jeudi 30 juin 2016

Le Monde de Dory




Réalisation : Andrew Stanton et Angus MacLane
Scénario : Victoria Strouse et Andrew Stanton
Durée : 1 h 30
Avec les voix de : Céline Monsarrat, Franck Dubosc, Mathilde Seigner, Philippe Lellouche, Timothé Vom Dorp, Kev Adams...
Genre : Dory movie 

Synopsis

Dory, le poisson chirurgien bleu amnésique, veut retrouver ses parents. Marin et Nemo se joignent à elle pour l'aider à les retrouver, mais c'est surtout à sa mémoire qu'elle doit le plus solliciter. 

Un peu comme Monstres et Cie faire une suite au Monde de Nemo était dispensable. Seulement quand il s'agit des studios Pixar on en redemande à la fin de la séance tant leur (brillant) savoir faire est rafraîchissant. Leurs ficelles sont virtuoses et surtout pleines d'énergies positives, Le Monde de Dory n'échappe pas à la règle de la redite mais n'empêche pas d'entrer dans la catégorie des bons films de la firme. 

Faire une suite au Monde de Némo, le grand classique Pixar qui nous avait éblouit il y a déjà treize ans, relevait d'immenses pièges narratifs. Cependant le plus grand défi était de prendre comme personnage principal un poisson très drôle mais aussi plus pathétique : Dory. Au final tous les redoutables pièges sont gentiment contournés et évités avec beaucoup de bonne humeur. On zappe les narrations à la Memento et des thrillers avec le thème de la mémoire, on zappe également le fan service même si Nemo et Marin sont encore de la partie, on prolonge le côté décalé du monde marin avec des personnages secondaires, tous fameux. Tout ce qu'il y a d'un bon Pixar est présent ici, même si l'originalité et les ambitions des plus grands ne sont pas aussi hautes et brillantes. 

Le Monde de Dory réussi avant tout un beau compromis entre la quête initiatique, une belle fable sur l'acceptation et le handicap. C'est aussi une leçon d'amitié, peut-être un des buddy movie les plus réussis de ces dernières années entre un poisson et une pieuvre. Si l'on sent un peu plus de mal à concentrer l'émotion chez Andrew Stanton que chez Pete Docter, il faut avouer que l'humour y est généreux et la galerie de personnages tous réussis et bien developpée. Que ce soit au niveau des dialogues, du rythme ou même des différents retournements de situations (qui font penser aux meilleurs productions de chez Dreamworks) tout est extrêmement plaisant et plein de fougue. Rien est ennuyeux et à aucun moment les créateurs ne se reposent sur leurs lauriers. Le final est rempli d'énergie positive, à l'image du personnage de Dory, folle et attachante à souhait. Animation et musique comme d'habitude sont tout deux très réussis, un beau compromis entre les graphismes du Monde de Nemo et l'animation actuelle (qui a bien évoluée cela va sans dire). 

Comme d'habitude le spectacle plaira aux petits et aux grands. Sans prétention, Le Monde de Dory s'impose comme un bon Pixar et comme souvent le divertissement solide de cet été à ne pas louper. Une replongée réussie et toujours aussi rafraîchissante. 

Note : 8 / 10

samedi 18 juin 2016

The Neon Demon



Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Mary Laws, Polly Stenham et Nicolas Winding Rejn
Durée : 2 h 
Interprétation : Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Christina Hendricks, Karl Glusman, Keanu Reeves...
Genre : Expérience pimpante

Synopsis

Une jeune fille débarque à Los Angeles, son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante due à sa beauté pure suscite de la jalousie auprès de ses concurrentes. Ces dernières sont prêtes à tout pour s'emparer de cette beauté. 

Nicolas Winding Refn est un cinéaste qui continue à développer son sens de l'esthétisme, son talent et toujours avec une volonté de proposer quelque chose de nouveau. Avec ce nouvel ovni, le réalisateur de Pusher mise tout sur l'esthétisme et le symbolisme pour donner une forme assez sensationnelle à son The Neon Demon. Le film est agréable à suivre car la mise en scène est somptueuse, intense quand elle n'est pas magistrale. Seulement comme l'an dernier avec Birdman d'Innaritu, l'ensemble me laisse une pointe d'amertume, toute cette virtuosité appuyée pointe rapidement les limites d'un scénario aux intentions mi figue mi raisin. 

Assez souvent on sent que le cinéaste se regarde filmer. Cependant comme le film est dans le monde publicitaire et le milieu de la mode : c'est dans le thème et ça fonctionne. The Neon Demon a tout pour être un grand film et on peut le défendre facilement. Nicolas Winding Refn signe un film à l'image des critères de la beauté : envoûtant visuellement mais terriblement superficiel dans le fond. C'est assez réussi car le scénario est une coquille vide qui se contente d'enchaîner des symboliques de manière plus ou moins intéressantes et subtiles. Cependant ce qui me gêne le plus dans tout ça reste l'intention du cinéaste j'ai l'impression n'assume pas tant que ça de suivre son chemin. Par moments j'ai eu la désagréable impression que des scènes ne sont là que pour ses envies esthétiques et l'envie de nous choquer. Des scènes s'enchaînent sans forcément aller dans une direction particulière ou un crescendo, comme celle d'une fille qui fait l'amour sur un cadavre ou encore des personnages masculins sous exploités. Peut-être que je me trompe et que tout à une signification mais je trouve que malgré sa belle forme, le film est souvent hasardeux dans ses propos et sa narration saccadée l'empêche d'aboutir à quelque chose de fort. 

Sur les pas de Kubrick et d'Argento, Winding Refn continue a appuyer son style avec une bande originale  très eighties, on entend les inspirations de Vangelis à plein tympan. Un peu comme Sorrentino, Winding Refn manque par moment de franchise et de dépasser le simple exercice de style inspiré de ses modèles. Le réalisateur de Drive est un grand cinéaste qui a du mal à se démarquer par rapport à des films références plus importants comme ici La féline de Jacques Tourneur, Suspiria de Dario Argento ou encore le cinéma électrique de David Lynch, qui se démarque par ses pistes mais également ses thèmes et son style personnel. Le film m'a fasciné autant qu'il m'a agacé, séduit et choqué à la fois mais je n'ai pas eu l'impression d'être devant un film qui ne prend jamais une dimension grandiose et intelligente. J'ai pris du plaisir à voir de la belle mise en scène et de belles séquences mais j'ai plus de mal à saisir l’intérêt et l'orientation des pistes qui restent finalement trop vaines pour saisir le pourquoi du comment. On est loin d'avoir un discours fort et pertinent, ni même clair. J'ai plus l'impression de ressentir de la masturbation d'un cinéaste qui a indéniablement du talent mais n'arrive pas forcément à l'exploiter.

Du début à la fin, tout le film reste dans la plastique et je doute que ce soit clairement assumé par le cinéaste sur la longueur. Sa volonté à faire un ovni se ressent sur tous les plans. C'est par moment fatigant mais souvent virtuose heureusement. C'est un cinéaste que j'aime beaucoup (Bronson reste un de mes films préférés) je reste un peu dubitatif sur ce dernier The Neon Demon. Son film le plus léché serait également son plus vain ? Une belle forme ne fait pas forcément un bon film mais rend l'arnaque tout de suite plus agréable à suivre (Drive ?). The Neon Demon est quand même une expérience cinématographique qui vaut le détour et mérite de s'y attarder dessus.  

Note : 6 /10

dimanche 12 juin 2016

Elle



Réalisation : Paul Verhoeven
Scénario : David Birke
Tiré de l'oeuvre de Philippe Djian
Durée : 2 h
Interprétation : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Efira, Jonas Bloquet, Alice Isaaz...
Genre : Inabouti

Synopsis

Michèle fait partie des femmes que rien ne semble atteindre. Elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule quand elle se fait violer chez elle par un mystérieux inconnu. Michèle ne va pas à la police mais se met à traquer son agresseur. Un jeu étrange entre eux s'installe. 

Le retour du cinéaste de Total Recall presque dix ans après la sortie en salles du brillant Black Book était attendu de la part de pas mal de cinéphiles. Le cinéaste n'était pas forcément attendu en France ainsi qu'avec une critique d'une telle unanimité de la part de la presse au Festival de Cannes. Lui qui a toujours suscité comme Brian De Palma la controverse, ma curiosité fut alors aguichée malgré la bande annonce assez rebutante. Quelques jours après le visionnage, je reste toujours assez partagé sur le film. 

Un peu comme le scénario du film, je ne sais pas trop par où commencer. Le film a énormément de thèmes intéressants (plus ou moins clichés) dont malheureusement je trouve rien n'est approfondi et encore moins abouti. Ce sera pareil pour toutes les nombreuses pistes qui se retrouvent toutes secondaires pour laisser place en premier plan au jeu d'Isabelle Huppert, qui reste hélas dans la caricature de son jeu habituel. Le scénario oscille entre la comédie, la perversion, le deuil, le regret, la mort (soit un peu tout ce qu'aime le cinéaste) mais aucune dramaturgie ou axe directionnel ne semble orienter tout cela vers quelque chose de précis et de vibrant. Elle ressemble à un patchwork du cinéma de Paul Verhoeven distrayant mais qui ne décolle jamais faute à une non écriture, une non intrigue et un jeu souvent plat ou faux des interprètes. 

Dans tout cela il y a de bonnes choses, des moments comiques plutôt réussis et des pistes d'interprétations intrigantes à souhait quant au passé de cette femme et cette famille. On en revient même à se demander si le cinéaste ne veut pas innover dans le thriller plus subtil qu'à l'accoutumée. Le cinéaste y parvient des fois mais c'est bien trop rare, c'est avec les gros sabots qu'il se sent toujours le plus à l'aise. Pendant deux heures le scénario nous dépeint une femme super intéressante sur le papier mais tout reste linéaire et plat, un peu comme si le cinéaste était dès le début fatigué de suivre cette femme presque aussi nuancée et morte socialement que Rachel Stein dans Black Book

Le film est aussi riche en thème que vide dans son développement. Beaucoup de pistes narratives nous sont présentées pour finalement que ne pas être abordées. On peut reprocher au film de ne pas aller au fond des choses, tout comme une multitude d'intrigues secondaires, distrayantes certes, mais en majorité sans saveurs et vraiment inutiles pour la suite de l'histoire et parfois la narration. Moi qui aime beaucoup les films du cinéastes là je trouve que pour le coup c'est assez raté. Surtout parce que je pense que la démarche du film n'est pas franche ni sincère. Elle est un film comme Passion de Brian de Palma, un retour d'un cinéaste qui ne marche plus, ou ne colle plus au moule Hollywoodien et qui est dans ses thèmes récurrents. Seulement je trouve que Brian de Palma est plus honnête et franc du collier que Paul Verhoeven. Même si je dirai qu'Elle est plus interessant que Passion il est beaucoup plus fade, beaucoup plus anecdotique. Comme pour le film de De Palma on reste formellement proche du téléfilm moche qui marque la fin d'un cinéaste qui se répète ou qui ne retrouve plus la forme d'antan, et ce sur toutes les coutures. 

Un film est souvent réussi par l'honnêteté du metteur en scène dans son histoire et ici je trouve qu'Elle est assez anecdotique avec le jeu (sans risque) d'Isabelle Huppert toujours adulé par les critiques et des thèmes tellement nombreux qu'on ne peut pas dire que le film ne soit pas intéressant. Un peu comme si on m'avait offert six mignardises et qu'on me demande de noter le repas, je conclurai que ce dernier film de Paul Verhoeven est bien maigre et ne renoue ni avec la forme ni avec le fond et encore moins les brillants ressorts scénaristiques d'antan. Black Book avait des défauts de finesse propre au cinéaste mais balayés par un sens de la mise en scène et dramatique fort. Elle a tout de moyen et s'avère être un exercice de style raté. Comme je doute toujours des intentions principales du film, je ne crierai pas au navet mais assurément de déception. 

Note : 4 / 10

Retour chez ma mère



Réalisation : Eric Lavaine
Scénario : Hector Cabello Reyes et Eric Lavaine
Durée : 1 h 30
Interprétation : Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner, Philippe Lefebvre, Jérôme Commandeur, Didier Flamand...
Genre : Comédie 

Synopsis

La vie de Stéphanie est partie en éclats. Elle se retrouve dans l'obligation de retourner vivre avec sa mère. La famille va se retrouver pour un repas de famille où tout va éclater aussi.  

Eric Lavaine est un réalisateur de comédies assez surprenant. Capable du pire avec Poltergay comme du sympathique Incognito, il est à ce jour à son meilleur niveau avec son dernier film, proche d'une pièce de théâtre. 

On retrouvait déjà un peu la démarche de la comédie italienne dans son précédent film Barbecue qui cernait et ciblait la génération des quinquas dans leurs déboires. Le film était porté, et sauvé à la longue, par la présence de Lambert Wilson, toujours rassurante. Eric Lavaine cette fois creuse le sillon et le genre avec une histoire simple et de plus en plus universelle avec un casting bien vu qui ne repose sur aucun acteur, ni actrice en particulier. Le scénario et la mise en scène contourne de justesse le pathos pour laisser place à quelques beaux moments de rires et d'émotions. Dommage que tout ne soit pas régulier. 

Le film ne reste pas mémorable faute à une intrigue et un fond un peu light. Heureusement la forme est souvent drôle ou plus subtilement amenée. Patrick Bosso en conseiller Pôle Emploi est drôle, Alexandra Lamy assure, Mathilde Seigner horrible à souhait et Josiane Balasko amène la touche d'humour qu'il faut. On peut regretter que le film ne passe pas la bonne comédie par des scènes qui ne vont pas au bout de leur démarche. Surtout une fin de repas de famille un peu brouillonne et pas aussi maîtrisée que son début qui faut l'avouer est brillante.

Retour chez ma mère est une comédie sympathique sans prétention qui aurait pu être meilleure mais aussi bien plus lourde. Un bon moment de divertissement qui rappelle les comédies d'Etienne Chatillez des années 90 et 2000. Eric Lavaine assure la relève de ce dernier et j'avoue que ce n'est pas déplaisant. 

Note : 6 / 10

samedi 4 juin 2016

The Nice Guys




Réalisation : Shane Black
Scénario : Anthony Bagarozzi et Shane Black
Durée : 1 h 50
Interprétation : Ryan Gosling, Russell Crowe, Matt Bomer, Angourie Rice, Margaret Quallet, Kim Basinger...
Genre : Buddy movie terne

Synopsis

Alors que les membre d'une équipe de tournage d'un film porno se fait éliminer progressivement, deux privés aux tempéraments opposés mènent l'enquête. 

Il faut être fan du style Shane Black sans quoi vous passerez à côté de The Nice Guys. Un peu comme moi. Le scénariste de Last Action Heros remet donc le couvert avec une histoire volontairement abracadabrantesque et avec un duo épatant comme gros ressort comique. Comme d'habitude, il y a des moments très bien mais l'ensemble est paresseux, classique et culcul la praline. Shane Black reste toujours le Tarantino du pauvre. Même si ses dialogues sont bien plus travaillés que la plupart des films que l'on voit aujourd'hui sur les écrans, il manque de prises de risques, de fraîcheurs et de surprises pour être mémorables.

The Nice Guys est le film noir pour les beaufs américains comme l'était L'arme Fatale dans le film d'action. Je ne suis pas fan de 80 % de l'humour de ce genre de film, je le trouve surtout fade. Il est en permanence niché entre la provocation trop calculée et le bien pensant étouffant. Cependant tout est propre et plutôt efficace dans son registre et ce serait faux de dire que rien ne fonctionne. Certains gags font mouches même si trop souvent ils se font désirer ou sont trop répétitifs au point de bâcler la scène. Le film est distrayant par les personnages en roue libre et le cabotinage des interprètes (Ryan Gosling en tête). Le soucis dans tout cela reste que Shane Black n'est toujours pas un metteur en scène, il reste un illustrateur trop sage. On se retrouve presque comme devant American Ultra, avec un scénario mieux écrit mais toujours au niveau zéro de l'audace cinématographique. La mise en scène est aux abonnés absentes, transparente et ne possède que deux idées en cherchant bien. Sur une heure cinquante de film c'est trop pauvre pour convaincre, à l'image de l'enquête policière, très banale. Une impression de gâchis reste à la fin de la séance comme si le scénario était passé à côté de la cible d'aller un peu plus loin qu'une comédie populaire banale. L'impression que Shane Black se contente une nouvelle fois d'être cool et de se reposer intégralement sur le jeu kamikaze de son duo et ses quelques ressorts comiques. Dommage que ses rebondissement soit rouillés et souvent éculés.

Niveau musique à part quelques bons morceaux de disco et de funk de l'époque, c'est de la musique d'ascenseur tout le long. Un peu comme le montage, il manque du corps à cette mise en scène et même un moment avec un morceau de bravoure. On est presque dans du champs contre champs non porté par une structure du scénario qui ne prend jamais vraiment d'ampleur. C'est frustrant quand on pense ce qu'aurait pu faire un cinéaste comme William Friedkin, Quentin Tarantino, Sam Raimi ou encore Edgar Wright sur un sujet comme ça. C'est le style Shane Black que l'on aime ou pas. Pour tout vous dire, il me laisse trop indifférent. Son humour me distrait mais me déçoit plus que je le trouve généreux. Tout l'inverse d'Edgar Wright qui même s'il est également très classique dans le fond, est référencé, drôle et également audacieux. 

The Nice Guys colle plus au personnage interprété par Ryan Gosling, extravagant et foutraque mais terriblement niais au fond. Il manque de charisme et de force, contrairement à Russel Crowe qui est ici massif à souhait. Shane Black a un atout de force pour lui, celui de ne pas être prétentieux mais son cinéma ne casse pas trois pattes à un poulet. De cette petite comédie il me restera juste deux choses notables : un Ryan Gosling au top et une Kim Basinger à côté de la plaque. Deux choses peu communes contrairement au film. Même si tout est à la cool dedans, les ingrédients et le style sont bien trop singuliers et impersonnels pour être mémorables. 

Note : 4 / 10


lundi 23 mai 2016

La vie d'Adèle Chapitre 1&2



Réalisation : Abdellatif Kechiche
Scénario : Ghalya Lacroix et Abdellatif Kechiche 
Adapté librement de la bande dessinée de Julie Maroh 
Durée : 3 h 
Interprétation : Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing...
Genre : Palme de plongée

Synopsis : 

A 15 ans Adèle ne se pose pas de question, les filles ça va avec les garçons. Jusqu'au jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s'affirmer en tant que jeune femme adulte. Face aux regards des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

Trois années étaient sans doute nécessaires pour visionner avec un regard plus objectif le film primé de la Palme d'Or au Festival de Cannes. Trois années pour oublier un peu toutes ces nombreuses polémiques, tout cet encensement quasiment unanime de la part des professionnels. Ce soufflet une fois dégonflé, on se retrouve devant un film de trois heures qui fonctionne par intermittence. On y trouve quelques beaux moments que le cinéaste nous avaient déjà montrés dans ses précédents films mais ils sont hélas trop rares pour nous faire oublier la sincérité brouillonne de l'ensemble. Que ce soit dans la forme, le fond ou les intentions principales de nous émouvoir rien est palpable dans ce film plus pot pourri par moment très cinématographique que maîtrisé et virtuose.  

Une nouvelle fois le cinéaste ne sait pas filmer et monter ses films de manière concise et efficace. Tout est quasiment mal filmé, très appuyé, lourd et la permanente recherche de réalisme vire au ridicule. Parfois il y a de beaux dialogues, parfois des minables, les disputes font rapidement tourner en boucle ces derniers rendant le tout ridicule. Les deux tiers des plans sont moches et surtout inutiles à la narration, l'émotion du film. Au contraire, le "style" de Kechiche dessert l'ossature du film pourtant intéressante. Le grand problème du cinéaste a toujours voulu d'être sur les pas de Maurice Pialat, que ce soit de manière artistique mais sur son côté tyrannique malheureusement. Ici il serait plus dans les pas de Larry Clark mais rien ne fonctionne vraiment non plus. Au résultat on a droit a du Malick du pauvre ou du cinéma français. Les trois quart du tournage ont dût être consacrés aux scènes de sexes et les nombreux et fatigants gros plans où l'on voit par moments les multiples répétitions dans les gestuelles des acteurs, et même de la technique. Tout cela frustre plus qu'autre chose car le support de base, de la bande dessinée sans doute, est plutôt beau. Le cinéaste enlaidit et freine toute la beauté d'un potentiel grand film émotionnel. Le film aurait pu l'être car quand on isole certaines scènes, l'émotion décolle et pas uniquement par la force de l'interprétation. Avec un cinéaste plus concis, sincère, subtil et moins brouillon et prétentieux le résultat aurait été déjà bien plus lisible. Résultat on a trois heures rythmées comme une série documentaire sur l'adolescence entrecoupée de scènes de pornos aux intentions très hasardeuses. Si ce n'est pas pour dire douteuses au bout de six minutes de sexe pur et dur à la Virginie Despentes. 

Les deux parties ont du mal à exister de manière indépendante et ne fusionnent pas non plus l'une avec l'autre. Je trouve que c'est la preuve la plus flagrante que ce film n'est qu'un brouillon, un banc de montage inachevé. Alors oui il y a de beaux moments comme ces scènes à l'école ou les repas de famille (là où Kechiche excelle de naturalisme dans ses précédents films). Seulement elles sont englouties par des scènes et des (gros) plans hideux qui empêchent de donner un minimum de corps et de beauté à l'histoire. Les scènes de sexes sont horribles que ce soit dans la manière de les filmer (esthétisme mon cul oui) comme dans la façon dont elles sont montées, crues et avec la distance d'un film de boules. Ni plus ni moins. Le film bascule alors dans le porno pur et dur, enlevant la pudeur, la finesse, le côté charnel nécessaire pour un tel sujet déjà traité mi figue mi raisin auparavant. En gros être homosexuel serait uniquement une expérience de cul plus jouissive qu'autre chose. Plus que passionnée pour le cinéaste appuyant ses références littéraires et le discours de la perversité au bord du ridicule. Le cinéaste n'est ni Sartre ni Stendhal et encore une fois n'a de profondeur et de justesse que quand il filme le désespoir de ses personnages. Alors que le scénario nous en démontre une passion, une romance beaucoup plus subtile, le discours et la forme que prend le film défend complètement un discours satisfaisant plus les pensées ou les attentes des hétéros mâles. Je suis désolé, ce n'est ni respectueux, encore moins subtil et je dirais même indigne d'un cinéaste qui se proclame "d'auteur" en permanence. 

Tout ce qui tourne autour du parcours initiatique d'Adèle est heureusement pour nous porté par le jeu naturel et sensible de la talentueuse Adèle Exarchopoulos. Heureusement qu'elle joue bien car le cinéaste s'obstine à la filmer en gros plan à chacun de ses gestes, de ses reniflements, quand elle mange, se recoiffe, quand elle dort et quand elle fait l'amour bien sûr. C'est à la longue dégoûtant, à l'image du jeu de Léa Seydoux. Décidément je ne la supporte pas cette actrice, autant physiquement que dans son jeu de piètre subtilité. Cette actrice ne joue pas bien même si je pense que c'est ici qu'elle joue le mieux son rôle (peut-être parce qu'elle joue un peu son propre rôle, elle qui "vient de l'école de la vie"). Pour le reste de l'interprétation, le cinéaste est reconnu pour bien diriger et cela s'avère vrai, il n'y a que peu de fausses notes. On est bien loin des autres films sur l'homosexualité comme Le secret de Brokeback Mountain ou même le sous estimé I love you Phillip Morris. Encore plus loin que des chefs d'oeuvre comme La rumeur de William Wyler ou le dernier film de Todd Haynes Carol. Kechiche lui n'atteint jamais le virtuose de Van Trier et son Nymphomaniac, dont les envolées cinématographiques sont parfois semblables.

Pour résumer La vie d'Adèle possède l'adn d'un grand film sur seulement un petit quart de ses trois heures. Le reste n'est qu'un brouillon autant dans sa forme que dans les intentions de nous émouvoir ou nous transporter. On reproche à François Ozon, Olivier Assayas, Jacques Audiard ou encore Arnaud Desplechin de ne pas aller au fond des choses mais franchement à côté de ce que réalise et propose Kechiche qui est césarisé chaque fois qu'il réalise un "film", ces cinéastes sont vraiment très grands. Kechiche lui a du talent dans l'approche documentaire (la réussite de L'esquive) mais pour le reste c'est toujours un coup d'essai assez vain. La Vie d'Adèle aurait été un beau film avec beaucoup de coupes, plus de sincérité dans l'approche romantique et sexuelle, mais surtout si le style du cinéaste ne serait pas si caricatural du début à la fin. Beaucoup de cris pour rien. 

Note : 3,5 / 10


vendredi 20 mai 2016

Money Monster




Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Jim Kouf, Alan DiFiore et Jamie Linden
Durée : 1 h 30
Interprétation : Geoge Clooney, Julia Roberts, Jack O'Connell, Dominic West...
Genre : Thriller en direct

Synopsis :

Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle le prend en otage en direct durant son émission. 

Avec un pitch de base vraiment intéressant, Money Monster joue sa carte à fond sur l'efficacité plutôt que sur l'approfondissement des personnages et de la critique du système. Si le divertissement est une réussite formelle, on peut finalement regretter une mise en scène trop transparente de la part Jodie Foster qui peine à frayer son peu de discours. Comme souvent quand les comédiens passent derrière la caméra, ils donnent trop la part belle aux acteurs et ce film ne déroge pas à la règle. Le casting et les performances de George Clooney et de (l'excellent) Jack O'Connell font la différence dans ce film globalement trop convenu. 

Rythmé, pas trop difficile à suivre dans ses termes et son approche pour les plus novices et avec un scénario réglé comme du papier à musique, Money Monster est un divertissement bien exécuté et heureusement sans grande prétention. Le scénario ne surprend guère sur son final et il pourrait clairement aller et gagner en force et en profondeur sur ses personnages auparavant dans le film. Sans le déja vu et ce constat trop gentillet de notre société connectée ne réagissant pas ou pas comme elle le devrait face à la violence, le scénario pouvait changer d'envergure dès que Lee Gates se range auprès de Kyle. Ce dernier pouvait verser dans la grande habileté satyrique et la force humaine du brillant Sidney Lumet ou dans l’ambiguïté des motivations et les faux semblants des personnages. Le scénario et les acteurs y parviennent que trop peu et se concentre sur le divertissement avant tout, comme un show à l'américaine. 

On retrouve donc le concept de la série anglaise Black Mirror mais avec un traitement beaucoup plus hollywoodien, plus long et réalisé comme un spectacle pour la télévision. Dommage que la démarche n'aille pas plus loin, plus au fond du cynisme, de la violence  de notre société où tout est côté en bourse sauf la vie d'autrui. Pas encore du moins. 

Je vais arrêter de faire mon rabat joie car le résultat est tout de même de qualité et recommandable. Les acteurs et le rythme sont suffisamment généreux pour que l'on passe un moment distrayant. L'occasion de voir Julia Roberts jouer autre chose que dans un navet, George Clooney faire le guignol en Cary Grant sous coke ou Jack O'Connell à fleur de peau avec un charisme à la Tom Hardy ne se rate pas. Money Monster est un film à suspense avec des ficelles narratives et de codes de mises en scène typiques du thriller actuels. On est loin de Network de Sidney Lumet mais les acteurs rendent le spectacle moins triste que le scénario, ce qui n'est pas toujours le cas. 

Note : 6 / 10

lundi 2 mai 2016

A tombeau ouvert (Bringing out the dead)



Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader
D'après le livre de Joe Connelly
Durée : 2 h 
Interprétation : Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore...
Genre : Ovni insomniaque 

Synopsis :

Franck Pierce sillonne toutes les nuits dans un quartier chaud de New York à bord de son ambulance. Hanté par les vies qu'il n'a pas sauvé, il essaie de se donner un but dans cette jungle humaine. 

A tombeau ouvert est un film dont j'ai de la chance d'adorer car il n'est pas au goût de tout le monde. Le genre de film dont on entre ou pas du tout, un trip que l'on peut adorer autant que détester. Je trouve que Bringing out the dead (vive les Monty Python) est l'équivalent du Taxi Driver des années quatre vingt dix. Une nouvelle fois on suit un homme en service de nuit qui sillonne dans les rues de New York assez paumé dans sa quête et puis c'est aussi surtout Paul Schrader au scénario. Le film est une peinture d'une ville toujours baignée dans le mouvement et la violence, autant dans la psychologie des personnages que dans leurs actes. Entre humour noir, documentaire précis et émotion, Nicolas Cage campe à la perfection un personnage typiquement scorsesien, un genre de fantôme qui fait un burn out. 

Ce film est avant tout une atmosphère particulière, une osmose de plusieurs genres, de thèmes et de sentiments cinématographiques et subversifs, tous filmés et emballés à la manière d'un trip de drogué. Ou d'un insomniaque qui a du mal à décrocher de la drogue. Le cinéaste, à l'aide d'un montage hypnotique, à l'image de sa sublime photographie, nous transporte dans un New York nocturne comme jamais on a pu le voir à l'écran. Il est à la fois très proche des conditions folles des ambulanciers et du service de nuit, mais aussi dans l'esprit, la bulle du personnage principal. Paul Schrader signe sans doute son scénario le plus simple et le moins démonstratif de sa carrière. Encore une fois, c'est le génie de Martin Scorsese qui rend l'ensemble passionnant avec une cohésion, une maîtrise de ses différents thèmes de manières les plus difficiles qui soient par une déconstruction du temps. Le film nous fait perdre tous nos repères de temps, d'espace et même parfois de morale. On suit un monde que l'on connaît sous un point de vue inconnu pour beaucoup et en plus sous l'oeil d'un insomniaque aussi bon samaritain que névrosé. C'est somptueux sur tous les points. 

Bien que beaucoup penseront que le film ne raconte rien, je dirai même que c'est tout le contraire. A tombeau ouvert est un film qui ouvre à l'interprétation tout le long autant qu'il divertit dans sa forme. A la fois drôle avec ses personnages secondaires et sérieux quand il s'agit de parler de sentiments et psychologie, le film oscille en permanence entre le documentaire impulsif et la rencontre entre deux personnes du même quartier aussi paumés l'un que l'autre. Cela que ce soit sur le plan social que psychologique. Pour ceux qui découvraient le film à l'époque, A tombeau ouvert est un peu un mélange du Temps de l'innocence et de Casino dans un univers à la Taxi Driver. Ce film est un bain musical, peut-être le film de Martin Scorsese où la musique est la plus importante et liée à atmosphère générale. On est bercé par le morceau dingue T.B Sheets de Van Morrison et entrecoupé par des morceaux plus énergiques et pop (The Clash, The Who ou encore Matha and the Vandellas). Il serait vache d'oublier également une belle bande originale d'Elmer Bernstein plus sobre mais aussi efficace que celle utilisée dans Taxi Driver

Le spectateur est donc bercé par une bande originale absolument démentielle et suit un Nicolas Cage dans un quotidien nouveau sous opium, rendant cet ovni comme une parenthèse cauchemardesque sous acide. Ce film est le genre de produit typiquement produit dans les années soixante dix et bien sûr il n'a pas trouvé son public. Il est resté une semaine en salles en France et fut un un échec commercial pour le cinéaste presque aussi cuisant que La Valse des Pantins. Sous une forme différente, les années deux mille iront mieux au cinéaste avec Shutter Island qui a bien cartonné (DiCaprio oblige), son film le plus psychologique depuis A tombeau ouvert. Il y a une cohésion dans l'oeuvre du cinéaste où on y retrouve des thèmes, des lieux et des obsessions mais toujours des films qui reviennent par cycle. Celui-là dresse un état des lieux d'une décennie, qu'elle soit politique sociale ou psychologique, tout reste important et essentiel. Le film reste un des plus beaux film sur New York malgré son sujet sombre et son emprunte pessimiste. Actuellement ce film reste la dernière collaboration avec Paul Schrader et peut-être celle qui atteint le plus d'alchimie, celle où il y a le plus de Scorsese et de Schrader ensemble et non dans une même démarche d'idées comme La dernière tentation du Christ

Cependant ne nous y trompons pas, Scorsese est un cinéaste qui réalise des projets qu'il aime même quand c'est plus commercial. Si on peut considérer qu'il a fait des films mineurs, ce sont des films de commandes maîtrisés. A tombeau ouvert n'a rien d'une commande, d'ailleurs c'est avec le petit succès de son précédent film Kundun qu'il a pu faire ce film produit par Disney (oui oui). Il reste un des plus grands films du cinéaste et celui qui tout simplement marque la force d'un des plus grands cinéastes de notre temps. Un film qui est capable de passer sous multiples points de vues, tons et tempérament tout en gardant le cap et son discours. Scorsese nous a fait le coup avec sa fresque paranoïaque et tourmentée Casino et nous le refait ici d'une autre manière mais avec toujours autant de classe et de brio. 

Nicolas Cage et Patricia Arquette vampirisent l'écran comme dans le cinéma de Jim Jarmusch, les dialogues sont remarquables et les seconds rôles sont brillants (John Goodman, Tom Sizemore et Ving Rhames le top) ne peuvent que confirmer la réussite de cette parenthèse scorsesienne magistrale. Le film le plus fou et le plus hypnotique du cinéaste que je recommande toujours de (re)découvrir, simplement parce que c'est du grand cinéma. Ce qui n'est pas toujours le cas et pour ma part le film se savoure de diffusion en diffusion. Alors vous aurez le coup de coeur aussi ? Ou plutôt le coeur assez accroché ? 

Note : 10 / 10

dimanche 1 mai 2016

Green Room



Réalisation et scénario : Jeremy Saulnier
Durée : 1 h 30
Interprétation : Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber...
Genre : Une nuit en concert

Synopsis

Au terme d'une tournée désastreuse, un groupe de Punk Rock accepte au pied levé de faire un concert au fin fond de l'Oregon. Après le concert dans les loges, ils vont se retrouver témoin d'un meurtre commis par les responsables du lieu, des néo nazis qui font justice eux-même. Le propriétaires décide d'éliminer tous les témoins gênants. 

Après Blue Ruin, un film un peu longuet sur les pas des frères Coen, Jeremy Saulnier se replonge un peu dans le même délire mais dans le cinéma de John Carpenter et de Sam Raimi. Comme pour son précédent film dans Green Groom, le cinéaste ne maîtrise pas aussi bien son efficacité et son écriture que sa photographie et ses acteurs. Le résultat est plutôt pas mal même si encore une fois un court-métrage aurait largement suffit pour ce qu'il a à nous raconter. 

Le soucis vient principalement de notre époque. Actuellement on est tellement à la ramasse niveau créativité dans les salles obscures que dès qu'un film de genre est un peu plus audacieux, référencé ou intelligent que les autres sort on se doit presque de l'apprécier. Non Green Room n'est pas brillant mais on doit s'y précipiter car il y a pas vraiment de bons films indépendants et encore moins dans ce genre mal aimé. Si Jeremy Saulnier a du talent, il manque de confiance en lui et de franchise dans son style. Que ce soit Blue ruin ou ce dernier film, il reste toujours le cul entre deux chaises entre ses style et ses références. Ses idées et ses touches personnelles ne se greffent pas à l'hommage respectueux et le fond, souvent maladroit, du film. Globalement une sensation de spectacle pas désagréable se dégage à la fin de la séance même si une nouvelle fois je me suis poliment ennuyé par le traitement, trop sage et pas assez franc du collier. 

Green Room est avouons le séduisant car il reprend les codes originaux des huis clos et des films d'angoisses à l'ancienne. Un peu d'humour noir, de la violence et une bonne dose dialogues (très) explicatifs avec de bonnes gueules d'acteurs et le tour était (presque) joué. Cependant, le film a du mal à décoller malgré le charme des interprètes et un rythme narratif plutôt soigné. Jeremy Saulnier connaît la photo et c'est peut-être ce qu'il y a de plus réussi une nouvelle fois. Tout le reste manque de caractère et de virtuosité. Encore une fois, il y a du talent derrière son film mais peut-être qu'il faudrait un scénario de quelqu'un d'autre pour que le cinéaste soit bien plus concentré sur sa tâche du cinéaste. Soit tout l'inverse d'un film comme It Follows qui épuise ses cartes et références assez rapidement mais tient le cap grâce à de l'audace et des idées. Green Room est entre un survival efficace et un exercice de style audacieux et finalement ne brille dans aucuns des deux cas. 

Le film est plutôt bien accueilli par la presse car le genre possède bien plus souvent de belles daubes que de films intéressants. A mon goût ce film n'est pas très grand dans son genre. Comme à la fin de Blue Ruin, il y a du potentiel mais rien abouti vraiment ce qui est dommage finalement. Peut-être au prochain coup pour le cinéaste, en attendant mieux vaut se revoir Assaut une centième fois ou même Une nuit en enfer. 

Note : 5 / 10

jeudi 28 avril 2016

Dalton Trumbo (Trumbo)



Réalisation : Jay Roach
Scénario : John McNamara
D'après Dalton Trumbo de Bruce Cook
Durée : 2 h
Interprétation : Bryan Cranston, Diane Lane, Hellen Mirren, Elle Fanning, John Goodman, Louis C.K, Alan Tudyk...
Genre : Biopic au poil 

Synopsis

La vie du célèbre scénariste Dalton Trumbo, victime du maccarthysme et de la fameuse liste noire à Hollywood. 


Si Bryan Cranston n'avait pas été nominé à l'Oscar du meilleur acteur pour ce rôle, je pense que l'on aurait jamais pu avoir la chance de voir ce film sortir en salles en Europe. Sans être le film de l'année, la vie de Dalton Trumbo est si intéressante que, passionné de cinéma ou pas, vous trouverez votre compte et ne verrez pas les deux heures de film passer. Bryan Cranston pour sa première tête d'affiche est formidable dans la peau du scénariste américain, il fait oublier dès les premiers plans qu'il jouait Walter White dans Breaking Bad

Alors qu'Hollywood produit des biopics en masse, je dirais que celui là est presque essentiel. On en a vu des biopics sur Hollywood mais bizarrement pas grand chose jusqu'à maintenant sur Dalton Trumbo et même globalement sur l'époque du Maccarthysme. Sauf peut-être La liste noire d'Irwin Winkler avec Robert De Niro et (le même) John Goodman. Cet écrivain, qui est devenu un symbole avec le temps, a eu une vie si extraordinaire, qu'il en fallait peu pour en faire un scénario prenant. Le réalisateur de comédies Jay Roach se colle au travail de metteur en scène et c'est plutôt une bonne surprise car les scènes comiques sont brillantes et permet de garder l'émotion et les thèmes plus graves en second plan. 

Pas de larmoyant, du rythme, des dialogues frais, une bonne histoire et un casting solide, il n'en faut pas plus pour apprécier ce film qui a tout du produit à Oscar sur le papier mais dont la mécanique fonctionne à merveille. Un peu comme Truman Capote de Bennett Miller, c'est un film de bonne facture mais l'acteur qui interprète le personnage principal offre une dimension nécessaire au film pour se démarquer des autres. Dalton Trumbo est l'anti Steve Jobs de Danny Boyle sortit cette année et qui cassait les codes du biopic classique et innovait dans la mise en scène. Les deux sont tout aussi agréable à découvrir pour des raisons différentes. 

Le cinéaste est à l'aise dans le contexte et le sujet historique, il n'a pas la prétention d'être moralisateur, ni maladroitement cynique sur Hollywood non plus. Ce que l'on peut reprocher restera le manque d'approfondissement sur certains points familiaux mais là aussi le scénario n'a pas la prétention de se lancer dedans, à part offrir un rôle plutôt sympathique à Elle Fanning. On pense par moment à Ed Wood de Tim Burton quand le scénariste réécrit les navets où John Goodman est comme d'habitude irrésistible. Mais le film est surtout plaisant parce qu'il est généreux dans ses répliques et les détails comiques qui font toujours mouche, un peu comme un ton à l'anglaise. Niveau mise en scène, c'est classique mais efficace le point fort de Jay Roach, ici dans son meilleur film.

Tout scénariste se régalera devant ce biopic classique mais honnête. Que ce soit Kirk Douglas, John Wayne, Edward G Robinson ou encore Otto Preminger, les clins d'oeil et les personnalités sont à la fois drôles et fidèles aux faits. Un beau compromis que je vous recommande particulièrement car il est assez rare que je trouve un produit américain dont on ne ressent pas les ficelles scénaristiques et de mise en scène sur un sujet comme celui-ci. Le film vous donnera envie de (re)voir les films écrits par le scénaristes ce qui est synonyme, on peut le dire, de réussite. 

Note : 8 / 10