton est bluffante, envoutante et tout à fait étrange (dans le bon sens du terme). Tom Hiddleston est magnifique en vampire rocker suicidaire, quant à Mia Wasikowska, elle joue parfaitement la petite peste fouteuse de merde. John Hurt dans le rôle du dramaturge Marlowe est bon aussi, bien qu'il ne crève pas autant l'écran que les trois acteurs principaux.
Le couple principal fusionne tellement bien que nous avons le sentiment à la fin du film de n'avoir à faire plus qu'à un seul et unique personnage, double et puissant, et nous comprenons ainsi toute la justesse du titre.

Au niveau de la photographie (puisque c'est un des aspects qui me fait autant aimer Jarmusch), je pense que c'est sa plus belle depuis Down by law. En effet, les images sont soignées, symétriques, les couleurs sont remarquables malgré l'omniprésence de la nuit. C'est sombre et rayonnant à la fois, un peu comme des étoiles dans un ciel noir (qui d'ailleurs font l'objet du premier plan du film).
Un peu aussi comme les personnages : Adam est brun, vit dans une ville bitumée, dans une maison où tout est noir. De plus, il vit dans un passé et la vie tend à le dégouter. Ève quant à elle est peroxydée, toute de blanc vêtue, dans un Tanger chaud et lumineux, et pleine de vie. Cette dualité contrastante aurait pu compromettre le pari de Jarmusch à rendre ce couple si fusionnel, et c'est pourtant ce qui fonctionne le mieux.

Du côté du scénario, c'est comme souvent chez Jarmusch, très simple et épuré. Cependant, je trouve que la place à l'imagination est plus présente ici qu'elle ne l'était dans ses films précédents, même si Jarmusch semble y avoir toujours apporter une certaine importance.
La musique apporte un quelque chose de très mystérieux et énigmatique. Certains détails également nous laissent réfléchir à différentes significations, comme par exemple ce rite bizarre des gants (??), ou le fait d'appeler les personnages principaux Adam et Ève.
La beauté des images, des personnages, de la musique, prime sur le scénario. On préférera ici se laisser contempler, se laisser flotter dans une atmosphère tout en apesanteur plutôt que de suivre moultes intrigues, ce n'est pas l'intérêt.
Je n'oublie pas les quelques touches d'humour très bien écrites qui parsèment ce film et nous permettent de souffler un peu.
Only lovers left alive est donc pour moi une œuvre d'art, une véritable pépite, au point que je n'ai pu m'empêcher d'en faire la critique élogieuse, pourtant habituellement seulement correctrice sur ce blog.


Note : 10/10


samedi 22 février 2014

12 years a slave




Réalisation : Steve McQueen
Scénario : John Ridley
Durée : 2 h 10
Distribution : Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Paul Dano...
Genre : Téléfilm à oscars.

Synopsis

Quelques années avant la Guerre de Sécession aux Etats-Unis, Salomon Northup, jeune homme noir originaire de l'Etat de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Il sera esclave douze années avant de rencontrer un abolitionniste canadien qui va lui rendre sa liberté perdue.


12 years a slave était le film à voir en ce début d'année 2014 et certainement celui qui reçoit le plus d'éloges positives de la part de la presse et des spectateurs. Tout comme pour Django Unchained de Quentin Tarantino l'an dernier (et en plus sur le même thème), ce fut pour moi une nouvelle fois une grande désillusion : j'ai détesté.

Si l'interprétation est plutôt bonne (Fassbender en particulier) et la photographie relativement soignée, le film de Steve McQueen (II) n'est qu'une dissertation d'un élève de sixième bien documenté sur le sujet. 12 Years a Slave n'a pas de scénario mais un enchaînement d'étapes alignées les unes derrière les autres, le tout dans une démarche pédagogique pour le moins horripilante. Pas de tensions, pas de ton, pas de point de vue et avec en prime une palette de personnages composée uniquement de gentils (noirs, sauf Brad) et de méchants (sauf Brad, blancs). On a droit à un film tout ce qui a de plus manichéen, absolument pas subtil et encore moins ambigu. Cerise sur le gâteau, Brad Pitt (producteur également) interprète le bon samaritain, sauveur de notre héros, et démontre un fois de plus que le film n'est qu'une plate panoplie de clichés qui s'enchâssent mollement les uns derrière les autres. Seulement, le pire de la part du réalisateur reste la violence physique, par ailleurs souvent gratuite, utilisée comme unique et ultime moyen d'émotion sur le spectateur. Le tout alourdi par la bande originale d'Hans Zimmer tout droit sortie d'un film de Christopher Nolan. Si cette dernière est utilisée en parcimonie, elle est trop souvent mal exploitée et rend le film pompeux et encore plus abominable qu'il ne l'est à la base... C'est un véritable massacre.

Le cinéaste est également très lâche : il signe un film tout ce qui a de plus bâtard, un résultat à deux facettes qui se distinguent très facilement :
D'un côté on a franchement un film commercial, très larmoyant, avec beaucoup de mélo... En bref, très grand public. Le tout est accablant d'académisme afin de plaire aux professeurs des écoles nationales, et même de cinéma. Tout est filmé de manière si conventionnelle, si impersonnelle qu'on se demande si ce n'est pas un film commandé par la Maison Blanche calibré pour les écoles américaines.
D'un autre côté et de manière très franche là aussi, on regarde un film d'auteur bien ennuyeux, bien vide, bourré de longs plans aussi prétentieux qu'inutiles sur rien du tout. Quand Steve McQueen (II) s'autoproclame faire du « vrai cinéma », on ne doit pas avoir la même définition du cinéma lui et moi. Le cinéma c'est avant tout avoir un point de vue, un ton à défendre, ce que ce film n'a absolument pas.

12 Years a Slave n'est donc pas du « vrai cinéma » pour moi, mais plutôt un film scolaire sans aucune touche d'auteur sincère. McQueen (II) ne fait que du mélo raté et cliché. On a tendance à critiquer Spielberg à cause de son trop d'émotions grand public, le tout sur des sujets graves, mais en tant que grand cinéaste c'est assumé de A à Z et il offre un style qui plaît ou pas. Chez McQueen (II) que nenni, que dalle ! C'est une plate illustration d'une belle histoire faite pour les oscars. Certes c'était hélas une réalité mais plus de deux heures à démontrer explicitement ce que l'on savait déjà, c'est tout de même plus que pas grand chose, une sacrée arnaque.

Le thème de l'esclavagisme n'a toujours pas trouvé de cinéaste à la hauteur. Tarantino et McQueen ont chacun fait tout pour plaire au maximum, par différents procédés. Si l'un abuse de son style à en vomir, l'autre en fait la totale liposuccion. Les deux en oublient d'en faire des films avec un point de vue honnête et intelligent. Au lieu de cela, ils se regardent surtout filmer de manière extrêmement prétentieuse, ce qui fait de 12 Years a Slave un téléfilm poseur à oscars. Dans le fond comme dans la forme, c'est le néant total, ce qui rend ce film détestable.


Note : 2,5 /10



dimanche 9 février 2014

Minuscule - La vallée des fourmis perdues



Réalisation : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Scénario : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Durée : 1h29
Distribution : La coccinelle, Fourmis noires, Fourmis rouges...
Genre : Dépaysant

Synopsis :

Une jeune coccinelle se réfugie dans une boîte de sucres oubliée sur un pique nique. Les fourmis noires s'emparent de cette boîte de sucre pour la ramener à leur Reine. Les fourmis rouges les pourchassent pour s'en emparer aussi. La coccinelle se lie d'amitié avec les fourmis noires et va les aider à combattre les fourmis rouges.


Minuscule c'est avant tout le charme du concept. Ce film attirera les plus curieux comme moi dans les salles. Un peu comme Avatar il y a cinq ans, la surmégapromo (arnaque) en moins. Ici, la surprise vient de l'absence de niaiserie et de grand spectacle a tout va comme on voit habituellement dans la plupart des films d'animation. Sur ce point là, il est vrai que ce film aussi charmant que dépaysant vaut le coup d'œil.

Lentement mais très sûrement, ce Microcosmos aux insectes numériques prend le spectateur sous l'aile (de coccinelle) et le plonge dans un cartoon plutôt sage niché entre Délivrance et le Seigneur des anneaux avec des fourmis. Si au final ce n'est pas aussi délirant comme pourraient le signer sans doutes les plus grandes firmes du film d'animation, ce simple divertissement reste très rafraîchissant. La mise en scène est bien menée mais bénéficie surtout d'une excellente bande son. Effectivement, si la toute première musique est complètement nulle, toute l'aventure possède une bonne bande originale avec surtout de merveilleux bruitages. On pense un peu à Oggy et les cafards mais en plus étiré.

Si Minuscule donne à son public un bol d'air frais visuel, il est loin d'être irréprochable pour autant. Tous les grands moments sont dans la bande annonce. Le scénario est trop étiré, rallongé et comme dans pas mal de productions françaises, un manque d'efficacité se fait ressentir. On a parfois l'impression que des scènes sont rajoutées uniquement pour faire de ce film un long métrage. Le départ déjà bien longuet est pompeux, cliché et trop explicatif pour expliquer simplement la présence d'une boîte de sucre dans la nature. Sans un mot, l'interprétation horriblement mauvaise des deux seuls acteurs humains confirme hélas une nouvelle fois que nous sommes bien dans un film français.

La volonté de ce film est autre que de nous en mettre plein les yeux, et ça fait plaisir à cette époque où spectaculaire est indissociable de too much. Si Minuscule se repose trop sur son concept et oublie parfois d'être généreux cinématographiquement et scénaristiquement, il reste un honorable divertissement. Avec une 3D presque inutile, il peut faire oublier FourmiZ (en même temps...), mais en aucun cas le fabuleux 1001 pattes, comme on a pu le lire dans certaines critiques presses. Dur en même temps de battre Pixar dans leur âge d'or.

Le concept d'animation de Minuscule est unique grâce à sa prouesse technique et s'avère être un divertissement atypique et sympathique pour petits et grands, mais pas inoubliable pour autant.


Note : 5,5 / 20

La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret Life of Walter Mitty)



Réalisation : Ben Stiller
Scénario : Steven Conrad
Durée : 1h54
Distribution : Ben Stiller, Kristen Wiig, Adam Scott...
Genre : Rêverie (trop) légère

Synopsis :

Enfermé dans son quotidien, Walter Mitty est un homme ordinaire qui n'ose que de s'évader totalement dans son imagination. Confronté a une difficulté professionnelle, Walter doit passer à l'acte dans le monde réel ce qui changera à tout jamais sa vie.


Pour aller voir et apprécier le dernier film de Ben Stiller, il faut avoir un certain optimisme. En allant au cinéma, le public cherche à s'évader, et particulièrement en temps de crise. Ce film lui offre doublement cette évasion, grâce à l'onirisme de son thème. Par le bien que nous procure ce film, nous nous retrouvons donc perdus dans la subjectivité, et il est difficile d'avoir un œil critique.

La vie rêvée de Walter Mitty est un parcours initiatique qui vous transportera volontiers dans l'univers du personnage principal incarné par le réalisateur. Ben Stiller est capable du meilleur (Zoolander) comme de la comédie sentimentale assez fadasse (Génération 90). Avec La vie rêvée de Walter Mitty, il signe un peu un entre deux, malgré son bon savoir-faire. Son humour fonctionne bien mais manque de subtilité : Ben Stiller passe trop violemment de l'humour à l'émotion (gentillette), idem pour les scènes de rêves. Loin des délires que peuvent être ses trois derniers films, le cinéaste et interprète de Zoolander adapte gentiment et tranquillement le scénario de Steven Conrad. Seulement, le tout manque de personnalité et d'originalité.

Le scénario, plutôt pro, a un plaisant sens du détail. Cependant, il est dommage qu'il ne soit pas plus onirique, plus virtuose comme pouvait le promettre le thème. Le scénariste confirme que c'est un bien faiseur après A la recherche du bonheur de Gabriele Muccino dans lequel il parvient presque à rendre attachante la famille Smith. Un travail scénaristique de facture honnête mais rien de sensationnel. Sans non plus lui réclamer un ton engagé comme il avait prit pour Weather man de Gore Verbinski, on regrettera ici son manque d'investissement dans ce tissage convenu et sans surprises.

On ressent également la désagréable impression que le script est victime de la grille des ingrédients tout prêts des producteurs. Cependant, le plus gros défaut reste le manque de liant entre les différents genres. Que ce soit dans la mise en scène ou le script, tout se dissocie trop facilement comme les pièces d'un puzzle. Si le scénario est passé entre pas mal de mains de réalisateurs, Ben Stiller fait le boulot avec une certaine tendresse, ce qui rend son film tout de même agréable à regarder. Ce voyage est sympathique mais trop éphémère. Cinématographiquement sage et vite oublié, le film est souvent frustrant à cause de ses pistes trop gentiment exploitées. Les rares moments de comédie ou de burlesque fonctionnent bien mais ce sympathique voyage ne se repose que beaucoup trop sur le charme de ses acteurs (Ben Stiller en tête) ainsi que sur les fabuleux paysages.

On aurait aimé pour la réalisation de ce film, un Michel Gondry par exemple, bien plus doué dans le thème de l'onirisme. Pour le coup les Studios Hollywoodiens ont raté le coche. Cela n'empêchera cependant pas au film de transporter beaucoup de monde en quête de voyages dans les salles obscures. C'est l'essentiel.

Ps : Je souligne que la photographie est très réussie.


Note : 6 /10

mercredi 1 janvier 2014

Top 5 films 2013

Voici l'heure de faire les comptes de cette année très pauvre cinématographiquement dans ses six premiers mois, et heureusement bien plus riche par la suite. Beaucoup de cinéastes confirmés étaient là avec leur savoir faire à la hauteur de nos attentes (Scorsese, Wright, Gray, Del Toro, Raimi, Soderbergh, Jeunet ou encore Polanski) des déceptions (Tarantino, Coen, Cuaron et surtout P.T Anderson) et des surprises (Dupontel et Desplechin). Bien sûr, je suis loin d'avoir vu tous les films et les séances de rattrapages pourraient fausser mon top films de l'année 2013, comme pour les années précédentes.



1 - Snowpiercer, le transperceneige de Bong Joon-Ho.


C'est l'un des plus grands et jeune cinéaste contemporain qui signe ce blockbuster ovni. Comme à son habitude, Bong Joon-Ho signe exercice de style scotchant, jamais vu et simplement virtuose. Pour ma part un classique, la définition même du cinéma alliant grand public et auteurisme. Un chef-d'oeuvre porté par un Chris Evans à l'image du cinéaste de Memories of Murder et Mother : magistral.



2 - Mud de Jeff Nichols.


Pour la deuxième année consécutive, Jeff Nichols s'impose également comme un jeune cinéaste déjà grand. Après le choc Take Shelter l'an dernier, il signe avec Mud un film beaucoup plus écrit, plus poétique, avec une formidable mise en scène. Une immersion magnifique digne d'un roman avec des acteurs merveilleux. A voir absolument.


 
3 - Moi moche et méchant 2 de Chris Renaud et Pierre Coffin.


Le 3ème meilleur film de mon classement n'est autre qu'un film d'animation, non pour diversifier, mais bel et bien parce qu'il mérite sa place de 3ème. Et si le Montres Academy de Pixar est pourtant de très bonne facture, je n'ai pas résisté a cette invasion de minions. Cette suite est une grande réussite, on ose espérer un troisième opus de cette ampleur pour pouvoir la ranger à côté de Toy Story. Irrésistible.



4 - Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh.


Le (dernier?) film de Soderbergh (qui a signé également le saisissant polar Polanskien Effets secondaires cette année) est un téléfilm HBO parfaitement maîtrisé et d'une grande justesse. Michael Douglas et Matt Damon trouvent sans doute leurs plus grands rôles de leur carrière : ils sont éblouissants dans un film aussi haut en paillettes qu'en noirceur.



5 - La venus à la fourrure de Roman Polanski.


Un brillant testament du cinéaste avec deux acteurs remarquables. Amalric ressemble comme deux gouttes d'eau à Polanski. Seigner quant à elle joue peut-être trop "djeuns" pour son âge, mais ce huis clos très intelligent et passionnant, doté d'une mise en scène parfaite et d'une écriture habile la transforme en Vénus à la fourrure inoubliable. Un Polanski aussi simple et intense que ses grands films, un de ses meilleurs huis clos, donc un de ses meilleurs films dans sa fructueuse filmographie.

 

Si les trois premiers films ont été facile à déterminer, il n'en a pas été de même à partir du quatrième. Effectivement beaucoup de films réussis sans pour autant être de gros coups de cœur se tiennent dans un mouchoir de poche. Le choix était donc serré avec :

Alabama Monroe de Felix Groeningen,
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet de Jean-Pierre Jeunet,
Jimmy. P d'Arnaud Desplechin.

 

Ensuite il y a quand même quelques bons films à voir (notation 7 à 8/10) :

The Call de Brad Anderson,
9 mois ferme d'Albert Dupontel,
Shokuzai (Partie 1 et 2) de Kiyoshi Kurosawa,
Effets secondaires de Steven Soderbergh,
Monstres Academy de Dan Scanlon,
Turbo de David Soren,
Happiness Therapy de Charles O'Russel.



Les films à voir à l'occasion (notation 6 à 7/10) :

Le loup de Wall Street de Martin Scorsese,
The Immigrant de James Gray,
Perfect mothers d'Anne Fontaine,
Pacific Rim de Guillermo Del Toro,
C'est la fin de Seth Rogen et Evan Goldberg,
Pop Redemption de Martin Le Gall,
The Sessions de Ben Lewin,
Amazonia de Thierry Ragobert,
La reine des neiges de Chris Buck et Jennifer Lee,
Hotel Transylvanie de Genndy Tartakovsky,
Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann,
World War Z de Marc Foster,
Les Croods de Chris Sanders,
Les stagiaires de Shawn Levy. 



Je terminerai par un top 5 des plus mauvais films (notation moins de 2/10) :

1 - Pas très normales activités de Maurice Barthélémy.
2 - The Hit Girl de Jason Moore.
3 - Room 237 de Rodney Ascher.
4 - The Bling Ring de Sofia Coppola.
5 - Carrie, la vengeance de Kimberly Peirce.

Je n'ai pas vu les films de Allen, Spielberg, De Palma, Kechiche, Farhadi, Rejn, Sorrentino, Jee-Woon, Zemeckis, Almodovar, Niccol, Shyamalan, Levinson, Snyder, Folman, Mangold, Franco, Tavernier, Curtis, Klapish, Washowski, Kar Wai, Van Sant pour les réalisateurs les plus connus, faute d'envie ou de mauvaise distribution, mais j'attends vos suggestions !


Je vous souhaite une bonne année (cinématographique) 2014 !

samedi 28 décembre 2013

Le loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street)





Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Terrence Winter
Durée : 3 heures
Distribution : Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Jean Dujardin...
Genre : Wall (S)trip

Synopsis : Ascension et chute de Jordan Belfort courtier à Wall Street qui vit dans la débauche et l’excès. Trop n'est jamais assez.


Comme chaque film de Martin Scorsese, Le loup de Wall Street est un événement attendu par beaucoup de passionnés de cinéma. Moi-même fan du cinéaste, j'étais impatient découvrir ce cadeau de Noël dans les salles, un peu comme il y a deux ans pour le féérique Hugo Cabret. Scorsese, toujours fin couturier de la mise en scène tisse une fresque remplie de savoir faire parfois insipide (donc assez décevante), malgré son côté juvénile et déjanté dans laquelle le cinéaste semble être un gamin de vingt ans à plus de soixante dix ans. Plutôt partagé donc.

Pour sa cinquième collaboration avec Dicaprio, le cinéaste offre à nouveau à ce dernier un rôle à Oscar. Si l'Oscar serait largement mérité pour la carrière époustouflante de l'acteur, Le loup de Wall Street ne s'avère pas être leur meilleure collaboration. J'ai l'impression que Scorsese voulait offrir à DiCaprio ce qu'il avait offert a De Niro vingt ans plus tôt avec Casino. En effet, beaucoup de séquences et de plans se ressemblent, de même que les thèmes, les personnages très machistes, très orduriers comme dans beaucoup des films de Scorsese. Si Casino dégageait un magnétisme inédit et inégalé, Le Loup de Wall Street n'obtient que quelques similitudes narratives et de mise en scène par moment.

Si Scorsese veut signer une fresque moins documentaire et plus légère que ses précédentes, il réussit quand même à rendre intéressante cette ordure sur pattes par son savoir-faire de grand cinéaste. La satyre du rêve américain fonctionne beaucoup mieux dans les deux dernières heures. Effectivement, le scénario est bien meilleur à partir de la scène de rupture avec sa première femme (formidable au passage). Toute la première heure est une longue introduction brouillonne et abondamment remplie de blagues salaces, composée de pics d'humour parfois drôles, parfois exaspérants. Si cela reste tout de même réussi dans le genre, le scénario en abuse beaucoup trop au point de totalement déséquilibrer la fresque. Le film aurait pu être coupé d'au moins une demie heure dans cette première heure, il en serait largement avantagé. Heureusement, quand les ennuis arrivent, la mise en scène et le script savent bien mieux négocier l'humour et le tragique. Scorsese fait ensuite un peu comme dans Aviator en appliquant sa mise en scène de cinéphile implacable et virtuose de manière assez automatique. Enfin, le côté comique marche à merveille et prend le dessus à la salacerie, aux trips abondants et répétitifs de ce loup drogué et donne un ton plus intelligent et efficace au film. La débauche filmée de manière moderne et ancienne à la fois marche plutôt bien, Scorsese fait le boulot même si c'est du déjà cousu main pour le cinéaste. Le film passe donc d'un Very Bad Trip et Projet X à un Scarface scorsesien.

Dans la dernière heure, Scorsese est toujours aussi clinquant et sa fresque de luxe suit toujours la même cadence. La narration déjà vue dans Les Affranchis et Casino, ponctuée de "fuck", nous confirme que nous nous trouvons bien dans un film de Scorsese (merci Terence Winter), malheureusement caricatural. La seule baisse de rythme se trouve à la toute fin, où on reconnaît encore le procès, l'humour et la dégringolade du système de Casino. Les fans de Casino reconnaîtrons sans problème que DiCaprio est souvent dans les même décors et les même plans que De Niro. Scorsese pousse le bouchon un peu plus loin en dépeignant cette pourriture comme une légende vivante, surtout dans la dernière scène, une des plus réussies du film. On retrouve un peu le final de Taxi Driver ou de La valse des pantins sauf que l'on n'a pas de confusion entre délire et réalité. Le Loup de Wall Street est le film le moins psychologique de Scorsese désormais, certainement son film le plus limpide et dans l'air du temps.

En une séquence du Loup de Wall Street, on retrouve trois fois plus de sexe que dans toute la filmographie du cinéaste, autant de "fuck" voir plus que dans Les Affranchis et Casino. On retrouve un patchwork de tous ses films, ponctué de ses références habituelles aux meilleurs du genre (Capra, Tarantino, Apatow ou même Ritchie). Un lâchage total tantôt jouissif, tantôt déconcertant, dont je pense que l'influence de DiCaprio à la production et la collaboration n'y est pas pour rien. Une chose est sûre, c'est que même si Dicaprio n'a pas le magnétisme qu'avait Robert De Niro, c'est clairement avec Scorsese qu'il obtient ses plus grands rôles.

On pourrait presque penser à un remake moderne des Affranchis et Casino. Même si dans les films maudits de Scorsese on reste toujours a des lieues de la leçon de cinéma de Casino, il se dégage malgré tout quelque chose de novateur, contrairement au Loup de Wall Street. Il reste cependant un cinéaste donnant à ses films un ton particulier, jamais prétentieux, contrairement à Tarantino ou même pour la première fois aux Coen cette année. Preuve qu'il restera toujours un des plus grands cinéastes en activité, en permanence dans la novation, dans le virtuose. Rien que la bande annonce (très illustrative du film au passage) le prouve. Dans la forme c'est bien du Scorsese, mais ce Wall Street sous amphétamines est un genre de Las Vegas Parano chez Ace Rostein dans Casino. Si le casting est une nouvelle fois terrible, mention spéciale à Jonah Hill (avec le dentier de Marty ?) absolument surprenant et monumental, sans oublier notre frenchie Jean Dujardin qui signe une des scènes les plus désopilantes du film.

Le Loup de Wall Street est un Scorsese mineur qui risque vite de se démoder. Il a tout du moins le mérite de nous offrir un cinéma qui a de la gueule, chose qui n'est pas donné à n'importe quel réalisateur. Il reste cependant avec Margin Call l'un des films les plus réussi sur Wall Street, plus intéressant et moins pataud que ceux d'Oliver Stone.

Note : 6,5/10

vendredi 20 décembre 2013

Snowpiercer : Le transperceneige (Snowpiercer)






Réalisation : Bong Joon-Ho
Scénario : Bong Joon-Ho et Kelly Masterson.
Durée : 2 h
Distribution : Chris Evans, Song Kang Ho, Ed Harris, John Hurt, Tinda Swinton...
Genre : Gangs of RER.

Synopsis :

2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s'arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s'est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d'hommes entraînés par l'un d'entre eux tente de lutter. Car l'être humain ne changera jamais...

Après différents exercices de styles plus que brillants, le cinéaste Bong Joon-Ho confirme avec Snowpiercer qu'il est actuellement le réalisateur qui réussi le mieux à mélanger les genres avec tant de virtuosité. Si bien sûr d'autres cinéastes brillent également en la matière, Bong Joon-Ho possède les scripts les plus riches, denses, originaux et inventifs. Une nouvelle fois à l'écriture du scénario avec la collaboration de Kelly Masterson (7h58 ce samedi là), le cinéaste coréen de The Host nous offre un blockbuster d'auteur international qui fait mesure d'ovni dans une époque où le cinéma est trop souvent aride en originalité. Rien que pour cela, Snowpiercer est un film à ne pas rater.

Inspiré d'une bande dessinée éponyme, Snowpiercer se situe entre un Spartacus de Stanley Kubrick (lutte des classes) et un Soleil vert de Richard Fleischer (côté science fiction, anticipation) le tout dans une arche de Noé. Énormément de pistes et de thèmes passionnants sont abordés dans ce scénario. Ce dernier dépeint une critique virulente de la société en général, de sa violence, de ses vices, de sa politique et de l'espoir de ses différentes classes. Une peinture pessimiste de l'Homme et de son pouvoir, ses rapports de forces et sa hiérarchie, le tout magnifiquement dépeint avec un sens virtuose du détail, de façon très crédible. En plus d'être abondamment riche, le scénario est d'une extrême habileté rythmique et narrative, digne d'un grand classique du cinéma. La mise en place est très efficace, mais tellement rapide qu'elle pourrait décourager certains : le film plongeant le spectateur dès les premières minutes dans une violence qui pourrait lui faire penser à un énième vulgaire film de violence gratuite. La suite pourtant est une fabuleuse aventure onirique et cinématographique. La conquête progressive des wagons du train est un exercice de style virtuose où suspense, humour, action, émotion et satyre sont magistralement assemblés. Plusieurs visionnages s'annoncent indispensables pour capter et saisir plus de détails.

A la fois accessible, ambigu et très suggestif, Snowpiercer ne tombe jamais dans la facilité, le too much et encore moins la niaiserie. Tout est traité dans une grande pudeur, sincérité et élégance. Le cinéaste de Mother prend le temps de faire des pauses dans l'action et de donner encore plus d'ampleur à son scénario afin de rendre les différents tons à son film qui est un véritable éventail à émotions. Également très bien maîtrisé dans son rythme, on ne ressent aucune longueur grâce à une intrigue impalpable et remplie de rebondissements régalant (la scène du tunnel par exemple). Un peu comme le début du film, le final peut décevoir par la rapidité du dénouement, et le face à face succinct entre Winston et Curtis. S'il doit certainement exister une version un peu plus longue, pour ma part cette fin est juste magistrale et d'une cohérence parfaite. Le cinéaste n'en fait pas des tonnes et ne prend pas le public pour un idiot.

Côté interprétation, ma plus grande surprise est Chris Evans. Ce dernier compose ici une des plus grandes prestations d'acteurs de ces dernières années. Sans que le film ne lui offre un « rôle à oscar » il délivre une prestation à la fois grandiose et subtile où il est à la fois impérial, vulnérable et torturé dans le rôle du meneur aussi ambigu qu'attachant. Le choix d'Ed Harris a déjà été utilisé par d'autres cinéastes dans le domaine du machiavélisme (Peter Weir, David Cronenberg), et s'avère une nouvelle fois payant, en effet, il dégage un charisme époustouflant. Tilda Swinton marque les esprits dans son personnage aussi abominable moralement que physiquement. L'habitué au cinéaste et irrésistible Song Kang-Ho compose un numéro de fée clochette explosif aussi dopé que roublard. On appréciera également le grand acteur John Hurt en guise d'hommage dans le rôle de Gilliam. Le reste du casting est également aussi régalant que judicieux, dont même le trop souvent oublié Jamie Bell.

Bong Joon-Ho nous plonge dans un fabuleux huis clos, une épopée sociale qui oscille en permanence entre le thriller, le film d'aventures et d'anticipation. Réalisé avec une grande maestria, Bong Joon-Ho réussit une merveilleuse alliance de la culture du cinéma hollywoodien et du cinéma asiatique tout en conservant sa touche particulière. Le cinéaste est toujours aussi habile avec l'émotion, le thriller et la psychologie marquée de ses personnages. La mise en scène est sensible, juste et intelligente avec un fascinant sens de l'image et un travail sur l'espace surprenant. Ce huis clos est paradoxalement très aéré par sa narration (beaucoup d'événements) et oppressant (effet carcéral garanti). La bande originale, très belle, donne de l'ampleur et du relief, mais n'appuie jamais trop lourdement les actions comme on peut le voir trop souvent dans la plupart des films actuels. La violence est un sujet tabou comme chaque fois : ici elle est esthétique sans être particulièrement sublimée ni enlaidie. Le travail de l'image fait parfois penser à des vignettes de bande dessinée. Hormis les effets spéciaux (sur l'extérieur du train) qui vieilliront certainement assez vite, la photographie est particulièrement belle.

Après son court métrage réussi dans Tokyo, Bong Joon-Ho confirme son talent dans le huis clos. Si Le transperceneige est actuellement le film du cinéaste contenant le plus de violence physique, cette dernière n'est pas gratuite et ajoute une touche de crédibilité. Les cassures de rythmes, les contre-pieds narratifs peuvent dérouter les plus adeptes aux blockbusters classiques. A croire que le cinéaste s'est donné le défi de déformer toutes les ficelles du genre. Ce film est à l'image des autres films du cinéaste : un ovni passionnant. Il est certainement son film le plus risqué mais aussi son plus réussi, en tout cas du même gabarit que Memories of Murder et Mother.

Sans faire du Malick ou du grand film contemplatif, le cinéaste coréen démontre que le grand cinéma peut parfois se trouver dans les salles grand public. Un blockbuster habile et très intelligent (oui vous avez bien lu les mots « habile » et « intelligent » dans la même phrase que « blockbuster ») aussi bien dans le fond que dans la forme. Le cinéaste insuffle son grand talent de conteur et de metteur en scène dans un blockbuster dont il reforge avec brio toutes ses lettres de noblesses. Pour ma part, Le transperceneige est également actuellement le meilleur film sur le thème de la fin du Monde, surtout par son côté inventif. Cette conquête de cette arche de Noé des temps modernes est certainement un des plus grands exercices de style que j'ai eu l'occasion de voir au cinéma. Un tour de force impressionnant qui fait clairement de Bong Joon-Ho un des plus grands cinéastes contemporains.

Ce film figurerait pour ma part dans le top dix des meilleurs films des années 2000.

PS : Le montage américain a coupé la fameuse séquence de l'école. A voir comment ils se sont débrouillés...

Note : 10/10

La dévédéthèque parfaite dans le même thème :

Soleil vert de Richard Fleischer, Spartacus de Stanley Kubrick et La planète des singes de Franklin J Schaffner.