lundi 23 mai 2016

La vie d'Adèle Chapitre 1&2



Réalisation : Abdellatif Kechiche
Scénario : Ghalya Lacroix et Abdellatif Kechiche 
Adapté librement de la bande dessinée de Julie Maroh 
Durée : 3 h 
Interprétation : Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing...
Genre : Palme de plongée

Synopsis : 

A 15 ans Adèle ne se pose pas de question, les filles ça va avec les garçons. Jusqu'au jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s'affirmer en tant que jeune femme adulte. Face aux regards des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

Trois années étaient sans doute nécessaires pour visionner avec un regard plus objectif le film primé de la Palme d'Or au Festival de Cannes. Trois années pour oublier un peu toutes ces nombreuses polémiques, tout cet encensement quasiment unanime de la part des professionnels. Ce soufflet une fois dégonflé, on se retrouve devant un film de trois heures qui fonctionne par intermittence. On y trouve quelques beaux moments que le cinéaste nous avaient déjà montrés dans ses précédents films mais ils sont hélas trop rares pour nous faire oublier la sincérité brouillonne de l'ensemble. Que ce soit dans la forme, le fond ou les intentions principales de nous émouvoir rien est palpable dans ce film plus pot pourri par moment très cinématographique que maîtrisé et virtuose.  

Une nouvelle fois le cinéaste ne sait pas filmer et monter ses films de manière concise et efficace. Tout est quasiment mal filmé, très appuyé, lourd et la permanente recherche de réalisme vire au ridicule. Parfois il y a de beaux dialogues, parfois des minables, les disputes font rapidement tourner en boucle ces derniers rendant le tout ridicule. Les deux tiers des plans sont moches et surtout inutiles à la narration, l'émotion du film. Au contraire, le "style" de Kechiche dessert l'ossature du film pourtant intéressante. Le grand problème du cinéaste a toujours voulu d'être sur les pas de Maurice Pialat, que ce soit de manière artistique mais sur son côté tyrannique malheureusement. Ici il serait plus dans les pas de Larry Clark mais rien ne fonctionne vraiment non plus. Au résultat on a droit a du Malick du pauvre ou du cinéma français. Les trois quart du tournage ont dût être consacrés aux scènes de sexes et les nombreux et fatigants gros plans où l'on voit par moments les multiples répétitions dans les gestuelles des acteurs, et même de la technique. Tout cela frustre plus qu'autre chose car le support de base, de la bande dessinée sans doute, est plutôt beau. Le cinéaste enlaidit et freine toute la beauté d'un potentiel grand film émotionnel. Le film aurait pu l'être car quand on isole certaines scènes, l'émotion décolle et pas uniquement par la force de l'interprétation. Avec un cinéaste plus concis, sincère, subtil et moins brouillon et prétentieux le résultat aurait été déjà bien plus lisible. Résultat on a trois heures rythmées comme une série documentaire sur l'adolescence entrecoupée de scènes de pornos aux intentions très hasardeuses. Si ce n'est pas pour dire douteuses au bout de six minutes de sexe pur et dur à la Virginie Despentes. 

Les deux parties ont du mal à exister de manière indépendante et ne fusionnent pas non plus l'une avec l'autre. Je trouve que c'est la preuve la plus flagrante que ce film n'est qu'un brouillon, un banc de montage inachevé. Alors oui il y a de beaux moments comme ces scènes à l'école ou les repas de famille (là où Kechiche excelle de naturalisme dans ses précédents films). Seulement elles sont englouties par des scènes et des (gros) plans hideux qui empêchent de donner un minimum de corps et de beauté à l'histoire. Les scènes de sexes sont horribles que ce soit dans la manière de les filmer (esthétisme mon cul oui) comme dans la façon dont elles sont montées, crues et avec la distance d'un film de boules. Ni plus ni moins. Le film bascule alors dans le porno pur et dur, enlevant la pudeur, la finesse, le côté charnel nécessaire pour un tel sujet déjà traité mi figue mi raisin auparavant. En gros être homosexuel serait uniquement une expérience de cul plus jouissive qu'autre chose. Plus que passionnée pour le cinéaste appuyant ses références littéraires et le discours de la perversité au bord du ridicule. Le cinéaste n'est ni Sartre ni Stendhal et encore une fois n'a de profondeur et de justesse que quand il filme le désespoir de ses personnages. Alors que le scénario nous en démontre une passion, une romance beaucoup plus subtile, le discours et la forme que prend le film défend complètement un discours satisfaisant plus les pensées ou les attentes des hétéros mâles. Je suis désolé, ce n'est ni respectueux, encore moins subtil et je dirais même indigne d'un cinéaste qui se proclame "d'auteur" en permanence. 

Tout ce qui tourne autour du parcours initiatique d'Adèle est heureusement pour nous porté par le jeu naturel et sensible de la talentueuse Adèle Exarchopoulos. Heureusement qu'elle joue bien car le cinéaste s'obstine à la filmer en gros plan à chacun de ses gestes, de ses reniflements, quand elle mange, se recoiffe, quand elle dort et quand elle fait l'amour bien sûr. C'est à la longue dégoûtant, à l'image du jeu de Léa Seydoux. Décidément je ne la supporte pas cette actrice, autant physiquement que dans son jeu de piètre subtilité. Cette actrice ne joue pas bien même si je pense que c'est ici qu'elle joue le mieux son rôle (peut-être parce qu'elle joue un peu son propre rôle, elle qui "vient de l'école de la vie"). Pour le reste de l'interprétation, le cinéaste est reconnu pour bien diriger et cela s'avère vrai, il n'y a que peu de fausses notes. On est bien loin des autres films sur l'homosexualité comme Le secret de Brokeback Mountain ou même le sous estimé I love you Phillip Morris. Encore plus loin que des chefs d'oeuvre comme La rumeur de William Wyler ou le dernier film de Todd Haynes Carol. Kechiche lui n'atteint jamais le virtuose de Van Trier et son Nymphomaniac, dont les envolées cinématographiques sont parfois semblables.

Pour résumer La vie d'Adèle possède l'adn d'un grand film sur seulement un petit quart de ses trois heures. Le reste n'est qu'un brouillon autant dans sa forme que dans les intentions de nous émouvoir ou nous transporter. On reproche à François Ozon, Olivier Assayas, Jacques Audiard ou encore Arnaud Desplechin de ne pas aller au fond des choses mais franchement à côté de ce que réalise et propose Kechiche qui est césarisé chaque fois qu'il réalise un "film", ces cinéastes sont vraiment très grands. Kechiche lui a du talent dans l'approche documentaire (la réussite de L'esquive) mais pour le reste c'est toujours un coup d'essai assez vain. La Vie d'Adèle aurait été un beau film avec beaucoup de coupes, plus de sincérité dans l'approche romantique et sexuelle, mais surtout si le style du cinéaste ne serait pas si caricatural du début à la fin. Beaucoup de cris pour rien. 

Note : 3,5 / 10


vendredi 20 mai 2016

Money Monster




Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Jim Kouf, Alan DiFiore et Jamie Linden
Durée : 1 h 30
Interprétation : Geoge Clooney, Julia Roberts, Jack O'Connell, Dominic West...
Genre : Thriller en direct

Synopsis :

Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle le prend en otage en direct durant son émission. 

Avec un pitch de base vraiment intéressant, Money Monster joue sa carte à fond sur l'efficacité plutôt que sur l'approfondissement des personnages et de la critique du système. Si le divertissement est une réussite formelle, on peut finalement regretter une mise en scène trop transparente de la part Jodie Foster qui peine à frayer son peu de discours. Comme souvent quand les comédiens passent derrière la caméra, ils donnent trop la part belle aux acteurs et ce film ne déroge pas à la règle. Le casting et les performances de George Clooney et de (l'excellent) Jack O'Connell font la différence dans ce film globalement trop convenu. 

Rythmé, pas trop difficile à suivre dans ses termes et son approche pour les plus novices et avec un scénario réglé comme du papier à musique, Money Monster est un divertissement bien exécuté et heureusement sans grande prétention. Le scénario ne surprend guère sur son final et il pourrait clairement aller et gagner en force et en profondeur sur ses personnages auparavant dans le film. Sans le déja vu et ce constat trop gentillet de notre société connectée ne réagissant pas ou pas comme elle le devrait face à la violence, le scénario pouvait changer d'envergure dès que Lee Gates se range auprès de Kyle. Ce dernier pouvait verser dans la grande habileté satyrique et la force humaine du brillant Sidney Lumet ou dans l’ambiguïté des motivations et les faux semblants des personnages. Le scénario et les acteurs y parviennent que trop peu et se concentre sur le divertissement avant tout, comme un show à l'américaine. 

On retrouve donc le concept de la série anglaise Black Mirror mais avec un traitement beaucoup plus hollywoodien, plus long et réalisé comme un spectacle pour la télévision. Dommage que la démarche n'aille pas plus loin, plus au fond du cynisme, de la violence  de notre société où tout est côté en bourse sauf la vie d'autrui. Pas encore du moins. 

Je vais arrêter de faire mon rabat joie car le résultat est tout de même de qualité et recommandable. Les acteurs et le rythme sont suffisamment généreux pour que l'on passe un moment distrayant. L'occasion de voir Julia Roberts jouer autre chose que dans un navet, George Clooney faire le guignol en Cary Grant sous coke ou Jack O'Connell à fleur de peau avec un charisme à la Tom Hardy ne se rate pas. Money Monster est un film à suspense avec des ficelles narratives et de codes de mises en scène typiques du thriller actuels. On est loin de Network de Sidney Lumet mais les acteurs rendent le spectacle moins triste que le scénario, ce qui n'est pas toujours le cas. 

Note : 6 / 10

lundi 2 mai 2016

A tombeau ouvert (Bringing out the dead)



Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Paul Schrader
D'après le livre de Joe Connelly
Durée : 2 h 
Interprétation : Nicolas Cage, Patricia Arquette, John Goodman, Ving Rhames, Tom Sizemore...
Genre : Ovni insomniaque 

Synopsis :

Franck Pierce sillonne toutes les nuits dans un quartier chaud de New York à bord de son ambulance. Hanté par les vies qu'il n'a pas sauvé, il essaie de se donner un but dans cette jungle humaine. 

A tombeau ouvert est un film dont j'ai de la chance d'adorer car il n'est pas au goût de tout le monde. Le genre de film dont on entre ou pas du tout, un trip que l'on peut adorer autant que détester. Je trouve que Bringing out the dead (vive les Monty Python) est l'équivalent du Taxi Driver des années quatre vingt dix. Une nouvelle fois on suit un homme en service de nuit qui sillonne dans les rues de New York assez paumé dans sa quête et puis c'est aussi surtout Paul Schrader au scénario. Le film est une peinture d'une ville toujours baignée dans le mouvement et la violence, autant dans la psychologie des personnages que dans leurs actes. Entre humour noir, documentaire précis et émotion, Nicolas Cage campe à la perfection un personnage typiquement scorsesien, un genre de fantôme qui fait un burn out. 

Ce film est avant tout une atmosphère particulière, une osmose de plusieurs genres, de thèmes et de sentiments cinématographiques et subversifs, tous filmés et emballés à la manière d'un trip de drogué. Ou d'un insomniaque qui a du mal à décrocher de la drogue. Le cinéaste, à l'aide d'un montage hypnotique, à l'image de sa sublime photographie, nous transporte dans un New York nocturne comme jamais on a pu le voir à l'écran. Il est à la fois très proche des conditions folles des ambulanciers et du service de nuit, mais aussi dans l'esprit, la bulle du personnage principal. Paul Schrader signe sans doute son scénario le plus simple et le moins démonstratif de sa carrière. Encore une fois, c'est le génie de Martin Scorsese qui rend l'ensemble passionnant avec une cohésion, une maîtrise de ses différents thèmes de manières les plus difficiles qui soient par une déconstruction du temps. Le film nous fait perdre tous nos repères de temps, d'espace et même parfois de morale. On suit un monde que l'on connaît sous un point de vue inconnu pour beaucoup et en plus sous l'oeil d'un insomniaque aussi bon samaritain que névrosé. C'est somptueux sur tous les points. 

Bien que beaucoup penseront que le film ne raconte rien, je dirai même que c'est tout le contraire. A tombeau ouvert est un film qui ouvre à l'interprétation tout le long autant qu'il divertit dans sa forme. A la fois drôle avec ses personnages secondaires et sérieux quand il s'agit de parler de sentiments et psychologie, le film oscille en permanence entre le documentaire impulsif et la rencontre entre deux personnes du même quartier aussi paumés l'un que l'autre. Cela que ce soit sur le plan social que psychologique. Pour ceux qui découvraient le film à l'époque, A tombeau ouvert est un peu un mélange du Temps de l'innocence et de Casino dans un univers à la Taxi Driver. Ce film est un bain musical, peut-être le film de Martin Scorsese où la musique est la plus importante et liée à atmosphère générale. On est bercé par le morceau dingue T.B Sheets de Van Morrison et entrecoupé par des morceaux plus énergiques et pop (The Clash, The Who ou encore Matha and the Vandellas). Il serait vache d'oublier également une belle bande originale d'Elmer Bernstein plus sobre mais aussi efficace que celle utilisée dans Taxi Driver

Le spectateur est donc bercé par une bande originale absolument démentielle et suit un Nicolas Cage dans un quotidien nouveau sous opium, rendant cet ovni comme une parenthèse cauchemardesque sous acide. Ce film est le genre de produit typiquement produit dans les années soixante dix et bien sûr il n'a pas trouvé son public. Il est resté une semaine en salles en France et fut un un échec commercial pour le cinéaste presque aussi cuisant que La Valse des Pantins. Sous une forme différente, les années deux mille iront mieux au cinéaste avec Shutter Island qui a bien cartonné (DiCaprio oblige), son film le plus psychologique depuis A tombeau ouvert. Il y a une cohésion dans l'oeuvre du cinéaste où on y retrouve des thèmes, des lieux et des obsessions mais toujours des films qui reviennent par cycle. Celui-là dresse un état des lieux d'une décennie, qu'elle soit politique sociale ou psychologique, tout reste important et essentiel. Le film reste un des plus beaux film sur New York malgré son sujet sombre et son emprunte pessimiste. Actuellement ce film reste la dernière collaboration avec Paul Schrader et peut-être celle qui atteint le plus d'alchimie, celle où il y a le plus de Scorsese et de Schrader ensemble et non dans une même démarche d'idées comme La dernière tentation du Christ

Cependant ne nous y trompons pas, Scorsese est un cinéaste qui réalise des projets qu'il aime même quand c'est plus commercial. Si on peut considérer qu'il a fait des films mineurs, ce sont des films de commandes maîtrisés. A tombeau ouvert n'a rien d'une commande, d'ailleurs c'est avec le petit succès de son précédent film Kundun qu'il a pu faire ce film produit par Disney (oui oui). Il reste un des plus grands films du cinéaste et celui qui tout simplement marque la force d'un des plus grands cinéastes de notre temps. Un film qui est capable de passer sous multiples points de vues, tons et tempérament tout en gardant le cap et son discours. Scorsese nous a fait le coup avec sa fresque paranoïaque et tourmentée Casino et nous le refait ici d'une autre manière mais avec toujours autant de classe et de brio. 

Nicolas Cage et Patricia Arquette vampirisent l'écran comme dans le cinéma de Jim Jarmusch, les dialogues sont remarquables et les seconds rôles sont brillants (John Goodman, Tom Sizemore et Ving Rhames le top) ne peuvent que confirmer la réussite de cette parenthèse scorsesienne magistrale. Le film le plus fou et le plus hypnotique du cinéaste que je recommande toujours de (re)découvrir, simplement parce que c'est du grand cinéma. Ce qui n'est pas toujours le cas et pour ma part le film se savoure de diffusion en diffusion. Alors vous aurez le coup de coeur aussi ? Ou plutôt le coeur assez accroché ? 

Note : 10 / 10

dimanche 1 mai 2016

Green Room



Réalisation et scénario : Jeremy Saulnier
Durée : 1 h 30
Interprétation : Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber...
Genre : Une nuit en concert

Synopsis

Au terme d'une tournée désastreuse, un groupe de Punk Rock accepte au pied levé de faire un concert au fin fond de l'Oregon. Après le concert dans les loges, ils vont se retrouver témoin d'un meurtre commis par les responsables du lieu, des néo nazis qui font justice eux-même. Le propriétaires décide d'éliminer tous les témoins gênants. 

Après Blue Ruin, un film un peu longuet sur les pas des frères Coen, Jeremy Saulnier se replonge un peu dans le même délire mais dans le cinéma de John Carpenter et de Sam Raimi. Comme pour son précédent film dans Green Groom, le cinéaste ne maîtrise pas aussi bien son efficacité et son écriture que sa photographie et ses acteurs. Le résultat est plutôt pas mal même si encore une fois un court-métrage aurait largement suffit pour ce qu'il a à nous raconter. 

Le soucis vient principalement de notre époque. Actuellement on est tellement à la ramasse niveau créativité dans les salles obscures que dès qu'un film de genre est un peu plus audacieux, référencé ou intelligent que les autres sort on se doit presque de l'apprécier. Non Green Room n'est pas brillant mais on doit s'y précipiter car il y a pas vraiment de bons films indépendants et encore moins dans ce genre mal aimé. Si Jeremy Saulnier a du talent, il manque de confiance en lui et de franchise dans son style. Que ce soit Blue ruin ou ce dernier film, il reste toujours le cul entre deux chaises entre ses style et ses références. Ses idées et ses touches personnelles ne se greffent pas à l'hommage respectueux et le fond, souvent maladroit, du film. Globalement une sensation de spectacle pas désagréable se dégage à la fin de la séance même si une nouvelle fois je me suis poliment ennuyé par le traitement, trop sage et pas assez franc du collier. 

Green Room est avouons le séduisant car il reprend les codes originaux des huis clos et des films d'angoisses à l'ancienne. Un peu d'humour noir, de la violence et une bonne dose dialogues (très) explicatifs avec de bonnes gueules d'acteurs et le tour était (presque) joué. Cependant, le film a du mal à décoller malgré le charme des interprètes et un rythme narratif plutôt soigné. Jeremy Saulnier connaît la photo et c'est peut-être ce qu'il y a de plus réussi une nouvelle fois. Tout le reste manque de caractère et de virtuosité. Encore une fois, il y a du talent derrière son film mais peut-être qu'il faudrait un scénario de quelqu'un d'autre pour que le cinéaste soit bien plus concentré sur sa tâche du cinéaste. Soit tout l'inverse d'un film comme It Follows qui épuise ses cartes et références assez rapidement mais tient le cap grâce à de l'audace et des idées. Green Room est entre un survival efficace et un exercice de style audacieux et finalement ne brille dans aucuns des deux cas. 

Le film est plutôt bien accueilli par la presse car le genre possède bien plus souvent de belles daubes que de films intéressants. A mon goût ce film n'est pas très grand dans son genre. Comme à la fin de Blue Ruin, il y a du potentiel mais rien abouti vraiment ce qui est dommage finalement. Peut-être au prochain coup pour le cinéaste, en attendant mieux vaut se revoir Assaut une centième fois ou même Une nuit en enfer. 

Note : 5 / 10

jeudi 28 avril 2016

Dalton Trumbo (Trumbo)



Réalisation : Jay Roach
Scénario : John McNamara
D'après Dalton Trumbo de Bruce Cook
Durée : 2 h
Interprétation : Bryan Cranston, Diane Lane, Hellen Mirren, Elle Fanning, John Goodman, Louis C.K, Alan Tudyk...
Genre : Biopic au poil 

Synopsis

La vie du célèbre scénariste Dalton Trumbo, victime du maccarthysme et de la fameuse liste noire à Hollywood. 


Si Bryan Cranston n'avait pas été nominé à l'Oscar du meilleur acteur pour ce rôle, je pense que l'on aurait jamais pu avoir la chance de voir ce film sortir en salles en Europe. Sans être le film de l'année, la vie de Dalton Trumbo est si intéressante que, passionné de cinéma ou pas, vous trouverez votre compte et ne verrez pas les deux heures de film passer. Bryan Cranston pour sa première tête d'affiche est formidable dans la peau du scénariste américain, il fait oublier dès les premiers plans qu'il jouait Walter White dans Breaking Bad

Alors qu'Hollywood produit des biopics en masse, je dirais que celui là est presque essentiel. On en a vu des biopics sur Hollywood mais bizarrement pas grand chose jusqu'à maintenant sur Dalton Trumbo et même globalement sur l'époque du Maccarthysme. Sauf peut-être La liste noire d'Irwin Winkler avec Robert De Niro et (le même) John Goodman. Cet écrivain, qui est devenu un symbole avec le temps, a eu une vie si extraordinaire, qu'il en fallait peu pour en faire un scénario prenant. Le réalisateur de comédies Jay Roach se colle au travail de metteur en scène et c'est plutôt une bonne surprise car les scènes comiques sont brillantes et permet de garder l'émotion et les thèmes plus graves en second plan. 

Pas de larmoyant, du rythme, des dialogues frais, une bonne histoire et un casting solide, il n'en faut pas plus pour apprécier ce film qui a tout du produit à Oscar sur le papier mais dont la mécanique fonctionne à merveille. Un peu comme Truman Capote de Bennett Miller, c'est un film de bonne facture mais l'acteur qui interprète le personnage principal offre une dimension nécessaire au film pour se démarquer des autres. Dalton Trumbo est l'anti Steve Jobs de Danny Boyle sortit cette année et qui cassait les codes du biopic classique et innovait dans la mise en scène. Les deux sont tout aussi agréable à découvrir pour des raisons différentes. 

Le cinéaste est à l'aise dans le contexte et le sujet historique, il n'a pas la prétention d'être moralisateur, ni maladroitement cynique sur Hollywood non plus. Ce que l'on peut reprocher restera le manque d'approfondissement sur certains points familiaux mais là aussi le scénario n'a pas la prétention de se lancer dedans, à part offrir un rôle plutôt sympathique à Elle Fanning. On pense par moment à Ed Wood de Tim Burton quand le scénariste réécrit les navets où John Goodman est comme d'habitude irrésistible. Mais le film est surtout plaisant parce qu'il est généreux dans ses répliques et les détails comiques qui font toujours mouche, un peu comme un ton à l'anglaise. Niveau mise en scène, c'est classique mais efficace le point fort de Jay Roach, ici dans son meilleur film.

Tout scénariste se régalera devant ce biopic classique mais honnête. Que ce soit Kirk Douglas, John Wayne, Edward G Robinson ou encore Otto Preminger, les clins d'oeil et les personnalités sont à la fois drôles et fidèles aux faits. Un beau compromis que je vous recommande particulièrement car il est assez rare que je trouve un produit américain dont on ne ressent pas les ficelles scénaristiques et de mise en scène sur un sujet comme celui-ci. Le film vous donnera envie de (re)voir les films écrits par le scénaristes ce qui est synonyme, on peut le dire, de réussite. 

Note : 8 / 10

mercredi 27 avril 2016

Vinyl



Genre : Sexe drogue and rock and roll

Cela faisait de longues années que Mick Jagger et Martin Scorsese se consentaient pour faire un film sur le rock. Au fil du temps c'est donc une série qui s'est lentement profilée et finalement produite par la célèbre chaîne HBO. Scénarisée par Terence Winter, le pilote de presque deux heures est réalisé par Martin Scorsese et les neuf autres par de solides artisans sur les pas du cinéaste. Alors bien ou pas bien ? Sans être une grande série, Vinyl ravira avant tout ceux qui ont surtout les références musicales et les fans du cinéaste. 

Je pense qu'avant tout pour apprécier cette série tout dépendra de votre génération et surtout de votre culture musicale. Le public visé sont les quinquas qui connaissent leurs standards musicaux de l'époque ou ceux qui ont de la culture musicale de ces années là. Niveau climax et développement, on est loin des produits à la mode également. L'écriture, de Terence Winter prend le temps de développer ses nombreux personnages, une époque et une industrie qui partent en vrille. Tout est baigné dans la nostalgie, le chao de la violence, l'argent, la drogue et la route du succès. Toutes les pistes s'éparpillent entre les dégâts de la drogue et le "bordel" musical de l'époque où l'on ressent en permanence une mutation des goûts du public pour la musique, ainsi que des générations musiciens, de cultures et de modes.

Le personnage campé par le génial Bobby Cannavale est un genre de Tony Montana qui a déjà réussi son ascension et qui voit se profiler lentement une mort au niveau professionnel et sentimental. Finestra est un personnage très Scorsesien, hanté par ses démons, toujours troublé par le choix du bon et du mauvais chemin ou encore témoin d'une illumination, tel un messie, un prophète incompris dans l'univers musical des années 70. Tout cela est abordé sans véritablement être approfondi. C'est d'ailleurs ce que l'on peut reprocher à la série de seulement esquisser une époque et ne pas vraiment aller au fond des sujets. Mais aussi peut-être n'est ce pas son plus grand plaisir ? Celui de se laisser bercer par les reconstitutions, la merveilleuse bande son et les anecdotes assez succulentes sur des légendes de la musique. A vous de voir, les acteurs quant à eux se font plaisir et cela se voit. 

Ceux qui ont les références de séries télévisuelles actuelles ne manqueront pas de faire un gros parallèle avec Mad Men. Je pense que bien d'autres grandes séries peuvent ombrager l'originalité de Winter pour le coup mais au fond d'elle même, Vinyl est honnête et c'est peut-être ce qui est le plus important. Il n'y a qu'à voir le pilote de Scorsese qui est le plus virtuose, le plus étiré et surtout le plus cinématographique. On est entre Le loup de Wall Street (écrit par Terence Winter aussi) et le génial A tombeau Ouvert, soit un long métrage scorsesien assez bluffant qui se penche également sur un côté beaucoup plus nostalgique à la Jim Jarmusch. On retrouve la touche musicale et les anecdotes de Mick Jagger et les thèmes de Martin Scorsese tous écris avec un savoir faire aussi classique que solide. Toute l'essence de la série est dans le pilote. Sans doute aussi la meilleure scène de la série, la plus surréaliste et la plus représentative de l'ensemble de la structure : celle de la salle de concert qui s'effondre par la musique. Du grand Scorsese d'ailleurs, encore une fois. 

Le pilote est porté par la maîtrise du cinéaste des Affranchis, les suivants par un peu plus de rebondissements. Entre classicisme et points de vue beaucoup plus envoûtants, la série est toujours le cul entre deux chaises mais plaisante à suivre en terme de mise en scène. Tout est maîtrisé pour faire ressortir assez finement une touche à la fois très artistique et documentaire sur le New York de l'époque. A la fois assez humaine et complètement dénuée de pathos, l'écriture garde le cap et reste tranquillement sur son îlot musical. Est ce que c'est de la non prise de risque et une énorme imposture de finalement ne pas raconter d'histoire sur dix épisodes ? Cela peut se ressentir mais à mon avis, tout est calculé dès le départ pour que le plaisir de la série viennent ailleurs que pour ses péripéties et son air de déjà vu. 

Le grand charme de cette série se dégage à mon goût par le parfum seventies et le bain musical qu'il se dégage. Vinyl est un grand film qui a juste le format et l'ossature d'une série classique. Comme dans pas mal de films de Scorsese tout est bien plus profond que la simple intrigue contée. On retrouve dedans ce qu'il y a de plus excitants dans ces années, un New York qui bouge et une musique, une culture carrément qui est en constante effervescence, mouvance et évolution. Une ébullition de culture qui fait plaisir à voir dont les créateurs rappellent avec une certaine élégance que finalement l'art et son public est un peu à l'image de New York, une grande ville composée de pleins de communauté différentes et qui ne se mélange pas tant que ça. Il en faut pour tous les goûts, il n'y a pas vraiment de recettes ni au succès, ni à la qualité. Un produit réussit ne dépend que des références d'une époque et d'une attente du public bien précises.

La série est aussi plaisante que de se réécouter des vieux standards mais avec l'âme, la touche visuelle et immersive de l'époque en plus. Le générique correspond tout à fait à la série d'ailleurs. Vinyl est une série qui porte parfaitement bien son nom, couvrant de plaisir le public qui aime se replonger dans ces différentes références musicales mais au risque de profondément ennuyer celui qui ne les connais pas et qui recherche une série plus proche des standards actuels. 

La saison 2 étant annulée, cette série se retrouve à moitié handicapée au niveau de son développement de personnage et désormais se repose uniquement sur la nostalgie, le côté documentaire et immersif de la musique des années 70. Finalement, peut-être que l'on retiendra de Vinyl, un pilote qui fait figure d'un film de Martin Scorsese, une coquetterie du cinéaste à part entière que l'on peut prolonger en regardant les autres épisodes. 





mardi 19 avril 2016

Demolition



Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Bryan Sipe
Durée : 1 h 40
Interprétation : Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis...
Genre : Burn out version Ikea

Synopsis

Banquier d'affaires ayant brillamment réussi, Davis commence à voir son mariage battre de l'aile. Il a un accident de voiture dont il sort presque indemne contrairement à sa femme, tuée sur le coup. Sur l'instant, il ne ressent rien et dans la salle d'attente un distributeur automatique ne veut pas lui donner ses M&M's. Il décide durant l'enterrement de sa femme d'écrire à la société privée des distributeurs pour faire une réclamation ainsi que de raconter sa vie. Un soir Karen Moreno, la responsable du service client, l'appelle en lui disant que ses lettres l'ont bouleversé. Ils vont alors se rencontrer. Davis de son côté a besoin de tout détruire autour de lui pour mieux se reconstruire. 

Le deuil est un thème toujours intéressant. C'est d'ailleurs peut-être ce qui m'a poussé à aller voir le dernier film de Jean-Marc Vallée. Après Dallas Buyers Club, le cinéaste s'empare à nouveau d'un sujet intéressant et confirme son attachement pour les personnages solitaires à la recherche de survie après un drame, et surtout d'eux même. Une nouvelle fois le sujet est plus intéressant que le film en lui-même. Un manque de personnalité se ressent dans l'écriture et la mise en scène. 

Que ce soit dans la mise en scène comme dans le scénario, tout est trop peu inspiré, peu approfondi pour convaincre. On dirait que le cinéaste ne croit pas vraiment à son sujet et alterne les moments d'humours et d'émotions sans originalité et sincérité. Un peu comme Her de Spike Jonze, Demolition est un film pour hyspter qui a une bonne idée et des thèmes passionnants mais qui s'oriente rapidement vers un produit classique et vain. Dieu merci l'interprétation sauve l'ensemble de l'ennui qui aurait pu nous prendre rapidement s'il n'y avait pas un si bon casting.

Le film en soit n'est pas mauvais. Il est bien réalisé, proprement écrit et les acteurs procurent l'énergie et la justesse nécessaire. Je trouve que le scénario est soit trop sérieux ou pas assez dans son sujet. Ce n'est ni une comédie noire sur le Burn out, ni un drame subtil et fort sur le deuil, mais un peu des deux ou l'écriture alterne sans grande conviction ni originalité. Le cinéaste fait le boulot de mettre ça en scène de manière assez académique mais sans véritablement prendre partie lui non plus au personnage principal, ni aux sujets du film. Du coup on a un film formaté pour le festival de Sundance. Typiquement le même reproche que l'on peut faire à beaucoup de films, notamment ceux de Richard Linklater ou de Jason Reitman (ici producteur d'ailleurs). Le scénario manque de rebondissements, de finesse, de tour de force mais pas de fraîcheur. Dommage qu'il reste tout le long si superficiel sur la psychologie de Davis et qu'il n'approfondisse pas plus le personnage de Karen. La narration se contente trop rapidement de seulement raconter des faits plats et déjà vu. 

J'avais découvert Jean-Marc Vallée avec son premier film C.R.A.Z.Y, qu'on aime ou pas, qui réussissait un juste équilibre entre le documentaire et la fresque familiale avec profondeur et maîtrise. Quand le cinéaste est arrivé à Hollywood, il a perdu sa personnalité et ses films sont finalement trop insipide pour marquer. L'idée originale et le casting sont plus aguicheurs que le film en lui même et ressemble à tous les drames ou les feel good movies aux ficelles classiques. Comme après Her, je suis ressorti de la salle distrait mais avec une pointe d'amertume et de déception. Celle de ne pas avoir un film plus original, plus profond et surtout avec quelque chose de plus long à raconter qu'un court métrage après deux heures de film. 

Demolition est donc un film séduisant par son idée de base et son casting mais il est hélas trop calibré pour les festivals et totalement impersonnel. Il est finalement assez anecdotique avec une dose de feel good movie, des acteurs à la mode et des sujets qui touchent du monde. Heureusement que Jake Gyllenhaal a du talent (autant que Joaquin Phoenix dans Her), à lui seul il donne du mouvement,de l'émotion, du charme au script qui en manque trop souvent. Le jeu de l'acteur est la seule personnalité du film et les fans de l'acteur se régaleront donc une nouvelle fois.  Bien sûr il y a pire que ce film (La rage au ventremais il y a surtout bien meilleur (Night Call) avec ce brillant acteur qui fait parti des grands que les Oscars boudent. Alors, a quand l'oscar pour Jake ? 


Note : 4 / 10

jeudi 14 avril 2016

A Bigger Splash




Réalisation : Luca Guadagnino
Scénario : David Kajganich et Alain Page
Durée : 2 h 05
Interprétation : Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Mathias Schoenaerts, Dakota Johnson...
Genre : Remake rock'n'roll

Synopsis

La légende du rock Marianne Lane part sur l'île méditerranéenne de Pantelleria avec Paul, son compagnon, pour se reposer suite a une extinction de voix. Mais quand Harry, un producteur de disque iconoclaste avec qui Marianne a eu une liaison autrefois, débarque avec sa fille Pénélope, la situation se complique. Le passé qui resurgit et beaucoup de sentiments différents vont faire voler la quiétude des vacances en éclat. 

Remake du film La Piscine de Jacques Deray. 


Il n'était pas vraiment nécessaire de réaliser un remake du film de Jacques Deray. Aujourd'hui La piscine repose toujours beaucoup sur son grand casting, son ambiguïté et ses formidables scènes de dialogues et de mise en scène. Cependant ce n'est pas le pire des choix car avec un œil neuf le film pourrait être vraiment intéressant.  Le cinéaste italien n'a pas pris le parti d'être novateur et encore moins celui d'être sérieux. Au contraire, il a décidé d'enlever du trouble pour privilégier l'outrance, le cabotinage et une touche rock'n'roll dans l'aspect formel du film. Pour le spectateur c'est pour meilleur ou pour le pire comme on dit. 

Bien que cette reprise soit moins intelligente que La Piscine, je l'ai trouvé bien sympathique. Sans comparer même au film original, je trouve qu'A Bigger Splash est un thriller plein d’énergie avec quatre acteurs qui se donnent à cœur joie de jouer dedans. J'avoue que pour ma part rien que la présence de Ralph Fiennes et la musique des Stones me font avaler des couleuvres. Heureusement pour moi, il n'y en avait que sur la terrasse des personnages de ces bêtes là. Le film n'est pas mauvais, je dirai même qu'il est réussi sur pas mal de points. Je ne repense ni au film de Deray, ni à un autre film que l'on voit d'habitude ce qui est plutôt bon signe. Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir visionné un pot pourri qui virait à l'exercice de style enchaînant avec un montage sous coke les bonnes idées et les clichés plus laborieux. Le tout est honnête et généreux, et si on aime le cabotinage énormes de Ralph Fiennes, on accroche. Le réalisateur également en fait des tonnes dans son rôle pour notre plus grand plaisir. 

Que ce soit dans l'humour comme dans le plus grave, il y a un esprit rock qui se ressent tout le long. On retrouve l'apogée avec l'énergie débordante de Ralph Fiennes sur avec la musique des Rolling Stones sur le titre Emotional Rescue (titre homonyme du dernier album du groupe qui s'écoute) avec une danse assez mémorable tout comme sa mort, en train de contempler un vinyle au fond de la piscine. On suit quatre personnages aux tempéraments différents et deux intrigues qui se referment lentement sur l'événement tragique. La mise en scène ne manque pas de rester assez proche de l'état d'esprit de ses personnages, des tensions, du mystère du script. Il est même assez moqueur, surtout sur sa fin, avec des policiers stupides comme dans un giallo mettant tout sur la faute des migrants. Les vacanciers n'ont jamais d'ennuis, encore plus si ce sont des stars. Bref franchement tout est si grossier et assumé que c'est au fond très drôle même quand l'émotion et le trouble dans la forme prend le dessus.

La bande son est donc très rock, presque essentiellement composée de morceaux des Stones sauf Jump into the Fire d'Harry Nilsson, génialement récurrente. Les musiques composées sont plutôt pas mal aussi, particulièrement celle après la mort qui est géniale, donnant une toute autre dimension au drame. Quand au montage il ne manque pas d'augmenter la paranoïa par son rythme soutenu avec une accumulation de plan par l'exploitation plus ou moins efficace des échelles. Les acteurs sont bien sûr brillants. Ralph Fiennes comme toujours est fantastique, il donne de l'ampleur au film assez souvent, Tilda Swinton a toujours son charisme envoûtant à chacune de ses apparitions, Mathias Schoenaerts confirme qu'il est un des plus grands acteurs aujourd'hui et la jeune Dakota Johnson tient son rôle même si on ne lui demande pas grand chose hormis de porter des tenues légères et minauder. Si on lui demande de faire dix ans de moins. Actrice quoi. 

On peut aimer ou s'ennuyer devant A Bigger Splash, passé trop inaperçu et injustement descendu par les critiques. Dommage car je trouve ce genre de film bien plus intelligent que pas mal de daubes qui sortent toutes les semaines. Pour ma part je n'ai pas vraiment cherché à comparer avec le film de Jacques Deray et ne me suis pas ennuyé sans pour autant adorer. Je n'irai pas jusqu'à le recommander mais dire que c'est un bon petit film, il l'est assurément. 

Note : 7 / 10



mercredi 13 avril 2016

13 Hours



Réalisation : Michael Bay
Scénario : Chuck Hogan
Durée : 2 h 20
Interprétation : John Krasinski, James Badge Dale, Max Martini, Pablo Schreiber, David Denman... 
Genre : Du sang et des armes

Synopsis

Benghazi (Libye), 11 septembre 2012. Face à des assaillants sur-armés et bien supérieurs en nombre, six hommes ont eu le courage de tenter l'impossible. Leur combat a duré 13 heures. 

Malgré leurs défauts (ou limites) je sauve Rock et The Island de la filmographie de Michael Bay. Après j'avoue que je n'aime pas du tout ce cinéaste. Je trouve intéressant tout d'un même qu'un cinéaste comme lui se penche sur un fait divers de l'Histoire récente comme l'a fait à l'époque le grand Ridley Scott avec La chute du Faucon noir, et surtout bien loin des effets spéciaux et le spectaculaire insipide que l'on a l'habitude de voir dans ses produits marketings. 

Comme d'habitude, c'est trop long pour ce que ça raconte, tout est sérieux et très patriotique. Si on supporte ces quelques défauts propres au "style" du cinéaste, ça passe. La démarche est plutôt sincère et le cinéaste montre qu'il est un technicien qui a du talent dans le spectaculaire. Il manipule plutôt bien la caméra à l'épaule (mais pas aussi bien que Greengrass bien entendu) et surtout des superbes séquences d'attaques de nuit qui ont de la gueule. Le milieu du film est le plus réussi, faisant référence à Alamo de John Wayne (directement cité d'ailleurs) ou Assaut de John Carpenter. 

Le début et la fin du film particulièrement sont des scènes qui vont trop vites ou sont inutiles, si elles ne sont pas uniquement là pour montrer le drapeau américain en fond. Dommage car cela casse le point fort du film : l'immersion. Sans aller aussi loin que Ridley Scott, Michael Bay donne facilement vie, de la tension et du corps à ses scènes d'actions qui sont d'un réalisme souvent brut et violent. Pour ceux qui me connaissent je ne suis pas bourré et je le dis haut et fort, c'est agréablement surprenant pour du Michael Bay. Il réussit tout ce que Peter Berg n'avait pas fait malgré son application dans Du Sang et des larmes. On y croit donc et à la fin on regrette vraiment que 13 Hours ne fasse pas quarante minutes de moins. Sans quoi on aurait peut-être vu le plus grand film de Michael Bay, même si paradoxalement cela aurait été son plus court. Une reconversion aussi impersonnelle qu'intéressante pour le réalisateur de Bad Boys presque recommandable. 

Note : 5 / 10

lundi 4 avril 2016

Five



Réalisation et scénario : Igor Gotesman
Durée : 1 h 40
Interprétation : Pierre Niney, François Civil, Igor Gotesman, Margot Bancilhon, Idrissa Hanrot...
Genre : Film de potes

Synopsis : 

Cinq amis d'enfance ont toujours rêvés d'être en colocation. Cela devient possible quand l'un d'eux Samuel se propose de payer la moitié du loyer. En plein aménagement, Samuel se retrouve sur la paille et préfère le cacher à ses amis pour ne pas mettre tout en l'air. Il va donc se lancer dans le trafic de drogue. 

Il y a bien longtemps que l'on avait pas vu de film de potes aussi sympathique que ce Five. Du moins pas depuis l'Auberge Espagnole de Cédric Klapisch qui avait fait un tabac à l'époque. Le film de Klapisch est une grosse influence qui se voit dans le scénario comme le nez au milieu de la figure mais on retrouve également celle de séries télés comme Breaking Bad ou Friends offrant un mélange assez classique mais fortement sympathique du début à la fin. Le gros point fort du film reste la belle bande de comédiens qui prend plaisir à jouer et nous régaler dans les moments les plus drôles comme les plus classiques. 

Pour son premier film, Igor Gotesman évite les clichés lourds et la mise en scène copiée du film sentimental ou du teen-movie à l'américaine. Tout est très sympathique dans la forme, bien écrit, bien joué mais tout reste finalement assez classique, manquant un peu de personalité pour faire décoller le film en grand moment de comédie. Cependant pour un premier film le résultat est très prometteur, le cinéaste est d'ailleurs peut-être plus à l'aise derrière la caméra que devant, étant l'acteur qui joue le moins juste de la bande. 

Le grand plaisir du film est dans l'écriture et l'interprétation. Si le film se laisse regarder si agréablement c'est par la sympathie des acteurs qui ont des personnages plutôt bien travaillés. On ressent une écriture entre finesse et grossièreté qui trouve un équilibre très maîtrisé du début à la fin. A défaut d'être surprenante, l'histoire dépasse le simple divertissement bien léché et calibré pour le dimanche soir. Il est assez généreux et d'une facture plus qu'honnête par sa maîtrise des codes et du rythme du montage et du scénario. Si on devait le classifier, Five serait niché quelque part entre les films de Klapisch donc et le brillant Dope sorti l'an dernier. Five possède lui aussi une énergie et des moments comiques par moments très brillants mais globalement reste trop sage pour s'imposer dans un genre, comme dans la grande comédie. Peut-être que les ressorts dramatiques et plus classiques sur la fin du film sont trop longs, attendus et répétitifs ? Cela a stoppé un peu toute l'envolée que j'attendais.

Toujours est il que Five est une bonne comédie à ne pas rater et qui se discerne de beaucoup de productions françaises actuelles. Pierre Niney est une nouvelle fois impeccable face François Civil qui interprète un débile à souhait. A eux deux le show est assuré pour notre plus grand plaisir. Rien de neuf mais c'est bon et très plaisant à voir !